«Les gérants ne doivent pas sous-estimer la charge de leur affiliation»

315
0
Share:

Interview de Christian Wolf, Partner, Claritis

Par Elsa Floret

Pour Christian Wolf, les gestionnaires de fortune indépendants ne sont pas encore armés pour gérer l’univers réglementaire dans lequel ils vont bientôt évoluer. Le plus grand risque pour eux consiste à ne pas remplir les conditions nécessaires à l’autorisation dans les temps impartis.

Avec Lisa Desjardins, vous venez de lancer votre société spécialisée dans la gestion des risques et la compliance financière. Qui sont vos principaux clients?
Christian Wolf : Notre travaillons surtout avec les intermédiaires financiers suisses et luxembourgeois de taille petite et moyenne. Ce sont principalement des gérants de fortune et trustees, ainsi que des gérants de fonds. Nous les accompagnons dans le cadre de leur assujettissement FINMA, tout en leur fournissant des services d’externalisation de leurs fonctions de gestion des risques et compliance. Nous exécutons également des mandats ponctuels de conseil ou de support pour des petites banques, même si ces-dernières disposent de leur propre fonction de gestion des risques et de compliance.
Nous conseillons également de plus en plus d’entreprises financières innovantes, grâce à une autorisation récente de la FINMA aux exigences allégées, appelée «autorisation fintech». Cette dernière donne le droit d’accepter des dépôts du public jusqu’à un montant maximal de 100 millions de francs suisses ou des actifs cryptographiques. Ces dépôts ou actifs ne peuvent toutefois être ni investis, ni rémunérés. Cela crée de nombreuses opportunités alors que jusqu’à récemment, si un prestataire de services financiers voulait accepter des dépôts du public, il devait obtenir une autorisation en tant que banque ou en tant que maison de titres.

Quels sont les plus grands risques encourus par les gestionnaires de fortune?
Contrairement aux gestionnaires de fortune collective pour qui les audits prudentiels sont une routine, les gestionnaires de fortune indépendants ne sont pas encore armés pour gérer l’univers réglementaire dans lequel ils vont bientôt évoluer. Il y a une véritable dimension stratégique dans les choix que doit faire chaque gérant sur la façon dont il va s’acquitter de ses obligations réglementaires. Il est essentiel de se faire conseiller par des spécialistes ou tout simplement par son organisme de surveillance. Se doter d’un dispositif excessif par rapport à la taille peut être un vrai problème. Mais le plus grand risque est bien sûr de ne pas remplir les conditions nécessaires à l’autorisation dans les temps impartis. La FINMA a conseillé aux gérants de fortune de déposer leur dossier à l’organisme de surveillance d’ici au 30 juin 2022. Ce délai est très important à respecter.

A quelles difficultés majeures les gérants de fortune sont-ils confrontés dans leur démarche d’assujettissement ?
L’enjeu principal pour les gérants est de réussir à traduire dans des processus simples et adaptés à leur taille toutes les règles qui leurs sont désormais applicables. Il ne faut pas perdre de vue que l’assujettissement n’est qu’une étape et que le gérant de fortune devra ensuite respecter en tout temps l’ensemble des directives et procédures nouvellement mises en place.
Les gérants ne doivent pas non plus sous-estimer la charge et le temps de travail nécessaire à la préparation de leur affiliation.
Enfin, nous avons remarqué que certains gérants focalisés sur la préparation de leur démarche d’assujettissement avaient laissé de côté certaines obligations liées à la LSFin alors que les délais de transition arrivent à échéance le 31 décembre 2021. Même si un gérant n’est qu’à l’étape préliminaire de sa démarche d’affiliation, il lui faudra être en conformité avec la LSFin dès le 1er janvier 2022. Il devra à cette date s’acquitter de certaines obligations, telles que les devoirs d’information ou de classification des clients.

Recevez-vous des dossiers de gérants nouvellement créés, synonyme d’attrait pour la profession ?
Nous avons effectivement accompagné quelques gérants nouvellement créés dans ce processus, mais cela reste trop marginal pour en tirer des conclusions. En revanche, certains gérants qui réfléchissaient à devenir gestionnaire de placement collectif profitent de l’obligation d’assujettissement pour franchir le pas.

Christian Wolf est titulaire d’une maîtrise en sciences économiques, mention économie et gestion d’entreprise, de l’université de Pierre Mendès de Grenoble et du certificat de formation continue en compliance management de l’université de Genève. Il a entamé sa carrière dans le milieu bancaire en 1999. Il a notamment été risk manager et compliance officier auprès d’établissements bancaires et de maisons de titre. En parallèle de ses activités chez Claritis, Christian Wolf est head of risk & compliance chez AtonRâ Partners à Genève et président du conseil d’administration de Dynamic Asset Management Company, Luxembourg.

Share: