Chaque début d’année, c’est un peu la même chose en bourse : les investisseurs testent leurs stratégies, ce qui aboutit parfois à des séances qui manquent de cohérence. Hier, la journée a été marquée par un ascenseur émotionnel dans le secteur du luxe et par une nouvelle ruée sur les semiconducteurs, après l’annonce d’importants investissements du géant des puces taïwanais TSMC. La plupart des machines électroniques du monde ne fonctionneraient pas sans TSMC. C’est dire le poids du groupe, et son influence quand il se montre optimiste et qu’il annonce des investissements colossaux. Qui dit accroissement des capacités de production dit achat de machines pour produire des puces. C’est la raison pour laquelle les plus fortes hausses de la veille ont concerné le microcosme des industriels qui fabriquent des équipements de ce type : les européens ASML (+6%), BE Semiconductor (+7,5%), ASM International (+11%) et VAT Group (+16%) ou les américains KLA Corporation (+7,7%) et Applied Materials (+6%). Ces entreprises ont tracté un secteur technologique qui n’était pas si fringant par ailleurs. Le Nasdaq 100 a terminé en hausse de 0,3%, mais au plus bas de la journée. L’indice technologique affiche un laborieux +1,2% depuis le début de l’année. La star du moment, c’est le Russell 2000, qui suit les petites valeurs US : +7,8% après une nouvelle progression de 0,9% hier.

En Europe, le Stoxx Europe 600 va bien : il a claqué un nouveau record hier, à 615 points, bien aidé par le bond de 6% de son plus gros composant, ASML. C’est plutôt anecdotique, mais le CAC 40 vient d’enchaîner, lui, quatre séances consécutives de baisse. Anecdotique parce que la variation la plus intense date de la veille avec -0,21%. Mais pas totalement anodin parce qu’une partie du marché s’attendait à ce que les résultats du suisse Compagnie Financière Richemont tractent tout le secteur du luxe. L’illusion n’aura duré que quelques dizaines de minutes, mais l’enchaînement mérite que l’on s’y attarde. Richemont, maison-mère d’une palanquée de marques de joaillerie connues comme Cartier et Van Cleef, a annoncé avant l’ouverture hier matin une croissance organique de 11%. Il y a cinq ans en plein boom du luxe, le chiffre aurait été considéré comme décevant. Depuis que le secteur souffre, de tels niveaux sont devenus plus rares, donc la réaction initiale a été très positive. En préouverture, les algos se sont excités et l’action a gagné près de 15%. Mais le soufflé est rapidement retombé. +2% seulement à l’ouverture, et -2,4% à la clôture. La raison ? Le groupe a laissé entendre que ses marges vont souffrir de la flambée des cours de l’or. 11% de croissance c’est super, mais l’or a bondi de 65% l’année dernière. Richemont n’achète probablement pas son or sur le marché spot, mais l’ampleur de la hausse se répercutera à un moment ou à un autre. La société genevoise a pudiquement souligné dans son communiqué que « la poursuite de la hausse du prix des matériaux continue à peser sur les marges ». Finalement, les gains initiaux se sont évaporés dans tout le secteur, envoyant Kering à -3%, LVMH à -2%… et donc le CAC 40 à -0,2%.

Un autre secteur a pesé hier à Paris, celui de la défense. Après un début d’année tonitruant, le compartiment a pris le temps de souffler. Thales (-3%) a particulièrement souffert. En plus de subir des dégagements après les gros gains accumulés en quelques séances, l’action a été pénalisée par le placement d’un gros bloc de titres. Ces opérations sont réalisées avec une décote pour séduire les investisseurs, ce qui pèse mécaniquement sur les cours. Cette incursion dans le secteur de l’armement me donne l’occasion d’aborder une histoire singulière, qui s’est produite à la fin de l’année dernière et qui illustre parfaitement le poids des mots. Pour être honnête, je rends à César ce qui lui appartient : elle a été relatée par l’équipe d’Alphaville, dans le Financial Times, plus tôt dans la semaine.

