«Le rapport entre critères ESG et performance financière est positif et stable»

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Par Fabienne Bogádi – Photos Jürg Kaufmann

 

Précurseur dans la gestion de fonds durables dès 1998, Swisscanto fonde sa stratégie sur la matérialité de l’ESG, qu’elle applique systématiquement à sa gestion de fortune. Une vision d’avenir, selon René Nicolodi, responsable du département « Equities & Themes » de la BCZ.

 

Chez Swisscanto, l’ESG est-elle réservée à des placements de niche ou la durabilité traverse-t-elle toutes vos activités ?
René Nicolodi: En tant qu’asset managers, nous considérons que les thèmes liés à l’ESG et aux changements climatiques font partie de notre responsabilité fiduciaire et sociétale. C’est pourquoi nous appliquons systématiquement les principes de l’ESG dans nos stratégies de placement. Ainsi notre liste noire des entreprises qui produisent, stockent ou commercialisent des armes interdites, est-elle appliquée à l’ensemble de nos investissements pour un montant de 175 milliards de francs. En outre, les critères ESG sont obligatoire et intégrés à tous les processus d’investissement, qui représentent un montant de 82 milliards de francs.

Comment vous assurez-vous que les entreprises qui entrent dans vos fonds respectent vraiment les critères ESG ?
Nous identifions des entreprises dont les produits et services déploient un impact hautement positif à l’égard des défis environnementaux et sociaux. Par exemple dans le domaine de la protection du climat, de l’efficience hydraulique ou de la formation. Nous analysons de manière indépendante un éventail exhaustif d’informations selon notre propre méthodologie, afin de comprendre dans le détail les modèles d’affaires des entreprises, aussi bien sur le plan de leur durabilité que de leur rentabilité. Les signaux d’alerte qui attirent notre attention se manifestent à partir d’indicateurs comme les émissions de CO2, la mesure du risque de réputation ou la gouvernance d’entreprise.

Quelle valeur ajoutée les fonds ESG apportent-ils à l’investisseur ?
Nous sommes convaincus de la matérialité des différentes facettes de l’ESG et en particulier en ce qui concerne les thèmes sociétaux, comme le changement climatique, et ce à travers toutes les classes d’actifs. En conséquence, nous pensons que l’application des principes ESG dans notre gestion de fortune améliore la performance. Dans le même temps, en tant qu’asset managers, nous avons une influence sur l’exercice actif du droit de vote. Le dialogue direct avec l’entreprise encourage le management à donner plus de poids aux aspects essentiels de l’ESG, à offrir les bonnes incitations et à poursuivre les objectifs stratégiques qui y sont liés. Dans le domaine du climat, l’initiative Science Based Targets en est un bon exemple.

La composition ou le profil des fonds durables a-t-il changé depuis leur lancement en 1998 ? En quoi ?
Oui, la composition des portefeuilles durables a évolué avec le temps grâce à une meilleure compréhension de l’ESG et des investissements responsables. Dans les années 90, on ne trouvait à l’arrière-plan des placements durables que les thèmes environnementaux, tandis qu’au tournant du siècle les thématiques sociales, comme les aspects de gouvernance d’entreprise, ont pris de plus en plus d’importance. Toutefois, le changement climatique a toujours été un axe stratégique dans les investissements ESG. Aujourd’hui, cette thématique est systématiquement prise en compte dans toutes les stratégies de placement de Swisscanto, notamment en matière d’émissions de CO2. Concrètement, cela signifie que tous nos portefeuilles actifs visent une décarbonisation conforme aux accords de Paris, qui veulent limiter le réchauffement à 2 degrés au maximum d’ici à 2050.

Et le profil des clients ? A-t-il changé ? La demande pour de tels fonds est-elle à la hausse ?
Ces dernières années, la demande pour des investissements durables a crû de manière exponentielle, en Suisse comme sur le reste de la planète. En Suisse, les volumes des placements durables ont explosé, entre 2017 et 2018, de 83% à 716 milliards de dollars de francs. Sur le plan mondial, les volumes ont augmenté entre 2016 et 2018 de 30,6 milliards de dollars, ce qui représente une croissance de 34%. Ce sont surtout les investisseurs institutionnels qui ont mis en œuvre l’ESG dans leurs stratégies de placement. Et en raison des tendances réglementaires en matière de durabilité, comme le plan de la commission européenne pour le financement d’une croissance durable, l’importance des thèmes ESG va encore croître dans la gestion de fortune et auprès des investisseurs.

Que recherche l’investisseur qui mise sur des placements durables ?
En recherchant des placements prioritairement écologiques ou sociaux, l’investisseur poursuit soit un objectif normatif, soit un but éthique. Parallèlement, il est de plus en plus convaincu que la prise en compte et une meilleure compréhension des aspects de l’ESG dans sa stratégie le conduit à de meilleures décisions d’investissement. Ainsi les entreprises prennent-elles conscience que les coûts du changement climatique via les prix du CO2 comptent de plus en plus dans leur valorisation. Ce dernier point est déterminant dans la hausse de la demande de ces dernières années.

Y a-t-il un rapport direct entre les critères ESG et la solidité, la qualité ou la performance d’une entreprise ?
La prise en considération des aspects de l’ESG dans le sens d’une bonne gestion des parties prenantes ou d’une gouvernance globale et progressiste renforce le succès de l’entreprise. Une étude publiée en Allemagne et qui intègre un grand nombre de recherches scientifiques différentes depuis 1970, démontre que le rapport entre critères ESG et performance financière est positif et stable.

Le profil rendement-risque diffère-t-il de celui d’un placement traditionnel ? Si oui, en quoi ? Si non, pourquoi ?
Non, les stratégies ESG peuvent être mises en œuvre sous différentes formes et le profil rendement-risque est déterminé par la manière dont la stratégie est implémentée. Par exemple, grâce à l’exercice actif du droit de vote ou au dialogue direct avec les entreprises, la composition du portefeuille n’est pas affectée en soi. En revanche, un portefeuille orienté vers les énergies renouvelables indique des caractéristiques de rendement-risque qui sont comparables aux autres stratégies, y compris celles basées sur des thèmes non durables. L’inclusion des principes ESG dans la gestion de fortune améliore la performance.

Ces fonds présentent-ils des risques particuliers ? Lesquels ?
Non, les stratégies ESG peuvent aujourd’hui être implémentées de façon à ne pas courir de risques additionnels spécifiques. Bien au contraire : les risques diminuent, en particulier le risque de réputation. Les entreprises qui poursuivent une stratégie durable intégrée à leur modèle d’affaires sont considérées comme des parties prenantes pertinentes et courent moins de risques de réputation.

Investir de manière responsable et durable implique-t-il de renoncer à une partie de sa performance financière ?
Très clairement, non. L’attention portée aux facteurs ESG et leur mise en œuvre dans les décisions d’investissement deviennent peu à peu la norme. Les investisseurs prennent de plus en plus conscience que les critères durables créent de la valeur ajoutée. Chez Swisscanto Invest, nous partons du principe que les critères ESG, en particulier en ce qui concerne le changement climatique, feront partie intégrante de la gestion de fortune de l’avenir et intéresseront de plus en plus de clients, y compris ceux qui ne s’en préoccupent pas encore aujourd’hui.

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