La bourse, c’est un peu comme l’histoire : une succession de dominations. Celle du secteur technologique dure depuis trois décennies et n’a cessé de prendre du poids. Elle se retrouve contestée à intervalle réguliers, plus ou moins fortement, mais finit toujours par triompher. Acheter des grosses technologiques américaines est toujours le pari le plus embouteillé de la planète. L’irruption de l’intelligence artificielle générative n’a fait qu’accroître ce phénomène. L’IA crée aussi des convulsions qui chamboulent les modèles économiques et crée de nouvelle incertitudes. Les investisseurs y répondent en laissant les doigts dans le pot de confiture technologique tout en retournant explorer de bons vieux secteurs traditionnels. En parallèle, les Empires s’agitent pour conserver leur domination. C’est une autre des lames de fond qui façonnent les stratégies actuelles.
Ces périodes de bouleversement ne sont pas nouvelles. Elles s’inscrivent même dans une histoire longue, qui a peut-être commencé un 10 février pour l’Occident. Pas celui d’aujourd’hui, mais celui de 1763. Cette date n’est pas que la journée internationale des légumineuses de l’ONU (véridique). C’est aussi celle du Traité de Paris de 1763, l’accord qui mit fin à la guerre de Sept Ans. Un conflit que Winston Churchill baptisa « première guerre mondiale » et qui aboutit à la perte d’une grande partie de l’empire colonial français. Notamment les possessions en Amérique du Nord qui allaient du Canada au Golfe du Mexique d’Amérique. La France céda alors le titre honorifique de première puissance mondiale à la Grande-Bretagne. Mais les deux pays étaient exsangues financièrement, à force de ferrailler un peu partout. Londres décida alors d’accroître la pression fiscale sur les colonies nord-américaines, qui s’y opposèrent. Funeste décision, puisque vingt ans plus tard, un nouvel accord de Paris aboutit à l’indépendance des Etats-Unis. Un peu plus d’un siècle après, cette jeune nation allait à son tour dominer le monde, surtout après que les Européens se furent entretués à deux reprises en moins de 30 ans. Continuera-t-elle à le faire ? C’est l’un des enjeux de l’époque… qui trouve son origine 263 ans jour pour jour en arrière.
Mais revenons à nos moutons boursiers. L’Europe a poursuivi son ascension hier, faisant fi du bruit de fond un peu inquiétant en provenance des Etats-Unis. Une seule baisse en sept séances pour le Stoxx Europe 600, qui a donc signé un record à 621,41 points en clôture (il était monté un chouia plus haut en séance mercredi dernier, sans pouvoir tenir la distance). Le secret de l’indice ? Des secteurs traditionnels qui carburent : hausse à deux chiffres depuis le 1er janvier pour l’énergie, les matériaux de base et les utilités. Un seul secteur en berne, la consommation cyclique (luxe et automobile principalement). Aux Etats-Unis, le logiciel se rebiffe. Après avoir été étrillé la semaine dernière, le secteur des logiciels tente de remonter la pente en profitant d’un courant acheteur favorisé par la chute de certains titres. On ne rattrape pas les couteaux qui tombent, sauf des fois. Par exemple, Oracle a pris 4,7% vendredi et 9,6% hier, réduisant à 20% sa baisse en 2026. La volatilité reste élevée alors que les publications de résultats continuent, notamment dans ce secteur du logiciel malmené par la concurrence naissante de l’IA.
Le dollar reste sous surveillance. Les cambistes ont tiqué hier lorsque l’Agence Bloomberg a révélé que la Chine conseille à ses banques de réduire leur exposition à la dette des Etats-Unis. En parallèle, le conseiller économique de la Maison Blanche Kevin Hassett a laissé entendre que l’emploi allait se dégrader aux Etats-Unis dans les mois à venir, notamment à cause de l’évolution de la démographie. Cette déclaration a pesé lourdement sur le billet vert et a contribué à faire baisser le rendement du 10 ans US sous la barre des 4,20%. En effet, si le marché du travail se dégrade, la Fed aura moins de retenue à réduire ses taux. Hassett plaide évidemment pour sa paroisse, mais son discours porte. Le marché anticipe une nouvelle baisse de taux de la banque centrale américaine en juin, mais l’éventualité d’un assouplissement dès la réunion d’avril a pris un peu de poids (36,4% de probabilité, contre 24,5% la semaine dernière). Une première série de données « macros » aux Etats-Unis cet après-midi pourrait permettre d’affiner les paris, avant la double annonce très attendue (emploi mercredi et inflation vendredi).
L’actualité des entreprises est riche, avec les résultats de BP Plc, AstraZeneca, Barclays, Kering ou Philips ce matin en Europe. Aux Etats-Unis, sont attendus de grands classiques (Coca-Cola) et des entreprises qui seront scrutées de près pour leur exposition positive ou négative à l’IA (S&P Global, Robinhood, Datadog…).
