Après un début de semaine très difficile pour les indices européens, la journée de mercredi a offert un peu de répit. Les seules séances de lundi et mardi avaient effacé presque tous les gains accumulés depuis le début de l’année. Mercredi, le CAC 40 a repris 0,8%, le Dax et l’Euro Stoxx 50 1,7%. A Wall Street, la séance a aussi été positive, pour un peu tous les secteurs, et en particulier les semiconducteurs.
Si ce mouvement est en partie un rebond technique (notamment en Europe), les marchés ont aussi réagi à un article du New York Times indiquant que des agents du renseignement iranien auraient approché la CIA, de manière indirecte, pour engager des discussions afin de mettre fin au conflit. Je ne sais pas vraiment quelle importance accorder à cette information, sachant que les responsables iraniens en question sont peut-être morts depuis, et que Donald Trump a lui-même indiqué que l’heure n’est plus à la négociation.
Ce qui est certain, c’est que les prix du pétrole et du gaz ont reculé hier, et que cela a offert un peu de répit aux actions. Les différentes déclarations des membres de l’administration Trump, évoquant des mesures pour sécuriser la navigation dans le Golfe Persique, ont aussi aidé sur ce front. Nous verrons juste après que cette accalmie a été de courte durée.
L’autre élément qui a soutenu Wall Street hier, ce sont les chiffres macro. Le rapport du cabinet ADP a fait état de 63 000 créations d’emplois dans le secteur privé en février. Puis, l’ISM manufacturier est ressorti à 52,4 points, soit le deuxième mois d’expansion pour cet indice après 10 mois de contraction. L’ISM des services s’est quant à lui affiché à 56,1, soit son plus haut niveau depuis octobre 2024. Des données qui vont plutôt dans le sens d’une économie américaine où la croissance accélère.
Mais ça, c’est lorsqu’on regarde dans le rétroviseur. L’horizon, lui, s’est un peu assombri pour les marchés.
Au début de l’année, les investisseurs anticipaient une nouvelle année positive pour les actions. Le consensus tablait sur une progression des indices à deux chiffres, en Europe comme aux Etats-Unis. Wall Street devait bénéficier des baisses de taux de la Fed, des dépenses d’investissement dans l’IA, et du plan de baisses d’impôts de Donald Trump (le fameux One Big Beautiful Bill). L’Europe, de son côté, devait profiter de la relance allemande, de la hausse des budgets militaires, et plus tactiquement d’une diversification vis-à-vis des Etats-Unis.
Ça, c’était le plan initial. Mais évidemment, le plan ne se déroule jamais sans accrocs, comme le soulignait régulièrement le fameux philosophe de la castagne Hannibal Smith. Dans le monde de la finance, on dit que « le consensus a toujours tort ». Le premier train qui a déraillé, c’est l’IA. Un thème qui a porté la hausse des indices actions depuis la sortie de ChatGPT, fin 2022. Et qui, depuis le début de l’année, est devenu un déclencheur de purges. En effet, de nombreux secteurs sont désormais vus comme des perdants de l’IA. Et les sanctions ont été brutales, au fur et à mesure des annonces de nouvelles fonctionnalités par les start-ups du secteur. Le robinet du financement coule toujours à flots, mais la carte des gagnants et des perdants a pris feu.
Depuis ce week-end, c’est un autre élément du bull case qui est complètement remis en cause : les baisses de taux des banques centrales. La guerre au Moyen-Orient a fortement perturbé la navigation dans le détroit d’Ormuz (par lequel transite en temps normal environ 20% du pétrole mondial, et la même proportion de GNL), provoquant une envolée des prix de l’énergie. Et qui dit hausse des prix de l’énergie dit problème inflationniste.
Dans ce choc, c’est l’Europe qui est en première ligne, car c’est l’une des zones les plus dépendantes des importations pour sa consommation énergétique. Jusqu’ici, le scénario central était un statu quo de la BCE en 2026. Mais la possibilité de remonter les taux cette année est désormais sur la table.
Pour la Fed, le point de départ est un peu différent. L’inflation est toujours « quelque peu élevée », pour reprendre le langage officiel, c’est-à-dire entre 2,5 et 3%. Les membres de la Fed anticipaient toutefois quelques baisses de taux supplémentaires en 2026, grâce à un reflux progressif de l’inflation. Mais si la hausse des prix de l’énergie est durable, la Fed va perdre tout ou partie de sa marge de manœuvre.
Ce contexte a d’ores et déjà entraîné une forte remontée des taux d’intérêt cette semaine, ce qui est plutôt négatif pour les actions. Et pour être complet (et ne rien arranger en l’occurrence), un choc énergétique ce n’est pas juste plus d’inflation, c’est aussi moins de croissance. Parce que des prix plus élevés détruisent de la demande. Les économistes parlent d’un choc stagflationniste.
L’objectif de cette chronique n’est pas de plomber le moral de tout le monde, mais simplement de souligner que le narratif a complètement changé en deux mois. L’horizon était assez dégagé en début d’année, il est désormais un peu bouché. Dit autrement, une nouvelle année de hausse à deux chiffres pour le S&P 500 semble maintenant moins évidente.
La séance du jour sera animée par une prise de parole de Christine Lagarde et les inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage aux Etats-Unis. Du côté des entreprises, les résultats de Costco et de Marvell seront particulièrement suivis. Hier soir, les trimestriels de Broadcom, une des plus grandes entreprises américaines, qui plus est estampillée du petit tampon « IA », ont rassuré : après avoir hésité, le titre prenait plus de 5% hors séance. Sur le front pétrolier, la détente a été de courte durée : les cours sont remontés en flèche avec les signaux de tensions sur l’offre qui pullulent. Hausse du prix des produits raffinés par-ci, flambée des prix du gaz par là, restrictions à l’export de produits dérivés du pétrole ailleurs. Pour couronner le tout, la Chine a demandé à ses raffineurs de suspendre leurs exportations de diesel et d’essence. Après des hésitations hier, le Brent revient titiller les 85 USD le baril ce matin.
Les marchés d’Asie-Pacifique rebondissent après avoir été pulvérisés hier. La palme revient une fois de plus à la Corée du Sud, où le KOSPI prend 9% après avoir plongé de 12% la veille. Pas besoin d’acheter des produits à effet de levier là-bas : les produits classiques s’en chargent. Tokyo remonte de 2,2%, pendant que Sydney et Bombay limitent leur reprise à 0,5%. En Chine, Hong Kong et le continent sont en progression modérée, après l’annonce des nouveaux objectifs de Pékin. La cible de croissance est fixée dans la fourchette 4,5 à 5%. Les optimistes notent que cela reste relativement élevé. Les pessimistes que c’est le plus bas niveau depuis la création du World Wide Web et de la Guerre du Golfe, pour rester dans l’air du temps. C’était en 1991.
Le CAC 40 rend 0,4% à 8 138 points à l’ouverture. Le SMI lâche 0,3% à 13 471 points. Le Bel 20 avance en revanche de 0,2% à 5 323 points.
Les temps forts économiques du jour
L’agenda macro :
- 08h45 : Production industrielle (France)
- 09h00 : Taux de chômage (Suisse)
- 11h00 : Ventes au détail (Zone Euro)
- 13h30 : Comptes de la réunion de la politique monétaire de la BCE (Zone Euro)
- 14h30 : Inscriptions hebdomadaires au chômage (Etats-Unis)
- 14h30 : Prix à l’importation (mensuel) (Etats-Unis)
- 14h30 : Prix à l’exportation (mensuel) (Etats-Unis)
- 18h00 : Discours de la présidente de la BCE Lagarde (Zone Euro)
- Le reste de l’agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d’avoir le temps réel) :
- Euro : 1,161
- Once d’or : 5 176 USD
- Once d’argent : 84,6 USD
- Brent : 84,16 USD
- Spread Bund / OAT : 60 points (-6%)
- VIX : 21,15 (-2,4%)
- 10 ans US : 4,12%
- Bitcoin : 72 500 USD
Les principaux changements de recommandations
- Adecco Group : Goldman Sachs reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 42,50 à 36,40 CHF.
- Adidas : Deutsche Bank reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 230 à 200 EUR. Jefferies reste à accumuler avec un objectif de cours réduit de 220 à 190 EUR.
- Airbus : Citi passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 208 à 217 EUR.
- Aker BP : JP Morgan passe de sous-pondérer à neutre avec un objectif de cours relevé de 228 NOK à 308 NOK. ABG Sundal Collier passe de conserver à vendre avec un objectif de cours de 260 NOK.
