L’inflation fond sur l’Europe

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L’enthousiasme des marchés a été un peu douché hier, mais pas au point d’effacer les gains de début de semaine. Pour celles et ceux qui n’avaient pas suivi, les investisseurs font « Oooooh » quand les pourparlers entre l’Ukraine et la Russie pataugent, et les actions baissent. Mais ils font « Aaaaah » à chaque fois que les tractations ont l’air constructives, et les actions montent. Pour être parfaitement exact, les « Oooooh » ont moins de poids que les « Aaaaah ». Et les marchés ont l’air d’accepter que Vladimir Poutine les mène en bateau, puisque le maître du Kremlin est encore le maître de la narration, à défaut d’être le maître des opérations sur le terrain où ses troupes ont l’air considérablement moins fringantes que lorsqu’elles ont franchi le Rubicon. Résultat, les indices actions sont positionnés plus haut qu’ils ne l’étaient à l’ouverture des hostilités, le 24 février. Sans aller quand même jusqu’à effacer leurs pertes 2022, il ne faut pas exagérer.

Hier, les places boursières occidentales ont rendu une partie du terrain conquis en début de semaine, mais dans le calme. La baisse a atteint -1,1% pour l’Euro STOXX 50 et pour le Nasdaq. Les indices moins cycliques ont un peu moins reculé. Bon an, mal an, la résistance est bonne compte tenu du contexte. Elle est même un peu suspecte, comme je l’ai écrit plusieurs fois ces dernières semaines. Ce qui est étonnant, c’est que beaucoup de médias et de banques d’affaires partagent ce constat. A vrai dire, je n’ai pas souvenir, ces 20 dernières années, d’avoir lu autant de titres, dans la presse libérale anglo-saxonne, interrogeant le bien-fondé de la vigueur des indices début 2022. Vous pourrez toujours me rétorquer que ce n’est pas la première fois que la finance et les médias sont à la ramasse, et vous aurez raison même si ce n’est pas très poli de le faire remarquer à une heure aussi matinale. Mais je suis sûr que vous avez aussi des doutes.

De mon point de vue, il y a pas mal de choses que l’on quantifie mal en ce moment, mais la première d’entre elles est probablement l’impact de l’inflation sur toute la chaîne des agents économiques. « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément« , écrivait Boileau. Mais quand on a du mal à appréhender les choses, parce qu’elles sont devenues trop complexes, la cacophonie règne et les théories économiques oiseuses s’accumulent. C’est ce qui se produit actuellement. Bien sûr, tout le monde est à peu près d’accord pour dire que l’inflation est un gros problème pour l’économie globale. On a dépassé le stade du « elle va disparaître d’elle-même » servie par les grandes banques centrales (vers qui l’on se tourne d’ailleurs encore en dernier recours malgré cette bourde majuscule). Mais les réponses très disparates montrent que les décideurs politiques n’ont pas de stratégie claire. On plafonne les prix énergétiques en France. On rationne les produits alimentaires en Espagne. On se préparerait à déverser les réserves stratégiques de pétrole sur le marché aux Etats-Unis. Plusieurs pays européens planchent sur des bons alimentaires… La liste est longue.

On répond à l’urgence par des mesures court-termistes, soit. Mais ce que les autorités ne maîtrisent pas du tout, c’est l’effet domino qui pourrait résulter de la flambée du prix des produits. De l’amont avec les faillites d’entreprises à l’aval avec des consommateurs en difficultés jusque dans les achats de première nécessité. Je ne suis pas tellement compétent en la matière (allez plutôt lire Christophe Barraud sur ces sujets), mais je suis à peu près sûr, sans trop faire appel à la théorie économique, que les chiffres d’inflation qui sont en train de grossir en Europe auront des conséquences encore sous-estimées. Hier, l’Allemagne a annoncé que ses prix à la consommation de mars 2022 étaient plus élevés de 7,6% que ceux de mars 2021, après une hausse de 2,5% sur un mois. L’énergie est aux premières loges bien sûr, avec 39,5% de hausse en un an. Mais la facture alimentaire a augmenté de 6,2%. La France n’échappera pas à ce mouvement (les chiffres ont été publiés à 8h45 ce matin : +5,1% pour l’IPCH annuel).

En attendant, les indicateurs avancés des marchés actions évoluent en légère hausse ce matin. La journée sera chargée en données macroéconomiques, avec donc l’inflation française, le chômage allemand et une série de statistiques aux Etats-Unis, dont les revenus et dépenses des ménages et l’inflation PCE, qui donne une image précise des prix auxquels sont confrontés les consommateurs américains. L’Opep+ se réunit mais le cartel a largement fait entendre qu’il s’en tiendrait à ses plans initiaux, donc il ne faudra probablement pas compter sur lui pour réduire la pression sur les cours pétroliers. Le CAC40 gagnait 0,26% à 6760 points à l’ouverture.