Les marchés d’Asie-Pacifique sont bien orientés ce matin, à l’exception de l’Australie qui stagne. Le Nikkei 225 fête toujours la victoire aux législatives de la Première ministre Tanae Takaichi en progressant de 2,4%. Les gains sont plus modestes sur les autres places, notamment Hong Kong (+0,4%) et Séoul (+0,2%).
Le CAC 40 lance sa séance en hausse de 0,3% à 8 348 points. Le SMI gagne 0,2% à 13 544 points. Le Bel 20 s’enfonce de 0,6% à 5 540 points, grevé par AB Inbev.
Les temps forts économiques du jour
L’agenda :
- 07h30 : Taux de chômage (France)
- 14h30 : Ventes au détail (mensuel) (Etats-Unis)
- 14h30 : Prix à l’importation (mensuel) (Etats-Unis)
- 14h30 : Prix à l’exportation (mensuel) (Etats-Unis)
- 16h00 : Stocks des entreprises (mensuel) (Etats-Unis)
- 18h00 : Discours de Fed Hammack (Etats-Unis)
- 19h00 : Discours de Logan de la Fed (Etats-Unis)
- Le reste de l’agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d’avoir le temps réel) :
- Euro : 1,1907
- Once d’or : 5 023 USD
- Once d’argent : 81,25 USD
- Brent : 68,85 USD
- Spread Bund / OAT : 60 points (+0,05%)
- VIX : 17,36 (-0,4%)
- 10 ans US : 4,188%
- Bitcoin : 69 839 USD
Les principaux changements de recommandations
- 1&1 : UBS passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 27,90 EUR à 27,60 EUR.
- Aixtron : Jefferies passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 18,20 EUR à 27 EUR.
- Anheuser-Busch Inbev : ING Bank passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 56,18 EUR à 66,20 EUR.
- Aperam : AlphaValue/Baader Europe passe d’alléger à accumuler avec un objectif de cours relevé de 42,10 EUR à 53 EUR.
- Arkema : Goldman Sachs passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 51 à 71 EUR.
- Bénéteau : Bernstein reste à performance de marché avec un objectif de cours réduit de 9 à 8,30 EUR.
- Clariant : Goldman Sachs passe de neutre à vendre avec un objectif de cours relevé de 7,50 à 8 CHF.
- Drax Group : Goldman Sachs démarre le suivi à neutre avec un objectif de cours de 947 GBX.
- Givaudan : Goldman Sachs passe d’acheter à vendre avec un objectif de cours réduit de 4100 à 2900 CHF.
- Ilkka : Inderes passe d’accumuler à alléger avec un objectif de cours de 4 EUR.
- Ionos Group : UBS passe d’acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 40 à 28 EUR.
- Jungfraubahn Holding : Baader Helvea passe d’acheter à accumuler avec un objectif de cours relevé de 265 à 320 CHF.
- Kitron : SB1 Markets passe d’acheter à neutre avec un objectif de cours relevé de 70 à 85 NOK.
- L’Oréal : Oddo BHF maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 360 EUR à 398 EUR.
- Londonmetric Property : Goldman Sachs démarre le suivi à neutre avec un objectif de cours de 21000 GBX.
- LVMH : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation d’accumuler et réduit l’objectif de cours de 695 à 626 EUR.
- Pandora : DNB Carnegie passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 535 DKK à 700 DKK.
- Rockwool : DNB Carnegie passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 240 DKK à 230 DKK.
- Roche Holding : TD Cowen reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 375 à 415 CHF.
- Ryanair Holdings : Oddo BHF passe de surperformance à conserver avec un objectif de cours de 32,50 EUR.
- SIG Group : UBS maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 9,50 à 12,50 CHF.
- Stellantis : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 9,20 à 7 EUR.
- STMicroelectronics : Mizuho Securities maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 29 à 32 USD.
- Symrise : Goldman Sachs passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 70 à 83 EUR.
- Titan : Citi maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 56,10 EUR à 70 EUR.
- UniCredit : Morgan Stanley passe de pondération de marché à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 82,60 à 95,50 EUR.
- Watches of Switzerland Group : Investec maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 590 à 700 GBX.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l’ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Résultats des entreprises (les commentaires sont donnés à chaud et ne préjugent pas de l’évolution des titres)
- Antoine Arnault promu au comité exécutif de LVMH. Par ailleurs, le groupe nomme Véronique Courtois PDG de Parfums Christian Dior et de la division beauté.
- Alstom met en service 76 véhicules légers Flexity à Toronto.
- STMicroelectronics présente le premier microcontrôleur automobile avec un accélérateur d’IA pour l’intelligence embarquée.
- Eurazeo annonce aujourd’hui le premier closing de son fonds Eurazeo Sustainable Maritime Infrastructure II à hauteur de 175 millions d’euros.
- Les salariés d’Ubisoft en grève du 10 au 12 février pour protester contre le plan de départ volontaire et la stratégie du groupe.
- Casino ne fera pas appel de sa condamnation pénale de 40 MEUR (dont 20 MEUR avec sursis).
- Audacia a levé 8 MEUR bruts à 4,05 EUR par action, via une augmentation de capital.
- Lumibird va équiper des radars de Rheinmetall.
- Stif vante l’activité commerciale dynamique de sa filiale asiatique dans le stockage d’énergie par batterie.
- AB Science obtient un statut clé de la FDA pour Masivet chez le chien.
- Les principales publications du jour : Viel, Assystem, Hexaom, Haulotte, Lacroix… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D’Europe
- Résultats des entreprises (les commentaires sont donnés à chaud et ne préjugent pas de l’évolution des titres)
- AstraZeneca prévoit une croissance de ses ventes et de ses bénéfices en 2026.
- BP Plc annonce des profits conformes aux attentes au quatrième trimestre 2025 mais suspend son rachat d’actions.
- Barclays affiche une hausse annuelle de 12% de son bénéfice et annonce de nouveaux objectifs.
- Phillips améliore ses résultats, revoit ses ambitions de revenus 2026 à la baisse et dévoile ses objectifs 2028.
- TUI dépasse les prévisions de bénéfice opérationnel au premier trimestre 2026.
- AMS-Osram lance un nouveau plan d’économies visant 2 000 salariés.
- Var Energi maintient son dividende après des bénéfices trimestriels supérieurs aux prévisions.
- UBS a pour option privilégiée d’être une banque mondiale basée en Suisse, selon son CEO, après les rumeurs d’un éventuel départ aux USA.
- De Beers devrait être vendu à un consortium comprenant l’Etat du Botswana, selon le directeur général d’Anglo American au FT.
- BBVA annonce son intention de proposer Jordi Montalbo comme membre indépendant du conseil d’administration.
- Standard Chartered change de directeur financier après le départ surprise du titulaire.
- UniCredit achève son programme de rachat d’actions de 1,77 MdEUR.
- La FDA met en cause Novo Nordisk pour publicité télévisée mensongère.
- AP Moller Maersk commande huit grands navires à la société chinoise New Times Shipbuilding.
- Aedifica investit près de 30 millions d’euros dans le développement de trois établissements de soins en Allemagne et en Finlande.
- Subsea 7 remporte un contrat en Méditerranée.
- Les principales publications du jour : AstraZeneca, BP Plc, Barclays, Ferrari, Kering, Philips, Coca-Cola Hellenic, Mediobanca…
D’Amérique du Nord
- Alphabet a attiré beaucoup d’investisseurs dans le cadre d’un placement obligataire de 20 MdsUSD, et prévoit de placer une obligation à 100 ans en livre sterling, ainsi qu’une opération en franc suisse.
- Amazon discuterait avec les éditeurs d’une place de marché dédiée au contenu IA, selon The Information.
- Meta et YouTube (Alphabet) en procès en Californie pour avoir organisé l’addiction de jeunes utilisateurs.
- Salesforce a discrètement licencié des employés dans le cadre d’une nouvelle vague de réductions d’effectifs, selon Business Insider.
- Les principales publications du jour : The Coca-Cola Company, Gilead Sciences, S&P Global, Welltower, Spotify, Robinhood, Duke Energy, Marriott International, Ecolab, Cloudflare, Ford Motor, Edwards Lifesciences, Datadog, American International Group, Fiserv…
D’Asie et d’ailleurs
- Macquarie Group séduit avec de bons trimestriels.
- Le chiffre d’affaires de TSMC bondit de 37% en janvier.
- BYD conteste les droits de douane américains sur les automobiles dans le cadre d’un procès.
- Les ventes de produits Pop Mart dépassent les 400 millions d’unités en 2025.
Les principales publications du jour : SMIC, MediaTek, Titan Company, Honda Motor, Hua Hong Semiconductor, CSL Limited, James Hardie…
Le reste de l’agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Les dirigeants du Congrès sont de magnifiques investisseurs (Klement on Investing).
- Claude AI pourrait aggraver encore davantage le phénomène de pensée collective chez les analystes (Bloomberg).
- Engie toujours empêtré dans les tergiversations belges sur le nucléaire (L’Echo).
- Comment se prémunir contre une bulle spéculative, édition IA (The Economist).
- Les inégalités extrêmes portent les graines de leur propre destruction (Noéma).
- La Maison Blanche veut encadrer l’impact des datas centers sur l’énergie, l’eau et le réseau (Politico).
- Le grand pivot américain du minage de bitcoins vers l’IA (FT Alphaville).
- D’où vient le nom « Montmartre » ? (Historia).
- La révolution du commerce agentique en quatre questions (Les Echos).
- L’usine chinoise qui s’est implantée aux Etats-Unis et a écrasé ses concurrents (Wall Street Journal).
- Moltbook, Pokémon, même combat ? (MIT Technology Review).

