«Nous pouvons mieux travailler avec les banques»

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Par Jérôme Sicard – Photos Juerg Kaufmann

En un peu plus de trois ans, l’Alliance Suisse des Gérants de Fortune a bien grandi. Ouverte aux gérants dont les encours dépassent le milliard de francs, elle compte désormais un peu plus d’une trentaine de membres. Kristian Bader, son nouveau président, en dresse un premier bilan et revient sur ses priorités du moment. A commencer par les relations à terme entre gérants et banques dépositaires.

Qu’avez-vous réussi avec l’Alliance Suisse des Gérants de Fortune depuis maintenant plus de trois ans qu’elle existe?
Kristian Bader: L’Alliance a beaucoup grandi depuis sa création il y a un peu plus de trois ans. Fondée par treize membres, elle en réunit aujourd’hui plus de trente. Ensuite, si l’Alliance a commencé à Zurich, elle compte aujourd’hui des membres aussi bien en Suisse romande qu’au Tessin. Elle a une vraie représentation nationale, un aspect qui nous tient à cœur depuis le début.
Maintenant, sur le fond, nous avons beaucoup échangé entre nous au cours de ces trois années, et plus particulièrement dans les domaines qui nous paraissaient les plus importants. D’abord, la réglementation sur le marché suisse avec la prochaine entrée en vigueur de la LSFin et de la LEfin. Ensuite, tout ce qui a trait à nos systèmes IT, que ce soit pour la gestion des données ou pour les meilleurs process à établir avec les banques dépositaires. Et enfin, car il s’agit de notre cœur de métier, nous avons beaucoup travaillé sur le chapitre des solutions d’investissement, qu’il s’agisse de stratégies d’allocation, de produits ou de services. Donc, dans chacun de ces trois domaines, il y a un formidable partage de connaissances et d’expériences qui s’est développé au sein de l’Alliance.

Quels sont les chiffres clés qui donnent une meilleure idée de ce que représente l’Alliance Suisse des Gérants de Fortune aujourd’hui?
Nous avons plus précisément 32 membres, le dernier en date étant Stanhope Capital, à Genève. Ces 32 gérants de fortune emploient quelque 1’000 collaborateurs pour 100 milliards de francs d’encours, ce qui leur confère bien évidemment un certain poids dans les discussions avec les partenaires commerciaux.

A propos d’encours, il faut gérer plus d’un milliard de francs pour postuler à l’Alliance Suisse des Gérants de Fortune. A votre avis, combien de gérants en Suisse remplissent ce critère?
Nous pensons qu’il doit y en avoir une cinquantaine, sans pour autant avoir de chiffres précis. En ce qui concerne l’Alliance, je pense que nous pouvons encore récupérer une dizaine de membres. Nous serions alors proches de la quarantaine avec une masse sous gestion globale qui se situerait aux alentours des 150 milliards.

Concrètement, qu’attendent de l’Alliance les gérants qui choisissent de s’y inscrire?
Dès le début, il a toujours été clair que l’Alliance était destinée à être une plateforme d’échange. C’est la raison fondamentale pour laquelle celle-ci a été créée sous forme d’association. Nous avions le sentiment que les grands établissements avaient besoin d’un espace pour évoquer les défis rencontrés à leur échelle qui ne sont pas couverts par les organismes d’autorégulation.
Depuis, le programme de la plateforme s’est considérablement étoffé et des ateliers ont régulièrement lieu sur des questions spécifiques, telles que les stratégies d’acquisition ou les valorisations de sociétés de gestion, mais aussi dans les domaines compliance/gestion des risques, gestion d’actifs ou opérations et IT. Ces événements sont organisés avec des partenaires extérieurs. La consolidation est aussi un thème de plus en plus actuel.

Quels sont les thèmes aujourd’hui prioritaires?
Cette année, nous ciblons deux thèmes, la réglementation future et les relations que nous voulons établir avec les banques dépositaires. Un nouvel environnement réglementaire va se mettre en place ces prochaines années et nous devons nous préparer en conséquence. Nous voulons essayer d’élaborer les futures conditions-cadres en collaboration avec les banques dépositaires. L’année prochaine, nous intensifierons les échanges avec elles.

