Classement mondial : la Suisse peut mieux faire

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Par Matthieu Mougeot, Investment Solutions Leader, Mercer Suisse

La Suisse aime la saine mesure et se soucie de sécurité. La prévoyance vieillesse ne fait pas exception à la règle : la plupart des caisses de pension suisses suivent une stratégie d’investissement axée sur cette sacro-sainte sécurité, avec une part importante de placements à taux fixe, des actions de champions suisses, de l’immobilier suisse et peu de placements alternatifs.
Malheureusement, il s’agit d’une sécurité trompeuse. Les rendements des placements à taux fixe sont au plus bas, et d’éventuelles hausses des taux d’intérêt dans les années à venir auraient un effet nettement négatif sur la performance des investissements existants. En partie sous l’impulsion de la politique monétaire, les actions et l’immobilier ont affiché de très bonnes performances au cours des dix dernières années, mais il ne faut pas s’attendre à une évolution aussi forte au cours des dix prochaines. En moyenne, avec son allocation d’actifs actuelle, la caisse de pension suisse typique ne peut plus espérer qu’un rendement autour des 2%. Cela entraînera des taux d’intérêt très modérés et influencera donc directement les prestations de retraite. En effet, une rémunération annuelle des avoirs de vieillesse de 4% contre 2% sur l’ensemble de la vie active entraîne une augmentation d’environ 40% des avoirs de vieillesse et donc des pensions directement plus élevées.

Mercer CFA Institute Global Pension Index : la Suisse hors du premier quartile
Dans le classement comparatif des systèmes de retraite, le Mercer CFA Institute Global Pension Index, la Suisse n’occupe actuellement que la 11e place sur 43. Certes, elle se situe encore dans le tiers supérieur, mais elle est loin de la tête. L’indice prend en compte 52 facteurs au total, en se basant sur des données objectives et comparables. Il s’agit d’examiner les domaines de l’adéquation – combien un assuré peut-il attendre ? -, de la durabilité – dans quelle mesure le système peut-il fournir des prestations sûres ? – et de l’intégrité – les assurés font-ils confiance au système ?
Grâce à une réglementation détaillée, l’intégrité du système suisse est bonne : avec 81,3 points sur 100, la Suisse n’est pas loin derrière les leaders que sont la Finlande (93,1), la Norvège (90,2) et les Pays-Bas (87,9). En revanche, la Suisse est plus en retrait en ce qui concerne la durabilité (67,2) et l’adéquation (65,4). Certes, la Suisse se situe un peu au-dessus de la moyenne mondiale (51,7 et 62,2), mais elle est nettement en retard sur l’Islande, qui arrive en tête dans les deux catégories : 84,6 dans le domaine de la durabilité et 82,7 dans celui de l’adéquation.
Les raisons sont multiples, mais peuvent être réduites à quelques facteurs clés : une adaptation retardée de l’âge de la retraite à la réalité démographique, une croissance économique relativement faible et, surtout, un faible taux de remplacement du salaire net. Ce dernier mesure la part du dernier salaire net qu’une personne assurée peut espérer toucher en tant que pension au titre des 1er et 2e piliers. Ce taux n’est que d’environ 45% en moyenne et a une grande influence sur le classement de la Suisse dans l’indice.

La prévoyance souffre de problèmes de rendement
Au cours des dix dernières années, les taux de conversion ont été continuellement abaissés de 15% au total et s’élèvent désormais à 5.5%. Pour pouvoir appliquer ces taux, les caisses de pension devraient toutefois réaliser un rendement moyen de 3%. Comme nous le savons déjà, il est plus réaliste d’envisager environ pour les prochaines années selon les allocations d’actifs actuelles, ce qui signifie que les taux de conversion devront encore baisser de 15-20%. Les assurés verront ainsi leur retraite encore plus amputée.
Les caisses de pension envisagent souvent des mesures pour contrecarrer cette tendance du côté des cotisations, que ce soit par le biais de cotisations plus élevées ou d’une phase d’épargne plus longue. L’accent n’est que rarement mis sur le « tiers cotisant », bien que les rendements des placements représentent en moyenne plus d’un tiers du financement total de la prévoyance. Il est grand temps que les caisses s’intéressent de plus près à cette thématique, l’efficacité des placements devant être au premier plan.

La réponse : des investissements efficaces
Nous identifions cinq dimensions permettant d’améliorer l’efficacité de l’activité de placement :

  1. l’allocation stratégique des placements avec une diversification correspondante comme base de la performance des investissements.
  2. la gestion active comme source potentielle de valeur ajoutée supplémentaire grâce à la surperformance dans certaines classes d’actifs.
  3. une allocation d’actifs dynamique pour saisir les opportunités offertes par les mouvements et les perturbations du marché.
  4. des placements durables comme moteur de l’amélioration des résultats risque-rendement à long terme.
  5. une gouvernance forte avec un cadre professionnel et une mise en œuvre efficace.

Allocation stratégique des actifs (ASI)
L’allocation stratégique des placements constitue la base du succès des placements. Une véritable diversification est la clé, l’accent étant mis sur une diversification des facteurs de risque plutôt que sur une simple diversification par classe d’actifs, qui peut entraîner une concentration indésirable de certains risques.
Le risque lié aux actions est typiquement le risque dominant du portefeuille, car il présente une volatilité relativement élevée par rapport aux autres facteurs de risque. Toutefois, le risque doit être compris comme un concept multidimensionnel, et c’est pourquoi chaque stratégie d’investissement devrait également être examinée au moyen d’analyses de scénarios prospectifs.
La caisse de pension suisse moyenne présente un «biais domestique» significatif, avec environ 20% du portefeuille concentrés dans des obligations en francs et 12% dans des actions suisses. Un portefeuille optimisé et équilibré viserait une plus large diversification tout en réduisant le «home bias» et en intégrant des facteurs de diversification tels les marchés émergents et les petites capitalisations. En outre, il faudrait également envisager d’investir dans les marchés privés, afin de profiter par exemple des primes d’illiquidité et de risques de fluctuation plus faibles.

Gestion active
Lorsqu’elle est appliquée correctement et de manière sélective sur des marchés choisis, la gestion active peut être une source importante de valeur ajoutée supplémentaire. La capacité de certains gérants à surperformer les marchés peut se traduire par des rendements plus élevés. A cela s’ajoute le fait que certains marchés illiquides attrayants, comme les placements en infrastructures, ne sont investissables qu’à travers un style de gestion active.
Si l’on considère certains marchés et segments, par exemple les petites capitalisations américaines (small caps), nous voyons un bon potentiel de génération de rendements supplémentaires. Cela est principalement déterminé par l’efficience du marché. Moins un marché est efficient, plus les gestionnaires expérimentés ont la possibilité de réaliser une surperformance.

Allocation dynamique des actifs (DAA)
L’allocation d’actifs dynamique offre la possibilité de profiter des mouvements du marché. Si elle est appliquée de manière cohérente, elle permet non seulement d’augmenter le rendement du portefeuille, mais aussi de réduire le risque. Un très bon exemple est la hausse exceptionnelle des primes de risque de crédit pour les obligations à haut rendement pendant les turbulences du marché dues au covid au début de 2020.
Nous voyons souvent deux grands défis dans la mise en œuvre de l’allocation dynamique des placements, en particulier pour les caisses de pension suisses de petite et moyenne taille. D’une part, le manque de ressources pour observer les marchés, identifier des idées de placement et les mettre en œuvre. D’autre part, des processus de placement insuffisants pour permettre de telles décisions à court terme. La collaboration avec un partenaire externe est donc souvent recommandée.

Durabilité
Les facteurs de durabilité retiennent de plus en plus l’attention, et ce pour de bonnes raisons. La prise en compte des facteurs ESG dans le processus d’investissement finira par porter ses fruits et donnera de meilleurs résultats en termes de risque et de rendement à long terme. Les caisses de pension qui adoptent une perspective plus large peuvent améliorer la gestion des risques et saisir de nouvelles opportunités si elles sont en mesure d’intégrer les tendances de durabilité à long terme dans leur portefeuille.

Processus d’investissement et gouvernance
Les caisses de pension doivent prendre des décisions claires sur les tâches qui peuvent être effectuées en interne et sur celles qu’il serait plus efficace de déléguer. Pour une caisse de pension de petite ou moyenne taille, il peut être très coûteux de gérer une organisation de placement moderne et robuste. Le cas échéant, il est plus efficace d’engager un partenaire professionnel qui aide le conseil de fondation à concevoir et à mettre en œuvre les objectifs stratégiques de placement. Par l’intermédiaire d’un partenaire de ce genre, il est généralement possible de bénéficier d’une plateforme de placement qui aide à sélectionner des gestionnaires de grande qualité à des coûts compétitifs, indépendamment du fournisseur, tout en disposant de processus de gestion des risques robustes.
Des processus de placement modernes permettent au conseil de fondation de se concentrer sur les questions stratégiques les plus importantes, par exemple de savoir si les prestations de la caisse de pension sont attrayantes et financées de manière durable pour les collaborateurs.

Matthieu Mougeot travaille en tant que Leader pour les solutions d’investissement de Mercer en Suisse. Avant de rejoindre Mercer, Matthieu a travaillé pendant 15 ans au sein de banques et de sociétés de gestion d’actifs. Il y a occupé différents rôles de conseil sur les différentes classes d’actifs et les investissements alternatifs, tant auprès de clients institutionnels que de clients privés sophistiqués. Ses responsabilités chez Mercer incluent la création, la mise en place et le contrôle de l’allocation stratégique d’actifs, et les recherches sur des stratégies d’investissement spécifiques. Matthieu gère aussi des projets spécifiques dans le domaine de l’investissement. Matthieu est diplômé d’un Master en banque et finance de l’Université de Lausanne, et détient la certification CAIA.

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