Les ressorts de la dette privée

275
0
Share:

Vincent Mialet, Partner, Athys Capital Advisors

Avec les moments difficiles que traversent depuis quelques temps les segments traditionnels du marché fixed income, il est clair que le recours à la dette privée prend de plus en plus de sens. C’est d’ailleurs une classe qui rencontre un succès de plus en plus fort auprès des investisseurs.

Dans un environnement de marché incertain, les investisseurs sont plus que jamais en quête de diversification et de rendement. La nécessité de trouver des alternatives dans la part obligataire conduit les investisseurs à s’intéresser à la dette privée pour dynamiser leurs portefeuilles. Il n’est donc pas surprenant que la croissance de ce segment ait été si importante au cours de la dernière décennie.

Périphérique avant 2008, elle a depuis gagné du terrain grâce à deux causes convergentes qui ont créé les conditions nécessaires à son développement. Du côté de l’offre, suite au resserrement du crédit de 2008, les nouvelles exigences réglementaires relatives aux fonds propres des banques ont conduit beaucoup d’entre elles à réduire leur portefeuille de prêts. En conséquence, de nombreuses entreprises en quête de fonds pour financer leur croissance se sont tournées vers des fonds spécialisés.

En parallèle, du côté de la demande, les programmes de « Quantitative Easing » de la BCE et de la Fed ont surévalué la valeur des actifs traditionnels tels que les actions et les obligations, entraînant les investisseurs hors de leur zone de confort dans leur quête de rendement.

Après plusieurs années de croissance, le secteur de la dette privée a continué en 2018 à croître à un rythme soutenu après le niveau record enregistré en 2017. Selon l’étude McKinsey Global Private Markets Review 2019, le montant total collecté dans le monde a dépassé le cap des 109 milliards de dollars américains, dont 36 en Europe. Et le marché montre peu de signes de ralentissement. Les fonds de dette privée gèrent actuellement environ 770 milliards de dollars d’actifs dans le monde, dont 215 en Europe, chiffre qui devrait atteindre mille milliards de dollars d’ici 2020, selon l’Alternative Credit Council.

En matière de titres à revenu fixe, la plupart des investisseurs ne détiennent que des obligations cotées en bourse et donc liquides au sein de leurs portefeuilles. Cependant, ils sont de plus en plus nombreux à prendre conscience qu’ils n’ont pas besoin que leur allocation de placements soit 100% liquide 100% du temps. Ils peuvent ainsi se tourner vers la dette privée pour rechercher de nouvelles opportunités de rendement, ainsi qu’une sécurité et une diversification accrue.

Pour ce qui est des rendements, la dette privée fait la promesse de rendements supérieurs à ceux des obligations cotées en bourse, en raison de sa prime unique, Cette prime est une fonction de deux facteurs : le rendement supplémentaire requis en contrepartie de l’abandon de la liquidité sur la durée de l’obligation, et le niveau de complexité spécifique aux besoins de l’émetteur.
Pour ce qui relève de la sécurité, les investisseurs requièrent une sécurité accrue en contrepartie de l’abandon de l’élément de liquidité. Les obligations négociées publiquement sont des obligations non garanties et peuvent posséder ou non des actes de fiducie standards. Le marché de la dette privée leur offre en revanche des outils de maîtrise du risque sur leur portefeuille, notamment en contrôlant les conditions à inclure dans la transaction.

Reste le point de la diversification. La dette privée répond en effet au souhait de certains investisseurs d’accroître la diversification de leur portefeuille avec une part d’actifs décorrélés des titres de créance négociés sur des marchés publics.

A raison de 8 à 10%, le rendement actuel de la dette privée sécurisée, senior et unitranche, s’avère attrayant, en particulier si l’on considère les faibles rendements des investisseurs sur d’autres types d’actifs à revenu fixe. A titre comparatif, les primes de risque pour des obligations à haut rendement, dont la qualité de crédit est équivalente à celle notée BB ou B, sont supérieures à 500 points de base.

Cependant, plusieurs risques doivent être pris en compte. Avant tout, il y a le risque de crédit accru lié aux prêts aux entreprises en croissance et le fait que la dette privée n’a pas encore fait preuve de résistance à plus grande échelle lors d’un nouveau ralentissement économique. Par ailleurs, l’intermédiaire ou la plate-forme utilisée par les investisseurs pour gérer leurs portefeuilles de prêts peut entraîner un risque supplémentaire pour l’investisseur. Bien que les plates-formes peer-to-peer aient rationalisé le processus de distribution, elles pourraient manquer de transparence sur la qualité des entreprises auxquelles elles prêtent. Lorsqu’un emprunteur fait défaut, les investisseurs se retrouvent souvent impuissants à prendre directement des mesures.

Parallèlement, les investissements dans des fonds d’investissement ou des fiducies offrent une protection accrue en cas de défaillance grâce aux procédures de recouvrement de créances établies. Toutefois, les risques peuvent varier considérablement selon que le gestionnaire choisit, par exemple, d’utiliser un effet de levier pour augmenter les rendements et couvrir les frais. La clé du succès dépendra souvent non seulement de la capacité du gestionnaire à analyser les risques, mais également de son accès aux flux de transactions et de sa capacité à résoudre les problèmes quand ils se produisent.

En outre, la clé de la gestion des risques réside dans la sélection des meilleurs gestionnaires de dette privée. Les diligences approfondies de l’équipe, les performances historiques – taux de rendement interne ou taux de défaut – la qualité des sources d’approvisionnement, les compétences de négociation et les capacités de récupération sont des facteurs clés pour identifier des gestionnaires résilients. Ce sont eux qui seront en mesure de gérer des périodes économiques incertaines tout en offrant les rendements escomptés.

Plusieurs types de dette privée offrent historiquement des caractéristiques attrayantes en matière de rendement du risque, notamment les prêts directs sur le marché intermédiaire et la dette unitranche. Avec des antécédents offrant des rendements plus élevés et des taux de défaut et de pertes plus faibles, ils peuvent servir d’alternatives aux classes d’actifs traditionnelles, notamment les obligations cotées de sociétés.

 

Share: