Pius Zgraggen, OLZ « Notre ouverture à Lausanne est un développement logique »

652
0
Share:

Interview de Pius Zgraggen, OLZ
Par Eugénie Rousak – Photos Jürg Kaufmann

Le gestionnaire de fortune bernois OLZ vient de s’implanter en Suisse romande en ouvrant un bureau à Lausanne. Il complète ainsi ses filiales de Berne et Zurich. Depuis sa création, OLZ privilégie une approche dite de Minimum Variance dans laquelle les paramètres de risque sont modélisés de manière à réduire la volatilité des portefeuilles et améliorer ainsi la diversification des risques. Il en résulte des portefeuilles stables qui offrent un meilleur rendement avec moins de risque à long terme.

En juillet 2020, OLZ s’est implanté à Lausanne. Quels sont vos intérêts en Suisse romande ? 

Pius Zgraggen: Nous avons des clients institutionnels de longue date en Suisse romande, notamment la fondation d’investissement Prisma Investment Foundation, basée à Morges. En 2010, ils ont choisi OLZ pour gérer leur fonds d’actions suisses, qui est depuis devenu leur véhicule d’investissement le plus populaire sur ce segment d’actifs. Les clients romands détiennent déjà une large palette des stratégies d’OLZ et l’ouverture de la première agence était donc une évolution logique. Nous souhaitons montrer aux investisseurs institutionnels sur l’arc lémanique les possibilités que les stratégies de Minimum Variance en actions et en obligations peuvent leur offrir. Et pour développer la marque OLZ, nous devons être présents sur le terrain, c’est pourquoi nous avons nommé Delphine Multone à la tête de ce nouveau bureau.

Proposez-vous l’intégralité de votre offre, asset management, wealth management et fonds, dans tous vos bureaux ?

En Suisse et au Liechtenstein oui, mais à Hong Kong nous sommes une fintech pure. Cela signifie que OLZ ne fait pas de gestion, mais offre seulement des stratégies individualisées et optimisées aux banques, courtiers, compagnies d’assurance, family offices et fondations. Ensuite, toute la gestion est réalisée par ces acteurs, sur la base de nos recommandations.

Pourquoi, en fondant OLZ, avez-vous privilégié la stratégie de variance minimale ?

Durant nos années universitaires, nous avons analysé beaucoup d’entreprises, mais n’avons pas pu déterminer d’une façon systématique si leurs actions négociables étaient sous-évaluées ou surévaluées. Cela élimine la variante « stock-picking », qui est également conforme à la théorie Random-Walk, selon laquelle les prévisions de rendement ne sont pas possibles, même avec les outils et les méthodes mathématiques les plus puissants. C’est pourquoi nous avons étudié intensivement la théorie du portefeuille de Markowitz. Il a montré qu’il existe un seul portefeuille sur la ligne dite d’efficience, qui n’est pas basé sur le rendement attendu mais sur le risque pour déterminer la pondération de ses actifs : le portefeuille de variance minimale. Elle ne garantit pas un rendement élevé, mais elle permet de construire un portefeuille avec un risque moyen nettement inférieur.

En quoi consiste exactement cette approche ?

Pour donner un exemple, notre stratégie Equity World présente un risque inférieur de 25 à 30 % en moyenne par rapport à l’indice du MSCI World. Pour un portefeuille, cette approche permet d’augmenter la part des actions en gardant le même niveau de risque pour ainsi bénéficier d’une prime de risque. Par exemple, au lieu d’investir 30% en actions, il est possible d’accroitre ce pourcentage à 38%, pour un risque équivalent. Avec 38% du portefeuille dans les actions, la prime de risque sur les actions sera plus élevée, ce qui donnera plus de rendement pour un niveau de risque équivalent.

Cette optique explique-t-elle le désavantage des stratégies indicielles ?

