Les emprunts des marchés émergents pour profiter de la démondialisation

564
0
Share:

Par Tanja Kusterer, Fisch Asset Management

Dus pour beaucoup aux verrouillages qui ont accompagné la gestion de la crise du covid, les dérèglements dans les flux logistiques à l’échelle mondiale ont initié d’importants mouvements de relocalisation. Des opportunités d’investissement s’en suivent, notamment sur le segment des obligations d’entreprises libellées dans des devises fortes.

Les lockdowns Covid-19 en Chine, les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et les tensions géopolitiques mettent en lumière les facettes sombres de la démondialisation. On observe ainsi des tendances telles que le «nearshoring» dont devrait profiter le Mexique ou encore des efforts accrus pour réduire la dépendance aux importations de matières premières onéreuses, comme c’est le cas en Inde. Les entreprises orientées sur le marché intérieur, par exemple, au Brésil, pourraient également faire jouer leurs atouts.

Le «nearshoring» concerne les entreprises qui considèrent comme un inconvénient la répartition de leurs sites de production dans des pays géographiquement éloignés. Elles souhaitent donc rapprocher davantage la production de leur base de clientèle. Nous estimons que le Mexique devrait notamment profiter de cette tendance en raison de sa proximité géographique avec les États-Unis. Les coûts de transport bas, l’existence d’accords commerciaux avec les États-Unis et le Canada ainsi que sa situation politique relativement stable sont autant d’atouts qui plaident en faveur de l’État sud-américain. De plus, les salaires moyens dans le secteur manufacturier sont près de 45% inférieurs aux salaires chinois. Le Mexique n’a pas non plus à rougir du niveau de qualification de sa main d’œuvre. Il affiche l’un des taux de diplômés en mécanique les plus élevés parmi les pays de l’OCDE. Les analystes estiment qu’une hausse de 3 à 7% de la part des importations américaines dans le secteur manufacturier pourrait se traduire par une augmentation de 1 à 3% du produit intérieur brut mexicain. Ainsi, nous estimons que le secteur de l’immobilier industriel ainsi que l’industrie et l’automobile devraient profiter de cette tendance.

L’économie nationale relativement importante du Brésil pourrait également se soustraire aux tendances mondiales dans une certaine mesure. Le pays dispose d’un certain nombre d’entreprises locales bien positionnées sur le plan fondamental. Grâce à une consommation stable, la croissance économique brésilienne ne cesse de surprendre favorablement, tandis que la banque centrale vient d’achever son cycle de resserrement monétaire. L’élection de Lula da Silva à la tête du pays lève l’incertitude sur l’issue du scrutin. Nous permettons aussi d’attendre du nouveau Président qu’il mène une politique certes de gauche, mais qui devrait rester modérée en raison du résultat électoral serré et des rapports de majorité au Congrès. Dans le même temps, de nombreux émetteurs ont pu se refinancer sur le marché local malgré la fermeture du marché international aux nouvelles émissions tandis que l’appétit aiguisé des investisseurs brésiliens soutient les cours. Dans l’ensemble, nous avons une opinion favorable de l’Amérique latine et y sommes surpondérés.

Mais, l’Asie présente également des opportunités d’investissement en dehors de la Chine, grande bénéficiaire de la mondialisation. Par exemple, les producteurs indiens d’énergies renouvelables nous semblent intéressants. Ce secteur revêt une importance stratégique pour le pays, notamment en raison de ses efforts pour réduire ses émissions et sa dépendance aux importations de pétrole. Les énergies renouvelables représentent désormais près de 30% de la capacité installée du pays et une bonne diversification aussi bien des formes de production que des sites géographiques réduit également la sensibilité aux conditions météorologiques.

Pour investir dans les entreprises concernées, l’univers d’investissement des obligations d’entreprises en devise forte nous semble intéressant, notamment le segment du haut rendement. Les rendements à l’échéance potentiels y atteignent près de 11%, du jamais vu depuis dix ans, sachant que les niveaux actuels n’ont été dépassés qu’au moment de la panique induite par la pandémie en mars 2020. Les entreprises appartenant au segment du haut rendement dans les marchés émergents présentent des indicateurs systématiquement supérieurs à ceux de leurs homologues des pays industrialisés. En comparaison historique également, les entreprises affichent d’excellents fondamentaux avec, par exemple, un taux d’endettement net au plus bas depuis 2012. Ces dernières années, de nombreuses entreprises ont optimisé la structure de leur bilan et se sont refinancées à des taux d’intérêt favorables. En conséquence, les échéances sont supportables pour la grande majorité des entreprises qui n’ont aucune urgence à se refinancer pour le moment. Du point de vue des investisseurs, ces emprunts présentent l’avantage d’une duration plus courte que les obligations à haut rendement comparables des pays industrialisés ou des emprunts d’État émergents. Ils sont donc moins sensibles aux variations des taux d’intérêt, ce qui est un atout en période de hausse des taux.

Dans les semaines et les mois à venir, l’incertitude quant à l’évolution économique mondiale devrait persister et avec elle, la volatilité sur les marchés. Nous nous attendons à entrer dans une phase de ralentissement économique. Le haut rendement des marchés émergents en devises fortes n’y échappera pas, mais les fondamentaux solides des entreprises devraient pouvoir en amortir partiellement les effets. Dans ce contexte, nous estimons que la classe d’actifs présente des perspectives de rendement attrayantes à moyen terme et peut donc constituer un bon point d’entrée pour les investisseurs axés durablement.»

 

Tanja Kusterer travaille depuis septembre 2021 chez Fisch Asset Management en tant que gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Emerging Market Corporate Bonds. Elle est coresponsable des stratégies globales sur les marchés émergents. Avant de rejoindre Fisch, elle a travaillé chez MainFirst Asset Management en tant que gestionnaire de portefeuille dans l’équipe des obligations d’entreprises des marchés émergents. Auparavant, elle a travaillé cinq ans au département Corporate Business Development de la banque Vontobel, où elle était coresponsable de projets internes de fusions & acquisitions ainsi que de stratégie. Tanja Kusterer a obtenu un bachelor en gestion d’entreprise à l’université de Mannheim, suivi d’un master en comptabilité et finances à l’université de Saint-Gall. Elle détient également la certification CFA.

Share: