Après la Fintech, la LegalTech

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La chronique de Patrick Hunger

 

« Fintech is the new normal ». Lancée comme une provocation, cette auto-affirmation disruptive n’est aujourd’hui plus en mesure de perturber grand-monde. L’utilisation des technologies pour améliorer et modifier les activités de services financiers est devenue largement répandue. En témoigne les offres mobiles des néobanques, qui fixent de nouvelles normes de convivialité et de fonctionnalité.

Quoi qu’il en soit, ces « services fintech » déstabilisent la stratégie des acteurs de marché traditionnels. Bien que ce changement structurel se profile depuis longtemps déjà, les banques de détail (pour rester dans l’exemple ci-dessus) commencent tout juste à s’inquiéter. De plus, cette réflexion se limite parfois à un relatif maintien des acquis en se berçant de l’illusion que les clients sont tributaires des « vraies banques ».

Le problème avec cette « Mode du progrès » saute aux yeux : celle-ci suppose que tous les acteurs du marché progressent à la même vitesse, qu’ils sont connus et que le parcours, tout comme la distance, sont fixes. Pas besoin d’un conseiller stratégique pour se rendre compte que ce n’est pas le cas.

Un bouleversement tout à fait comparable est aujourd’hui en train de se produire sur le marché encore balbutiant des « services de LegalTech ». Encore plus éloignée que la fintech de la « nouvelle normalité », l’activité des services juridiques a pourtant déjà réalisé un visible voyage structurel dans le temps. Alors qu’il existe déjà des systèmes (peu disruptifs) dédiés à l’administration documentaire numérique, des banques de données spécialisées pour la veille juridique, des logiciels de « e-discovery » ou des services en ligne permettant d’effectuer des demandes d’indemnisation pour les voyageurs aériens, qui sont bien établis et présentent donc un plus grand degré de maturité, l’attention se tourne désormais de plus en plus vers les solutions informatiques basées sur l’intelligence artificielle, à fort pouvoir disruptif (comme l’analyse de contrats), permettant non seulement de gérer de manière autonome des étapes de travail ponctuelles et limitées, mais aussi de modifier le profil de poste des avocats/juristes d’entreprises et le modèle de coopération de ces derniers avec leurs clients.

Compte tenu de la force explosive de cette évolution, espérons que les destinataires de ces solutions de LegalTech (tout particulièrement les entreprises et les services juridiques) ne jouent pas la « carte du progrès » mais se penchent dès à présent de manière active et prospective sur le potentiel en termes de gains d’efficacité, de réductions des coûts, d’optimisation de la communication et des processus intra- et interorganisationnels, de concentration des avocats/juristes d’entreprises sur les services à plus grande valeur ajoutée, la sécurisation, l’amélioration et le transfert des savoir-faire. Il serait dommage d’être mal préparé à la nouvelle ère du « LegalTech is the new normal ».

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