Le futur de la nutrition : vers un avenir alimentaire durable

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Par Clément Maclou, Gérant Senior, Thématique Future of Food, ODDO BHF AG

L’alimentation concerne tout un chacun et la façon dont nous produisons, distribuons et consommons les aliments est en pleine évolution. La pandémie a soumis le système agroalimentaire mondial à rude épreuve, un pic de demande couplé à des chaines d’approvisionnement défectueuses ayant montré la fragilité du système. Si les acteurs de la filière ont su y faire face, la nutrition semble aussi avoir retrouvé une place de choix auprès des consommateurs.

Malgré cela, notre système alimentaire est l’un des plus inefficace de l’économie mondiale. Il représente environ 10 % du PIB mondial mais près de 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, 40% des terres disponibles et 70% de la consommation d’eau douce. De tels déséquilibres rendent nécessaire une révolution alimentaire au cours des prochaines décennies. Nous sommes convaincus que l’avenir passe par une nutrition plus durable avec trois grands axes d’amélioration possibles : la transition des régimes à base animale vers une base végétale, la généralisation de l’agriculture régénératrice et enfin la réduction du gaspillage alimentaire.

L’assiette du futur pour une alimentation durable

Selon une étude récente en Suisse1, le nombre de végétariens dépasse 250 000 soit 4.1% de la population et les végétaliens (végans) 38 000 soit 0.6% de la population. Si le nombre de végétariens a crû de 20% en 1 an, celui des végans a doublé avec une surreprésentation de femmes jeunes (14-34 ans), diplômées de l’enseignement supérieur et vivant en Suisse alémanique. Le respect des animaux, l’engagement pour la sauvegarde de la planète et l’adoption d’un régime alimentaire plus sain sont leurs principales motivations.

Au-delà de cette tendance naissante en Suisse, plusieurs rapports académiques et gouvernementaux prônent un changement de nos habitudes de consommation. Le rapport EAT Lancet, le plus connu, publié en 2019, est sans appel. Nous devons réduire de façon drastique notre consommation de protéines animales au profit de protéines végétales afin de nourrir durablement une population croissante. A titre d’exemple, l’assiette du futur devrait comporter 43 grammes de viande par jour contre près de 140 grammes aujourd’hui, soit une division par plus de 3 fois.

L’agriculture régénératrice pour revitaliser une industrie fragile

L’agriculture régénératrice consiste à « comprendre comment fonctionne le sol et apprendre à cultiver comme la nature », selon Ray Archuleta du NRCS. Tout part donc du sol et les plantes sont les principaux fournisseurs de nourriture des sols. Les plantes jouent aussi un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique. En effet, elles absorbent le dioxyde de carbone et 40% de celui-ci est ensuite envoyé à leurs racines pour régénérer l’écosystème des sols. C’est un processus très vertueux qui absorbe plus du quart de toutes les émissions humaines.

L’un des avantages majeurs de l’agriculture régénératrice est de réduire la dépendance aux monocultures, malheureusement majoritaires avec 75% de l’alimentation humaine assurée par 12 espèces végétales et 5 animales. Une meilleure diversification permet aux fermiers de réduire les risques, de moins dépendre des subventions, de moins subir la volatilité des prix des matières premières agricoles ainsi que de maximiser leurs gains notamment grâce à l’obtention de crédits carbone.

Réduire le gaspillage alimentaire : une solution éthique et écologique

1,3 milliard de tonnes d’aliments gaspillés, c’est un tiers de la nourriture produite à l’échelle mondiale, soit 220 kg par personne et par an. Ce chiffre saisissant représente de quoi nourrir plus de 1,2 milliard de personnes sachant qu’en parallèle, on estime aujourd’hui à 800 millions le nombre de personnes souffrant de la faim. Si l’on entre dans le détail des catégories de produits, toutes sont malheureusement concernées par le gaspillage alimentaire, de 45% pour les fruits et légumes à 30% pour les céréales et 20% pour la viande et la volaille.

Le gaspillage de nourriture n’est plus seulement un problème social mais aussi un enjeu écologique majeur. En effet, selon les Nations Unies, si la perte et le gaspillage alimentaires constituaient un pays, celui-ci serait le troisième émetteur de gaz à effet de serre (GES) après la Chine et les États-Unis, représentant 8 à 10% des émissions à l’échelle globale.

Face à cette situation, il n’est donc pas surprenant de voir les réglementations se durcir. En 2013, les Nations Unies ont ainsi intégré le gaspillage alimentaire aux Objectifs de développement durable. L’ODD 2 « Faim zéro » vise à éradiquer ce fléau et à assurer l’accès de tous à une alimentation saine et nutritive, tandis que l’ODD 12 « Consommation et production responsables » a pour ambition de diviser par deux le gaspillage alimentaire par habitant au niveau des détaillants et des consommateurs d’ici 2030. Tout un programme.

 

Sources :

  1. Etude MACH Consumer sur la consommation et les médias, 2021
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