La voici. En fin d’année dernière, quand il a fallu trouver des sous à mettre en face des promesses de dépenses militaires que les dirigeants européens ont multipliées, tout le monde a commencé à gratter les fonds de tiroir. Parmi les pistes possibles, figurait celle de faciliter l’accès des fonds ESG au secteur de la défense. Le cadre de la finance durable européenne excluait « les entreprises impliquées dans des activités liées à des armes controversées ». Désormais, il exclut « les entreprises impliquées dans des activités liées à des armes interdites ». La différence entre « controversées » et « interdites », c’est essentiellement LA BOMBE. Dans la nomenclature issue des traités internationaux, les armes interdites sont les mines anti-personnelles, les munitions à sous-munitions, les armes biologiques et les armes chimiques. Les armes controversées sont celles à base d’uranium appauvri, de phosphore blanc et nucléaires. L’arme nucléaire peut donc faire son entrée dans les fonds ESG, si leurs critères sont mis à jour. Plutôt dans ceux de l’article 8 (fonds qui intègrent des critères ESG, sans objectif durable contraignant) que dans ceux de l’article 9 (fonds dont l’objectif principal est l’investissement durable), ou alors au forceps. L’histoire ne dit pas si les gains des entreprises européennes de défense du début de l’année 2026 ont été renforcés par la nouvelle réglementation. Jefferies rappelle toutefois que la modification remet en selle quelques entreprises qui ont un lien avec l’armement nucléaire, notamment Rolls-Royce (propulsion des SNLE britanniques), Leonardo et Airbus (actionnaires de MBDA, le missilier qui fournit l’arsenal nucléaire français) ou Safran (via ArianeGroup, qui participe aussi au programme nucléaire militaire français). Thales ne produit pas d’armes nucléaires, mais le groupe est exposé en tant que fournisseur important de matériel pour l’armée française. L’entreprise la plus concernée est toutefois américaine : General Dynamics est exposée à la fois au phosphore blanc, à l’uranium appauvri et aux armes nucléaires. Grand chelem.

Reste à trancher la question fondamentale : savoir si les armes nucléaires sont un vecteur de durabilité. Les événements actuels peuvent laisser penser que oui… du moins tant qu’elles ne sont pas utilisées. Voilà, vous savez maintenant qu’il pourrait y avoir davantage d’armement dans vos fonds ESG, à côté de la ligne TotalEnergies.

Pour clore cette longue digression, j’ajoute qu’il faut regarder aujourd’hui, les grosses technologiques américaines après que Donald Trump a laissé entendre qu’il songe à leur faire supporter le coût de l’accroissement du prix de l’énergie. Au Japon, le débat continue sur une intervention ou pas pour soutenir le yen. Sur le front des matières premières, la désescalade présumée des tensions en Iran a fait baisser le pétrole, tandis que la spéculation est un peu retombée sur les métaux industriels et précieux, qui restent toutefois proches de leurs records. Il y aura peu de résultats d’entreprises marquants aujourd’hui, en attendant l’accélération notable en vue la semaine prochaine (avec par exemple BHP, Netflix, Rio Tinto, Johnson & Johnson, Visa voire LVMH, qui n’a pas encore confirmé sa date de publication).

Dans la zone Asie-Pacifique, l’Australie vient de boucler une cinquième séance consécutive dans le vert (+0,5%). En Corée du Sud, c’est encore mieux : 11e séance de rang en progression. L’Inde et Taiwan évoluent également dans le vert. C’est plus compliqué au Japon, où le Nikkei 225 recule de 0,3% pour la dernière séance de la semaine. La Chine et Hong Kong évoluent aussi en léger repli. Les indicateurs avancés européens sont hésitants en ouverture de cette séance de compensation.

Le CAC 40 lâche 0,1% à 8 308 points à l’ouverture. Le SMI perd 0,06% à13 468 points. Le Bel 20 s’adjuge 0,4% à 5 369 points.

Les temps forts économiques du jour

Au programme aujourd’hui aux Etats-Unis : la production industrielle mensuelle, l’indice du marché immobilier NAHB et le discours de Bowman (Fed). Tout l’agenda ici.       

Les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d’avoir le temps réel :

