Choc frontal

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J’avais initialement titré « le piège se referme », mais dans le domaine boursier comme dans d’autres, mieux vaut ne pas être trop radical avant de pouvoir prendre du recul. Ce « choc frontal » m’a paru plus approprié, parce que c’est manifestement ce qui est en train de chambouler le bel optimisme des investisseurs. Il a fallu attendre la fin de l’année pour que les places boursières flanchent, alors que le mois de décembre est historiquement favorable aux marchés actions. C’est un des problèmes des statistiques : elles n’offrent pas de garanties.

Qu’est-ce qui a déraillé ? Pour le comprendre, il faut rappeler quelques éléments de contexte. Depuis le « flash-krach » de la fin de l’hiver 2020, les marchés actions ont été dopés par le redressement des résultats des entreprises et les politiques du « quoi qu’il en coûte » mises en place un peu partout sur la planète. Ces politiques ont pu être déployées grâce aux chèques en blanc signés par les grandes banques centrales en faveur de leurs gouvernements de tutelle. Elles ont porté leurs fruits : la croissance économique est au rendez-vous et la majeure partie des entreprises n’ont pas coulé. Mais ces politiques ont aussi créé des distorsions, en particulier en favorisant l’envolée des prix et en biaisant le marché du travail et la consommation des ménages.

Grisées par leurs succès et encouragées par la classe politique, les banques centrales ont tardé à réduire leur soutien à l’économie. Elles s’étaient finalement décidées à le faire cet automne, en prenant soin de bien préparer les marchés en amont, un peu comme on prévient un enfant gâté qu’on va lui interdire quelque chose. Finalement, elles ont mis leurs projets à exécution la semaine dernière, en tout cas en ce qui concerne la Fed, la BCE, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon. Le problème, c’est que le calendrier des banques centrales s’est télescopé avec celui de la pandémie. Dans le scénario de base, le coronavirus n’aurait pas dû regagner en vigueur, en tout cas pas comme c’est le cas actuellement. La pandémie avait d’ailleurs nettement reculé dans le classement des menaces à l’économie ces derniers mois. L’extinction progressive du coronavirus aurait dû permettre aux banque centrales de changer de cap monétaire sans trop de dégâts.

Enfin ça, c’était le plan initial. Parce que le variant Omicron et son développement fulgurant ont changé la donne. Et la Fed, la BCE et consorts se retrouvent à lancer une phase de resserrement monétaire au moment où les marchés se disent que, finalement, un peu d’aide pourrait être encore nécessaire. En d’autres termes, les banques centrales ont le pantalon sur les chevilles au pire moment, à force d’avoir tardé à réagir. Du coup, les investisseurs se disent qu’elles ne joueront pas les pompiers de service, sauf à perdre tout crédit. De toute façon, elles sont un peu acculées parce que les nouvelles restrictions qui sont en train d’être déployées un peu partout risquent d’alimenter une inflation déjà en zone rouge, qu’elles ne peuvent combattre qu’en injectant de l’orthodoxie dans leurs politiques.

Ce n’est pas le seul événement qui déprime les marchés boursiers ce matin. Le sénateur démocrate Joe Manchin a affirmé hier qu’il ne votera pas le plan d’investissement « Build Back Better » de 1 750 Mds$ proposé par l’administration Biden pour améliorer les prestations sociales et accélérer la transition énergétique. Compte-tenu de la majorité étroite des démocrates à la chambre haute, cette défection pourrait enterrer le projet. Manchin estime que ces dépenses sont excessives au vu de l’endettement du pays et de leur impact inflationniste. La ruade du sénateur démocrate, qui joue les francs-tireurs depuis plusieurs semaines, est suffisamment importante pour lui assurer la une des principaux médias américains. Elle a aussi conduit Goldman Sachs à réduire ses prévisions de croissance pour les Etats-Unis en 2022, ce qui illustre de façon très concrète le poids de la dépense publique dans les anticipations de la banque d’affaires.  

Ce matin, les indicateurs avancés sont bien ancrés dans le rouge vif, ce qui promet une ouverture en nette baisse en Europe. Les « futures » américains sont dans le même état. En Asie, Tokyo perd plus de 2% en fin de parcours et Hong Kong poursuit sa décrue, au terme d’une annus horribilis pour la principale bourse chinoise, en dépit d’un nouveau petit effort de la banque centrale chinoise sur les conditions de financement. Le CAC40 a démarré la séance en baisse de 2% à 6789 points.

Les temps forts économiques du jour

L’indice des indicateurs avancés américains de novembre sera publié à 14h30.

