Equities – A l’ère des distorsions monétaires

234
0
Share:

Par Pascal Hügli, Schlossberg & Co

Entre l’endettement record des pays occidentaux, les largesses des banques centrales et les taux d’intérêt au plus bas, le retour des investisseurs sur les actifs risqués crée un environnement incertain. Face à ce qu’il qualifie de « mère de toutes les bulles », Pascal Hügli préconise le recours aux algorithmes, ne serait-ce que pour une lecture plus rationnelle des marchés.

La lutte contre la pandémie se poursuit. Les vaccins et la progression à marche forcée des campagnes vaccinales laissent espérer un retour à la normale rapide. L’économie continue aussi d’être soutenue par les gouvernements à coup de milliards, ce qui ne fait qu’accentuer un peu plus l’endettement des pays occidentaux. Les Etats-Unis remportent la palme avec le nouveau programme de relance de 1900 milliards de dollars proposé par l’administration Biden alors que la dette américaine représente déjà 133% du produit intérieur brut. Au sein de l’OCDE, le niveau d’endettement mesuré par rapport au PIB n’est guère plus réjouissant. Il se situe à plus de 120%, du jamais vu depuis la fin de la seconde Guerre mondiale.

Cela fait longtemps que ces montagnes de dettes ne sont plus financées par les impôts, mais par de l’argent frais. En 2020, la Réserve fédérale américaine a acheté 55% des bons du Trésor américain. Cette année, la Banque centrale européenne devrait monétariser pas moins de 98% des émissions obligataires en circulation des pays européens.
Ces émissions d’argent frais produisent des effets indésirables, notamment pour les marchés financiers et les épargnants. En effet, la monétarisation de la dette publique a débouché sur des taux d’intérêt nuls dans les pays développés, voire négatifs comme dans le cas de la Suisse. En conséquence, pour atteindre les rendements fixés dans leurs objectifs de prévoyance, les investisseurs doivent se tourner vers des placements plus risqués. L’irrésistible ascension des marchés actions de ces dernières années est la conséquence directe de ces distorsions monétaires. En effet, plus les taux d’intérêt des emprunts d’Etat supposément non risqués baissent, plus les valorisations des actions, de l’immobilier et de toutes les autres classes d’actifs augmentent.

Par rapport à la bulle Internet des années 2000, nous nous trouvons aujourd’hui face à la «mère de toutes les bulles». En témoignent les crypto-actifs, dont l’évolution est également portée par la monétarisation de la dette par les banques centrales. Dernier exemple en date, la société américaine cotée MicroStrategy a récemment émis des «junk bonds» pour acheter du Bitcoin. Un petit pourcentage de ces titres fait partie de l’ETF SPDR Bloomberg Barclays High Yield Bond que la Réserve fédérale a acheté dans le cadre de son programme de soutien. Donc, même la Fed en arrive à financer les crypto-actifs.

La valorisation astronomique des actions et autres actifs est portée par la liquidité bon marché des banques centrales. En effet, si l’on compare l’expansion du bilan des grandes banques centrales aux indices boursiers, l’évolution du S&P 500 apparaît en fait relativement décevante.

Alors, comment investir de manière rationnelle en cette période de «mère de toutes les bulles»? Une solution prometteuse est apportée par les algorithmes encadrés qui permettent d’éviter les réactions émotionnelles excessives. C’est d’autant plus important que les marchés financiers, habitués aux distorsions, ont tendance à se laisser guider par les émotions et à tirer des conclusions hâtives.

Les algorithmes intelligents en auto-apprentissage permettent aux investisseurs de maximiser leur temps sur les marchés et de profiter au mieux de l’inflation continue du prix des actifs alimentée par la monétarisation de la dette. Mais dans la mesure où ces algorithmes peuvent réagir rapidement aux chocs de taux et aux accès de volatilité et les anticiper correctement, les capitaux des investisseurs peuvent être réaffectés ou couverts rapidement.

Les algorithmes de ce type ont prouvé leur efficacité à de multiples reprises. En effet, ils sont en mesure d’identifier une correction des marchés actions comme celle que nous avons connue en mars 2020 lorsque la pandémie s’est propagée dans le monde entier. Les avoirs des clients sont alors rapidement couverts et relativement épargnés par l’effondrement des cours. De même, des algorithmes sophistiqués peuvent permettre aux investisseurs de prendre leurs bénéfices pendant la hausse des taux d’intérêt comme celle que nous avons connue au premier semestre en délaissant rapidement les actions de croissance au profit des titres «value».

Pascal Hügli dirige la recherche chez Schlossberg&Co, société de gestion d’actifs suisse. Son expertise englobe les marchés financiers, l’environnement macroéconomique et l’évolution des actifs numériques. Il a co-signé l’ouvrage intitulé «Ignorieren auf eigene Gefahr: die neue dezentrale Welt von Bitcoin und Blockchain» – « Ignorez-le à vos risques et périls : le nouveau monde décentralisé du bitcoin et de la blockchain ». Pascal enseigne également la finance digitale et les crypto-actifs à la Haute école d’économie de Zurich. Il est titulaire d’une licence en économie politique et philosophie de l’université de Zurich.

Share: