Comment procéder à un suivi pragmatique du profil de risque

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Par Jean-Sylvain Perrig, Fondateur, Premyss

L’allocation d’actifs – pourtant couramment utilisée – est un mauvais indicateur du risque d’un portefeuille. A contrario, le recours à l’allocation de référence va améliorer le suivi du profil de risque. C’est elle qui va déterminer le budget de risque.

On le mesure en calculant la volatilité de l’allocation de référence. Lorsque la volatilité des marchés monte, le budget de risque monte aussi. Il s’agit ensuite de comparer la volatilité du portefeuille géré avec sa référence pour savoir si le budget de risque est respecté.

Des facteurs émotionnels à ne pas négliger

Il a toujours été important de définir le profil de risque dans le cadre d’un mandat de gestion. Cependant avec l’introduction de la LSFIN, la présentation des risques auxquels la stratégie de placement expose le client, doit être clairement définie lors de la signature du mandat et revue sur une base régulière par la suite.

C’est un travail qui requiert du savoir-faire, car en sus des connaissances techniques et de l’expérience sur les marchés financiers du client, les facteurs émotionnels prennent une grande place. De plus le professionnel en charge de l’évaluation, doit être conscient de ses propres biais cognitifs.

Cependant la majorité des institutions, se repose simplement sur un questionnaire basique, et propose ensuite à leur clientèle de choisir une allocation de référence. Les plus communs sont les profils « défensif » et « mixte ». Certains rétorqueront que « mon établissement fait du sur mesure » ; dans ce cas, chaque client devrait avoir son allocation de référence, avec ou sans restriction. En ce qui me concerne, les portefeuilles « bespoke » ou « sur-mesure » relèvent du pur argument marketing.

Contrôler l’implémentation

Même si cette procédure de découverte du profil de risque du client est simplifiée, il faut par la suite contrôler son implémentation. Ces contrôles se font généralement sur la base de fourchettes de fluctuations des classes d’actifs qui composent le portefeuille du client et à l’intérieur desquelles il faut rester. Parfois la performance est également prise en compte, pour s’assurer que celle-ci est dans la moyenne des portefeuilles avec un profil de risque similaire. Le risk management est donc fier d’exhiber, trimestriellement, la liste des comptes qui ne respectent pas leurs fourchettes d’allocation, avec une demande d’explication.

Malheureusement l’allocation d’actifs est un bien piètre indicateur du risque d’un portefeuille. En effet un portefeuille avec 20% d’actions peut-être plus risqué qu’un autre avec 40%, on le voit particulièrement cette année 2022 avec le dégonflement de la bulle obligataire.

Le budget de risque

Alors comment procéder à un suivi professionnel du profil de risque ? En s’appuyant justement sur l’allocation de référence. C’est elle qui va déterminer le budget de risque. Nous savons tous qu’il est impossible de prévoir l’évolution des marchés. Cependant, pour un budget de risque donné, il est possible de construire des portefeuilles qui diffèrent considérablement les uns des autres. Ce qui importe, c’est la manière dont on va dépenser le budget de risque à disposition ; en sachant que l’on peut « jouer » avec les corrélations pour rendre l’allocation d’actifs plus robuste.

On mesure le budget de risque en calculant simplement la volatilité de l’allocation de référence. Ainsi lorsque la volatilité des marchés monte, le budget de risque monte aussi. Il s’agit ensuite de comparer la volatilité du portefeuille géré avec sa référence pour savoir si le budget de risque est respecté. La plateforme de Performance Watcher est parfaitement adaptée pour faire cela de manière industrielle. Peut-être existe-t-il d’autres plateformes.

L’utilisation du budget de risque et son suivi, permettent également de faire croître significativement la qualité des interactions avec les clients. Il sera par exemple possible de quantifier l’impact des décisions de gestion sur le risque et in fine sur la performance. Lorsqu’elles existent, cela permet de mettre en évidence l’impact des restrictions sur la qualité des résultats.

L’application Performance Watcher permet également de se comparer à une communauté de portefeuilles avec les mêmes caractéristiques. Ainsi chaque institution peut évaluer la qualité de ses résultats par rapport à « l’industrie ». Il est souhaitable de les montrer aux clients dans le cadre d’une gouvernance irréprochable et dans le but de renforcer la confiance des clients.

Plus de qualité

Une bonne utilisation du budget de risque permet un contrôle et une documentation aisée et méthodique du suivi des résultats de la gestion. C’est aussi le moyen de faire progresser la qualité des résultats, et de focaliser son attention sur la construction de portefeuille. Ce dernier point est trop souvent négligé, alors qu’il s’agit des fondamentaux du métier de gérant.

Jean-Sylvain Perrig est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université de Lausanne et d’un diplôme fédéral d’analyse financière.
Il est le fondateur de Premyss, dont le rôle est d’aider les intermédiaires financiers à mettre en place un processus d’investissement discipliné, transparent et documenté favorisant la performance ajustée au risque.
Il est membre de divers comités d’investissement de gestionnaires de fortune indépendants et conseille des family offices.
Jean-Sylvain est président de la Swiss Financial Analysts Association (SFAA), dont l’objectif est de former les professionnels de l’investissement. Il est également président du conseil d’administration d’Atonra Partners et président du comité de placement du Lemania Pension Hub.
Il a été Chief Investment Officer de la Banque Privée Edmond de Rothschild et de l’Union Bancaire Privée (UBP).

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