Des investissements à l’épreuve du changement climatique

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Par Andreas Nigg, responsable des actions Core Global & US et Barbara Janosi, gérante de portefeuille

Les espoirs de normalisation – de nos vies, de nos sociétés et de nos économies – sont grands en ce début d’année 2021. Mais s’agissant des activités humaines qui portent durablement atteinte à l’environnement et au climat, un «retour à la normale» est tout simplement inenvisageable. Aujourd’hui, nous observons un élan croissant de la part d’un plus grand nombre de pays visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) à zéro net, y compris le Japon, le Royaume-Uni et la Suisse. Même la Chine, l’un des plus grands émetteurs de GES, ambitionne la neutralité carbone nette d’ici 2060.

Et cette transition inéluctable vers un avenir bas carbone aura son lot de gagnants et de perdants. Et en tant qu’investisseurs, nous devons veiller à ce que nos portefeuilles soient à l’épreuve du temps. Non seulement ils doivent pouvoir résister aux changements que produira la transition énergétique, ils doivent aussi permettre d’exploiter le potentiel de rendement considérable des tendances transformationnelles liées au climat.

Pourquoi les investisseurs devraient-ils se préoccuper du changement climatique?

Andreas: Les effets économiques dévastateurs du changement climatique ne peuvent être sous-estimés. Outre ses effets primaires (sécheresses, inondations et autres catastrophes naturelles), ce sont surtout ses effets secondaires (augmentation des flux migratoires, multiplication des conflits intrarégionaux, ruptures des chaines d’approvisionnement) qui génèreront les pertes économiques les plus importantes. Par exemple, en 2011, de violentes moussons ont provoqué des ravages dans le secteur technologique en Asie du Sud-Est, la plupart des fabricants de disques durs étant concentrés dans une région qui est restée inondée des semaines durant. Il y a deux grandes catégories de risques climatiques: les risques physiques et les risques liés à la transition énergétique. La première catégorie concerne les impacts directs du changement climatique, tels que les catastrophes naturelles. La deuxième catégorie rassemble les risques auxquels sont confrontées les entreprises qui ne se préparent pas à la transition vers une économie bas carbone.

Comment les investisseurs peuvent-ils évaluer les risques liés à la transition climatique?

Barbara: Afin d’évaluer ces risques, nous avons élaboré notre propre cadre afin d’esquisser la trajectoire de hausse des températures sur laquelle se situent les entreprises. Dans cette optique prospective, nous analysons les objectifs de décarbonisation que les entreprises se sont elles-mêmes fixés. Alors que les économies essaient de se conformer à l’accord de Paris qui ambitionne de limiter le réchauffement planétaire à un niveau bien inférieur à 2 °C, les entreprises individuelles sont jugées à l’aune des efforts qu’elles déploient pour y parvenir. Leurs objectifs et les progrès qu’elles ont réalisés pour réduire leur intensité carbonique sont utilisés afin de calculer leur positionnement relatif par rapport aux différentes trajectoires de hausse des températures. Bien que cette analyse soit fondée sur un nombre important d’hypothèses et de choix de modélisation, elle permet néanmoins de dresser un bilan plus clair de leur degré de préparation à la transition.

Nous sommes convaincus qu’une entreprise sera mieux positionnée pour un avenir bas carbone si elle:

  • a prouvé qu’elle est en mesure de réduire les émissions de carbone au fil du temps
  • montre, par sa stratégie, un réel engagement à poursuivre sur cette voie de transition
  • a mis en place des actions visant à se confirmer à l’Accord de Paris.Pour brosser un tableau plus complet de l’exposition d’une entreprise aux risques climatiques, l’évaluation de la trajectoire de hausse des températures doit être couplée à une analyse fondamentale détaillée, afin de comprendre la réflexion stratégique de l’entreprise eu égard à la transition énergétique.

Outre les risques, existe-t-il aussi des opportunités d’investissement dans la transition climatique?