- Alfa Laval : Morgan Stanley passe de sous-pondérer à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 466 à 500 SEK.
- ASM International : Goldman Sachs maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 795 à 835 EUR. HSBC maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 818 à 891 EUR.
- Athens International Airport : Barclays passe de sous-pondérer à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 10,10 EUR à 10,20 EUR.
- CSG : JP Morgan démarre le suivi à surpondérer avec un objectif de cours de 40 EUR. Morgan Stanley démarre le suivi à surpondérer avec un objectif de cours de 42 EUR. BNP Paribas démarre le suivi à surperformance avec un objectif de cours de 37 EUR.
- Engie : UBS reprend le suivi à l’achat avec un objectif de cours relevé de 26 EUR à 31 EUR.
- Galp Energia : UBS reprend le suivi à l’achat avec un objectif de cours relevé de 17,50 EUR à 21,50 EUR.
- Kering : Bernstein passe de sous-performance à performance de marché avec un objectif de cours réduit de 250 à 235 EUR. CLSA passe d’alléger à conserver avec un objectif de cours relevé de 147 à 243 EUR.
- Kuehne Und Nagel : UBS reste à neutre avec un objectif de cours relevé de 161 à 177 CHF.
- LVMH : CLSA reste à accumuler avec un objectif de cours réduit de 636 à 630 EUR.
- Medincell : Jefferies reste à accumuler avec un objectif de cours réduit de 50 à 43 EUR.
- Planisware : UBS reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 28 à 20 EUR.
- Scor : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation accumuler et réduit l’objectif de cours de 36,50 EUR à 35,70 EUR. Citi maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 31,76 EUR à 34,30 EUR.
- Softcat : UBS passe de vendre à conserver avec un objectif de cours réduit de 1 450 GBX à 1 225 GBX.
- Tf1 : Barclays passe de pondération de marché à sous-pondérer avec un objectif de cours réduit de 9 à 7 EUR.
- Thales : Intesa Sanpaolo passe de sousperformance à neutre avec un objectif de cours relevé de 230 à 260 EUR.
- Totalenergies : UBS maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 69 EUR à 75 EUR.
- Traton : Pareto Securities passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 320 à 380 SEK.
- Vistry Group : Barclays passe de pondération de marché à sous-pondérer avec un objectif de cours réduit de 715 GBX à 432 GBX. Stifel passe de conserver à acheter et réduit l’objectif de cours de 670 GBX à 610 GBX.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l’ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Stellantis et Toyota sont absents du pool carbone de Tesla pour 2026 dans l’UE.
- Totalenergies vendrait du brut d’Oman à Exxon au plus haut premium depuis août 2022, selon Reuters.
- Capgemini et McDonald’s renouvellent leur partenariat.
- Air France prolonge la suspension de ses vols vers le Moyen-Orient.
- Tensions en régions autour des trains hydrogène d’Alstom, selon La Lettre.
- EQT et Eurazeo parmi les finalistes pour gérer le fonds Scaleup européen de 5 milliards d’euros.
- Le Chili poursuit Eramet, accusé d’entraver un projet d’extraction de lithium.
- Soitec va fournir des plaques POI pour la plateforme Sky5 de Skyworks.
- Patrimoine et Commerce n’est suivi que par l’un de ses deux financeurs dans le cadre d’une levée de fonds, qui lui permet de récupérer 10 MEUR au lieu des 30 MEUR prévus.
- BigBen Interactive ouvre une procédure de conciliation pour restructurer sa dette.
- Valdunes (Europlasma) a remporté un appel d’offres international pour fournir 720 roues destinées aux trains d’une société de transport public en Amérique latine dans le cadre d’un contrat pluriannuel.
- Adomos a regroupé 10 000 actions anciennes en 1 nouvelle.
- Les principales publications du jour : GL Events, Immobilière Dassault, Savencia… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D’Europe
- Un juge du Missouri donne son feu vert initial à l’accord de 7,25 MdsUSD sur le Roundup de Bayer.
- Merck KGaA prévoit jusqu’à 9,8% de baisse de son EBITDA ajusté 2026.
- Reckitt Benckiser affiche une hausse du bénéfice net attribuable et du chiffre d’affaires pour l’exercice 2025.
- Galderma enregistre une hausse de son bénéfice net et de ses ventes en 2025.
- Deutsche Post enregistre une baisse du bénéfice net 2025.
- Aviva enregistre une hausse de son bénéfice et de ses revenus d’assurance pour l’exercice 2025.
- Renk publie un chiffre d’affaires annuel conforme aux attentes, hausse du dividende.
- Nexi dégage un EBITDA annuel de 1,90 MdEUR.
- L’exposition de Banco Santander à la société de prêts en faillite MFS dépasse 200 millions de livres, selon Bloomberg.
- Banca Monte dei Paschi di Siena a proposé trois candidats au poste de directeur général.
- Hapag-Lloyd suspend toute réservation vers et depuis le Golfe persique.
- Shell et Cosan mettent fin aux discussions de sauvetage de Raizen en raison d’un désaccord sur le financement.
- Skanska investit dans un terrain pour un projet résidentiel à Varsovie, Pologne.
- Davide Campari ne constate aucun impact significatif de la crise au Moyen-Orient à ce stade, selon son PDG.
- KKCG Maritime reçoit le feu vert de l’Italie pour l’acquisition d’actions Ferretti.
- Wizz Air anticipe un impact de 50 MEUR sur le bénéfice net de l’exercice 2026 en raison des perturbations au Moyen-Orient.
- Bossard annonce un EBIT ajusté de 112 MCHF pour l’exercice 2025.
- Better Collective lance un programme de rachat d’actions.
- Avolta obtient une prolongation de sept ans de son contrat de duty-free avec l’aéroport de Zurich.
- PSI Software est retiré du SDAX.
- Les principales publications du jour : Merck KGaA, DHL Group, Reckitt Benckiser, Galderma, Universal Music, Aviva, Snam, Elia Group, Rentokil Initial, Admiral Group…
D’Amérique du Nord
- Broadcom gagnait 5% hors séance après ses trimestriels.
- Morgan Stanley va supprimer environ 2 500 postes, soit 3% de ses effectifs, selon le WSJ.
- CoreWeave signe un partenariat pluriannuel avec Perplexity pour l’inférence IA.
- IG Metall n’obtient pas la majorité lors de l’élection du comité d’entreprise de Tesla en Allemagne.
- Amazon supprime des emplois dans sa division robotique, selon Business Insider.
- Johnson & Johnson lance le site J&J Direct pour vendre des médicaments directement aux consommateurs américains.
- Les principales publications du jour : Costco Wholesale, Canadian Natural Resources, Marvell Technology, Fastenal, Ciena Corporation, Kroger, Endeavour Mining…
D’Asie et d’ailleurs
- Mitsubishi Heavy Industries vise un chiffre d’affaires nucléaire record alors que le Japon accélère la relance des réacteurs.
- Nvidia réalloue des capacités de production chez TSMC depuis des puces H200 vers son matériel de prochaine génération Vera Rubin, selon le FT.
- Honda Motor va lancer la vente de deux véhicules fabriqués aux Etats-Unis au Japon.
- Shin-Etsu va investir 3,4 MdsUSD pour accroître la production de matières premières du PVC aux Etats-Unis.
- Takeda Pharmaceutical va supprimer 400 emplois aux Etats-Unis et investir dans les produits sanguins.
- Les principales publications du jour : China Unicom, Petrobras, United Microelectronics…
Le reste de l’agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Les retraites européennes représentent une opportunité manquée de 30 000 milliards de dollars (The Economist).
- Comment 250 ans d’immigration ont façonné l’Amérique (The Economist, bis).
- La guerre du futur ? Des drones qui bombardent des centres de données (Intelligencer).
- Géopolitique comportementale : ce que cela signifie pour la Chine, la Russie et l’UE (Klement on Investing).
- « Nous avons sous-estimé la violence du choc en train de s’abattre sur nous » : le Bade-Wurtemberg, le Land modèle confronté à l’effondrement de son économie (Le Monde).
- Comment Sánchez est devenu l’ennemi juré de Trump en Europe (Financial Times).
- 80 ans du discours de Fulton de Churchill (Le Grand Continent).
- Une chance incroyable, des tours gratuits : il fait bon être influenceur au casino crypto (Bloomberg).
- Pourquoi Trump ne fait presque plus de conférence de presse dans le Bureau Ovale ? (Politico)
- Après Powell, la Fed peut-elle rester indépendante ? (Wall Street Journal)