Les temps forts économiques du jour

il y aura beaucoup d’indicateurs aujourd’hui, en particulier les chiffres du chômage en Allemagne (9h55) et en zone euro (11h00), avant aux Etats-Unis l’étude Challenger sur les licenciements (13h30), les inscriptions hebdomadaires au chômage, les revenus & dépenses des ménages et l’inflation PCE (14h30), puis l’indice PMI de Chicago (15h45). Tout l’agenda macro ici. Cette nuit, la Chine a annoncé un PMI manufacturier plus faible que prévu et toujours en zone de contraction à 49,5 points.

L’euro remonte à 1,1158 USD ce matin. L’once d’or varie peu à 1921 USD. Le pétrole perd du terrain, avec un Brent de Mer du Nord à 108,7 USD et un brut léger américain WTI à 102,12 USD. Le rendement de la dette américaine se stabilise à 2,35% sur 10 ans. Pendant ce temps, la dette allemande remonte à 0,64% sur la même durée et l’OAT française accélère à 1,07%. Le bitcoin revient sur les 47 000 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Amplifon : J.P. Morgan démarre le suivi à neutre en visant 34 EUR.
  • Banco Bilbao Vizcaya Argentaria : Goldman Sachs reprend le suivi à neutre en visant 7,30 EUR.
  • Banco Santander : Goldman Sachs reprend le suivi à l’achat en visant 5 EUR.
  • Crédit Suisse : Goldman Sachs reprend le suivi à neutre en visant 10,10 CHF.
  • Dassault Systèmes : Crédit Suisse démarre le suivi à sousperformance en visant 36 EUR.
  • Deutsche Bank : Goldman Sachs reprend le suivi à l’achat en visant 18,70 EUR.
  • Freenet : Exane BNP Paribas passe de surperformance à neutre en visant 24 EUR.
  • KPN : Exane BNP Paribas passe de surperformance à neutre en visant 3,20 EUR.
  • Millicom : J.P. Morgan passe de neutre à surpondérer en visant 370 SEK.
  • Neoen : Berenberg reste à conserver avec un objectif relevé de 39 à 40 EUR.
  • Renault : Deutsche Bank réduit son objectif de 40 à 35 EUR.
  • Sartorius AG : Morgan Stanley démarre le suivi à surpondérer.
  • Sartorius Stedim Biotech : Morgan Stanley démarre le suivi à pondération en ligne en visant 445 EUR.
  • Siltronic : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours réduit de 160 à 130 EUR.
  • Stillfront : HSBC passe de conserver a à en visant 53 SEK
  • Telefonica Deutschland : Exane BNP Paribas passe de sousperformance à neutre en visant 2,40 EUR.
  • Telenor : Exane BNP Paribas passe de neutre à sousperformance en visant 114 NOK.
  • Telia : Exane BNP Paribas passe de sousperformance à neutre en visant 35 EUR.
  • Ubisoft : HSBC réduit son objectif de cours de 75 à 64 EUR.
  • UBS : Goldman Sachs reprend le suivi à l’achat en visant 27,90 CHF.
  • Var Energi : Jefferies démarre le suivi à l’achat en visant 55 NOK.
  • Vodafone : Exane BNP Paribas passe de surperformance à sousperformance en visant 110 GBp.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

Dans le monde

Annonces importantes (et autres)

  • Apple veut proposer des services financiers en interne, selon Bloomberg. Par ailleurs, le groupe veut accroître le nombre de ses fournisseurs de puces, sollicitant notamment les entreprises chinoises.
  • Glencore suspend ses nouvelles affaires en Russie, mais maintient les contrats existants.
  • EQT signe un accord de 10 Mds$ pour réduire ses participations dans IFS et WorkWave.
  • Stadler Rail livrera 19 trams Citylink en Allemagne.
  • Yandex fait face à une pénurie de semi-conducteurs essentiels en raison des sanctions.
  • ABB lance un programme de rachat d’actions de 3 Mds$.
  • CNOOC veut aussi se faire coter à Shanghai, en plus de Hong Kong.
  • S4 Capital s’effondre après le report de la publication de ses résultats.
  • Le gendarme de la concurrence britannique perquisitionne les bureaux de Mitie dans le cadre d’une enquête antitrust.
  • Les principales publications du jour : Petrochina, Walgreens Boots, Hennes & Mauritz, Hal Trust, Deutsche Wohnen, Varta, InPost, SMA SolarTout l’agenda ici.

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