Christine met son costume de faucon

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Les marchés ont rechuté hier, assez lourdement même aux Etats-Unis où le Nasdaq a subi un rare -4,22% à la clôture, plombé par le plongeon de Meta Platforms (ex-Facebook), qui a sombré de 26%, signant le plus gros carnage de capitalisation de l’histoire sur une seule séance, environ 200 Mds$ évaporés. Au jeu des comparaisons idiotes, cela revient à rayer Airbus et Schneider du CAC40, ou Novartis du SMI. Ou le PIB de la Nouvelle Zélande. Ou à faire baisser la fortune estimée de Mark Zuckerberg de 113 à 85 Mds$. Meta est l’une des rares fausses notes dans les publications d’entreprises technologiques aux Etats-Unis, comme l’ont démontré les résultats publiés hier par Amazon, qui valent au titre une flambée un peu délirante hors séance. Ou bien je vieillis, ou bien les mouvements sont de plus en plus brutaux et erratiques sur les actions, même les plus grosses avec des ratios de valorisation stables.

Mais avant de revenir sur l’actualité des entreprises, un crochet par les banques centrales, qui ont fait la une hier, en tout cas après la débâcle Meta / Facebook.

Les décisions de politique monétaire de la Banque d’Angleterre (une hausse de taux) et de la BCE (rien) étaient tout à fait convenues. Mais les marchés ont un peu vibré au discours de Christine Lagarde (je mesure toute la portée de cette phrase, croyez-moi). En gros, la patronne de la BCE a évoqué des « risques sur les perspectives d’inflation orientés à la hausse« . C’est peut-être un détail pour vous, mais pour les marchés ça veut dire beaucoup. Ça veut dire qu’il était libre, heureux d’être là malgré tout que la BCE a ressorti des cartons une tournure de phrase placardisée depuis une dizaine d’années. Ça implique surtout que, comme la Fed, la BCE a peur / conscience d’être « behind the curve », c’est-à-dire en retard sur la lutte contre la hausse des prix. Pour couronner le tout, Christine a refusé de confirmer qu’il n’y aura pas de hausse de taux cette année, ce qui constitue une volte-face un peu inattendue. Seule concession à ce durcissement de ton, la fin des rachats d’actifs sera postérieure à la sortie du tournevis monétaire. Toute ressemblance avec la situation en cours de l’autre côté de l’Atlantique n’est pas forcément fortuite.

On redescend des sphères macroéconomiques pour revenir à celles des actions cotées. Quelques mots sur la rotation de janvier, ou plutôt quelques chiffres maintenant que nous avons quelques données. La Société Générale a déterminé que la corrélation entre la valorisation d’un secteur et la performance boursière n’avait jamais été aussi élevée en Europe : 81% ! Le record précédent, de l’ordre de 75%, remontait à la mi-2013. Il n’y a eu que huit taux supérieurs à 50% en 20 ans. Plus concrètement, la banque a constaté que tous les secteurs dont le PER 2022 est inférieur à 12 ont progressé, tandis que tous ceux dont le PER 2022 est supérieur à 20 ont reculé. L’illustration parfaite ou presque de l’appétit retrouvé des investisseurs pour la « value », ou si vous voulez un puissant courant qui fait que Renault a gagné 14% en janvier pendant qu’Apple perdait 4%.

Mais au sein d’un même secteur, un phénomène identique était à l’œuvre : les titres les moins valorisés ont en général progressé et ceux dont les multiples étaient très élevés se sont fait sabrer. Exemple cité par la Société Générale, la santé, où les 20% de sociétés les moins bien valorisées (PER moyen de 11) ont gagné environ 4% en moyenne, tandis que les 20% les mieux valorisées (PER moyen de 83) ont chuté de 24%. Les investisseurs ont clairement posé un filtre de multiples de bénéfices sur leurs arbitrages. Seuls les secteurs du pétrole & gaz, de la banque, de l’assurance et de l’aéronautique & défense ont affiché des performances assez homogènes, ce qui s’explique probablement aussi par une moins grande disparité dans les valorisations (hormis peut-être pour l’aéronautique).

Aujourd’hui, l’ambiance est au rebond. Les marchés sont toujours branchés sur courant alternatif. Ils attendent les chiffres de l’emploi en janvier aux Etats-Unis, qui je le rappelle sont un des éléments clefs de l’équation que la Fed cherche à résoudre. Le pétrole continue à flamber avec un spread réduit au minimum entre Brent et WTI, une nouveauté que mon collègue Jordan Dufee vous expliquera dans un papier publié un peu plus tard en matinée (Jordan, la pression est clairement sur toi). Le coup de sang de la BCE a propulsé l’euro au-dessus de 1,14 USD.

En Asie, le Nikkei 225 se redresse de 0,7%. Le Hang Seng, qui n’a pas coté de la semaine pour cause de nouvel an lunaire, s’adjuge 3%. Le KOSPI coréen gagne 1,4% après une coupure pour les mêmes raisons. La Chine continentale ne rouvrira que lundi. Les indices avancés européens sont orientés à la hausse ce matin. Les investisseurs gardent un œil sur l’indice de volatilité VIX, qui remonte pour la seconde journée consécutive sans toutefois encore atteindre les niveaux de la fin janvier.

Le CAC40 gagnait 0,7% à 7055 points peu après l’ouverture.

