«Nous recommandons à tous les gestionnaires de fortune indépendants de déposer leur demande d’adhésion à l’organisme de surveillance au plus tard fin juin»

134
0
Share:

Interview de Georg Koromzay, Chief Executive Officer, VQF (Verein zur Qualitätssicherung von Finanzdienstleistungen)

VQF se transforme afin de respecter les nouvelles réglementations et s’adresse à de nouvelles catégories de cibles, telles que les startups dans les domaines de la fintech ou des crypto-actifs. Dans cet entretien, Georg Koromzay évoque ses objectifs en tant que CEO de l’OAR.

Le secteur de la gestion de fortune est en pleine mutation sous l’impulsion de la LSFin et de la LEFin. Qu’en est-il pour VQF ?

Georg Koromzay : Le secteur parabancaire est soumis à un double système de surveillance . Les gestionnaires de fortune indépendants et les trustees, jusqu’à présent rattachés à un OAR chargé de la vérification du respect des dispositions anti-blanchiment, ont jusqu’à fin 2022 au plus tard pour adhérer à un organisme de surveillance et quitter ainsi le VQF. Nos membres existants issus d’autres domaines, à savoir les activités de crédit et les services de paiement, y compris les sociétés liées à la fintech et aux crypto-actifs, restent affiliés à notre organisme. Notre base de membres devient donc plus réduite et plus hétérogène. Pour le VQF, cela signifie également une nouvelle répartition de notre organisation entre d’une part l’OAR existant, et d’autre part le nouvel organisme de surveillance que nous avons créé, FINcontrol Suisse.

En tant que CEO du VQF, quels sont vos objectifs?

Le VQF est le plus important organisme d’autoréglementation dans le secteur parabancaire. Nous avons notamment l’intention de renforcer notre position dominante et notre réputation en tant qu’OAR auprès de sociétés dotées de nouveaux modèles économiques qui sont issues des univers de la fintech et des crypto-actifs. Il nous faut aussi continuer à exercer une surveillance efficace, de qualité supérieure. Il est par ailleurs nécessaire de poursuivre notre transformation numérique et d’accroitre encore l’efficacité de nos processus.

Qu’appréciez-vous tout particulièrement dans cette nouvelle mission?

Je trouve très intéressant et passionnant d’avoir à diriger un organisme d’autoréglementation en pleine époque de mutation du paysage prudentiel, mais également du marché, caractérisée par l’apparition de nouveautés technologiques et juridiques dans les domaines de la fintech et des crypto-actifs.

Avec FINcontrol Suisse, vous avez créé un organisme de surveillance pour les gestionnaires de fortune et les trustees. Comment se répartissent les tâches entre le VQF et FINcontrol?

FINControl Suisse se concentre sur les trustees et les gestionnaires de fortune indépendants, et principalement dans un premier temps sur les demandes d’affiliation. Tant que les membres n’ont pas encore reçu d’autorisation de la FINMA, ils restent quand même affiliés à l’OAR et le VQF doit en assurer la surveillance courante en ce qui concerne le blanchiment de capitaux. Il y a donc un certain recoupement des missions. Lorsque ces membres reçoivent l’autorisation de la FINMA, ils sont désaffiliés de l’OAR et passent sous la surveillance de FINcontrol.

Considérant la mise en œuvre de la LEFin/LSFin, où en sommes-nous en ce qui concerne les gestionnaires de fortune indépendants ?

Force est de constater que la transition depuis les OAR vers les OS prend plus de temps que prévu. De nombreux gestionnaires de fortune indépendants n’ont pas encore pris les mesures qui s’imposent. Mais le délai de transition jusqu’à fin 2022 porte à confusion, car il s’applique au dépôt de la demande auprès de la FINMA, alors qu’au préalable, celle-ci doit avoir été soumise à l’OS, qui valide l’affiliation avant que la demande puisse être transmise à la FINMA. Nous recommandons à tous les gestionnaires de fortune indépendants de déposer leur demande d’affiliation à l’organisme de surveillance au plus tard fin juin 2022, mais de préférence avant, au risque d’une surcharge de demandes à traiter de la part des OS aussi bien que de la FINMA. Indépendamment de cela, des obligations de comportement s’appliquent en vertu de la LSFin à partir du 1er janvier 2022.

Quels défis se posent au VQF en ce qui concerne les membres restants?

Les membres de l’OAR VQF ont des profils très variés. Premièrement, ils sont issus de multiples domaines. Deuxièmement, certains ont un modèle économique plutôt traditionnel, tandis que d’autres se positionnent sur de nouvelles tendances technologiques et des modèles économiques plus modernes. Pour ces derniers, en particulier, nous rencontrons des questions et des besoins qui n’existaient pas auparavant, et sur lesquels nous n’avons pas encore fait toute la lumière. Le défi en matière de politique et de législation, mais aussi de surveillance, est de permettre à ces nouveaux modèles économiques de fonctionner, tout en garantissant une surveillance efficace, notamment en ce qui concerne les risques de blanchiment de capitaux.

Quelles particularités revêt la surveillance des sociétés de fintech/crypto-actifs pour vous en tant qu’OAR?

Beaucoup de sociétés de fintech et de crypto-actifs ont d’abord été des startups, créées à partir d’une idée qu’elles souhaitaient mettre en œuvre. L’important, pour celles-ci, est d’appliquer vite et bien leur modèle économique, tandis que les questions organisationnelles et structurelles se retrouvent souvent en arrière-plan. En matière de prévention du blanchiment de capitaux, ces sociétés ont certes conscience que des mesures adéquates sont indispensables, mais elles manquent parfois des connaissances et de l’expérience nécessaires pour le faire. Dans ces situations, nous recommandons de s’adresser à des prestataires spécialisés, à qui il est possible d’externaliser la fonction de centre de contrôle du blanchiment de capitaux. En tant qu’OAR, cela vaut la peine de comprendre les nouveaux modèles économiques et les technologies qui les sous-tendent, ainsi que d’évaluer correctement les risques qui en résultent.

Quels sont les plus grands défis pour vos membres ? S’agit-il des questions réglementaires ou technologiques, ou encore de l’évolution des besoins des clients?

Aujourd’hui, les exigences réglementaires sont nettement plus lourdes qu’il y a cinq ou dix ans et elles ne cessent d’évoluer. Pour nos membres qui sont des sociétés de petite taille, le respect et l’application de ces dispositions vont de pair avec une charge de travail non négligeable. Nous pensons qu’une certaine consolidation va s’observer au travers de fusions, mais également de cessations d’activité, en particulier parmi les gestionnaires de fortune indépendants. En revanche, il est difficile, à ce stade, d’évaluer quelle sera l’ampleur de cette tendance.
Du côté de la place financière, le défi consiste à préparer pour les nouvelles technologies et les nouveaux modèles économiques un cadre légal qui offre une certaine sécurité juridique et ouvre la voie à de nouveaux développements et modèles économiques, tout en tenant compte des risques.
En ce qui concerne l’évolution des besoins des clients, les nouveaux opérateurs du marché sont bien armés pour y répondre, puisque souvent, leurs modèles économiques reposent précisément sur ces besoins. Les entreprises traditionnelles doivent faire attention à ne pas perdre le contact pour ne pas laisser ces nouveaux acteurs leur couper l’herbe sous le pied.

Georg Koromzay est CEO de VQF (Verein zur Qualitätssicherung von Finanzdienstleistungen) depuis 2021. Avocat, il est titulaire du Rochester-Bern Executive MBA et dispose d’une longue expérience en droit bancaire et des marchés financiers. Avant d’être nommé au VQF, il était directeur juridique et secrétaire du conseil d’administration de la Neue Aargauer Bank.

Share: