La vengeance pour Meta, la dépréciation pour TotalEnergies

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En Europe, les indices boursiers ont développé une curieuse capacité de résistance aux mauvaises nouvelles récemment, surtout par rapport à leurs homologues américains. J’ai beau me gratter la tête, je ne vois guère de raison valable pour expliquer ce phénomène compte tenu de la répartition actuelle des risques. Ah si, peut-être une, le décalage de valorisation. Selon AlphaValue, le PER moyen des actions européennes que suit le bureau d’études – environ 450 titres – est de 14,5 fois les résultats attendus en 2022. Hors concessions, encore trop peu remises de la crise, les PER vont de 6,4 fois pour l’automobile à 32,8 fois pour les logiciels. Aux Etats-Unis, le PER moyen des entreprises du S&P500 est de 19,4 fois les bénéfices attendus cette année, soit un tiers de plus en moyenne que pour le vieux continent. Ce ratio atteint 18 fois pour le Dow Jones, un indice dans lequel la technologie est plutôt sous-représentée, et 25 fois pour le Nasdaq, au contraire riche en valeurs de l’économie numérique, que le marché est prêt à payer bien plus cher.

Historiquement, le marché américain est mieux valorisé que le marché européen, mais les décalages avaient atteint des niveaux inédits à cause des multiples accordés à certaines entreprises en devenir, au modèle économique incertain mais qui toutes étaient vendues comme le prochain Apple ou le futur Tesla. Les investisseurs, moins enclins à prendre des risques depuis quelques mois, ont allégé à tours de bras leurs positions sur ce genre de sociétés prometteuses mais trop vite encensées. J’illustre à nouveau cela avec le fonds ARK Innovation de la papesse de l’investissement à risque Cathie Wood, pour le moment rétrogradée au rang d’abbesse, dont les pertes dépassent 60% sur un an depuis hier. Wood a peut-être raison de miser sur ces dossiers, mais les cimetières financiers sont remplis d’investisseurs qui ont eu raison trop tôt ou trop tard.

Pour en revenir à nos questions de valorisation, les corrections récentes ont gommé une partie de l’exubérance qui s’était emparée de certains pans du marché et qui faisait dire à de bons connaisseurs qu’il n’y avait pas forcément de bulle globale sur les actifs, mais des bulles localisées çà et là. Bien sûr, le marché américain reste mieux valorisé que le marché européen, mais l’écart a eu tendance à se réduire. Et puis compte tenu des pressions actuelles sur l’économie du vieux continent, confrontée à la guerre en Ukraine et à ses conséquences, notamment énergétiques, il n’est pas illogique que Wall Street se porte mieux que Londres, Paris ou Francfort. Paradoxalement, et c’est assez visible depuis quelques jours, les indices américains sont plus chahutés que les autres. Il y a deux explications majeures à cela. D’abord, la proximité d’un gros tour de vis monétaire de la Fed, qui devrait agir la semaine prochaine. Ensuite, le poids des valeurs technologiques dans le S&P500, qui pénalise l’indice comme il l’a favorisé pendant des années après la crise financière de 2008.

Hier, Wall Street a terminé autour de l’équilibre, mais le Nasdaq a encore cédé 0,05%, signe que les investisseurs renâclent toujours à se replacer sur les stars de la cote américaine. Même le rachat de Twitter par Elon Musk n’a pas permis de remettre des pièces dans la machine alors que les marchés adorent les grosses acquisitions en temps normal, a fortiori dans la « tech ». Cette nuit, les résultats de Meta Platforms (ex-Facebook) ont enthousiasmé les investisseurs, avec un titre qui gagnait 18% hors séance. En réalité, les chiffres ne sont pas exceptionnels mais le titre a été tellement brassé ces derniers mois que les financiers vont tenter le rachat à bon compte. Pour le coup, l’action vaut à peine 14,3 fois les résultats attendus en 2022, ce qui en fait presque une valeur européenne. Pour vous donner une idée, 14,3 fois c’est le PER 2022 de Vinci.

La journée sera encore marquée par les publications d’entreprises, qui tombent par dizaines et dont vous pouvez retrouver dans les lignes qui suivent quelques éléments, avec l’exhaustivité maximum dont je suis capable peu après le réveil. Sanofi, TotalEnergies, Unilever, Barclays ou Nokia ce matin en Europe, avant les deux derniers géants américains du numérique, Apple et Amazon, après la clôture aux Etats-Unis ce soir. Globalement, les résultats sont toujours en hausse, dopés aux relèvements de prix. En complément, les marchés vont prendre connaissance à 14h30 de la première estimation du PIB américain du 1er trimestre 2022. Dans le reste de l’actualité, la presse anglo-saxonne parle beaucoup des suites judiciaires du scandale Archegos. Il règne une certaine cacophonie en Europe sur l’attitude à adopter face à la Russie, car les pays qui ont joué le jeu collectif en refusant de payer leur facture de gaz en rouble ont été punis par l’arrêt des livraisons, alors que d’autres ont accepté d’utiliser la devise russe et ont été livrés. Cela créé évidemment une brèche dans le front commun qu’essaie de bâtir l’UE. Pour autant, il est toujours question d’un arrêt des achats de pétrole russe.