Les temps forts économiques du jour

Un seul rendez-vous majeur aujourd’hui, les données sur l’emploi aux Etats-Unis en janvier, à 14h30.

Le coup de sang de la BCE a propulsé l’euro à 1,1463 USD. L’once d’or végète à 1806 USD tandis que le pétrole est plus vigoureux que jamais, avec un Brent à 91,42 USD et un WTI à 90,807 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans a repris plusieurs points hier, pour se fixer à 1,85%. Le bitcoin tient bon à 37 739 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Boliden : Handelsbanken passe d’acheter à conserver en visant 410 SEK.
  • Bonduelle : Midcap Partners reste à conserver avec un objectif réduit de 21,30 à 19,20 EUR.
  • Carrefour : Jefferies reste à l’achat avec un objectif relevé de 20 à 21,75 EUR.
  • Dassault Systèmes : Jefferies reste à conserver avec un objectif réduit de 47 à 44 EUR.
  • Essity : Société Générale passe de conserver à acheter en visant 327 SEK.
  • Flatexdegiro : Exane BNP Paribas démarre le suivi à surperformance en visant 29 EUR.
  • Givaudan : UBS réduit son objectif de cours de 4580 à 4050 CHF.
  • HeidelbergCement : Berenberg reste à l’achat avec un objectif de cours réduit de 90 à 72 EUR.
  • Henkel : Credit Suisse reprend le suivi à neutre en visant 80 EUR.
  • Holcim : Berenberg passe de conserver à vendre en visant 43 CHF.
  • ID Logistics : Berenberg reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 360 à 375 EUR.
  • Kinnevik : DNB passe de conserver à acheter visant 320 SEK.
  • Mercialys : Goldman Sachs passe d’acheter à neutre en visant 10,40 EUR.
  • Rational : HSBC passe d’alléger à conserver en visant 760 EUR.
  • Sanlorenzo : Berenberg reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 41,50 à 44 EUR.
  • Siemens Gamesa : JP Morgan passe de pondération en ligne à souspondérer en visant 16 EUR.

En France

Résultats des sociétés

  • Bonduelle : les revenus semestriels atteignent 1442 Mds€ et sont conformes aux attentes, selon le management.
  • Sanofi : le groupe vise une croissance dans la zone basse à deux chiffres pour son bénéfice par action cette année, hors change.
  • Vinci : résultats en nette hausse. Les bénéfices 2022 devraient dépasser ceux de 2019.

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Accord entre Stellantis et les syndicats sur plus de 700 départs volontaires.
  • ArcelorMittal va reconvertir trois hauts-fourneaux pour investir dans l’acier vert en France.
  • Total Eren (TotalEnergies) et Chariot développeront un projet solaire PV pour la mine de Tharisa en Afrique du Sud.
  • Saint-Gobain cède son activité de transformation de verre en Estonie.
  • Aux États-Unis, Air Liquide va construire sa plus grande unité de production de biométhane au monde.
  • Vinci va reconduire Xavier Huillard comme PDG avant de dissocier ses fonctions.
  • ID Logistics va recruter 1000 personnes cette année.
  • Valneva et Pfizer annoncent de nouvelles données positives de Phase 2 pour leur candidat vaccin contre la maladie de Lyme.
  • Assystem investit 5 M$ dans un programme de formation de femmes ingénieures.
  • Quadient revendique une année record pour ses solutions haut de gamme de traitement du courrier.
  • Theranexus et la fondation BBDF initient le recrutement pour l’étude de phase I/II dans la maladie de Batten.
  • Akka contribue au renforcement de la gestion de la cybersécurité physique pour les infrastructures critiques européennes.
  • Marie Brizard a convoqué son Comité Social et Economique en vue de supprimer 29 postes.
  • LNA Santé, Tikehau, Cofidur, Linedata, Metabolic Explorer, Jacques Bogart, NRJ, Obiz, ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Résultats des sociétés :

  • Amazon : après avoir perdu 8% hier avec le Nasdaq, le titre reprend 14% hors séance après ses résultats.
  • Assa Abloy : le serrurier dépasse les attentes au T4.
  • Enel : les objectifs sont atteints avec une progression des bénéfices annuels.
  • Ford : le titre perd 4% hors séance après la publication des trimestriels.
  • Snap : le titre reprend 60% hors séance après des prévisions plus solides que prévu, alors qu’il avait perdu 23% hier.

Annonces importantes (et autres)

  • Record pour Meta Platforms : en perdant 26%, le titre décroche le record de la plus forte destruction de capitalisation de l’histoire en une seule séance.
  • Merck prévoit que les ventes de la pilule COVID-19 atteindront 6 Mds$ en 2022.
  • Intesa veut distribuer 22 Mds€ à ses actionnaires sur 2021/2025.
  • Nike porte plainte contre StockX pour la vente des NFT de baskets.
  • Credit Suisse se retire de neuf Etats africains.
  • Le liquidateur public britannique poursuit en justice le cabinet d’audit KPMG pour manquements à ses obligations dans la faillite du groupe de construction Carillion, et demande une compensation d’1,3 Md£.
  • Principales publications de résultats : Bristol-Myers Squibb, Sanofi, Regeneron, Air Products, Vinci, Aon, Assa Abloy, Carlsberg, Suzuki… Retrouvez tout l’agenda du jour ici.

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