Marchés obligataires : quelles stratégies privilégier en période de hausse des taux ?

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Par Eleonore Bunel, Managing Director, Lazard Frères Gestion

Exploiter les meilleures opportunités des marchés obligataires nécessite de faire preuve de flexibilité pour s’adapter à la conjoncture économique. Dans l’actuel contexte inflationniste, les stratégies à privilégier incluent les titres à haut rendement de maturité courte (High Yield, subordonnées financières) et le recours à une sensibilité « négative » aux taux d’intérêt.

Avec la survenue de la crise en Ukraine, les marchés obligataires européens ont momentanément cherché leur direction. Le déclenchement du conflit s’est traduit par une baisse des taux sur les segments les plus sûrs (marché souverain notamment) et une hausse des primes de risque (spreads) sur les segments plus risqués. Mais depuis le 7 mars, les marchés ont renoué avec la hausse des taux. À titre d’exemple, le rendement du Bund à 10 ans allemand est ainsi passé de -0,10% le 4 mars à +0,70% le 29 mars. Or, lorsque les taux montent, la valeur des titres déjà émis baisse, pénalisant les investisseurs.

Stratégie n°1 : adopter une sensibilité négative aux taux du marché

Pour autant, il est possible de profiter de ce mouvement de hausse des taux. Pour cela, il est important de bâtir un portefeuille obligataire présentant une sensibilité négative face à l’évolution des taux du marché. Cette stratégie permet d’inverser l’effet de l’évolution des taux sur la performance obtenue : dès lors, les hausses de taux deviennent créatrices de valeur, tandis qu’une baisse des taux est pénalisante. Cette stratégie mérite selon nous d’être privilégiée dans le contexte actuel, du fait que la crise en Ukraine a renforcé le risque inflationniste (hausse des matières premières et des denrées alimentaires) et pourrait encore pousser les taux à la hausse dans le courant de l’année.

Stratégie n°2 : privilégier les émetteurs « High Yield »

En ce qui concerne les titres à privilégier, notre préférence va aux emprunts de catégorie « High Yield » (catégorie à haut rendement), certes plus risqués que ceux des émetteurs les plus sûrs, mais également mieux rémunérés. En éliminant les emprunteurs les moins bien notés, ce segment de marché s’avère attractif grâce à ses rendements pouvant régulièrement dépasser 3% par an. Les risques restent par ailleurs modérés : le taux de défaut des entreprises de catégorie High Yield n’a atteint que 1,2% en 2021 en Europe selon Moody’s. Face au retour de l’inflation, il est pertinent de privilégier les émissions à maturité courte, peu sensibles au risque de remontée des taux.

Stratégie n°3 : se tourner vers les dettes subordonnées financières

Dans le même esprit que l’investissement en titres de catégorie High Yield, nous privilégions le segment des dettes subordonnées financières (AT1, Tier 2). Ces titres, émis par des banques européennes, offrent eux aussi un surplus de rendement attrayant, pouvant dépasser 5% par an. Leurs garanties sont inférieures à celles des titres « senior » émis par les mêmes établissements, mais la quasi-totalité des banques européennes gardent un risque de défaut très faible du fait qu’elles sont correctement capitalisées. Les subordonnées financières ont été pénalisées par la crise en Ukraine, mais offrent selon nous l’un des meilleurs couples rendement-risque du marché obligataire.

Stratégie n°4 : éviter les titres peu risqués à faible rendement

À l’inverse des deux stratégies précédemment citées, le segment des dettes européennes « Investment Grade » offre peu d’atouts à nos yeux. Bien que les émetteurs de ce segment soient très bien notés, et présentent donc un risque de défaut extrêmement faible, ce marché dispose de rendements toujours très bas, voire négatifs, et s’avère particulièrement sensible au risque de remontée des taux. Pour un investisseur, ces titres offrent donc un potentiel de performance faible et un risque de perte relativement élevé.

Stratégie n°5 : être mobile dans ses choix d’allocation d’actifs

Les risques associés aux titres préalablement cités, ainsi que l’évolution rapide de la conjoncture économique, nécessitent de rester très mobile dans les allocations d’actifs. Le but : limiter le poids des actifs les plus volatils en période de stress et l’augmenter en période de croissance et de confiance sur les marchés. La dette émergente ou les obligations indexées à l’inflation peuvent ainsi faire partie du spectre des investissements à privilégier lorsque les circonstances s’y prêtent. Cette mobilité peut également s’exercer via la surexposition ou la sous-exposition à certaines devises.

Ces différentes stratégies s’avèrent complémentaires et permettent, ensemble, de construire un portefeuille diversifié dans le but de tirer parti des meilleures opportunités du marché.

Eleonore Bunel est Directrice de la Gestion obligataire de Lazard Frères Gestion. Elle a rejoint Lazard Frères Gestion en avril 2018. Elle a débuté sa carrière chez AXA IM en tant que Senior Global Credit Portfolio Manager / Analyst. Elle était notamment en charge de la gestion de plusieurs fonds flagships crédit (investment grade, total return, …) ainsi que de mandats institutionnels.
Elle est titulaire d’une Maitrise Sciences et Techniques – Modèles Mathématiques de l’Economie et de la Finance Internationale de l’Université Paris XIII.

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