Le « coût carbone » de la croissance économique : Le phénomène asiatique sur le chemin du Net-Zéro

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Par Nick Parsons, Head of Research & ESG, ThomasLloyd Group

En 2021, ThomasLloyd a présenté le concept du « coût carbone » du PIB, c’est-à-dire la quantité de CO2 émise pour chaque billion de dollars de produit intérieur brut. Cela nous a permis d’établir des comparaisons pertinentes entre les pays et de classer l’intensité de leurs émissions par rapport à la production économique plutôt que par rapport à la population qui, à notre avis, donne une image erronée de la situation réelle en Chine et en Inde.

L’étude précédente nous montrait que si la Chine et les États-Unis – avec respectivement 10,2 et 5,3 millions de tonnes – étaient les plus gros émetteurs de CO2 en valeurs absolues en 2019, les chiffres étaient très différents lorsqu’ils étaient calculés par unité de PIB. En nous appuyant sur les données du Fonds monétaire international1 et du Global Carbon Atlas2, nous avons montré que la Chine émettait presque trois fois plus de CO2 par unité de PIB que les États-Unis : 706 millions de tonnes (Mt) par billion de dollars de PIB contre 247 millions de tonnes.

Pourtant, la Chine n’est que la deuxième des dix plus grandes économies du monde. Un total depuis a été éclipsé par l’Inde avec 880 millions de tonnes. En ce qui concerne les huit plus grandes « économies émergentes et en développement » du FMI, leurs émissions moyennes sont de 617 millions de tonnes – allant de 880 millions en Inde à 337 millions au Bangladesh – et actuellement plus de quatre fois supérieures à la moyenne des quatre plus grandes économies d’Europe.

Les chiffres actuels sont désormais disponibles

Des chiffres récents sont désormais disponibles pour les émissions de CO2 en 2020 ; une période marquée par les effets sociaux et économiques de la pandémie de COVID. Global Carbon Atlas évalue le total des émissions à 34,8 milliards de tonnes en 2020, contre 36,4 milliards de tonnes en 2019. Ce lien clairement établi entre l’activité économique et les émissions de CO2 fournit un cadre utile pour actualiser nos calculs sur le « coût carbone » du PIB.

Qui sont les plus gros émetteurs de CO2 ?

Selon les dernières données par pays disponibles pour 2020, la Chine a augmenté ses émissions de CO2 de 10.175 millions de tonnes à 10.668 millions de tonnes, soit plus du double de celles des États-Unis, qui sont passées de 5.285 millions de tonnes à 4.713 millions de tonnes. L’Inde reste en troisième position avec 2.442 millions de tonnes. Là encore, il n’est pas surprenant que les cinq plus grandes économies du monde figurent parmi les plus gros émetteurs de CO2, mais la comparaison est imparfaite et ne saurait suffire à évaluer la situation actuelle.

En effet, l’étape suivante consiste à déterminer le « coût carbone » de la performance économique dans les principales économies du monde. Pour ce faire, nous établissons un classement des dix plus grands pays en fonction de leur produit intérieur brut (PIB), puis nous calculons la quantité d’émissions de CO2 (Mt) par billion de dollars de PIB.

 

Les résultats de cette analyse actualisée sont une nouvelle fois frappants. Parmi les dix plus grandes économies du monde, non seulement l’Inde présente toujours le « coût carbone » le plus élevé par unité de PIB, mais ce chiffre est passé de 880 Mt par billion de dollars de PIB en 2019 à 918 Mt en 2020. Certes, les émissions totales ont diminué de 174 Mt (6,6 %), mais l’économie indienne s’est contractée de 311 milliards de dollars (10,4 %) au cours de cette période. Les émissions par unité de PIB ont donc augmenté.

Le « coût carbone » du PIB en l’Asie

Nous répétons cette analyse pour les huit plus grandes « économies émergentes et en développement » d’Asie. Une fois encore, chacune de ces économies asiatiques a un « coût carbone » par billion de dollars de PIB supérieur à celui de n’importe quel grand pays d’Europe occidentale, et sept d’entre elles ont un coût carbone au moins deux fois plus élevé que le plus grand pays d’Europe.


Le problème aurait sans doute moins d’importance s’il s’agissait de pays à faible population, où les résultats pourraient être considérés comme moins pertinents à l’échelle mondiale. Or, ce n’est pas le cas avec ces huit pays réunis ayant une population totale de 3,51 milliards d’habitants, soit près de la moitié de la population totale de la planète.

De surcroit, sur le total mondial de 36 441 millions de tonnes d’émissions de CO2 en 2019, les huit pays asiatiques analysés ici ont représenté 14 470 millions de tonnes, soit près de 40 % du chiffre mondial. En 2020, malgré un fort ralentissement économique dans de nombreux pays de la région, leurs émissions totales ont en fait augmenté pour atteindre 14 714 millions de tonnes, avec un coût carbone du PIB moyen plus de quatre fois supérieur à la moyenne des quatre plus grands pays européens.

Des opportunités d’investissement considérables en Asie

Les chiffres actualisés présentés ici soulignent l’impérieuse nécessité d’investir dans les infrastructures et les énergies renouvelables dans la région Asie-Pacifique. L’évolution démographique et l’urbanisation rapide stimulent la demande d’électricité, qui doit de plus en plus être satisfaite par des technologies contribuant à réduire et à atténuer le changement climatique. En raison de leur situation géographique, les pays dont le « coût carbone » du PIB est le plus élevé sont également les mieux placés pour répondre à la demande énergétique en exploitant leur abondant rayonnement solaire. Une collaboration internationale mais aussi une forte injection de capital public et privé sont aujourd’hui nécessaires pour s’attaquer à ce phénomène de façon efficace et durable.

En tant que développeur et financier d’infrastructures durables, nous sommes engagés dans la transition énergétique nécessaire à la réduction des émissions de CO2 en Asie. Quelques semaines seulement après la COP 26, nous avons introduit avec succès le ThomasLloyd Energy Impact Trust à la bourse de Londres. Il s’agit la première offre de ce type offrant aux investisseurs un accès direct aux infrastructures d’énergie durable dans les économies émergentes et à croissance rapide de la région. Notre philosophie de création de valeurs durables est très bien accueillie par les investisseurs et les chiffres présentés ici illustrent une fois de plus les défis et les opportunités de la région.

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