«En Europe, la Suisse et la Suède sont les deux pays qui comptent le plus de licornes par habitant»

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Interview de Michael Sidler, Redalpine Venture Capital

Par Elsa Floret

Dans cette nouvelle rubrique, SPHERE vous propose de découvrir les asset managers suisses, plutôt boutique, qui se concentrent sur les marchés privés et les actifs non cotés. A l’image de Red Alpine… 

Considérez-vous le capital-risque comme une nouvelle classe d’actifs ?
Le capital-risque existe depuis longtemps, mais nous observons un changement sismique dans l’intérêt que lui portent les investisseurs. Ces derniers ne peuvent plus se permettre de l’ignorer en tant que classe d’actifs et stratégie d’investissement. L’écosystème européen des startups technologiques arrive à maturité et rattrape son « grand frère », la Silicon Valley. Nous sommes passés d’une poignée de licornes en Europe en 2016, à plus de 500, seulement six ans plus tard. En Europe, la Suisse et la Suède sont les deux pays qui comptent le plus de licornes par habitant.

Comment les principaux acteurs du secteur de la gestion de patrimoine et d’actifs s’impliquent-ils dans cette classe d’actifs de capital-risque ?
Sur les quelques 3 milliards de francs investis dans des startups suisses en 2021, 86% provenaient de l’étranger. Par conséquent, l’allocation d’actifs provenant d’investisseurs suisses est encore largement négligeable.

Ce niveau relativement faible est-il lié au rendement des fonds de capital-risque ?
Au contraire, le capital-risque européen est très compétitif, battant le capital-risque américain et le capital-investissement européen. Il les surpasse maintenant sur deux décennies. En fait, en Europe, l’attrait des LP – Limited Partners – à l’égard de cette classe d’actifs s’est renforcé au fil des ans : le continent compte désormais 65 villes « licornes », soit plus que les États-Unis. Même si peu d’argent suisse est actuellement investi dans le capital-risque, celui-ci a connu une croissance significative au cours des deux dernières décennies.

Comment aider les investisseurs institutionnels à diversifier leur portefeuille dans le capital-risque ?
L’ambition est là, mais nous avons constaté que les contraintes administratives, plus banales, constituent souvent un véritable obstacle à l’afflux de fonds institutionnels dans la classe d’actifs du capital-risque.
Une façon de permettre des flux plus importants dans l’espace du capital-risque est de créer des fonds de capital-risque plus importants qui offrent une approche d’investissement à travers les étapes, les cycles économiques et les millésimes. Il est possible ainsi de diversifier le profil de risque d’un fonds de capital-risque typique. Il est également utile de trouver une structure, du type evergreen par exemple, qui offre une approche moins illiquide avec une distribution annuelle des bénéfices. Ce format et ce modèle correspondent mieux aux attentes de certains investisseurs institutionnels plus traditionnels.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer le Redalpine Summit Fund avec un volume cible d’un milliard de francs suisses. Construit sur une structure de fonds ouverte avec une phase de montée en puissance de 4 ans, son premier closing est prévu pour fin 2022.

Sur quelle base et quel modèle avez-vous lancé Redalpine, en 2006, à une époque où les fonds pour l’innovation en Suisse étaient encore très limités  ?
Notre observation initiale était que l’innovation était déjà très forte, mais la commercialisation très faible. Seize ans après notre création, nous avons levé et investi un total de six fonds, ce qui porte la valeur combinée de nos participations dans les entreprises à un milliard de francs suisses. Nous sommes rarement le seul investisseur professionnel, mais nous sommes souvent le premier. Les entreprises de notre portefeuille ont levé plus de 2,7 milliards de francs suisses, au fil des ans.

En tant qu’investisseur précoce, quels sont les niveaux de rendement que vous avez obtenus ?
Nous commençons généralement avec un ticket de 1 à 5 millions de francs et nous poursuivons lors d’un tour ultérieur avec parfois même le double de ce montant. Nous disposons de droits au prorata qui nous permettent de protéger nos participations. Nous occupons généralement un siège au conseil d’administration, nous participons aux tours de table suivants et nous apportons de nouveaux investisseurs. Agrégé sur l’ensemble des fonds, le capital investi a été multiplié par 4 en moyenne.

Quel est le pourcentage de pertes ?
Sur les quelque 3’500 startups que nous voyons chaque année en Europe, nous ne réalisons qu’environ huit investissements par an. Ainsi, nous diversifions le risque dans chacun de nos fonds avec une sélection de 15 à 20 entreprises différentes.
L’avantage des investissements en capital-risque, c’est qu’en cas de perte, vous perdez votre argent une seule fois, alors que lorsque vous avez un succès, il se compte en multiples ! Les cas de perte totale représentent jusqu’à 20% des entreprises du portefeuille. Cependant, dans chaque fonds, nous avons une ou plusieurs entreprises « superstars » avec des multiples allant de 10 à 50.

Michael Sidler a cofondé Redalpine Venture Partners en 2006 et il agit en tant que General Partner pour les fonds Redalpine. Auparavant, Michael était responsable des investissements et des fusions et acquisitions chez Prionics, une société de diagnostic et de biotechnologie située à Schlieren, en Suisse. De 1998 à 2003, Michael a travaillé pour le Boston Consulting Group à Zürich et à Toronto dans différents secteurs d’activité, tels que le e-Banking, l’assurance et l’automobile. Michael est titulaire d’un doctorat en sciences de la vie obtenue à l’université de Zürich. Il est membre de plusieurs organisations, jurys et conseils pour le soutien de l’innovation et des startups. Enfin, il dirige le chapitre VC de SECA.


Nom de la société : Redalpine Venture Partners
Adresse : Pfingstweidstrasse 60, 8005 Zürich
Site web : www.redalpine.com
Date de création : 2007
Top management : Peter Niederhauser, Michael Sidler, Harald Nieder, Désirée Reimann, Oliver Pabst
Secteurs d’expertise : Venture Capital Investing
Types d’investissement : startups tech et entreprises non-cotées
Actifs sous gestion : 1 milliard CHF

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