« Des acteurs étrangers s’intéressent à la Suisse »

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Interview de Igal Kasavi, Fondateur, Kasavi Advisory

Par Elsa Floret

Transition générationnelle, taille critique et fintech. Tels sont les trois enjeux majeurs qui bougent les lignes de l’industrie de la gestion de fortune. Un nouvel acteur contribue à la dynamique de la consolidation des acteurs suisses : les investisseurs étrangers. Ces derniers totalisent la moitié des récentes fusions et acquisitions en Suisse. Analyse de leurs différentes stratégies avec Igal Kasavi, fondateur et dirigeant de Kasavi Advisory.

Depuis début janvier, une douzaine de transactions M&A s’est concrétisée dans le monde des gérants indépendants en Suisse.
C’est un nombre record et cela ne tient pas du hasard. L’augmentation des transactions était attendue et devrait continuer. Non seulement du fait de la mutation réglementaire que les gérants vivent maintenant, mais parce ces opérations M&A répondent aux trois enjeux majeurs actuels du métier de la gestion de fortune indépendante que sont la transition générationnelle, la taille critique, et la fintech.
Pour faire croître sa masse sous gestion, le recours à une opération d’acquisition ou de fusion est efficace. Arriver au même résultat par de la croissance interne demande beaucoup plus de temps et d’énergie, et peut s’avérer parfois même impossible.
La transition générationnelle est inéluctable, mais ne se fait pas d’elle-même. Le recours à de nouveaux partenaires, plus jeunes et plus dynamiques, permet de redonner de l’élan à une société dont les fondateurs ou dirigeants ne sont pas éternels. Une opération stratégique de M&A permet de remélanger les cartes et d’ouvrir le jeu à de nouveaux actionnaires internes et externes à la société. Cela contribue à son développement et à sa pérennité.
Enfin la technologie, notamment la fintech, contribue aussi fortement à relever ces défis en apportant de l’efficacité et de l’efficience dans tous les flux à moindre coût. Et d’autre part, les plus jeunes clients actuels ou futurs ne travailleront qu’avec les wealth managers technologiquement avancés.

Qu’observez-vous comme évolution du profil des acheteurs ?
On constate que le profil des acquéreurs a récemment évolué. Nous ne sommes plus uniquement dans « l’entre-soi » des gérants indépendants. Historiquement, la majorité des acquéreurs de gérants indépendants étaient des gérants indépendants eux-mêmes. Aujourd’hui, outre les acquéreurs « traditionnels » qui sont notamment des banques et des gérants de fortune indépendants, de nouveaux acteurs se sont invités dans le monde si particulier des GFI. Il s’agit de fonds de private equity, de consolidateurs, et parfois de groupes d’investisseurs privés.
Parmi les douze transactions de fusion ou d’acquisition annoncées depuis le début de l’année, six ont été réalisées par des « consolidateurs », trois ont été faites entre gérants indépendants, deux par des banques, et finalement une par un groupe d’investisseurs privés.

En 2022, la moitié des transactions a été ainsi faite par des consolidateurs.
C’est la nouveauté 2022 ! Le terme de consolidateur est néanmoins un peu réducteur. En réalité, chacun d’eux est très différent en termes de profil, de modèle d’affaire, et aussi de stratégie d’acquisition. Leur point commun est d’être tous basés en dehors de Suisse. Ils sont attirés par notre pays qui continue d’être un hub très important et incontournable de la gestion de fortune

Analysons quelques exemples parmi les récentes transactions.
Quaestor Coach, fondée en 2021 à Zug, la société est financée par un groupe d’investisseurs privés et institutionnels basés en Europe, plus spécifiquement au Bénélux. Elle a annoncé une première acquisition à Zürich en janvier. Ses dirigeants prévoient de continuer leur stratégie ambitieuse de croissance par acquisition. Ces investisseurs n’en sont pas à leur coup d’essai, ils ont déjà clôturé sept acquisitions de gérants de fortune aux Pays-Bas.

Summit Partners est une société d’investissement en private equity fondée en 1984, basée à Boston aux États-Unis. Elle gère plus de 40 milliards de dollars d’actifs. En 2021, elle a créé la société Cinerius Financial Partners à Zug. Son objectif est de consolider les gérants de fortune germanophones. Elle cible les gérants basés en Allemagne, en Autriche et en Suisse alémanique. Elle a fait quatre acquisitions en Allemagne annoncées en janvier 2022. La Suisse ne devrait pas être en reste.

Focus Financial Partners a été fondée en 2004 aux États-Unis. Elle se positionne comme un leader national parmi les consolidateurs du marché des gérants indépendants américains. Dès 2006, elle a eu recours à des investisseurs externes pour financer sa croissance : dette bancaire et fonds de private equity. En 2018, elle fait son entrée en bourse au Nasdaq. À fin 2020, Focus Financial Partners avait investi dans plus de 75 gérants de fortune indépendants, pour plus de 250 milliards de dollars d’avoirs sous gestion et générait un chiffre d’affaires de 1.360 milliards de dollars. Focus vient d’annoncer sa première acquisition en Suisse : Octogone Gestion.

A votre avis, est-ce le futur du marché suisse ?
Ces nouveaux acteurs vont probablement contribuer à changer le paysage des gestionnaires de fortune indépendants en Suisse. D’autres se profilent à l’horizon. Ils n’ont pour autant pas le monopole. On s’attend à des opérations domestiques et également à l’émergence d’acteurs wealth tech, les gérants du futur.

 

Diplômé de l’Université de Genève en Sciences Économiques et Finance, Igal a accumulé plus de 20 ans d’expérience dans la gestion privée en tant que relationship manager à Genève dans plusieurs établissements, notamment HSBC et Julius Baer. En 2016, il se lance un nouveau défi en conseillant des acteurs de la gestion de fortune dans leurs opérations de Fusion et Acquisitions. Il fonde sa société Kasavi Advisory qui conseille gérants indépendants, gérants d’actifs et banques privées dans leurs opérations de fusions et acquisitions ainsi que dans leurs stratégies de développement.

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