Les produits chimiques biosourcés, un secteur en pleine croissance

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Par Alina Donets, Lombard Odier Investment Managers

Bien qu’ils soient utiles, les produits chimiques sont nocifs et consomment une grande quantité de ressources. Les biomatériaux relèvent de l’industrie de la chimie verte, secteur qui représente un potentiel énorme en tant qu’alternative non nocive et économe en ressources, à la nature.

La bioéconomie circulaire, qui consiste à utiliser des ressources biologiques renouvelables, gérées de manière soutenable, puis récupérées et réutilisées dans toute la mesure du possible, représente actuellement 6 à 7% de l’activité économique, mais pourrait atteindre 30%. Si l’on tient compte des divers produits et applications pour lesquels les innovations nous permettraient de recourir à des biomatériaux plutôt qu’à des alternatives minérales ou non renouvelables, les ressources naturelles pourraient couvrir jusqu’à 60% de nos besoins.

Les produits chimiques et enzymes biosourcés – ou biomatériaux – constituent une alternative aux produits dérivés des combustibles fossiles. Tirant parti des capacités de régénération de la nature, ils ne sont pas nocifs pour l’homme et les écosystèmes et ne dépendent pas de l’extraction de ressources. La mise à profit des qualités auto-régénératrices de la nature par l’utilisation de matériaux biosourcés peut, à long terme, atténuer considérablement les pressions et les dommages subis par les écosystèmes, tout en équilibrant l’accès à d’importantes ressources économiques au niveau mondial.

Les produits chimiques, un marché important

Partout dans le monde, les produits chimiques sont utilisés dans une multitude d’applications industrielles et domestiques et sont présents dans de nombreux aspects de la vie quotidienne. Ils sont utiles, mais l’usage intensif que nous en faisons est-il soutenable ?

Entre 2000 et 2017, la capacité de production de produits chimiques dans le monde a presque doublé, passant de 1,2 à 2,3 milliards de tonnes, et la valeur du secteur a dépassé 5’000 milliards de dollars. Entre 40’000 et 60’000 produits chimiques industriels sont utilisés dans le commerce mondial, selon les statistiques compilées par les Nations-Unies. La croissance de certains secteurs, comme la construction, l’automobile et l’électronique, exigeant de grandes quantités de produits chimiques, l’industrie devrait à nouveau doubler d’ici 2030 pour atteindre USD 10’000 milliards.

Une rupture de l’équilibre planétaire

En 2016, 35% des produits chimiques utilisés dans l’Union Européenne étaient nocifs pour les environnements terrestres et aquatiques. La pollution plastique, par exemple, est une cause connue de mortalité de la faune marine et a des effets négatifs sur les animaux terrestres. La pollution chimique menace les services écosystémiques essentiels à la stabilité économique et environnementale en contribuant à la formation de zones mortes océaniques, en nuisant aux pollinisateurs, en accélérant la résistance aux antimicrobiens et en dégradant les récifs coralliens.

Une alternative non nuisible

Il existe des alternatives naturelles, non nocives et basées sur des ressources renouvelables, qui gagnent rapidement des parts de marché tout en soutenant les écosystèmes plutôt que de les épuiser.

Au cours de la dernière décennie, la recherche en chimie verte a rapidement progressé sous l’effet d’une réglementation appropriée, de la sensibilisation du public et de la demande des consommateurs. Elle a permis de réaliser des progrès dans des domaines tels que les produits chimiques d’origine biologique, les matières premières renouvelables, les solvants et réactifs plus sûrs, les polymères verts et l’économie d’atomes.

La part de l’industrie chimique verte mondiale dans le marché total des produits chimiques était d’environ 10% en 2015. Elle est passée à plus de 14% en 2019. La pandémie n’a pas freiné sa progression : l’analyse montre que l’industrie de la chimie verte devrait connaître un TCAC de 6,6% à 11,5% entre 2020 et 2025.

Compte tenu des difficultés et de l’instabilité croissantes de l’accès aux produits chimiques traditionnels, les alternatives biosourcées peuvent également être considérées comme une étape vers la stabilisation des chaînes d’approvisionnement, des capacités de production et, à long terme, du risque potentiel de pressions inflationnistes.

Enzymes : catalyseurs naturels

Les enzymes sont un élément essentiel de l’industrie de la chimie verte. Ces protéines favorisent des réactions chimiques spécifiques et constituent la base du métabolisme. Elles accélèrent les processus biochimiques, en les rendant plus efficaces en termes d’énergie et de ressources. L’homme utilise les enzymes pour produire des réactions biochimiques depuis des milliers d’années : la fermentation de plantes pour produire du vin et de la bière en est un exemple typique.

Substituts des produits pétrochimiques, les enzymes sont utilisées dans une grande variété d’applications commerciales, notamment pour la production de biocarburants, de détergents, de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux, ainsi que pour la production de produits chimiques biosourcés. En facilitant les réactions biochimiques, les enzymes réduisent directement l’utilisation de produits pétrochimiques. En outre, les enzymes, leurs matières premières et leurs sous-produits sont biodégradables, ce qui réduit les déchets industriels qui, autrement, seraient mis en décharge.

Un potentiel de croissance inexploité

Plus de 4’000 types d’enzymes ont été identifiés, mais il en existerait plus de 25’000 dans la nature. Il est estimé que 90% d’entre elles n’ont pas encore été classées, ce qui représente un énorme potentiel d’innovation et de croissance.

Dans le secteur des biomatériaux de la bioéconomie circulaire, des entreprises mettent au point ou fournissent des solutions adaptées aux industries de croissance des produits chimiques et enzymes biosourcés. Nous estimons qu’elles représentent de solides opportunités de croissance alignées sur l’objectif de préservation de la nature et de valorisation de ses propriétés régénératrices.

 

Alina Donets est portfolio manager au sein du département Global Equities de LOIM qu’elle a rejoint en 2020. Alina gère des portefeuilles axés sur le développement durable depuis sept ans. De 2017 à 2020, elle a travaillé chez Allianz Global Investors en tant que gestionnaire de portefeuille. Elle a également occupé un poste similaire à la Banque Audi. Avant cela, Alina a travaillé chez Pictet AM de 2013 à 2016 en tant que gérante du fonds Pictet Water et de 2014 à 2016 en tant que co-gérante du fonds Pictet Global Environmental Opportunities. Elle est titulaire d’un master en commerce international de HEC et d’un Bachelor of Science in Business Studies de la Cass Business School. Elle détient également la certification CFA.

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