Pour les forcer à réduire leurs coûts?
Ce n’est certainement pas le dossier sur lequel nous voulons nous concentrer avec elles. Se contenter de discuter coûts de dépôts, ou de transactions, serait à mon sens une mauvaise approche. Ce qui nous motive davantage, c’est de pouvoir nouer un vaste partenariat avec les banques dépositaires. Nous pouvons mieux travailler ensemble dans différents domaines, comme les interfaçages et les transferts de données. A terme, il faut que nous puissions envisager la standardisation de différents services là où des synergies sont possibles pour les deux parties, ce qui allégerait pour tous la charge de travail. Pour le moment, nous avons plutôt tendance à multiplier ou réinventer des process qui méritent un véritable effort de simplification. Banques ou gérants, nous générons les uns pour les autres une forte valeur ajoutée. Il faut que cela puisse se refléter dans les relations qui nous unissent.

Au-delà des échanges, pensez-vous que vous puissiez à terme financer des projets communs au sein de l’Alliance Suisse des Gérants de Fortune?
Dans l’immédiat, je ne pense pas qu’il soit réaliste de pouvoir réunir tous les membres de l’Alliance et les amener à financer ensemble quelque chantier que ce soit. Nous n’en sommes pas là. Cela dit, je vois bien que certains gérants dans l’Alliance se rapprochent et créent des groupes pour avancer sur des projets très spécifiques. C’est d’ailleurs dans cette logique que swiss­partners, Avalor Investment et Marcuard Heritage ont créé Fred Financial Data pour aider ceux qui sont intéressés à exploiter plus facilement leur PMS en relation avec la gestion de données et les fonctionnalités qui lui sont associées.

Que propose plus exactement Fred Financial Data?
Fred vise à aider les gérants sur les systèmes PMS/CRM, la gestion des données et les interfaces avec les banques dépositaires. Concrètement, l’offre s’articule autour de trois services. Nous pouvons commencer par garantir la cohérence et la qualité des données de portefeuilles clients sur le PMS de telle sorte que leur qualité soit irréprochable et qu’elle corresponde avec ce que les banques enregistrent de leur côté. Ensuite, nous assurons le transfert des données entre PMS et banques dépositaires. Et enfin, nous pouvons aussi accompagner les gérants dans la sélection, la mise en place et l’exploitation de leur PMS.

Comment vous est venue l’idée de Fred?
Ce sont des discussions que nous avions entre nous, à l’intérieur de l’Alliance, parce que l’optimisation des PMS et notamment la gestion des données qui y est associée constituent une problématique récurrente pour les gérants. Un PMS n’a de valeur qu’à travers les données qu’il contient. Il y a toujours autant de logiciels disponibles sur le marché et nous devons beaucoup mieux maîtriser l’utilisation que nous en faisons. Lorsqu’Amaury Jordan, pour Avalor, a dû mettre en place une nouvelle application PMS-CRM, il est apparu clairement que le moment était venu d’avancer ensemble sur le dossier. Nous avons mis différentes ressources en commun, dont une partie du staff swisspartners et, avec l’équipe ainsi formée, nous pilotons aujourd’hui le projet Avalor qui sera prêt en janvier 2020.

Combien coûtent les services de Fred?
Nous n’avons pas développé de business case autour de Fred. En effet, Fred doit fonctionner dans l’esprit d’une coopérative. Fred appartient aux gérants de fortune qui en sont les clients. La raison d’être de Fred n’est pas de gagner de l’argent, mais d’offrir à ses clients des services de la qualité requise avec des coûts optimisés. Ce n’est pas un centre de profits. C’est plutôt un centre de coûts partagés ! Ce qui me donne envie de rebondir sur la question que vous me posiez plus tôt à propos du financement de projets au sein de l’Alliance. Selon les circonstances, je pense que les gérants se réuniront de plus en plus souvent pour avancer ensemble sur différents types de projets, liés par exemple à l’asset management, aux systèmes IT ou au juridique. Fred en est un bon exemple. C’était peut-être impensable voilà cinq ans, mais c’est désormais une approche qui est appelée à se développer.

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