« Dans un projet de fusion, seuls 1 à 2 dossiers peuvent être étudiés par an»

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Interview de Giorgio Saraco, CEO, Belvédère Asset Management

Par Elsa Floret

En raison des ressources internes, le rapprochement stratégique entre deux gérants indépendants prend du temps. Et ce, même pour une entreprise employant 35 salariés et gérant plus de trois milliards de francs, comme Belvédère Asset Management. Afin d’éviter que l’aventure se transforme en échec, Giorgio Saraco, son CEO, recommande d’avoir recours à des conseillers externes. Après une opération réussie en 2017 et un échec en 2021, Belvédère scanne toujours le marché, ce qui représente aussi un moyen de mettre au défi sa propre organisation.

Vous avez fait évoluer votre modèle d’affaires d’un pur family office à un multi family office avec des compétences en asset management. Quel est votre marché cible ?
Faire évoluer notre modèle était la bonne décision, car nous avons aujourd’hui un mélange intéressant de clients, qui nous donne un accès plus large à notre marché final. Cela élimine également certains risques potentiels de regroupement et place l’entreprise sur la voie de la croissance.
Nous avons une empreinte claire en Suisse, comme en témoignent les bureaux de Belvédère AM à Glaris, Zurich et Pfäffikon. C’est également en Suisse que nous avons augmenté notre clientèle au cours des dernières années. Nous avons clairement une orientation internationale, mais uniquement dans les domaines où nous nous sentons à l’aise. Toutes les activités transfrontalières nécessitent une orientation et une stratégie claires, et nous n’agissons pas de manière purement opportuniste.

Vous vous êtes lancés dans les fusions et acquisitions en 2017. Quel en était le but et pour quel résultat?
L’objectif était de développer un gestionnaire d’actifs indépendant à part entière pour différents segments de clientèle. Lorsque nous avons évalué les deux sociétés, nous avons rapidement réalisé la grande adéquation et l’amélioration que les deux entreprises auraient ensemble. L’élargissement des services que nous pouvions offrir à nos clients, qui a été bien accueilli, en a été un élément clé. Nous avions une situation où un plus un est égal à trois.
Nous avons également estimé à l’époque – et c’est évidemment toujours le cas – qu’il est crucial d’avoir une taille critique pour répondre aux besoins créés par la réglementation, mais aussi pour assurer une innovation continue, ce qui nécessite des investissements financiers. Aujourd’hui, nous sommes donc très bien capitalisés, avec environ 3 milliards de francs suisses d’actifs sous gestion et 35 employés.
Le mélange de clients entre family office, multi family office et particuliers fortunés nous a permis de disposer d’un excellent réseau « interne », qui apporte de nombreuses interactions et opportunités.

Dans quelle mesure les fusions et acquisitions sont-elles d’actualité pour Belvédère AM?
Outre nos propres idées de croissance organique, je peux vous dire que nous sommes actifs et que nous surveillons le marché à la recherche d’opportunités. Nous sommes intéressés par le développement conjoint de modèles commerciaux qui, en fin de compte, profiteraient à toutes les parties prenantes, en particulier à nos clients. Cela nécessite une concordance des philosophies, une volonté et une situation gagnant-gagnant.
Lorsqu’on envisage une fusion ou une acquisition, il est essentiel de ne pas mettre en péril le cadre existant. Nous apprécions les relations à long terme avec nos clients et nous avons établi un esprit d’équipe unique. L’été dernier, nous étions proche d’un deal, mais finalement, nous n’avons pas réussi à trouver un accord. Il faut rester discipliné dans un tel processus et ne pas perdre ses propres valeurs. Si vous envisagez sérieusement une opportunité de fusion et d’acquisition, compte tenu de la taille de notre entreprise, vous ne pouvez étudier qu’un ou deux cas par an, simplement en raison des ressources internes. En outre, vous avez besoin de conseillers externes pour cela, et si vous n’équilibrez/ne gérez pas cela correctement, cela peut se terminer par une aventure très coûteuse.
Il y a aussi un élément positif et intéressant dans tout cela, car vous pouvez tester et mettre au défi votre propre organisation.

Vous avez investi dans la plateforme WeCan Comply.
WeCan Comply a le potentiel pour devenir une référence pour tous les acteurs du marché, couvrant le cadre réglementaire entre le gestionnaire d’actifs externe et les banques dépositaires. Nous avons l’impression que les banques dépositaires, qui avaient initialement des points de vue et des idées différents, reviennent de plus en plus vers cette solution, et je m’attends à une augmentation considérable du nombre de participants au cours du second semestre de l’année.
Nous aimerions voir plus d’opportunités dans l’industrie pour collaborer sur des sujets où les questions informatiques peuvent être abordées ensemble. Cela permettrait de libérer le capital nécessaire et de développer des solutions innovantes. L’Alliance of Swiss Wealth Managers pourrait jouer un rôle important.

Quelles seront les prochaines étapes de votre processus de numérisation ?
Les domaines clés sont les e-services, les applications pour nos clients et les domaines opérationnels tels que legal & compliance, finance et HR. L’ambition est de rendre tous les domaines possibles numériques.

Depuis Juillet 2016, Giorgio Saraco est le CEO de Belvédère Asset Management, qu’il a rejoint en provenance de Centrum Bank, Schweiz où il travaillait depuis août 2009. Il est devenu membre du comité exécutif, Head Investment Management, en mai 2012.
Auparavant, il a occupé divers postes chez SIX Swiss Exchange pendant 7 ans, dont le dernier en tant que Head of Marketing & Sales. Il a débuté sa carrière professionnelle chez UBS en août 1993.
Après un Baccalauréat en sciences appliquées, il a suivi le Programme exécutif à la Wharthon Bussines School de Philadelphie.

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