C’est désormais le rituel du début de nos journées : regarder où sont les prix du pétrole. Ce matin, le baril de Brent est en légère progression, autour des 105 dollars, alors que les Etats-Unis ont visé l’île de Kharg ce week-end. Un petit territoire qui permet à l’Iran d’exporter la quasi-totalité de son pétrole. C’est la première frappe américaine sur ce point très stratégique. Pour l’heure, seules des installations militaires ont été ciblées, mais Donald Trump a menacé de nouvelles frappes si l’Iran continuait à riposter. Axios pense même qu’un scénario de prise de contrôle du terminal est à l’étude au Pentagone.
Vous l’aurez compris, l’heure n’est toujours pas à l’apaisement. En attendant, chaque jour qui passe ne fait qu’accroître le coût pour l’économie mondiale. Samedi, Donald Trump a appelé la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud, et la Grande-Bretagne à venir aider à rouvrir la navigation dans le détroit d’Ormuz. Mais visiblement, personne ne se précipite. Le Japon a déjà décliné. Si la France, qui préside actuellement le G7, cherche à bâtir une coalition, tout le monde veut des garanties avant d’engager des équipements coûteux dans le détroit. Ce sera à n’en pas douter l’un des sujets majeurs de la semaine.
Le conflit au Moyen-Orient est donc entré dans sa troisième semaine. Trois semaines à suivre les tirs de missiles, les attaques de drones, les pétroliers en feu… Et je voudrais profiter de cette chronique pour rappeler que nous ne sommes qu’à la mi-mars. Je vais donc faire un petit rappel de tout ce que nous avons traversé en 2026 : l’enlèvement de Nicolas Maduro, les menaces d’annexion du Groenland, les craintes de disruption par l’IA, les inquiétudes sur le crédit privé, et donc maintenant un conflit au Moyen-Orient. Le tout en seulement 10 semaines. Il y a quelques jours, mon confrère de Bloomberg, Jonathan Ferro, parlait à juste titre du « plus long premier trimestre de l’histoire des premiers trimestres ».
Du point de vue médiatique, une actualité chasse l’autre et la guerre et ses conséquences prennent évidemment le pas sur tout le reste. Mais pour les marchés, les crises s’additionnent les unes aux autres. Et c’est là tout le problème. Je vais prendre deux exemples pour l’illustrer. Le crédit privé a connu un essor fulgurant en quelques années, et on commence désormais à voir des craquements. Mais tant que l’économie va bien, les dégâts sont limités. En revanche, s’il y a un ralentissement, voire une récession, les taux de défaut remontent et le sujet peut devenir systémique. Autre exemple : la Fed peut baisser les taux pour faire face à un ralentissement du marché de l’emploi… sauf si une crise énergétique fait repartir l’inflation. Conclusion : tous ces chocs sont gérables indépendamment, les choses se compliquent si tout arrive simultanément.
Les investisseurs font donc face à un « mur des craintes ». La bonne nouvelle, c’est que c’est un peu la logique même des marchés actions. Des marchés qui sont toujours dans l’anticipation et qui doivent prendre en compte tous les risques devant eux. Et au final, les actions montent au fur et à mesure que les hypothèses les plus sombres sont levées. Autrement dit, on commence par anticiper la fin du monde et on se rend compte petit à petit qu’on ne va pas tous mourir (en tout cas pas tout de suite).
Le schéma que je décris ici ne correspond pas tout à fait à la situation actuelle puisque la baisse des indices actions est limitée : -4% pour le S&P 500 et -6% pour le Stoxx 600 sur le mois de mars. Mais la logique reste valable. Tous les motifs d’inquiétude à un instant T sont autant de bonnes raisons d’acheter dans le futur, si la situation s’améliore.
C’est ce qui s’était passé en 2022, pour prendre un contexte un peu similaire. C’est aussi ce que nous avons connu l’année dernière avec les droits de douane. Début avril, il fallait se préparer à une récession, au retour de l’inflation… bref à tous les mots qu’on n’aime pas et qui finissent en « tion » (ou « sion »). Puis, il y a eu des reculades de Donald Trump, des accords commerciaux, et l’IA pour continuer à porter la croissance américaine.
Cette semaine sera marquée par les réunions des principales banques centrales. C’est même un feu d’artifice puisque nous aurons dans l’ordre la Banque d’Australie, la Fed, la Banque du Japon, la Banque Nationale Suisse, la Banque d’Angleterre et la BCE. Toutes devraient opter pour un statu quo, le temps d’y voir plus clair. La situation actuelle les place en effet dans une position très délicate : une crise énergétique se traduit à la fois par moins de croissance et plus d’inflation. Le marché, de son côté, a rangé aux placards les baisses de taux. Les investisseurs n’attendent plus aucune baisse de taux de la Fed en 2026. Pour la BCE, le balancier est déjà reparti de l’autre côté : le marché pronostique désormais deux hausses de taux d’un quart de point d’ici à la fin de l’année.
Dans le reste de l’actualité :
- Le prix du pétrole brut a renforcé ses positions au-dessus de 100 USD, alors que les Etats-Unis ont frappé des sites militaires sur l’île de Kharg, le cœur du dispositif d’exportation du pétrole iranien. Donald Trump envisagerait même une saisie du terminal pétrolier, selon Axios. Le Financial Times croit lui savoir que les ministres des Affaires étrangères de l’UE discuteront aujourd’hui d’un élargissement potentiel de la mission Aspides, qui protège actuellement les navires contre les Houthis en mer Rouge, pour inclure le détroit d’Ormuz.
- L’Agence internationale de l’énergie a indiqué que les 400 millions de barils de pétrole que ses pays membres ont promis de débloquer de leurs réserves stratégiques seront mis sur les marchés avec effet immédiat pour les membres d’Asie-Océanie et à la fin du mois pour l’Europe et les deux Amériques.
- Bahreïn gèle une partie de la production d’aluminium de la plus grande fonderie du monde, pour préserver ses stocks de matière première.
- Le Secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, et le vice-Premier ministre chinois, He Lifeng, préparent en ce moment à Paris la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump, prévue dans deux semaines à Pékin. Le président américain a laissé flotter la menace d’une annulation du sommet à cause de la situation à Ormuz, notamment si la Chine n’aide par à sécuriser le détroit.
- En Chine justement, la croissance de la production industrielle du pays a été plus dynamique que prévu sur la période janvier-février. Les ventes au détail étaient elles aussi plus vigoureuses que ce que prévoyaient les économistes.
- Sur l’agenda macro : c’est la semaine des banques centrales. La Fed, la BCE, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon, la Banque d’Australie et la Banque Nationale Suisse doivent toutes ajuster leur politique monétaire (ou pas) dans les jours qui viennent.
- Sur l’agenda des sociétés : quelques retardataires en vue, notamment Tencent, Micron, Alibaba ou Accenture.
En Asie Pacifique, les indices boursiers sont majoritairement en baisse modérée. Moins de 0,5% de repli au Japon, en Australie, en Inde et à Taiwan. Deux exceptions toutefois : Hong Kong où le Hang Seng prend 1,5% après le sursaut de l’économie chinoise, et la Corée du Sud (+1,1%), avec la reprise des valeurs technologiques. Les marchés occidentaux vont tenter de rebondir après une semaine négative, en espérant que les tensions énergétiques se calment dans les jours à venir.
Le CAC40 démarre en hausse de 0,21% à 7 928 points. Le SMI recule de 0,1% à 12 821 points. Le Bel 20 gagne 0,25% à 5 122 points.
Les temps forts économiques du jour
L’agenda macro :
- 03h00 : Ventes au détail (Chine)
- 03h00 : Production industrielle (Chine)
- 13h30 : Ventes au détail (Etats-Unis)
- 13h30 : Indice Empire State Manufacturing (Etats-Unis)
- 13h30 : Taux d’inflation (Canada)
- 14h15 : Production industrielle (Etats-Unis)
- 15h00 : Stocks des entreprises (Etats-Unis)
- 15h00 : Indice du marché de logement NAHB (Etats-Unis)
- Le reste de l’agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d’avoir le temps réel) :
- Euro : 1,1445
- Once d’or : 5 018 USD
- Once d’argent : 80,30 USD
- Brent : 104,63 USD
- Spread Bund / OAT : 69 points (+3,1%)
- VIX : 27,19 (-0,1%)
- 10 ans US : 4,26%
- Bitcoin : 74 026 USD
Les principaux changements de recommandations
- Abivax : Jefferies démarre le suivi à l’achat avec un objectif de cours de 160 USD.
- Adidas : CITIC Securities maintient sa recommandation d’achat et réduit l’objectif de cours de 221 à 170 EUR.
- Airbus : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 195 à 190 EUR.
- Argenx : UBS maintient sa recommandation neutre et réduit l’objectif de cours de 900 à 850 USD.
- Bayer : UBS passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 48 à 52 EUR.
- Beiersdorf : Morgan Stanley passe de pondération de marché à souspondérer et réduit l’objectif de cours de 84 EUR à 77 EUR.
- D’Ieteren : Jefferies maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 228 EUR à 235 EUR.
- Elior : Goldman Sachs maintient sa recommandation neutre et réduit l’objectif de cours de 3,10 EUR à 2,95 EUR.
- Eni : Zacks passe de sousperformance à neutre avec un objectif de cours relevé de 37 USD à 53 USD.
- Eurazeo : Goldman Sachs maintient sa recommandation d’achat et réduit l’objectif de cours de 83 EUR à 72 EUR.
- Gea Group : Landesbank Baden-Wuerttemberg passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 64 à 70 EUR.
- Gecina : Kempen passe de neutre à acheter avec un objectif de cours réduit de 87 à 80 EUR. UBS reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 90 à 80 EUR.
- Icade : UBS maintient sa recommandation de vente et réduit l’objectif de cours de 19 EUR à 17,50 EUR.
- ID Logistics : Bernstein reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 530 à 495 EUR.
- Interroll Holding : UBS reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 2 500 à 2 295 CHF.
- Ipsen : BNP Paribas passe de sousperformance à neutre avec un objectif de cours relevé de 115 à 160 EUR.
- K+S : Scotiabank passe de performance de secteur à sousperformance avec un objectif de cours relevé de 13,50 EUR à 14,50 EUR.
- LVMH : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 635 à 565 EUR.
- Mercialys : Bernstein passe de performance de marché à surperformance avec un objectif de cours relevé de 12 à 15 EUR.
- National Grid : UBS passe de neutre à vendre avec un objectif de cours relevé de 1 100 GBX à 1 160 GBX.
- Reckitt Benckiser : Morgan Stanley passe de pondération de marché à surpondérer avec un objectif de cours réduit de 6 500 à 6 300 GBX.
- Renault : Goldman Sachs reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 31 à 30 EUR.
- Safran : Jefferies reste à accumuler avec un objectif de cours réduit de 360 à 350 EUR. UBS maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 330 à 340 EUR.
- Schindler Holding : AlphaValue/Baader Europe passe d’alléger à accumuler avec un objectif de cours relevé de 310 à 313 CHF.
- Siegfried Holding : RBC Capital maintient sa recommandation de performance de marché et réduit l’objectif de cours de 108 à 96 CHF.
- Stellantis : Evercore ISI maintient sa recommandation de performance de marché et relève l’objectif de cours de 7,50 EUR à 8 EUR.
- TotalEnergies : Gerdes Energy Research passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours de 89 USD.
- Vivendi : Deutsche Bank reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 2,80 à 2,20 EUR.
- Worldline : UBS maintient sa recommandation de vente et réduit l’objectif de cours de 1,25 EUR à 0,31 EUR.
- Zurich Insurance Group : Morgan Stanley initie la couverture à pondération de marché et un objectif de cours de 540 CHF.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l’ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- EssilorLuxottica prolonge son accord de licence avec Dolce&Gabbana.
- Alstom modernise les navettes de l’aéroport international de Tampa.
- Arkema augmente sa capacité de PVDF pour accompagner la demande en Asie.
- Standard & Poor’s abaisse la note de Verallia à « BB+ ».
- Soitec et National Silicon Industry Group, basé à Shanghai, ont convenu d’une prolongation de 10 ans de leur partenariat par une extension de leur licence commerciale.
- Cafom choisi pour reprendre Brandt et trois autres marques.
- Capital B achète de nouveaux bitcoins et porte sa réserve à 2 844 BTC.
- Atari lance un regroupement d’actions.
- Les principales publications du jour : Balyo… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D’Europe
- EQT a finalisé sa sortie du capital de Galderma.
- AstraZeneca annonce l’approbation de l’Imfinzi dans l’UE, pour les cancers précoces de l’estomac.
- BP Plc obtient le feu vert des Etats-Unis pour le projet Kaskida dans le golfe du Mexique.
- Fitch a relevé la note long terme de British American Tobacco de BBB+ à A-, avec une perspective stable.
- Lufthansa prolonge la suspension de ses vols vers Dubaï.
- Colin Bell rejoint le conseil d’administration de Julius Bär.
- Le CEO de Kinnevik démissionne, remplacé par intérim par Rubin Ritter.
- Tecan dans le rouge en 2025.
- Mutares va céder sa filiale polonaise à un fonds.
- Les principales publications du jour : Julius Bär, Standard Life…
D’Amérique du Nord
- Meta prévoit une énorme vague de licenciements alors que les coûts liés à l’IA augmentent.
- Les PDG d’Exxon, Chevron et ConocoPhillips avertissent l’administration Trump qu’un conflit avec l’Iran au détroit d’Ormuz aggraverait la crise énergétique, selon le WSJ.
- GSK et Amgen vont ajouter des médicaments à TrumpRx, selon Fox.
- Nvidia lance aujourd’hui sa conférence annuelle des développeurs.
- Musk annonce le lancement du projet d’usine de puces de Tesla dans une semaine.
- Les principales publications du jour : néant…
D’Asie et d’ailleurs
- JD.com lance ses services de commerce en ligne en Europe.
- BYD lancera un véhicule électrique haut de gamme à charge rapide en Europe le mois prochain.
- Le PDG de PayPay envisage une potentielle cotation à Tokyo après ses débuts sur le marché américain.
- Le succès du nouveau jeu Pokemon fait bondir l’action Nintendo.
- Les principales publications du jour : néant…
Le reste de l’agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Joue-la comme Deutsche Bank (FT Alphaville).
- Le traumatisme du conflit en Iran va transformer le Golfe (Bloomberg)
- Les drones bon marché transforment les champs de bataille (Axios).
- Médecine psychédélique : le trip des docteurs cobayes (Revue21).
- L’Iran, le piège impérialiste des USA qui a déjà coûté son Empire à la Grande-Bretagne ? (Foreign Policy).
- Dans les coulisses de la course pour couper la Russie de l’Internet mondial (Politico).
- « Qu’est-ce que j’irais foutre dans un sous-marin ? » : la GenZ n’a pas l’intention d’aller faire la guerre (L’ADN).
- La carte de la prospérité change aux USA (Harvard Business Review).
- Winnie l’Ourson a 100 ans (Libération).
- Comment la révolution iranienne engendra le second choc pétrolier de 1979 (The Conversation).
- L’hérésie américaine : faut-il brûler Peter Thiel ? (Le Grand Continent).
- Problème de pointures à la Maison Blanche (Bloomberg)

