Japon : longue sortie de crise post Covid

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Par Daniel Hurley, T. Rowe Price

A voir la politique toujours accommodante menée par sa banque centrale, il est clair que le Japon met du temps à récupérer de la crise du Covid. En revanche, de nombreux facteurs positifs – à commencer par la faiblesse du yen – laissent clairement apparaître son potentiel de récupération.

Le Japon est sans doute un des pays les plus stables au monde sur le plan politique. Kishida et le Parti libéral-démocrate viennent de remporter une élection à la chambre haute consolidant ainsi leur pouvoir après avoir remporté la chambre basse en octobre. Ils bénéficient d’un soutien massif qui leur permettra de faire passer la plupart de leurs réformes et propositions, sans avoir à se soucier des sondages durant au moins trois ans. Cela devrait leur permettre de faire passer des politiques économiquement pragmatiques mais politiquement controversées, telles que la levée des restrictions sur les importations, l’ouverture des frontières et le retour à l’énergie nucléaire.

Si une grave récession devait se produire dans le monde, tous les pays y seraient exposés, et le Japon ne ferait pas exception. La flambée des prix de l’énergie va également être un facteur défavorable. Toutefois, comparé à d’autres marchés, il devrait y avoir de bonnes chances pour que le Japon s’en sorte mieux. Deux questions fondamentales se posent actuellement pour les investisseurs en ce qui concerne le Japon. En tant que marché ouvert et cyclique, dans quelle mesure le pays est-il vulnérable face à une récession mondiale, d’autant qu’il est confronté à une flambée des prix de l’énergie en tant qu’importateur? La seconde question est de savoir où le Japon se situe face à l’Europe et aux marchés émergents ?

Les centrales nucléaires de la prochaine génération

En tant qu’importateur net d’énergie, le Japon est affecté par l’impact de la flambée des prix de l’énergie. Toutefois, le Japon est moins vulnérable à court terme et dispose d’une solution pragmatique, puisque M. Kishida a récemment annoncé qu’il allait ordonner le développement et la construction de centrales nucléaires de « nouvelle génération ». Il s’agit d’un changement important après la catastrophe de Fukushima en 2011. Il permettra de réduire la dépendance énergétique du Japon à long terme et de faire progresser le pays vers des émissions de carbone net-zéro d’ici 2050.

À plus court terme, le gouvernement de M. Kishida prévoit de redémarrer jusqu’à 17 centrales nucléaires dès l’été 2023. Le Japon est actuellement tributaire du pétrole brut et du gaz naturel liquide pour son énergie. Il convient toutefois de rappeler que le Japon, contrairement à l’Europe, est moins dépendant de l’énergie russe et dispose d’une stratégie à plus long terme pour faire face à la dépendance énergétique et à la transition vers l’énergie verte.

La faiblesse du yen au soutien du tourisme

Le Japon a l’un des taux de vaccination les plus élevés au monde et, malgré la recrudescence des cas en ce moment, les restrictions aux frontières continuent de s’assouplir ; ils ont récemment annoncé que les obligations de test d’entrée PCR seront supprimés. Le nombre de touristes autorisés à entrer devrait augmenter au cours des prochains mois. Aussi, la demande devrait être élevée étant donné que le yen est à son plus bas niveau depuis 25 ans. Alors que l’Europe et les États-Unis ont bénéficié du rebond de l’activité économique au cours des 18 derniers mois, le Japon a selon nous encore de beaux jours devant lui.

La mobilisation autour de la pandémie, l’accent mis sur la croissance au détriment de la valeur et le déclin précipité du yen ont éclipsé une amélioration soutenue et très encourageante de la gouvernance d’entreprise au Japon. Il s’agit d’une grande réussite pour le pays et nous sommes convaincus que les investisseurs étrangers la négligent.

Malgré l’incertitude de l’économie mondiale, les entreprises japonaises continuent à racheter des actions et à rembourser le capital aux actionnaires à des niveaux records. Il s’agit d’un signe très encourageant de la santé des entreprises, ainsi que de l’amélioration continue de la gouvernance d’entreprise au Japon. La pression incessante de ces derniers temps crée selon nous des opportunités pour les investisseurs à long terme.

Valorisation et devise

Le Japon est évalué à 12 fois la valeur fwd. P/E, contre une moyenne de 14x fwd. P/E. Comme le Japon se négocie en dessous de la moyenne, nous pensons qu’un ralentissement économique est pris en compte dans les prix. Si l’économie mondiale parvient à atterrir en douceur, le Japon a le potentiel de se réévaluer à partir d’un niveau attractif. La réouverture de l’économie domestique japonaise et la réouverture progressive des frontières soutiendraient également les bénéfices des entreprises locales.

Nous pensons que le yen est sous-évalué et se négocie autour de son plus bas niveau depuis 25 ans par rapport au dollars US. La faiblesse du yen a favorisé la compétitivité du Japon et a été une aubaine pour les exportateurs.

Le principal vecteur de la faiblesse du yen est la forte inflation américaine. Au Japon, cependant, l’inflation reste largement conforme à l’objectif de la Banque du Japon, qui n’a pas besoin de relever les taux d’intérêt.

Solide saison des résultats

Les perspectives de l’économie mondiale semblent incertaines, avec une liste toujours plus longue de pays menacés de récession, voire déjà en récession. Nous vivons certainement une période difficile pour les investisseurs. Cependant, pour ceux qui ont une connaissance approfondie et vaste du pays, il existe des raisons claires de maintenir des perspectives optimistes à moyen et long terme au Japon.

La récente saison des résultats a été très solide.  Les marges opérationnelles des entreprises ont été stimulées par la faiblesse du yen, notamment chez les plus grands exportateurs qui reçoivent actuellement plusieurs yens supplémentaires pour leur dollar. Si l’on exclut l’énergie, le Japon a été l’un des pays les plus performants parmi ses pairs des marchés développés.  Cela dit, le marché japonais des actions a eu tendance à suivre l’exemple des États-Unis – en particulier, le contexte de l’inflation et des politiques – ce qui fait de l’environnement macroéconomique le principal moteur actuel.

Les perspectives du marché ne sont pas très réjouissantes, mais il en va de même pour les marchés du monde entier. Toutefois, par rapport à d’autres régions, le Japon présente de nombreux facteurs positifs qui justifient que les investisseurs s’y intéressent de plus près.

Daniel Hurley est Associate Portfolio Specialist au sein de la division Actions internationales de T. Rowe Price. Il y est également membre des équipes d’investissement Emerging Markets Equity et Japan Equity. Daniel a 16 ans d’expérience dans le domaine de la gestion d’actifs.

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