Les principaux changements de recommandations

  • AP Moller : Arctic Securities passe de conserver à vendre avec un objectif de cours de 11 900 DKK.
  • Aroundtown : Oddo BHF passe de neutre à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 3,10 EUR à 2,60 EUR.
  • ASM International : Morgan Stanley reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 625 à 800 EUR.
  • ASML Holding : Morgan Stanley reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 1000 à 1400 EUR.
  • Big Yellow Group : Oddo BHF passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 1250 GBX à 1100 GBX.
  • Biohit : Inderes passe d’alléger à accumuler avec un objectif de cours de 3,70 EUR.
  • Boliden : SEB Bank passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 460 à 610 SEK.
  • Colonial : Oddo BHF passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 6,80 EUR à 6,40 EUR.
  • Compagnie Financière Richemont : UBS maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 196 à 205 CHF.
  • Exosens : Bernstein reste à surperformance avec un objectif de cours relevé de 54 à 61 EUR.
  • Foncière Inea : Oddo BHF passe de surperformance à conserver avec un objectif de cours de 37 EUR.
  • Gecina : Oddo BHF maintient sa recommandation de surperformance et réduit l’objectif de cours de 108 EUR à 98 EUR.
  • Icade : Oddo BHF maintient sa recommandation de sousperformance et réduit l’objectif de cours de 23 EUR à 22 EUR.
  • Intercontinental Hotels Group : CICC démarre le suivi à surperformance avec un objectif de cours de 148 GBX.
  • Julius Bär Gruppe : Barclays reste à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 61,40 à 66,10 CHF.
  • Land Securities Group : Oddo BHF passe de surperformance à conserver avec un objectif de cours de 650 GBX.
  • Lecico Egypt : Oddo BHF passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 87 à 69 EUR.
  • Montea : Oddo BHF maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 70 à 74 EUR.
  • NCAB Group : Pareto Securities passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 57 SEK à 59 SEK.
  • Novartis : UBS maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 102 à 116 CHF.
  • NSI : Oddo BHF passe de neutre à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 24 à 18 EUR.
  • OPMobility : Deutsche Bank reste à conserver et relève l’objectif de cours de 12 à 14 EUR.
  • Outokumpu : Jefferies passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 4,50 à 5 EUR.
  • Renault : Citi maintient sa recommandation d’achat et réduit l’objectif de cours de 42 EUR à 38 EUR.
  • Roche Holding : Goldman Sachs passe de vendre à neutre avec un objectif de cours relevé de 260 à 365 CHF. UBS maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 356 à 384 CHF.
  • Safestore Holdings : Oddo BHF passe de neutre à surperformance avec un objectif de cours relevé de 750 GBX à 840 GBX.
  • Société Générale : Goldman Sachs maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 72,75 à 73,25 EUR.
  • Solvay : Deutsche Bank maintient sa recommandation de vente et réduit l’objectif de cours de 24,50 EUR à 23,50 EUR.
  • STMicroelectronics : TD Cowen reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 21,50 à 27,50 EUR.
  • Swiss Re : Keefe Bruyette & Woods passe de performance de marché à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 140 CHF à 120 CHF.
  • Tecan Group : Bernstein passe de sousperformance à performance de marché avec un objectif de cours relevé de 124,10 CHF à 156 CHF.
  • TotalEnergies : Scotia Bank maintient sa recommandation performance de marché et relève l’objectif de cours de 67 à 73 USD.
  • Vestas : ABG Sundal Collier passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 170 DKK à 180 DKK.
  • Warehouses De Pauw : Oddo BHF passe de neutre à surperformance avec un objectif de cours relevé de 22 à 26 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l’ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)

  • Alstom va fournir une nouvelle flotte de métros pour le réseau de métro de Toronto, dans le cadre d’un contrat de 1,4 MdEUR.
  • Carrefour et Lidl pourraient être intéressés par la mise en vente de la filiale française d’Aldi, selon La Lettre.
  • Le groupe Aéroports de Paris enregistre une hausse de son trafic passagers de 4,2% en 2025.
  • Ipsos a annoncé que son président Didier Truchot quittera ses fonctions le 28 février pour raisons de santé, tout en restant administrateur et actionnaire de référence. Il sera remplacé par Laurence Stoclet.
  • Un nouveau président du conseil chez Roctool.
  • InVivo va retirer Teract de la Bourse pour simplifier sa structure.
  • Drone Volt échoue à atteindre un Ebitda positif au second semestre 2025.
  • Néovacs tire 250 000 EUR additionnels sur son programme de financement dilutif.
  • Les principales publications du jour : Damartex, Thermador, Biosynex, Audacia, Mauna Kea, Macompta, PullupLe reste ici.

Dans le vaste monde

Annonces importantes (et moins importantes)

D’Europe

  • Equinor annonce qu’Empire Wind a obtenu une injonction préliminaire autorisant la reprise des travaux de construction.
  • Swissquote enregistre un bénéfice avant impôts proche de 420 MCHF en 2025.
  • Les revenus de Coltene ont baissé en 2025.
  • Worthington Steel va racheter l’allemand Klöckner à 11 EUR par action, dans le cadre d’une offre amicale.
  • Delfin, principal actionnaire de Banca Monte dei Paschi, exclut toute vente de participation et renouvelle sa confiance dans la direction.
  • Havas remporte le contrat-cadre de communication de la Commission européenne.
  • Interroll annonce des changements au sein de sa direction.
  • Skanska achète un bien immobilier à Stockholm pour 1,3 milliard de couronnes suédoises en vue de le réaménager.
  • Gimv vend sa participation majoritaire dans ALT Technologies.
  • DEME reçoit son deuxième navire d’installation d’éoliennes.
  • Les principales publications du jourZehnder, Ninety One

D’Amérique du Nord

  • La Maison Banche prendrait des mesures pour faire payer aux géants de la technologie la hausse des coûts énergétiques, selon Bloomberg.
  • Amazon conteste la faillite de Saks et envisage des recours après une perte de 475 millions de dollars.
  • Ford et BYD seraient en pourparlers pour des batteries de véhicules hybrides après l’effondrement du marché des véhicules électriques, selon le WSJ.
  • Chevron prend une décision finale d’investissement concernant l’expansion du projet gazier Leviathan en Méditerranée.
  • La commission californienne s’apprête à approuver l’acquisition de Frontier Communications par Verizon.
  • Les principales publications du jour : The PNC Financial Services GroupState Street CorporationM&T Bank CorporationRegions Financial

D’Asie et d’ailleurs

Le reste de l’agenda mondial des publications ici.

Lectures

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