Andreas: Outre l’analyse des risques induits par le changement climatique, la transition sera aussi génératrice d’opportunités puisque nous aurons besoin de nouvelles solutions et d’alternatives bas carbone capables de répondre à nos besoins. Cela ouvre tout un univers d’opportunités d’investissement intéressantes, dans les entreprises qui suivent une trajectoire de hausse de 2 °C ou celles qui fournissent des solutions innovantes pour lutter contre le changement climatique. De plus, la transition climatique donne à de nouveaux venus l’opportunité de se mesurer aux acteurs bien établis pour conquérir de nouveaux marchés. Un large éventail de secteurs sont concernés. Tesla a été fondée il y a 17 ans seulement. Et pourtant, l’entreprise est déjà en tête des ventes de voitures de luxe aux États-Unis et dame le pion à des constructeurs européens comme Daimler-Benz et Audi, qui sont présents depuis plus de 100 ans. La production d’énergie éolienne terrestre de General Electric génère des revenus comparables à ceux de son ancienne activité de turbine à gaz.

Comment les investisseurs peuvent-ils identifier les gagnants d’un avenir bas carbone?

Barbara: Pour construire un portefeuille résilient, capable d’encaisser les changements climatiques, nous pensons qu’il est crucial d’investir dans deux groupes de sociétés: les «engagés climatiques» et les «champions de l’économie verte ».

Les engagés climatiques sont des entreprises qui se situent, compte tenu de leurs émissions de GES, sur une plage de hausse des températures inférieure à 2 °C. Compte tenu de la pression croissante exercée par les gouvernements, les régulateurs et les consommateurs pour lutter contre le changement climatique, les engagés climatiques sont d’ores et déjà bien positionnés eu égard aux risques climatiques, ce qui leur confère un avantage par rapport à leurs concurrents.

Les champions de l’économie verte sont des entreprises qui offrent des solutions innovantes pour un monde bas carbone, par exemple dans le domaine de la mobilité intelligente, de l’isolation des bâtiments ou des énergies renouvelables. Leurs produits et services devraient bénéficier d’une demande en forte croissance, ces entreprises permettant à d’autres de lutter contre le changement climatique.

En investissant dans ces deux types d’entreprises, nous sommes en mesure d’atténuer les risques et de saisir les opportunités présentées par la transition climatique grâce à un portefeuille mondial lié à des indices de référence.

Pouvez-vous nous donner un exemple de champion vert?

Andreas: Shimano est, selon nous, un exemple de champion vert [1]. Alors que les producteurs d’énergie renouvelable traditionnels sont souvent considérés comme les champions de l’économie verte les plus évidents, notre analyse va au-delà de ces acteurs afin d’identifier les autres gagnants structurels de la transition climatique. 16% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont liées au transport, et 12% au transport routier, dont 60% résultent du transport de passagers. Le vélo offre de nombreux avantages pour une mobilité sur de courtes distances, notamment celui de ne pas être polluant et d’être bénéfique pour la santé. L’utilisation du vélo en centre-ville ne cesse de croître depuis des années et la pandémie COVID-19 n’a fait qu’accélérer cette progression.

Shimano, le fabricant historique japonais de pièces de vélo, est au cœur de cette tendance durable. 80% de ses revenus proviennent de son activité cycles. Compte tenu de la faible intensité carbonique de son activité cycles, Shimano est considéré comme un champion de l’économie verte dans notre univers d’investissement, avec 80% de revenus verts.

En savoir plus sur la stratégie Climat 2035 ici.

 

[1] Remarque: Les sociétés mentionnées sont indiquées comme exemples d’investissements uniquement et peuvent ne pas faire partie du portefeuille d’investissement. Les exemples sont indiqués uniquement à titre d’illustration et ne tiennent pas compte des circonstances particulières des investisseurs potentiels.

La société présentée constitue un exemple d’investissement et ne figure pas forcément dans le portefeuille du fonds. Cet exemple est fourni uniquement à titre d’exemple et ne tient pas compte des circonstances particulières des investisseurs potentiels. Ce document n’est pas constitutif d’une demande, d’une offre, d’une sollicitation ou d’une recommandation invitant à acheter ou vendre des investissements ou d’autres instruments, produits ou services financiers spécifiques. Il ne doit pas être considéré comme venant en lieu et place des conseils particuliers et renseignements sur le risque pouvant être donnés par un conseiller financier, juridique ou fiscal diplômé. Les informations figurant dans les prévisions ne sont données qu’à titre d’information, ne représentent ni des projections ni des garanties quant aux futurs résultats et risquent, pour diverses raisons, d’être très différentes des performances réelles. Plus particulièrement, ni la Banque ni ses actionnaires et salariés n’engagent leur responsabilité du fait des avis figurant dans ce document. Les avis ou opinions présentés par ce document, ainsi que les chiffres, données et prévisions proposées, peuvent faire l’objet de modifications apportées sans préavis.

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