La stratégie indicielle est très simple. Par exemple, si vous choisissez l’indice MSCI World, vous n’avez pas à vous préoccuper de la mise en œuvre et de la pondération des différentes actions. Vous achetez l’indice et c’est tout. L’inconvénient est le suivant : si vous avez l’indice MSCI World dans votre portefeuille, vous investissez dans 66 % d’actions américaines et détenez un portefeuille où les 10 plus grandes actions représentent 17 % du portefeuille. L’indice n’est pas en soi une bonne ou une mauvaise décision. Toutefois, il faut s’assurer qu’il réponde aux objectifs d’investissement des investisseurs privés ou institutionnels. Atteindre l’objectif d’investissement avec la meilleure diversification possible n’est certainement pas possible avec un investissement indiciel.

Vous mettez en avant une approche très individualisée. En quoi consiste-t-elle précisément ?

Le cœur de notre offre est une relation très à l’écoute des besoins spécifiques de nos clients. Nous devons connaître leurs préférences et restrictions ainsi que les titres, industries et zones géographies pour lesquelles ils ont déjà suffisamment d’exposition ou au contraire dans lesquels ils veulent investir davantage. En mettant ces informations détaillées dans nos algorithmes, nos optimiseurs et nos formules mathématiques déterminent une sélection d’actifs optimale selon ces critères. Cette individualisation nous différencie des autres gestionnaires d’actifs présents dans le secteur. Le second élément est notre capacité à donner des explications nécessaires pour une compréhension complète de notre outil. Nos clients, qu’ils soient institutionnels ou privés, ne se tournent pas seulement vers nous pour avoir un chiffre, ils veulent l’interpréter et le comprendre dans différentes situations du marché. Ainsi, nous montrons dans quelles circonstances nous surperformons ou sous-performons un indice. Nous analysons les caractéristiques de risque de leur portefeuille et expliquons comment la stratégie va leur permettre de réaliser ses objectifs d’investissement.

En parallèle à cette gestion individualisée, OLZ a également développé une offre de fonds en actions, en obligations et de stratégies mixtes. Pourquoi ?

Notre objectif initial n’était pas de créer des fonds. Rapidement, nous avons réalisé que beaucoup de clients ne voulaient ou ne pouvaient tout simplement pas investir 30 à 40 millions dans un portefeuille optimisé individuellement. En plus, il est moins coûteux pour la majeure partie des clients de détenir un fonds plutôt que des actions individuelles, notamment à cause du droit de timbre et de la gestion des risques.

La stratégie de Minimum Variance est-elle également applicable à des situations de crise, comme par exemple celle du COVID 19 ?

La crise du COVID 19, tout comme la crise financière, a traversé plusieurs phases. Notre approche n’a pas été aussi performante dans toutes les phases, mais elle s’est toujours comportée comme prévu. Contrairement à la crise financière, l’effondrement des prix a été bref à partir du 20 février et n’a duré que durant 23 journées boursières. Pendant la crise financière, cependant, les hauts et les bas étaient espacés d’environ 400 jours. L’avantage de rendement de notre stratégie Equity World a donc été plus faible que pendant la crise financière. Pendant la phase de reprise, avec une nouvelle baisse du risque, nous avons été en retard par rapport à l’indice, comme prévu. La stratégie de variance minimale ne promet pas une surperformance dans toutes les phases du marché, mais elle garantit toujours un risque inférieur à la moyenne. Pendant cette crise, la réduction de la volatilité a été en moyenne d’environ 37 % par rapport à l’indice MSCI World.

Est-ce que vous avez éventuellement modifié un paramètre de l’algorithme suite à cette crise ?

La crise du Covid-19 a changé nos vies de manière significative. La crise actuelle est différente des précédentes crises économiques ou de la dette. Cette information n’est pas encore incluse dans les séries de données précédentes. Comme nos algorithmes « apprennent » au fil du temps, ces informations sont précieuses. Cependant, nous n’avons pas besoin de changer de modèle pour cela. Notre recherche de la meilleure méthode pour minimiser les risques est un processus continu.

Share: