La séance de lundi était fort mal embarquée en Europe, lorsque Donald Trump a dégainé son arme préférée : la bombe médiatique. Le Président américain, après avoir annoncé tout et son contraire pendant le weekend, a révélé l’existence de négociations avec Téhéran sur un cessez-le-feu. Des tractations suffisamment constructives pour que la Maison Blanche accepte de retirer sa menace de pulvériser toutes les installations énergétiques iraniennes sous 48h00. La déclaration a eu lieu un peu après midi, heure de Paris, hier. Avant cela, les indices européens perdaient environ 2%. Après, c’est devenu l’orgie. Le Stoxx Europe 600 est précisément passé de -2,25% au pire de la journée à +2,29% au meilleur. Le pétrole a plongé de 10% et Wall Street a démarré en fanfare dans la foulée. L’Iran a rapidement démenti une quelconque avancée avec les Américains. L’euphorie est un peu retombée, mais la tendance n’est jamais redevenue négative. Le Stoxx Europe 600 a clôturé à +0,6%. Le S&P 500 à +1,15%.
Avec Trump, c’est toujours un peu la fable de l’enfant qui criait au loup : à force de multiplier les déclarations contradictoires, la crédibilité s’érode. Hier, les traders ont tenté de relancer la stratégie TACO, l’acronyme de Trump Always Chickens Out, soit quelque chose comme « Trump se défile toujours ». Elle consiste à acheter massivement en misant sur le fait que le Président américain fait machine arrière quand ses décisions contrarient trop les marchés ou son électorat. Mais ça n’a pas totalement fonctionné, dans la mesure où, cette fois-ci, l’apaisement ne peut venir d’une décision unilatérale comme avec les droits de douane.
Le marché, au sens de tout un chacun qui s’intéresse un peu à la finance, est tiraillé. Il se dit « c’est quand même le Président des Etats-Unis, il n’aurait pas lâché un truc pareil juste sans fondement, juste pour faire chuter le pétrole et gagner du temps ». Il n’y a pas de fumée sans feu, en quelque sorte. Il se murmure, en tout cas dans les milieux autorisés dont je ne fais pas partie, que les alliés de Donald Trump auraient exercé une forte pression sur lui en évoquant un désastre en préparation. C’est en tout cas ce qu’indiquent plusieurs médias anglo-saxons, en évoquant notamment les pays du Golfe, l’Egypte, la Turquie, le Pakistan et l’Europe. Il n’est pas inutile de le préciser car la notion d’allié des Etats-Unis est devenue plus relative qu’elle ne l’était auparavant. Bref, la pression s’est accentuée sur la Maison Blanche, parce que la flambée des prix de l’énergie induite par l’attaque sur l’Iran est une affaire mondiale. Pour le moment, la crise iranienne coûte aussi des points de popularité à Donald Trump sur la scène intérieure et fragmente sa base. Mais l’expérience montre que l’opinion peut se retourner rapidement avec une bonne narration, à condition que le conflit s’arrête. La clef est donc la rapidité avec laquelle une solution négociée peut arriver sur la table. C’est aussi le cas pour la flambée des prix de l’énergie, qui est étroitement liée à la sortie de crise.
Les fluctuations de la séance de la veille montrent que les investisseurs n’adhèrent pas encore au scénario. Il faudrait pour cela que l’Iran donne un signal favorable à des discussions. Pour le moment, Téhéran sait que le temps joue en sa faveur, tant que le régime tient. Le Wall Street Journal a en outre propagé une rumeur selon laquelle l’Arabie Saoudite et d’autres pays pourraient entrer militairement dans le conflit, ce qui ne va pas vraiment dans le sens de l’apaisement. Le pétrole, qui est le plus fiable des baromètres actuels, est reparti en hausse ce matin : le Brent spot évolue à 102,60 USD. Il était à 114,40 USD hier matin au plus haut, et à 95,96 USD hier après-midi au plus bas. Même à 102,60 USD, il est toujours à +69% depuis le 1er janvier, ce qui constitue un choc économique majeur.
Pour rester dans le domaine macroéconomique, le marché prendra connaissance des indicateurs d’activité PMI des grandes économies au mois de mars. Les sondages auprès des entreprises ont été menés alors que la guerre en Iran avait déjà démarré. Ils devraient donc porter les premiers stigmates du conflit. Les PMI de l’Inde et du Japon, déjà publiés cette nuit, sont en majorité ressortis inférieurs aux attentes. La France suit à 9h15 et les annonces s’égrèneront jusqu’à 14h45 pour les Etats-Unis.
En Asie-Pacifique, la confusion du marché vis-à-vis des dernières déclarations se traduit par un rebond contrarié, après la forte baisse de la veille. La Corée du Sud, qui s’est enfoncée de plus de 6% hier, ne reprend que 2,8%. Le Japon gagne 1%, mais après 3,3% de recul lundi. L’indice MSCI d’Asie Pacifique gagne 1,5%, après avoir lâché 3,5% la veille. Les indicateurs avancés de Wall Street ont rebasculé dans le rouge.
Le CAC 40 gagne 0,2% à 7 744 points à l’ouverture. Le SMI prend 0,3% à 12 426 points et le Bel 20 environ 0,2% à 4 952 points.
Les temps forts économiques du jour
L’agenda macro :
- 01h30 : Indice PMI manufacturier flash (Japon)
- 01h30 : Indice PMI services flash (Japon)
- 09h15 : Indice PMI services flash (France)
- 09h15 : Indice PMI manufacturier flash (France)
- 09h30 : Indice PMI manufacturier flash (Allemagne)
- 09h30 : Indice PMI services flash (Allemagne)
- 10h00 : Indice PMI services flash (Zone Euro)
- 10h00 : Indice PMI manufacturier flash (Zone Euro)
- 10h30 : Indice PMI manufacturier flash (Royaume-Uni)
- 10h30 : Indice PMI services flash (Royaume-Uni)
- 14h45 : Indice PMI services flash (Etats-Unis)
- 14h45 : Indice PMI manufacturier flash (Etats-Unis)
- 23h30 : Discours de Fed Barr (Etats-Unis)
- Le reste de l’agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d’avoir le temps réel) :
- Euro : 1,1577
- Once d’or : 4 339 USD
- Once d’argent : 66,82 USD
- Brent : 104,12 USD
- Spread Bund / OAT : 71 points (-0,25%)
- VIX : 26,15 (-0,6%)
- 10 ans US : 4,39%
- Bitcoin : 70 321 USD
Les principaux changements de recommandations
- Abivax : Barclays maintient sa recommandation surpondérer et relève l’objectif de cours de 142 à 148 USD.
- Akzo Nobel : Deutsche Bank passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 68 à 55 EUR.
- ASML Holding : New Street Research maintient sa recommandation neutre et réduit l’objectif de cours de 1075 EUR à 850 EUR.
- BASF : Deutsche Bank passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 45 à 55 EUR.
- BE Semiconductor Industries : New Street Research maintient sa recommandation d’achat et réduit l’objectif de cours de 220 à 170 EUR.
- Bechtle : Berenberg passe de conserver à acheter avec un objectif de cours réduit de 38 à 34 EUR.
- Brenntag : Deutsche Bank passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 46 à 57 EUR.
- Coloplast : UBS passe de neutre à acheter avec un objectif de cours de 530 DKK.
- Dassault Systèmes : Jefferies maintient sa recommandation de sous-performance et réduit l’objectif de cours de 16 EUR à 15 EUR.
- Eiffage : Bernstein reste à surperformance avec un objectif de cours relevé de 158,90 à 172,50 EUR.
- Givaudan : Deutsche Bank passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 3750 CHF à 3000 CHF.
- Nestle : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 77 à 80 CHF.
- Ottobock : UBS passe de neutre à acheter avec un objectif de cours de 74 EUR.
- Renault : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 34 à 31 EUR.
- Safran : Berenberg maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 350 à 360 EUR.
- Salzgitter : Morgan Stanley passe de sous-pondérer à pondération de marché et réduit l’objectif de cours de 46,70 EUR à 42,20 EUR.
- SAP SE : JP Morgan passe de surpondérer à neutre avec un objectif de cours réduit de 260 à 175 EUR. Jefferies maintient sa recommandation d’achat et réduit l’objectif de cours de 290 EUR à 230 EUR.
- Teleperformance : Morgan Stanley passe de surpondérer à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 112 à 53 EUR.
- ThyssenKrupp : Morgan Stanley passe de sous-pondérer à pondération de marché et réduit l’objectif de cours de 8,70 EUR à 8,30 EUR.
- Valneva : Stifel reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 10 à 8,50 EUR.
- Wacker Chemie : Deutsche Bank passe de vendre à conserver avec un objectif de cours relevé de 59 à 68 EUR.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l’ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- TotalEnergies abandonne ses projets éoliens offshore aux Etats-Unis et réalloue les fonds au gaz.
- Engie va construire et exploiter son plus grand parc éolien terrestre au monde.
- Veolia rachète Enviropacific, le leader australien de la dépollution des soles, pour 220 MAUD (environ 154 MEUR).
- Le Dupixent de Sanofi et Regeneron approuvé au Japon pour le traitement de la pemphigoïde bulleuse.
- Alstom décroche un contrat de 380 millions d’euros pour l’aéroport de Houston.
- Abivax peut financer ses activités jusqu’à fin 2027 grâce à une trésorerie de 530,4 MEUR à fin 2025.
- Mission Trail Capital acquiert 5% de Sidetrade.
- Ekinops acquiert Chimere.
- Nacon (déjà en redressement judiciaire) annonce que quatre de ses filiales (Spiders, Kylotonn, Cyanide et Nacon Tech) ont procédé à une déclaration de cessation des paiements et sollicité l’ouverture de procédures de redressement judiciaire.
- La Française de l’Energie annonce le succès du forage PTH-2 dédié à l’hydrogène naturel.
- Carvolix intègre le CAC Small.
- Calibre décale le remboursement d’une dette obligataire de trois ans.
- La période d’observation du redressement judiciaire de Biosynex est renouvelée jusqu’au 28 septembre 2026.
- Les principales publications du jour : Groupe Crit, NRJ Group, Spartoo, ABC Arbitrage… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D’Europe
- Les immatriculations de voitures neuves progressent de 1,4% en février en Europe.
- Estée Lauder négocie le rachat de l’espagnol Puig.
- Les Agnelli (Exor) se retirent des médias italiens en cédant La Repubblica au grec Antenna.
- Saab lance un partenariat dans l’IA avec Cohere.
- Kingfisher annonce un bénéfice 2025 en hausse de 6%.
- Pharming Group obtient le feu vert réglementaire au Japon pour son traitement d’un trouble immunitaire rare.
- Les principales publications du jour : néant…
D’Amérique du Nord
- Apollo Global Management limite à son tour les rachats de fonds de crédit privé face à une forte augmentation des demandes.
- Netgear flambait de 13% hors séance après que la FTC a interdit l’importation de routeurs sans fil grand public fabriqués à l’étranger.
- Apple tiendra sa conférence annuelle des développeurs en juin.
- Gilead Sciences va s’offrir Ouro Medicines pour un montant allant jusqu’à 2 milliards de dollars.
- JPMorgan a lancé le mois dernier un panier de CDS sur Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle pour des stratégies de couverture, selon Bloomberg.
- Eli Lilly va cesser la commercialisation de certaines formes d’insuline dans plusieurs pays, selon l’EMA.
- OpenAI avertit que ses liens avec Microsoft constituent un risque avant une potentielle IPO, selon CNBC.
- Les principales publications du jour : Dollarama, GameStop…
D’Asie et d’ailleurs
- Nintendo va réduire fortement sa production de Switch 2 après des ventes décevantes.
- SK Hynix songerait à une cotation américaine pour lever des fonds, selon la presse coréenne.
- Sony serait sur le point de vendre pour 1 milliard de dollars ses activités de divertissement à domicile à TCL, selon Bloomberg.
- Toyota Motor va investir 1 milliard de dollars pour augmenter la production de deux usines américaines.
- Fujitsu va doubler ses effectifs dans le secteur de la défense en Europe.
- Celltrion va construire deux nouvelles usines sur son campus de Songdo.
- Les principales publications du jour : néant…
Le reste de l’agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Trump a-t-il tenté de manipuler les marchés en annonçant des négociations avec l’Iran ? (Le Grand Continent).
- Le patron de Siemens estime que l’Europe court à la catastrophe en donnant la priorité à l’indépendance en matière d’IA (Financial Times).
- Encore une explication sur Ormuz, mais très stylée (Sheet.works).
- Comment la politique monétaire devrait-elle réagir au choc des prix de l’énergie ? (NIESR).
- Est-on revenus en 2000 ? (Behind the Balance Sheet).
- Telegram, talon d’Achille du front russe : le rôle discret de Lancelot Systems (Intelligence Online).
- La « ville post-écran » : l’urbanisme face à l’invasion des smombies (L’ADN).
- Même les riches touristes se plaignent de l’envolée des prix (Bloomberg)
- Maxine Waters et la gérontocratie du Capitole (Politico)
- Trois scénarios pour un monde post-Trump (Foreign Policy).
- Cinq incipits célèbre du XIXe siècle (Historia).
- L’astuce qui transforme les Trump Accounts en pécules de plusieurs millions de dollars exonérés d’impôt (Wall Street Journal).
- Casino : l’enquête de l’AMF sur les manipulations de cours se poursuit à bas bruit (La Lettre).

