Les Small & Mid Caps déploient leurs ailes

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Par Marie-Caroline Fonta – Notz Stucki et Raffi Balyozyan – Genthod Global Wealth Management

Marie-Caroline Fonta

Raffi Balyozyan

Le secteur du luxe ne se limite pas à ces seuls mastodontes que sont les LVMH, Richemont ou Kering. Depuis quelques années, le segment des petites et moyennes capitalisations se montre très dynamique et mérite une attention plus soutenue.

Le secteur du luxe est particulièrement animé ces derniers temps. Les créateurs fourmillent d’idées qui finissent par trouver un écho jusque sur les marchés financiers. Ces dix dernières années, ce ne sont pas moins de 80 petites et moyennes capitalisations à travers le monde qui ont été introduites en bourse. Pour des sociétés qui ont plutôt privilégié des positionnements de niche, il s’agit d’un chiffre relativement important. Certaines d’entre elles en ont d’autant mieux profité qu’elles ont déjà été rachetées par ces géants du luxe que sont les LVMH, Richemont ou Kering. C’est le cas par exemple du portail Yoox-Net-A-Porter coté en 2009 et repris par Richemont en 2018.

Tout d’abord, le terme luxe ne se limite pas uniquement à quelques sous-secteurs très emblématiques tels que l’horlogerie, la joaillerie, la maroquinerie ou encore les voitures de sport. En réalité, les spiritueux, les hôtels prestigieux ainsi que les cosmétiques et l’ameublement haut de gamme font partie intégrante d’un secteur vaste dont la définition est propre à chacun,

Dans une industrie où tous les acteurs se distinguent par leur savoir-faire, leur héritage et leur qualité artisanale, ce sont quand même les grands groupes qui ont tendance à monopoliser l’attention des médias. Les Small & Mid Caps restent, quant à elles, en pratique, relativement discrètes. Peu connues, elles méritent pourtant davantage d’attention.

Malgré un héritage familial précieusement transmis de génération en génération, et un fort désir de conserver leur indépendance, les sociétés italiennes ont montré leur disposition à s’ouvrir au public pour lever des capitaux. Certaines se prêtent à l’exercice avec une légère retenue. A titre d’exemples, Prada, Brunello Cucinelli ou encore Salvatore Ferragamo ne se sont ainsi engagées dans cette voie qu’après avoir opté pour une cotation minoritaire de leur capital. Cette approche ne se limite pas à l’Italie. Des fleurons du luxe français comme Roche-Bobois et Lalique, d’ailleurs établi en Suisse, sont partis sur le même modèle. L’introduction en bourse de la griffe Valentino devrait s’opérer sur les mêmes principes.

D’autres sociétés italiennes, à l’image de Italian Wine Brands ou de la marque de prêt-à-porter OVS Spa ont préféré une dilution majoritaire dans le cadre de leur IPO. Il y a une logique à cela. Ce type de structure capitalistique est plus propice aux fusions et acquisitions dans le secteur. C’est le constat qu’il a été possible d’effectuer lors du rachat des marques Moleskine par la famille D’Ieteren, Tumi par Samsonite, ou encore Jimmy Choo par Michael Kors.

A contrario, dans le secteur hôtelier, le scénario privilégié est celui de la scission des actifs haut de gamme pour une meilleure valorisation par les marchés et, en conséquence, un meilleur rendement pour les investisseurs. Prenons l’exemple du groupe Hilton. Après l’IPO réalisée en 2013, il a scindé son activité de location de villa en 2017 pour créer une société qui affiche une performance de +20% depuis son « spin-off ». Dernier exemple en date : Wyndham et la cotation de sa filiale Wyndham Hotels & Resorts en juin 2018. L’automobile de luxe s’inscrit dans une mouvance identique. Suite à la décision du groupe Fiat d’extraire Ferrari, dont le cours de bourse a plus que doublé depuis l’IPO, c’est peut-être maintenant au tour du groupe Volkswagen d’envisager la sortie et le regroupement de ses « luxury brands » Bentley, Bugatti et Lamborghini.

