« Notre allocation actuelle en investissements alternatifs est de l’ordre de 50 % »

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Interview de Marc-Phillipe Davies, Managing Partner, Key Family Partners

Par Elsa Floret

Fondé par Hugues d’Annoux et Morten H. Kielland, Key Family Partners est conçu comme un club d’investissement privé, qui offre aux familles fortunées une structure professionnelle proposant des solutions en matière d’allocation d’actifs, d’investissement, de reporting et de services administratifs. Key Family Partners offre à ses clients des mandats de conseil ou de gestion discrétionnaire.
Key Family Partners a commencé en 2019 avec ses deux familles co-fondatrices. Aujourd’hui, il en compte quatre. Plusieurs autres sont intéressées et co-investissent avec Key Family Partners dont l’objectif est de créer un partenariat de 10 familles.

Key Family Partners, créé à Genève en octobre 2020 se présente comme un multi-family office indépendant de nouvelle génération. Quel est votre modèle d’affaires ?
Marc-Phillipe Davies: Il y a deux différences essentielles. Tout d’abord, les familles qui rejoignent KFP ont la possibilité de devenir actionnaires de l’entreprise. Cela garantit que nous travaillons dans leur meilleur intérêt, en les traitant comme des partenaires plutôt que comme des clients. Deuxièmement, notre philosophie d’investissement est très différente de celle du secteur de la gestion de patrimoine. Nous suivons des principes qui nous éloignent de la foule.

En quoi votre philosophie d’investissement est-elle différente ?
Il est prouvé que l’allocation d’actifs est le principal facteur de la performance, il faut donc bien la maîtriser. En outre, les marchés traditionnels sont de plus en plus corrélés. Par conséquent, l’allocation actuelle de nos clients dans les investissements alternatifs est nettement supérieure à la norme du secteur, de l’ordre de 50 %.

Les familles participantes en devenant actionnaires sont ainsi directement intéressées au succès de leur multi-family office. Combien de familles cela représente-t-il ?
Nous avons commencé en 2019 avec nos deux familles cofondatrices. Aujourd’hui, nous en avons quatre. Plusieurs autres sont intéressées et co-investissent avec nous avant d’envisager un partenariat en capital à part entière.

Vous fixez-vous une limite en termes de nombre de familles actionnaires ?
Oui. En effet, un partenariat signifie plus qu’une simple participation au capital. Les familles doivent recevoir le même niveau de service que celui qu’elles sont en droit d’attendre d’un family office, dont elles seraient les seules participantes. Elles partagent également leur flux d’investissement privé avec les autres familles. C’est pourquoi, lorsque nous avons commencé, notre objectif était de créer un partenariat de 10 familles, afin de rester agiles et nous concentrer sur les besoins des familles. En d’autres termes, rester fidèle à l’ADN du family office.

Chacune des familles avec ses réseaux propres peut apporter des idées d’investissement que les autres ne connaissaient pas et qui sont réalisées en commun. Comment cela se passe-t-il concrètement ?
Nous avons des réunions régulières pour examiner et discuter de toutes les idées d’investissement qui nous parviennent. La due diligence peut être effectuée en interne ou externalisée. Nous conseillons et les familles décident elles-mêmes si elles veulent investir. En fin de compte, ce qui compte le plus, ce sont les relations et les personnes qui se cachent derrière les transactions. L’année dernière, nous avons négocié deux participations dans des « licornes » du secteur de la technologie à un prix inférieur à celui du tour de table, en nous basant uniquement sur la force des relations que nous entretenons. Nous prévoyons des sorties dans les deux cas cette année.

Outre les activités traditionnelles d’un family office, l’approche de Key Family Partners se fonde sur le modèle de Yale, qui privilégie les investissements alternatifs et illiquides, tels que le private equity, l’immobilier et les hedge funds. Quels sont vos investissements dans l’alternatif?
Dans le domaine du private equity, nous nous sommes concentrés sur des stratégies de croissance offrant une bonne visibilité au niveau de la sortie. Nos hedge funds couvrent les stratégies d’equity long/short, event-driven, long/short credit et systématiques. Dans l’immobilier, nous privilégions les projets à valeur ajoutée, où nous pouvons créer une valeur supplémentaire à partir de l’investissement initial. Pour nous, les investissements alternatifs ne servent pas uniquement à la diversification. Nous recherchons au cas par cas des rendements significatifs, indépendamment du contexte économique.

En termes de performance, quels objectifs vous fixez-vous dans la gestion traditionnelle et dans la gestion alternative?
A ce jour, les perspectives de rendement sur les actifs traditionnels nous semblent très faibles, par exemple, 3-6% par an sur les 10 prochaines années pour les actions américaines. Pour les hedge funds, nous visons 7-15%. En ce qui concerne le private equity, nous évaluons les transactions au cas par cas et attendons des rendements de 15 % et plus. Nous ne suivons pas les indices de référence. Selon moi, l’objectif d’investissement de tout véritable family office est de dégager des rendements réels, c’est-à-dire des rendements supérieurs aux liquidités et à l’inflation, avec le moins de risques possible.

Marc-Phillipe Davies est managing partner de Key Family Partners. Il était auparavant senior investment partner chez Vedra Partners, un multi-family office à Londres. Il a commencé sa carrière dans la gestion de fortune chez Frontier Investment Management, où il était gestionnaire de portefeuille, puis responsable des investissements. Il a ensuite rejoint Gottex Fund Management au sein de l’équipe multi-actifs. Il est diplômé de l’ACCA, du CAIA, de l’IMC et détient une licence en comptabilité appliquée.

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