Le Big Data réclame de nouvelles images

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La chronique de Patrick Hunger

Lorsqu’ils passent leur permis, les élèves apprennent que le conducteur d’un véhicule n’est pas autorisé à faire marche arrière sur une voie à sens unique. Cette règle, fixée dans l’ordonnance suisse sur la circulation routière, assure la « prévisibilité et la sécurité des comportements ». Dans le contexte du Big Data et du traitement d’énormes quantités de données complexes, à l’évolution rapide, les entreprises sont comme des « élèves des données » apprenant à se comporter vis-à-vis du « trafic de données » de telle sorte que les autres utilisateurs de cette « voie » ne soient ni gênés ni mis en danger.

De nouvelles initiatives réglementaires, telles que le Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD), exigent des entreprises qu’elles se placent en situation d’apprenant. L’intérêt pour les cours manifesté par ces élèves des données est ici autrement plus important que celui des apprentis conducteurs, car la course à la valorisation des données promet un tout nouveau « plaisir de conduite » des clients. Il faut bien dire que l’utilisation du Big Data par de nombreux « usagers du transport des données » en est encore au stade des essais et que seul un petit nombre d’entreprises disposent d’un « parc de traitement des données » opérationnel, même en mode « en tant que service ».

Dans le débat entourant la gestion du « trafic des données », on peut être frappé par les divergences d’opinions relatives aux mesures de réglementation du Big Data, d’une manière assez analogue à celle qui s’observe au sujet de la circulation routière. En relation étroite avec le « signal de discussion » et le rôle de cette « route des données », on entend parler d’ « impasse », de « voie de dépassement », ou comme dans l’introduction, de « voie à sens unique ». Toutes ces analogies se fondent néanmoins sur une compréhension historique et physique de la « circulation » et de la mobilité.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que les tentatives de modélisation d’un ordonnancement futur des données aboutissent encore trop souvent à la situation présente, ou justement à un « embouteillage ». Il existe bien évidemment un parallèle (d’application) entre le Big Data et la circulation routière. On peut aussi faire un parallèle entre les grille-pains, et la circulation, dans la mesure où la consommation d’électricité enregistrée un matin donné peut potentiellement servir d’indicateur de volume de trafic.

Mais le pouvoir, ou le « message », d’une image (choisie délibérément) dans le cours d’une discussion est si important que l’on court un danger (inconscient) à maintenir ces analogies familières. Pour exploiter le potentiel du Big Data, nous avons au contraire besoin d’images totalement nouvelles. Les machines parviennent déjà à identifier ce qui figure vraiment sur des images et à comprendre leur contenu. Reste à espérer que ce ne sont pas elles qui dépeindront aussi l’image du futur pour nous, et surtout pour les sociétés occidentales à l’ère de la protection des données.

 

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