«Nous voulons capitaliser davantage sur tout le savoir-faire du groupe»

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Interview de Isabelle Jacob-Nebout, Head of Wealth Management, CA Indosuez (Switzerland)
Par Jérôme Sicard – Photos: Karine Bauzin

Isabelle Jacob-Nebout a pris l’an passé la direction du pôle wealth management de CA Indosuez (Switzerland). Avec une stratégie claire : privilégier autant que possible les synergies entre les différents métiers du groupe. C’est dans cette logique qu’Indosuez a créé voilà peu la division Private Investment Banking, un rapprochement inédit entre les équipes de Crédit Agricole CIB et d’Indosuez pour la partie wealth management. Autant pour élargir l’offre que pour la fluidifier. Isabelle Jacob-Nebout s’en explique.

Quels sont aujourd’hui les axes sur lesquels vous entendez vous développer?
Isabelle Jacob-Nebout: Notre périmètre actuel couvre la Suisse, l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe et l’Amérique latine. Sur ces géographies, nous déployons en effet plusieurs piliers. Le premier est de répondre à tous les besoins de nos clients et d’enrichir notre offre en permanence. Le deuxième est d’être toujours plus efficace sur le plan opérationnel. Comme toutes les grandes banques, nous avions des modèles un peu complexes mais nous avons su les faire évoluer. Ce qui nous amène naturellement au troisième pilier, celui de la digitalisation où nous investissons beaucoup tant sur le plan de l’offre que sur celui des processus. Et, pour nous développer en toute sécurité pour nos clients comme pour nos équipes, nous confortons aussi nos dispositifs de conformité.

Et au sein du Groupe, quelles sont les grandes tendances?
Nous privilégions de plus en plus les synergies entre les différents métiers. En ce qui concerne le wealth management, nous voulons capitaliser davantage sur tout le savoir-faire du groupe en matière de crédit, de corporate & investment banking et d’asset management, pour la finance durable par exemple.

Quelle forme cela peut-il prendre concrètement?
Nous avons beaucoup de grands clients qui présentent un profil très entrepreneurial au sens où l’entreprise constitue un élément essentiel du patrimoine. Pour élargir notre offre sur ce segment, nous avons créé l’an dernier, conjointement avec Crédit Agricole Corporate & Investment Banking, la nouvelle division Private Investment Banking. Elle met en commun les équipes et les ressources de Crédit Agricole CIB et d’Indosuez pour la partie private banking. L’équipe ainsi constituée se consacre exclusivement aux grandes fortunes et aux holdings familiales, en étant capable de traiter des sujets privés et corporate avec une expertise unique. Elle vise à accompagner ce segment dans la mise en œuvre d’une stratégie de long terme en mettant à profit les synergies entre la banque de financement et d’investissement et la gestion de fortune. Et c’est là aussi que nous nous différencions.

Où se trouve cette équipe?
L’équipe a une couverture mondiale, elle est répartie sur différents territoires et elle interagit sur l’ensemble des implantations où nous sommes présents. Elle est placée sous la responsabilité de Silvia Calvello. En Suisse, où nous avons une forte proportion de family offices, c’est Emile Salawi, lui-même ancien banquier d’affaires, qui assure les relais et nous recrutons à Zurich un profil semblable au sien, dont l’expertise est partagée entre banque privée et banque d’investissement.

Quels sont en fait les différents segments de clientèle que vous couvrez?
Nous ne nous limitons pas aux ultra high net worth individuals, un segment qui commence pour nous à partir de 25 millions de francs. Nous servons aussi tous les clients dont les actifs financiers s’élèvent à plus d’un million. Nous avons également une clientèle institutionnelle et, récemment, nous avons décidé de nous renforcer beaucoup plus dans les services aux tiers gérants. Ils se sont énormément professionnalisés ces dernières années, notamment sous l’effet des réglementations. Nous disposons pour eux d’une très belle offre avec l’accès aux multiples ressources du groupe Indosuez, en matière d’asset management, de capital markets, de crédit ou encore de corporate & investment banking.

Pour revenir sur la clientèle ultra high net worth, comment pensez-vous élargir votre offre?
Nous allons commencer par accroître notre expertise en matière de structuration patrimoniale, là où nous avons clairement identifié des attentes fortes de nos clients. Ensuite, nous allons proposer des solutions de financement plus complexes grâce à ce nouveau pôle, Private Investment Banking, capable d’intervenir sur le patrimoine privé ou professionnel. Et il y a un troisième volet, où nous sommes très bien positionnés, c’est celui du private equity. Nous avons une équipe de trente personnes, sous la direction d’Olivier Carcy en Suisse, qui gère désormais presque 5 milliards de francs et nous sommes en mesure de proposer des solutions de plus en plus sophistiquées dans ce domaine. C’est le cas à travers des mandats spécifiques sur des stratégies comme le capital développement, le capital risque, la dette mezzanine ou LBO, le distressed ou encore le co-investissement direct..

Sur la partie wealth management, quelles compétences avez-vous le plus envie de mettre en avant?
J’aimerais parler en premier de notre approche holistique, pour la planification financière et la structuration patrimoniale. Il y a ensuite la profondeur de notre offre sur le crédit, qui va des prêts hypothécaires jusqu’au monoshare financing ou aux opérations de type LBO. C’est vraiment quelque chose qui nous différencie. Et, j’en ai déjà parlé, notre plateforme private equity qui a peu d’équivalent aujourd’hui sur le marché, tout comme notre offre produits structurés et Forex.

Quelles transformations majeures allez-vous encore mener?
De très gros investissements ont été réalisés ces trois dernières années pour accélérer la transformation digitale d’Indosuez. Ces investissements ont porté aussi bien sur la maîtrise de nos processus en interne que sur les interfaces clients. Nous avons initié différents chantiers ayant trait par exemple à l’onboarding, aux grilles KYC ou encore aux propositions d’investissement. Nous souhaitons gagner en fluidité. Nous avons également beaucoup investi dans l’évènementiel digital pour dynamiser la relation client d’autant plus indispensable dans ce contexte de distanciation.
Nous avons la chance de travailler avec la plateforme d’Azqore, une filiale du groupe. C’est un système propriétaire, très complet, qui se développe pour accueillir différentes API et s’ouvrir davantage à de nouvelles applications externes. Il va ainsi devenir beaucoup plus facile d’agréger des solutions créées par des fintechs sur la base d’un simple plug-in.
Ce qui devient vraiment essentiel aujourd’hui, c’est la veille stratégique de ces fintechs. Nous devons vite détecter les plus intéressantes d’entre elles, dès lors qu’elles renforcent notre proposition de valeur, et nous assurer que nous pouvons intégrer facilement leurs services. Quand je vois comment d’autres secteurs, d’autres industries exploitent le big data ou l’intelligence artificielle, je me dis que les banques n’en sont encore qu’au tout début de l’histoire.

Comment envisagez-vous le futur de la gestion de fortune?
Il est important de rappeler la dynamique de croissance dans laquelle elle s’inscrit. Ces dernières années, la fortune mondiale n’a cessé de croître en dépit des crises. Cela dit, aujourd’hui le secteur fait face à de forts enjeux de transformation. Il lui faut prendre en compte de très nombreux sujets sociétaux, comme les attentes des nouvelles générations, la clientèle féminine – car les femmes pilotent maintenant plus de 30% de cette fortune mondiale – et les impératifs ESG, aussi vastes soient-ils. Les gestionnaires de fortune vont devoir repenser leurs méthodes de travail de manière assez radicale. Il faut être beaucoup plus flexible, beaucoup plus nomade, et s’adapter in fine aux modes de vie de nos clients.
Je dirais enfin que la gestion de fortune réclamera demain des compétences plus transversales, et certainement plus sophistiquées. On voit bien que les gérants de fortune sont autrement plus polyvalents qu’ils ne l’étaient voilà dix ou quinze ans. Nous recrutons beaucoup actuellement et nous avons de plus en plus de candidats avec des profils à la croisée du Corporate Banking, des solutions d’investissement et de la banque privée. En ce sens, nous reflétons bien l’évolution de notre clientèle et de nos prospects.

Dans le monde du wealth management, quels sont les grandes innovations auxquelles vous vous attendez ces prochaines années?
Je m’attends surtout à d’importants remaniements dans les solutions d’investissement que nous déploierons demain. Elles tourneront de plus en plus autour de thèmes sociétaux et environnementaux. Aujourd’hui, je pense sincèrement que nous n’en sommes qu’aux prémisses. Par ailleurs, dans le domaine des investissements labellisés ESG, nous devrons proposer un reporting financier beaucoup plus sophistiqué permettant de mesurer l’impact aussi finement que sa valeur financière. Nos clients sont devenus beaucoup plus attentifs à l’impact réel de leurs investissements et c’est très certainement sur ces aspects que nous devrons nous montrer plus innovants, plus créatifs. Les banques ont un rôle majeur à jouer dans ce changement de paradigmes.

Depuis mars 2020, Isabelle Jacob-Nebout dirige l’activité Wealth management de CA Indosuez (Switzerland). Dans le cadre de ses fonctions, elle compte également parmi les membres du comité exécutif de la filiale suisse du groupe. Avant de rejoindre la banque, elle a occupé différents postes au sein du groupe BNP Paribas. Isabelle est diplômée de l’Inseec, à Paris, et a approfondi sa formation en finance et en marketing à l’Université de Californie, à Berkeley. Isabelle est également membre du conseil d’administration de l’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB) à Genève.

  • CA Indosuez est présente en Suisse depuis 145 ans. Elle y compte aujourd’hui quatre bureaux : à Genève, Lausanne, Lugano et Zurich.
  • Au 31 décembre 2020, les actifs de CA Indosuez (Switzerland) s’élevaient à 39,3 milliards de francs.
  • Le groupe Indosuez Wealth Management gère pour sa part 128 milliards d’euros et il emploie 3’000 collaborateurs répartis dans une quinzaine de pays.
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