L’euro est rentré dans le rang après avoir progressé en fin de semaine dernière : il se négocie 1,1250 USD. L’once d’or a trouvé un nouveau support autour de 1800 USD. Le baril de pétrole souffre, à 71,42 USD le Brent et 68,45 USD le WTI. Le rendement de la dette américaine sur 10 ans recule à 1,37%. Le bitcoin reste proche de 47 000 USD l’unité.

Les principaux changements de recommandations

  • AMS : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à pondération en ligne en visant 11 USD.
  • ASM International : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à pondération en ligne en visant 434 USD.
  • ASML : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à surpondérer en visant 902 USD.
  • DiaSorin : Jefferies reste à sousperformance avec un objectif de cours relevé de 125 à 134 EUR.
  • Diversified Energy Company : Jefferies démarre le suivi à l’achat en visant 160 GBp.
  • Ericsson : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à pondération en ligne en visant 13 USD.
  • Infineon : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à surpondérer en visant 48 USD.
  • MotorK : Berenberg démarre le suivi à l’achat en visant 9 EUR.
  • Nokia : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à surpondérer en visant 7,50 USD.
  • Novo Nordisk : Deutsche Bank passe d’acheter à conserver en visant 775 DKK.
  • Sika : Research Partner démarre le suivi à conserver en visant 430 CHF.
  • Soitec : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à pondération en ligne en visant 116 USD.
  • STMicroelectronics : Morgan Stanley démarre le suivi de l’ADR à surpondérer en visant 50 USD.
  • Swedish Orphan Biovitrum : Jefferies reste acheteur avec un objectif relevé de 195 à 210 SEK.
  • Vesuvius : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 725 à 730 GBp.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Bank of Montréal en pourparlers avancés pour acheter la branche américaine de BNP Paribas, selon le WSJ.
  • Airbus a des soucis d’approvisionnement pour tenir les cadences sur l’A321neo, selon le FT.
  • Eutelsat nomme Eva Berneke au poste de directrice générale, à compter du 1er janvier 2022.
  • Robert Ziegler, le directeur de la transformation de Solutions 30, va quitter ses fonctions le 31 décembre pour être remplacé par Katarzyna Kuszewska, la directrice juridique.
  • Le Sibnayal d’Advicenne est éligible au remboursement par l’Assurance Maladie.
  • Paris Realty Fund va gérer un immeuble de bureaux à Francfort.
  • Icade santé poursuit sa croissance en allemagne avec Orpea.
  • Sensorion nomme Scott D. Myers comme président et membre indépendant du conseil d’administration.
  • Delta Plus Group obtient le feu vert pour son transfert sur Euronext Growth.
  • Geci a publié ses comptes.

Dans le monde

Annonces importantes (et autres)

  • Oracle rachèterait Cerner à 90 USD par action, selon CNBC.
  • Pfizer prévoit que la pandémie de COVID-19 persistera jusqu’en 2024, mais dans certaines zones alors que d’autres progresseront vers l’endémie.
  • Elon Musk (Tesla) dit qu’il paiera 11 Mds$ d’impôts cette année.
  • Banca Monte Dei Paschi prévoit de lever 2,5 Mds€ en 2022 pour se conformer aux standard réglementaires.
  • Tesla fait l’objet d’une action en justice de la part d’investisseurs suite à des tweets de Musk sur ses ventes d’actions.
  • Chinese Estates Holdings plonge de 30% à Hong Kong après l’échec de sa sortie de la cote.
  • BE Semiconductor revoit à la baisse ses prévisions de recettes pour le quatrième trimestre en raison des inondations en Malaisie.
  • Amgen et AstraZeneca obtiennent l’autorisation de la FDA pour le Tezspire dans l’asthme sévère.
  • Dominic Barton va succéder à Simon Thompson à la présidence de Rio Tinto.
  • British Airways (International Consolidated Airlines) annule les vols vers Hong Kong jusqu’en mars 2022.
  • Aker BP et Maersk Drilling signent un accord d’un milliard de dollars pour le forage d’une plate-forme Jack-Up.
  • Implenia va construire un tunnel de chauffage urbain sous l’Elbe.
  • Orsted obtient le contrat Skipjack Wind 2 dans le Maryland, aux États-Unis.
  • Galenica prévoit de dépasser partiellement ses prévisions 2021.
  • Royal Dutch Shell conclut l’acquisition de la société solaire américaine Savion.
  • L’ancien directeur général de Telecom Italia, Luigi Gubitosi, a accepté de quitter le conseil d’administration de l’entreprise.
  • Nikola livre des camions pilotes à Total Transportation Services en Californie du Sud.
  • L’Italien Zegna sera coté au NYSE à partir du 20 décembre après la fusion avec un SPAC.
  • Mondee va faire son entrée en bourse à New York.
  • Principales publications de résultats : Nike, Micron, Braze, SESA

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