Les green bonds, contre-feux du réchauffement climatique

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Par Carolina Minio-Paluello – Limited Partner, Groupe Lombard Odier, Global Head of Solutions Lombard Odier Investment Managers

Avec l’intensification de la lutte contre le réchauffement climatique et la transition vers une économie bas carbone, les obligations vertes forment un marché en plein croissance. Au cours des quinze prochaines années, il pourrait passer de 500 milliards à 5’000 milliards de dollars et devenir un univers d’investissement à part entière. Carolina Minio-Paluello nous en présente les principaux axes.

Le changement climatique est l’un des défis les plus pressants auxquels les investisseurs sont confrontés en matière de durabilité. Il présente un risque systémique contre lequel il est très difficile de se diversifier. Les risques associés à la hausse des températures mondiales et à une transition vers une économie à faibles émissions de carbone ont déjà des conséquences importantes pour la société, l’économie mondiale et les portefeuilles d’investissement.
A cet égard, le processus d’investissement doit s’adapter et se transformer afin d’atténuer les risques climatiques et de profiter des avantages d’une transition vers une économie durable. Ainsi, les obligations vertes sont de plus en plus utilisées par les investisseurs pour accroître la résilience de leurs portefeuilles face à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone.

Le marché de ces obligations s’est développé : il offre désormais des opportunités beaucoup plus diversifiées et liquides. De plus, comme l’utilisation des actifs est clairement limitée à des projets soucieux de l’environnement, la durabilité des investissements peut être mesurée plus aisément. Les obligations climatiques représentent un segment encore restreint, mais en pleine croissance, du marché obligataire. Elles continueront à prendre de l’importance au fur et à mesure de la transition de l’économie.
Les entreprises qui maîtriseront le mieux leur intensité carbone ont, selon nous, de meilleures chances d’évoluer avec succès dans cet environnement en constante évolution. Les sociétés aux politiques proactives face à l’exposition aux risques climatiques seront plus résilientes. En effet, elles pourront mieux s’adapter aux nouvelles réglementations, à l’innovation ou aux changements de mode de consommation.

Les obligations vertes permettent aux investisseurs de mettre leurs capitaux au service de solutions contre le changement climatique. Porté par l’urgence climatique, le marché des obligations vertes a connu une décennie de croissance remarquable. Ainsi, la valeur et l’objectif de ces produits dans un portefeuille de placement n’ont jamais été aussi évidents.

Depuis le lancement du premier de ces produits en 2007, les émissions cumulées se sont élevées à plus de 521 milliards de dollars. La taille et la diversité actuelles de ce marché permettent de concevoir des stratégies d’investissement bien diversifiées en matière de notation de crédit, de duration, de région et de secteur.

Les premières obligations climatiques labellisées ont été émises par la Banque européenne d’investissement en 2007, suivies de la première obligation verte labellisée émise en novembre 2008 par la Banque mondiale.
Celle-ci a été créée après la publication d’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Ce rapport a établi un lien irréfutable entre l’activité humaine et le réchauffement climatique, incitant un groupe de fonds de pension suédois à examiner la façon dont il pourrait agir pour faire face à cette menace croissante.

La vigueur des émissions, tous types confondus, s’est accompagnée d’une forte demande de la part des investisseurs.
Aujourd’hui, la Banque mondiale reste l’un des principaux émetteurs. Elle estime avoir levé plus de 13 milliards de dollars par le biais de 150 obligations depuis 2008. Si le marché a beaucoup évolué depuis sa création, il reste fidèle à son objectif initial: relier le capital à ce type d’actifs.

Les prix serrés, la sursouscription et l’augmentation du nombre d’opérations étant courants sur le marché primaire, et le marché secondaire étant solide du côté de l’offre, une croissance continue est assurée. L’OCDE a récemment estimé que les émissions annuelles d’obligations vertes pourraient atteindre entre 620 et 720 milliards de dollars en 2035. D’ici là, ce marché à lui seul pourrait valoir entre 4’700 et 5’600 milliards, ce qui en ferait une catégorie d’actifs à part entière.

L’un des principaux vecteurs de la demande d’obligations vertes a été, et restera l’attention portée à la question du changement climatique, amplifiée par des études à fort impact médiatique, comme le récent rapport du GIEC. Les coûts associés à l’atténuation du changement climatique sont considérables. L’Accord de Paris par exemple, prévoit 100 milliards de dollars par an afin d’encourager différentes nations à lutter contre la pollution et les émissions de gaz à effets de serre. De plus, il est estimé que d’ici 2030, ce coût d’adaptation aura atteint 300 milliards de dollars par an. Récemment, le marché des obligations vertes a donc été utilisé comme outil pour combler cet écart, garantissant des changements environnementaux et sociaux positifs tout en mobilisant des capitaux.
Parallèlement à l’augmentation de la taille des émissions, la diversification de ces dernières s’est accrue. A l’origine, la majorité des obligations à impact étaient émises par des entités gouvernementales et supranationales, mais aujourd’hui, les émissions d’entreprises représentent la moitié du marché total.

Ainsi, l’agence hypothécaire américaine Fannie Mae a émis 20,1 milliards de dollars d’obligations vertes en 2018, ce qui en fait le plus grand émetteur au monde. Fannie Mae estime que ces émissions ont eu certains effets positifs sur l’environnement, notamment une réduction de 287 000 tonnes des émissions de gaz à effet de serre, des économies annuelles de 4,3 milliards de kBtu d’énergie à la source et des économies d’eau prévues d’environ 22,3 milliards de litres par an.

L’aéroport Schipol d’Amsterdam est également devenu un émetteur dominant dans le secteur privé. Sa direction a pour ambition de faire de Schiphol l’aéroport le plus durable au monde. Elle s’est fixé les objectifs suivants : un aéroport sans déchets d’ici 2030, et climatiquement neutre d’ici 2040. L’aéroport a levé 500 millions d’euros via l’émission d’obligations vertes en 2018.

Afin d’obtenir des retours sur des investissements durables à l’avenir, il est primordial d’identifier des entreprises bien positionnées dans une transition vers une économie à faibles émissions de carbone. En effet, les investisseurs ne peuvent plus se permettre d’ignorer le changement climatique comme risque systémique. Les obligations vertes ont un rôle important à jouer dans cet environnement. ⊕


Carolina Minio-Paluello est Global Head of Solutions de Lombard Odier Investment Managers. Elle est également Limited Partner au sein du groupe Lombard Odier. Avant de rejoindre LOIM en 2013, Carolina dirigeait les stratégies d’investissement quantitatives chez Goldman Sachs Asset Management. Auparavant, elle a travaillé dans la recherche dédiée aux marchés de capitaux pour JP Morgan Investment Management de 1999 à 2000. Carolina a débuté sa carrière en tant que conférencière spécialisée dans l’investissement en actions et en gestion d’actifs à la London Business School en 1993. Elle a obtenu un doctorat en Finances à la London Business School en 1998. Elle est également titulaire d’un Master en Finances de l’Université Catholique de Louvain en Belgique et d’une licence en Économie de l’Université Libre de Bruxelles.

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