Les marchés ont l’air de se réveiller dans de bonnes dispositions en Europe ce matin. Les indicateurs avancés étaient rouge clair quand j’ai commencé à rédiger à l’aube, ils sont désormais bien installés dans le vert. La tendance est positive en Asie Pacifique, avec une hausse de l’ordre de 1,5% en fin de parcours pour le Nikkei 225 japonais et des gains voisins de 0,6% pour le Hang Seng à Hong Kong. Le CAC40 gagnait 1,1% à 6516 points à l’ouverture.

Les temps forts économiques du jour

L’Allemagne publiera à 14h00 sa première estimation d’inflation pour avril. Aux Etats-Unis, place à la première lecture du PIB américain du 1er trimestre et aux inscriptions hebdomadaires au chômage, à 14h30. Tout l’agenda « macro » ici. Ce matin, la banque centrale japonaise a maintenu le cap d’une politique de soutien accommodante, qui contribue à faire reculer le yen.

Le dollar maintient l’euro sous pression, à 1,0510 USD. L’once d’or poursuit sa décrue à 1877 USD. Le pétrole reste plutôt ferme, avec un Brent de Mer du Nord à 103,50 USD le baril et un brut léger américain WTI à 100,60 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans reprend quelques points à 2,83%. Le bitcoin reprend un peu de terrain à 39 400 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Air Liquide : Jefferies reste à l’achat avec un objectif relevé de 183 à 185 EUR.
  • Allianz : Goldman Sachs reprend le suivi à l’achat en visant 270 EUR.
  • Aveva : Jefferies reste à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 2000 à 1630 GBp.
  • Coca-Cola Europacific Partners : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 54 à 56 EUR.
  • Dassault Systèmes : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 44 à 40 EUR. Barclays passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 48 EUR.
  • Elementis : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours réduit de 170 à 160 GBp.
  • Essity : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 233 à 244 SEK.
  • Grainger : Citigroup passe de neutre à achat en visant 369 GBp.
  • Holcim : Deutsche Bank passe d’acheter à conserver en visant 53 CHF.
  • Inficon : Baader Helvea passe d’alléger à accumuler en visant 1037 CHF.
  • Ipsen : JPMorgan relève son objectif de cours de 88 à 91 EUR.
  • Kemira : Inderes passe d’alléger à accumuler en visant 13 EUR.
  • Puma : JPMorgan reste à surpondérer avec un objectif réduit de 115 à 110 EUR.
  • Schneider : Morgan Stanley abaisse son objectif de cours de 160 à 157 EUR.
  • Thulé : Handelsbanken passe de conserver à acheter.
  • Valeo : Berenberg reste à l’achat avec un objectif réduit de 25 à 23 EUR.
  • Valmet : Inderes passe d’accumuler à acheter en visant 32 EUR.
  • Wienerberger : Deutsche Bank passe d’acheter à conserver en visant 30 EUR.
  • Zurich Insurance : Goldman Sachs reprend le suivi à neutre en visant 510 CHF.

En France

Résultats des sociétés

  • Capgemini : vive croissance organique de 17,7% au T1. Les objectifs sont réitérés.
  • Pernod Ricard : le T3 fiscal est en croissance organique de 20%. Sur l’exercice, le résultat opérationnel courant devrait progresser de 17%.
  • Sanofi : le bénéfice par action du T1 est supérieur aux attentes.
  • Soitec : le groupe relève sa prévision de marge après des ventes records au T4 fiscal.
  • Thales : les objectifs sont confirmés après une croissance organique de 2,7% au T1.
  • TotalEnergies : l’Ebitda du T1 a plus que doublé. Le groupe a dû prendre une dépréciation de 4,1 Mds$ sur ses actifs russes.
  • Unibail : les prévisions de bénéfice net récurrent 2022 sont confirmées.

Annonces importantes (et moins importantes)

Dans le monde

Résultats des sociétés

  • Amgen : le titre décroche de 6% après la clôture, dans le sillage de résultats décevants.
  • Beiersdorf : les pénuries ont provoqué un abaissement des prévisions.
  • Ford : l’action gagne environ 2% hors séance après les résultats du T1.
  • Meta Platforms : l’action s’envole de 18% après la clôture dans le sillage de ses résultats trimestriels plus élevés que prévu, grâce à un nombre d’utilisateurs rassurants et malgré un chiffre d’affaires inférieur aux attentes.
  • Nokia : les résultats du T1 sont un peu plus élevés que prévu, bénéficiant des déploiements 5G.
  • PayPal : le titre reprend 3,4% hors séance après ses trimestriels.
  • Qualcomm : bon accueil post-séance aux résultats, avec un titre en hausse de 6,3%.
  • Samsung Electronics : bond du bénéfice net au 1er trimestre.
  • Standard Chartered : les résultats de la banque britannique dépassent les attentes. Le titre progresse de 12% en séance à Hong Kong.
  • Unilever : le groupe a dépassé les prévisions de ventes pour le premier trimestre, grâce à des hausses de prix de plus de 8% pour compenser la hausse des coûts.
  • Volvo Car : les bénéfices trimestriels dépassent les attentes malgré les pénuries.

Annonces importantes (et autres)

Lectures

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