Les grands chantiers des gérants indépendants

117
0
Share:

Par Lionel Pasteur, Chief Executive Officer, Pasteur Finance SA

Dans l’immédiat, ce sont les agréments FINMA qui dictent l’agenda des gérants indépendants. Passé ce cap réglementaire, il leur faudra cependant s’atteler à d’autres chantiers. En observateur avisé, Lionel Pasteur en présente les plus importants.

La fonction portfolio management et son éventuelle externalisation
Ces dernières années, on a vu émerger des services de CIO-office en white-labelling. Ils peinent néanmoins à prendre de l’ampleur, bien qu’ils répondent à des besoins de plus en plus flagrants. Au-delà du simple fait de vouloir s’assurer une totale adéquation avec les nouvelles réglementations, ils sont à même de compenser les ressources limitées des gérants et le manque de temps dont ils disposent pour gérer leurs portefeuilles. Qui peut se targuer en effet de passer l’essentiel de son temps à la recherche d’investissement ?

Toutefois, le potentiel acquéreur de ces services voit sa portée limitée par la pléthore de recherche gratuite produite par les grandes maisons. Par conséquent, la valeur ajoutée d’une prestation payante reste encore à démontrer pour beaucoup de gérants.

Or, synthétiser l’information, publier des rapports de qualité et s’assurer du soutien d’équipes de gestion de haut niveau n’a rien d’anodin. Ces conditions de travail paraissent d’ailleurs nécessaires pour se montrer concurrentiel à l’échelle internationale. Et par ailleurs, il est souvent plus économique de recourir à un prestataire extérieur que de se doter en interne de compétences du même ordre. Compétences qui ne cessent de s’étendre en ce moment avec la sophistication toujours plus avancée des marchés financiers.

Un modèle d’affaires basé sur une gestion centralisée avec une clientèle peu interventionniste se prête donc très bien à ce concept d’externalisation. En revanche, cela est moins opportun lorsque la clientèle est très impliquée dans la gestion ou présente de fortes spécificités. Dans ce type de situations, se staffer en interne peut se révéler plus cohérent économiquement et commercialement.

La reconfiguration des outils informatiques

A voir la proportion toujours plus impressionnante que prennent les entreprises technologiques dans les indices boursiers, il n’échappe à personne que la digitalisation de nos sociétés s’accélère de manière exponentielle. Il en découle plusieurs avantages. Les nouvelles infrastructures sont maintenant beaucoup plus stables, modulables, et leurs producteurs ou éditeurs les proposent à des coûts toujours plus raisonnables. Aujourd’hui, le bon casting des prestataires associés aux outils informatiques est devenu un élément primordial pour les gérants indépendants, dans la mesure où ils sont appelés à structurer leur activité. Une mauvaise configuration d’un portfolio management system peut entraine beaucoup de problèmes opérationnels. Le plus grand risque d’une architecture bancale réside indéniablement dans la vulnérabilité aux cyber-attaques, surtout quand le mode de travail devient décentralisé et multi-plateformes.

Concernant les impératifs réglementaires, les PMS y répondent assez correctement. Les suivis LBA et administratifs sont faciles à standardiser et posent peu de soucis informatiques. En revanche sur la partie gestion, le manque d’uniformité des données dépositaires et la rigidité des PMS génèrent quelques complications. Quand des besoins spécifiques ou techniques en gestion apparaissent, il est impératif de pouvoir jongler avec les données et les paramétrer à sa guise. Avoir des compétences de programmation en interne devient déterminant, ouvrant par là-même de nouvelles opportunités en termes de différenciation. Comme dans toutes les autres industries, les gains de productivité passeront de toute façon par la case IT. C’est un passage obligé.

La mouvance ESG

Considéré comme une approche sous-optimale il y a encore quelques années, les investissements ESG ont pris ces derniers temps des allures de raz de marée. Entre les fonds labellisés, les AMC voire encore les ETF spécialisés, ils se comptent par milliers, auxquels s’ajoutent, pour agrémenter les agendas, les innombrables agences de notation et les multiples conférences sur ce thème à géométrie variable.

Dans cet ensemble, il y a clairement du greenwashing et un certain opportunisme commercial à relever. Cependant, il est clair que la mouvance ESG est appelée à durer, et ce à plus d’un titre. Le concept de gouvernance a toujours été central dans la sélection des meilleures entreprises. La responsabilité sociale favorise le développement des compétences, ce que comprennent parfaitement les sociétés en plein essor qui veulent dégager une haute valeur ajoutée. Quant à l’environnement, il motive de très nombreux acteurs qui ont envie de supplanter les vieilles industries peu compétitives, à moindres marges, qui l’impactent. Tous les éléments sont donc réunis pour produire de la performance.

Les nouvelles générations se sentent de plus en plus impliqués dans ces changements sans précédent. C’est ce que les gérants constatent de plus en plus dans les discussions qu’ils mènent avec les enfants de leurs clients ou avec de jeunes entrepreneurs. En revanche, il est illusoire de croire que l’activation du levier ESG permettra d’éviter les remontrances en cas de sous-performance. Les clients considèrent la performance comme un prérequis et ne vont pas facilement accepter les échappatoires.

Les transferts générationnels

Alors que les clients de la gestion de fortune « made in Switzerland » présentent en règle générale un taux de fidélité très élevé, leurs héritiers sont beaucoup plus enclins à terminer la relation entamée par leurs parents. Or, il se trouve que la transmission de patrimoine prend année après année de plus en plus de volume.

Dès lors, il est important de prendre les devants. Non seulement pour maintenir ses acquis, mais aussi pour étendre ses activités. C’est pourquoi il faut être capable de démontrer son utilité et trouver les moyens d’être plus présent auprès des familles, prises alors dans leur ensemble.

Les changements sociaux et démographiques ont de nombreuses conséquences. On peut citer par exemple la plus grande mobilité des héritiers, la place plus affirmée des femmes dans le règlement des successions ou l’âge en moyenne plus avancé des clients.

Les besoins des familles ont été démultipliés, et pour peu que ces dernières soient bien servies, ils peuvent mener à la création de nouvelles relations. C’est le cas par exemple lorsqu’il est nécessaire d’ajouter au menu du conseil fiscal, de la supervision d’autres portefeuilles, du support dans la passation ou la vente d’entreprises voire encore de l’accompagnement philanthropique. Les demandes peuvent être plus personnelles, et même intimes, comme lorsqu’il est question de transmission du patrimoine en fin de vie.

Il est également bénéfique d’impliquer la nouvelle génération à la gestion en les éduquant à la finance moderne et en les intégrant le plus tôt possible aux réunions clés. Des collaborateurs plus jeunes peuvent servir à cet accompagnement et créer une dynamique supplémentaire. A final, plus l’espace sera occupé intelligemment, plus l’expérience client sera positive et moins la succession sera perçue comme un risque.
 

Avant de fonder sa propre société de conseil en 2013, Lionel Pasteur a mis en place le service de gestion de Blue Lake Horizons, à Genève. Il en a ensuite occupé le poste de CIO pendant 14 ans. Avec Pasteur Finance, il accompagne désormais les gérants indépendants et les family offices auxquels il propose d’aborder leur activité sous de nouveaux angles. Il leur apporte également toutes les solutions organisationnelles, légales, techniques ou spécifiques clients qu’ils sont susceptibles de mettre en œuvre.

Share: