Économie de l’Océan : des gisements de croissance bleue

174
0
Share:

Par Emeline Ozhan, Silex Investment Partners

D’ici 2030, l’économie de l’océan va connaître des transformations profondes en raison des nouveaux enjeux environnementaux. Sur cet horizon de temps, la vague d’innovations technologiques attendue dans les industries qui la concernent devraient lui permettre de surperformer l’économie globale.

La valeur du patrimoine océanique a été évaluée à 24,000 milliards de dollars par le World Wildlife Fund, soit cinquante fois le PNB suisse. L’océan nous fournit en effet des produits et des services tangibles et intangibles, industriels et écosystémiques, dans de vastes proportions.

L’économie de l’océan s’appuie essentiellement sur les chaînes de valeurs du transport maritime, de la génération d’énergie et du secteur aquacole. L’océan nous fournit également des services indispensables, en régulant par exemple notre climat, puisqu’il absorbe une partie importante du CO2 dégagé par l’activité humaine. Le phytoplancton qu’il recèle est le principal producteur d’oxygène de notre planète. Le défi à venir pour l’économie bleue sera d’englober l’ensemble des industries issues de la transition, en exploitant durablement le patrimoine océanique tout en préservant les produits et services qu’il nous offre.

L’urgence de la transition écologique accélère la destruction créatrice schumpétérienne. L’océan est menacé par l’acidification, la surpêche et la pollution. Les industries de l’économie de l’océan doivent changer de cap, faire émerger des segments à forte croissance tandis que certaines industries devront à moyen terme disparaître. Les technologies permettant de réduire les émissions de CO2, de diminuer la pollution chimique et plastique, et de développer un secteur aquacole durable, seront ses principaux moteurs de cette croissance.

Le premier marché océanique reste aujourd’hui celui de la production pétrolière offshore. S’il représentait plus de 34% de la valeur ajoutée générée par les activités océaniques en 2010, l’OCDE prévoit une contraction à 22% d’ici 2030. L’obsolescence de cette industrie sera accélérée par la hausse du prix du carbone et la baisse des coûts de production des énergies renouvelables. Elle laisse place au grand potentiel de croissance de l’offshore éolien. En Mer du Nord, des sociétés telle que Talisman, historiquement impliquée dans l’exploration pétrolière, ont développé des projets expérimentaux réemployant d’anciennes plateformes pétrolières pour la production éolienne. Ce marché qui n’existait pas il y a encore quelques années devrait représenter 24 milliards de dollars d’ici 2030.

D’ici 2030, la consommation mondiale de produits de la mer devrait doubler, sous l’effet de la réduction de la consommation carnée dans les pays développés et de l’augmentation de la demande initiée par la nouvelle classe moyenne des pays émergents. La pêche par chalutier, massivement subventionnée et peu rentable, met en danger plus de 80% des stocks de poissons à travers le monde. Face à cette demande, l’aquaculture est aujourd’hui le secteur de production alimentaire dont la croissance est la plus rapide. Des entreprises comme Corbion offrent des solutions pour rendre plus durable cette industrie, développant par exemple des ingrédients pour poissons, nutritifs et sans antibiotiques, à base de micro-algues. L’entreprise prévoit une croissance organique supérieure à 20% sur ce segment jusqu’en 2030. A cette date, l’aquaculture représentera 62% de la production globale de poissons selon la FAO.

Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, le transport maritime doit d’ici 2030 réduire de 40% ses émissions de CO2 par rapport à 2008. L’efficacité énergétique des navires et des infrastructures est au centre des innovations de l’ingénierie marine et de la logistique portuaire. Certains équipementiers comme Wärtsilä profitent de la forte demande de reconversion des vaisseaux en installant des solutions de navigation hybrides, combinant batteries et biocarburants. La société prévoit ainsi que les capacités motrices renouvelables soient multipliées par cinq entre 2018 et 2040.

L’océan sera inévitablement au centre des innovations technologiques pour la décennie qui vient. L’OCDE prévoit 3.7% de croissance annuelle pour l’économie de l’océan jusqu’en 2030. En se concentrant sur les segments innovants de l’économie bleue, les croissances organiques devraient se situer entre 5% et 10%, des chiffres proches de l’industrie de l’hydrogène. Des vents favorables soufflent donc sur l’investissement dans cette thématique.

Emeline Ozhan a rejoint Silex Investment Partners en 2021 en tant que gérante actions thématiques. Elle débute sa carrière en 2012 chez Sycomore Asset Management comme analyste actions. Elle rejoint ensuite le groupe Pictet en 2014 où elle a participé à la sélection actions pour un fonds actions européennes long short. En 2018, elle devient analyste sur les thématiques de durabilité chez Lombard Odier et contribue au lancement et à la gestion de stratégies impact. Elle a étudié à l’Université Paris IX Dauphine (Master Financial Markets) et est également diplômée de l’université Paris I Panthéon Sorbonne (Finance quantitative). Elle est détentrice de la certification CFA depuis 2018.

Share: