Les bonnes dispositions ESG des entreprises familiales

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Par Birgitte Olsen, Bellevue Asset Management

Dans cette immensité que forme l’univers des investissements ESG, les entreprises familiales ont plusieurs atouts en mains qui leur permettent de jouer pratiquement avec un coup d’avance. C’est le cas, entre autres, de leur engagement sur le très long terme et de leur haut degré de responsabilité.

Le thème de la durabilité s’est installé tout en haut de l’agenda politique. La taxonomie de l’UE, qui entre en vigueur à la fin de cette année, devrait par exemple permettre de mieux mesurer la durabilité des activités économiques et des produits financiers. Ce sujet occupe depuis longtemps déjà une place importante dans les entreprises dirigées par leurs propriétaires. En effet, elles s’intéressent aux performances à long terme plutôt qu’à une
maximisation court-termiste des profits – approche de plus en plus souvent associée aux facteurs de durabilité aujourd’hui.

Les entreprises familiales se montrent convaincantes sur leur durabilité économique, supérieure à la moyenne, notamment grâce à quatre facteurs de qualité: des bilans intacts, un taux d’innovation élevé, une croissance stable et des marges solides. Leur haut degré de responsabilité, leurs structures de gestion efficaces et, enfin, leurs perspectives durables font partie des clés de leur succès.

Dans ce contexte, les sociétés dirigées par leurs propriétaires peuvent également se démarquer en ce qui concerne les nouvelles exigences en matière de durabilité. Alors que la multinationale agroalimentaire suisse Nestlé, à la capitalisation boursière de 300 milliards de francs, ne prévoit d’atteindre la neutralité climatique qu’en 2050, Lundin Energy, prestataire énergétique suédois de taille nettement plus modeste, devrait y parvenir dès 2025.
Historiquement aussi, une tendance positive forte se dégage. Selon une étude de Credit Suisse Research, les notations ESG moyennes des entreprises familiales ont augmenté beaucoup plus fortement que celles des entreprises non familiales entre 2014 et 2019; aujourd’hui, elles progressent principalement en raison de la forte orientation sociale et environnementale de ces sociétés. Une comparaison internationale montre également que les sociétés européennes font beaucoup mieux en matière de facteurs de durabilité que leurs homologues américaines. En effet, la durabilité est à l’agenda politique en Europe et les entreprises européennes devraient en profiter à long terme face à la concurrence mondiale.

Les jeunes entreprises à petite capitalisation qui se trouvent encore en phase de développement peuvent être systématiquement désavantagées par rapport aux grandes entreprises. Le manque d’expérience ou de ressources en personnel dans la gestion des problématiques ESG peut être la cause d’une sous-évaluation, tout comme un catalogue de critères défini par la méthodologie qui n’est pas transférable tel quel à toutes les entreprises d’un secteur. Une approche «best-in-class» stricte basée sur des règles d’exclusion systématique des supposés mauvais élèves en matière d’ESG s’avère donc peu appropriée.

Les critères ESG doivent être pleinement intégrés à l’analyse fondamentale. L’accent doit être mis non seulement sur les risques, mais aussi sur les opportunités qui peuvent se présenter dans une perspective de durabilité. L’analyse fondamentale et la sélection des actions permettent également d’identifier des entreprises ayant une valorisation attrayante mais qui n’ont pas encore obtenu la note ESG qu’elles méritent réellement ou qui – restant largement méconnues du marché – pourraient devenir les éventuelles «superstars ESG» de demain.

A titre d’exemple de développement durable, la société suédoise Husqvarna est considérée comme l’inventrice de la tondeuse à gazon robotisée, elle domine ce segment avec une part de marché mondiale de 60%. On connaît également les systèmes d’arrosage de jardin de la filiale Gardena d’Husqvarna. L’entreprise a une croissance si rapide qu’elle a vendu son activité de tondeuses traditionnelles. Cette orientation ne se traduit pas uniquement par des marges plus élevées, mais aussi par de meilleures notations ESG, étant donné que les robots de tonte électriques sont plus respectueux de l’environnement, ne consomment pas d’essence, peuvent fonctionner à l’électricité photovoltaïque et n’engendrent pas d’émissions sonores.

Citons l’autre exemple, à première vue paradoxal, du fournisseur de gaz et de pétrole norvégien Subsea 7, qui mettait initialement l’accent sur les installations de forage offshore. Grâce à sa stratégie proactive de participation à la transition énergétique mondiale, plus d’un tiers de son carnet de commandes concerne aujourd’hui le domaine des énergies renouvelables. Concrètement, il s’agit de parcs éoliens offshore, et cette part connaît une croissance constante. L’entreprise énergétique a pu faire passer sa notation ESG de BB, inférieure à la moyenne, en 2016, à AA, supérieure à la moyenne, aujourd’hui, selon la notation de durabilité agrégée de MSCI ESG Research.

Birgitte Olsen est gestionnaire de portefeuille senior Actions Europe chez Bellevue Asset Management. Avant de rejoindre la société d’investissement suisse en 2008, elle a été responsable de la gestion de portefeuille Actions Europe pendant neuf ans en tant que directrice adjointe chez Generali Investments à Cologne. En 1997 et 1998, elle a travaillé comme gestionnaire de fonds pour les régions Allemagne et Scandinavie chez Vontobel Asset Management à Zurich. Birgitte Olsen a terminé ses études avec spécialisation en finance et comptabilité à l’Université de Saint-Gall en 1992.

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