«Nous avons eu la bonne intuition sur les nouveaux besoins des gérants»

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Interview de Xavier Laborde, Chief Executive Officer, Silex
Par Jérôme Sicard – Photos : Karine Bauzin

Créé voilà cinq ans, Silex a décidé de mettre la techno au service des gestionnaires de fortune externes – appellation Finma – avec des outils très intuitifs destinés à optimiser la construction de portefeuille et l’analyse du risque. Tout en laissant aux gérants suffisamment de marge pour exprimer leurs convictions et faire valoir leur propre expertise, comme nous l’explique Xavier Laborde.

Quelles opportunités ont décidé du lancement de Silex?
Xavier Laborde: C’est la conjonction de plusieurs facteurs qui nous a vraiment décidés à lancer le projet. D’abord, la pression réglementaire de plus en plus forte exercée sur les gérants de fortune en Suisse et leur besoin de se professionnaliser davantage. Cela s’est d’ailleurs accompagné d’un désengagement relatif des banques dans le service aux tiers gérants. Ensuite, le défi de la performance dans un contexte de marché aux rendements très bas et qui justifie un accompagnement plus sophistiqué. Enfin, la nécessité d’adopter de nouveaux outils digitaux qui, à terme, vont énormément faciliter la tâche des gérants. A notre mesure, nous avons eu envie de faire bouger les lignes.

Quelles sont les solutions que vous avez voulu apporter?
Nous avons tenu dès le départ à nous différencier sur deux axes. Il nous a semblé essentiel d’ajouter de la valeur à chaque étape du processus d’investissement en rassemblant des spécialistes de l’allocation, de la gestion de portefeuille, et en étant capable de structurer des solutions sur mesure. Il fallait, d’une façon ou d’une autre, allier un haut degré de technicité à l’exigence de customisation.
Nous avons en parallèle développé des outils très avancés en termes d’optimisation de portefeuille et d’analyse du risque, qui permettent tout de même aux gérants d’intervenir et d’exprimer leurs convictions. La machine ne doit pas prendre le dessus sur l’humain.

Dans le processus d’investissement, quelles sont ces étapes dont vous parlez?
La première consiste à scanner le portefeuille, à en analyser les risques et les besoins. Une fois ce travail accompli, nous allons pouvoir définir avec le client une allocation qui tienne compte de ses objectifs et de ses contraintes. Ce n’est qu’à ce moment que nous serons en mesure de proposer des solutions d’investissement adaptées. Il peut s’agir de solutions de gestion collective, comme des fonds, ou de solutions sur mesure.

C’est-à-dire?
L’expertise que nous apportons porte aussi bien sur la construction du portefeuille que sur les solutions qui le composent. Elle n’est pas forcément liée à un produit géré par Silex et s’inscrit dans une démarche d’architecture ouverte.

Que se passe-t-il une fois la décision d’investissement prise?
Nous accompagnons nos partenaires au quotidien dans la génération d’idées, le suivi des portefeuilles et le reporting, qui prend de plus en plus d’importance, notamment sur l’aspect digital. Nous avons beaucoup investi dans ce domaine, pour que nos clients aient rapidement accès à leurs portefeuilles, la documentation afférente et qu’ils puissent communiquer facilement avec leurs propres clients. D’ailleurs, la première version de notre portail SparkWeb vient juste de sortir.

Comment se passe le dialogue entre humain et machine, pour reprendre les termes que vous employez?
Nous avons fait le choix clair d’éviter la boîte noire et un moteur systématique pour l’allocation d’actifs. La plateforme Spark, telle que nous l’avons conçue, permet de combiner expertise humaine et rigueur quantitative, mais avec l’idée que chaque gérant reste le pilote. Les outils permettent surtout de prévenir les biais émotionnels, documenter le processus d’investissement et garantir la conformité des portefeuilles au mandat de risque.

Pouvez-vous nous donner plus de détails sur Spark?
C’est une suite d’outils d’aide à la décision d’investissement : optimisation, suivi de performance, analyse de risque et de fonds. Ces outils sont rassemblés sur une plateforme digitale qui se comporte comme un sparring partner en termes de gestion de performance et de risque. Du point de vue du client, Spark offre une approche intégrée avec un tableau de bord où apparaissent ses investissements, les événements concernant ses produits, et des idées identifiées en fonction de son portefeuille existant.

Quel est le poids de la tech chez Silex?
Il est vraiment important, puisqu’il représente environ 15% de nos effectifs. Spark nous a demandé quatre ans de travail avec plusieurs lignes métiers qui collaborent, entre Genève et Paris. C’est en quelque sorte un mini centre de recherche et développement, qui regroupe des data scientists, des ingénieurs financiers et des développeurs web. Avec notre idée de démocratiser les outils quantitatifs, on s’est rapidement aperçu que la question de l’UX était prépondérante et qu’il faudrait investir sur l’ergonomie au moins autant que sur les algorithmes eux-mêmes.

Après cinq ans d’existence, quel bilan faites-vous aujourd’hui du projet Silex?
Le premier constat est que notre positionnement hybride est validé par nos clients. Nous avons eu la bonne intuition concernant les nouveaux besoins des gérants de fortune, en Suisse et en Europe, et nous parvenons à leur apporter des réponses.
La deuxième satisfaction, c’est d’avoir pu attirer et fédérer des collaborateurs de grand talent autour de ce projet. Nous avons réuni des spécialistes venant d’horizons différents, la banque d’investissement, la tech, l’asset management, voire même d’autres secteurs comme le luxe. Il y a une formidable énergie au sein de ce groupe et nous en avons eu bien besoin l’an passé avec le stress test grandeur nature du Covid-19.
Il y a enfin le bilan chiffré. Silex, en 2021, c’est six bureaux dont Genève, Zurich et Lugano, 80 employés, trois milliards de volume émis l’an passé en produits structurés et 800 millions d’encours sur la gestion d’actifs. Nous sommes en avance sur notre feuille de route.

Combien de gérants indépendants travaillent avec Silex?
Sur nos trois principaux marchés, la Suisse, la France et l’Amérique latine, nous comptons aujourd’hui plus de 400 partenaires, dont environ la moitié en Suisse.

Sur quelle vague allez-vous surfer ces prochaines années?
En Suisse, les gérants de fortune sont engagés dans une transformation en profondeur de leur activité, tant sur la gestion de portefeuille que dans la relation client. Nous voulons devenir le partenaire de référence sur ce marché, avec une proposition originale et des solutions innovantes. Cela passe en particulier par devenir un asset manager établi, en augmentant nos encours et en complétant notre gamme.
Je crois aussi que les années à venir confirmeront l’évolution du modèle traditionnel dans le wealth management. Beaucoup de gérants ne se retrouvent plus dans les structures historiques et vont vouloir créer de nouveaux cadres et de nouveaux projets entrepreneuriaux. La technologie leur rendra peut-être même cette aventure plus facile. Pour ces gérants-entrepreneurs, il est clair que nous voulons être un partenaire de choix.

Xavier Laborde est le Chief Executive de Silex, qu’il a fondé en 2016 avec son associé, Fabrice Rey. Dans ses fonctions, il est chargé de piloter le développement du groupe et d’en mettre en oeuvre la stratégie opérationnelle. Auparavant, Xavier a travaillé pendant 10 ans pour Exane en tant que responsable mondial de la vente et de la structuration sur l’activité Dérivés. Il a débuté sa carrière chez Oddo & Cie en 2006. Xavier Laborde est diplômé de l›EDHEC, l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales.

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