L’an passé, le secteur du luxe a vu ainsi 16 nouvelles petites et moyennes capitalisations apparaître sur les marchés après leur IPO. Les opérations les plus médiatisées ont été menées par la plateforme en ligne Farfetch, le constructeur automobile Aston Martin et la société électronique Sonos. D’autre part, l’activité de fusion & acquisition a bien clôturé l’année. LVMH a pris possession de Belmond, groupe spécialisé dans l’hôtellerie et les croisières de grand standing. De son côté, Amer Sport, qui détient entre autres Salomon, Arc’teryx et Peak Performance, a reçu une offre ferme d’un consortium rassemblant Anta Sports, un fonds d’investissement crée par le fondateur de Lululemon Athletica et le géant chinois du e-commerce Tencent. Ces Small & Mid Caps, dont les valorisations sont pour la plupart inférieures ou égales à huit milliards d’euros, forment donc de belles cibles pour les grands groupes qui expriment le désir clair de construire un portefeuille de marques diversifié.

A ce stade, il est intéressant de rappeler la nette surperformance des petites valeurs mondiales sur ces dix dernières années. Maintenant, à échéance beaucoup plus rapprochée, elles ont souffert en 2018 et sous-performé l’indice mondial. Leurs valorisations, leur caractère plus cyclique et les règles de marché MIFID 2 ont probablement participé à la réduction de la demande, tout en impactant la liquidité. Ces sociétés, à fort potentiel, représentent aujourd’hui des points d’entrée intéressants.

Dans le cas plus spécifique des petites et moyennes capitalisations du luxe, il suffit de comparer deux portefeuilles équipondérés pour apprécier leurs valorisations par rapport aux Large Caps du secteur. Le premier réunit ces ténors que sont LVMH, Kering, Richemont et Hermès. La capitalisation boursière moyenne est de l’ordre de 75 milliards d’euros. Dans le second, composé de quatorze titres Small & Mid à fort potentiel, la capitalisation moyenne tombe à 5 milliards. Le résultat est sans équivoque. Le second portefeuille est meilleur marché et offre pour un niveau de dividendes équivalent, une meilleure rentabilité des capitaux propres. Ajoutons à cela, une croissance supérieure attendue, un momentum attrayant et un FCF plus élevé pour les trois prochaines années. Il est intéressant d’ouvrir les horizons et d’aller chercher ces pépites, ces petites et moyennes capitalisations.

Le luxe regorge aujourd’hui de ce type d’opportunités. Il affiche des fondamentaux solides, une croissance proche des 5% et ses consommateurs, toujours plus jeunes, s’étendent, avec des attentes bien spécifiques. Aujourd’hui, l’investissement du luxe se place dans une dynamique favorable avec une croissance des bénéfices par action et une prime faible par rapport aux actions mondiales. C’est plutôt le bon timing de rentrer ou revenir sur un marché où les titres sont passés par de beaux cycles de résistance. ⊕

Marie-Caroline Fonta est portfolio manager chez Notz Stucki et gérante du fonds DGC Franck Muller Luxury Fund. Elle a rejoint Notz Stucki à Genève en 2014. Elle est également active dans la recherche en investissement et gère plusieurs fonds de la maison. Marie-Caroline est titulaire d’un bachelor en management et d’un master en finance avec spécialisation en ingénierie financière et en gestion des risques de l’université de Lausanne–HEC.

Raffi Balyozyan est managing partner chez Genthod Global Wealth Mangement. Il est également conseiller du fonds DGC Franck Muller Luxury Fund. Diplômé d’un Master en Finance de marché de SKEMA Business School, il a débuté sa carrière en 2007 en tant qu’analyste chez JPMorgan puis il a rejoint Natixis en 2008. En 2011, il cofonde la division Conseil en investissement de la société horlogère Franck Muller où il est en charge des investissements dans le domaine du luxe et du lifestyle.

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