Prospérité commune: la Chine mise sur le temps long

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Par Stefan Kräuchi, HSZ Group

Les ruptures imposées par le gouvernement chinois aux fournisseurs d’Internet ou au géant immobilier Evergrande n’ont absolument rien de surprenant. Pas plus que la correction subie après coup par les actions du marché local. Ces pannes momentanées ne peuvent en aucun cas masquer les multiples opportunités d’investissement qui subsistent en Chine où le développement de l’économie ne peut se concevoir que sur le long terme.

Le gouvernement chinois a montré qu’il était capable de prendre des initiatives sur des sujets ou des thématiques qui peinent à dépasser le stade de la discussion dans les pays occidentaux. Il en va ainsi du creusement de l’écart entre les revenus, de l’insuffisance de la protection de la vie privée sur les plateformes Internet, de l’abus de positions dominantes des sites de ventes en ligne ou encore de l’excès de jeu en ligne chez les jeunes. Ailleurs, on en débat, mais en Chine, on préfère passer à l’action et mettre en œuvre des solutions concrètes pour traiter de problèmes identifiés depuis un certain temps.

C’est le cas de la question des cours particuliers extra-scolaires, ou «Lernstudio» comme on les appelle en Suisse alémanique, priorité des pouvoirs publics depuis un certain temps, ou du thème des jeux en ligne. Les investisseurs surpris par le durcissement des réglementations annoncé au mois de juillet n’étaient pas assez proches du marché local. Les signaux d’alerte concernant le secteur des cours particuliers extra-scolaires étaient déjà visibles depuis 18 mois. En lien avec le refus de l’introduction en Bourse d’Alipay, l’application de paiement de Ant Group, en novembre 2020, les plateformes Internet Alibaba et Tencent, entre autres, se sont retrouvées dans le viseur des autorités réglementaires en raison de leur position dominante sur le marché, et, parfois, de pratiques abusives.

Ces signes ont montré de manière évidente qu’il fallait vendre ce type de positions, ou du moins y réduire son exposition. C’était également le cas du spécialiste des services de livraison Meituan. Même chose encore pour les positions liées aux jeux en ligne et aux boissons alcoolisées. Les investisseurs prévoyants se sont tournés vers des sociétés actives en dehors de ces thématiques, par exemple vers celles liées au secteur des énergies alternatives.

Si dans l’immédiat, les mesures adoptées par le gouvernement chinois peuvent s’avérer coûteuses, elles garantissent un potentiel d’autant plus important sur le long terme. Les décisions relatives à la thématique de la « prospérité commune» auront des effets positifs à moyen et long terme sur la consommation. Elles feront basculer vers la classe moyenne entre 100 et 200 millions de Chinois vivant actuellement avec 150 dollars par mois. Le fait que la Chine n’ait pas déployé de plan de relance économique à la suite du Covid et qu’elle ait pratiqué une politique monétaire restrictive est également important. En effet, les marchés chinois offriront une alternative attrayante quand, en Europe et aux États-Unis, se répandra la déception liée au retrait de mesures surdimensionnées de politique monétaire et budgétaire.

A court terme, la crise entourant le géant Evergrande crée bien sûr des incertitudes. Mais là encore, le gouvernement chinois réagit très intelligemment: d’un côté, un cas doit être érigé en exemple pour montrer du doigt un système économique surendetté. Banquiers et porteurs d’obligations y laisseront des plumes. En revanche, les fournisseurs et les acheteurs seront protégés. Les acheteurs ont en effet déjà effectué des paiements au titre de leurs futurs logements. Les observateurs occidentaux sont nombreux à surévaluer largement l’importance du marché immobilier chinois, estimant parfois son poids entre 30 et 40% de la croissance économique. Pourtant, une définition du secteur immobilier tenant compte uniquement des activités du bâtiment, des matériaux de construction et des services financiers liés à l’immobilier n’arrive qu’à 12,5% environ de l’économie. On parvient à quelque 18% en ajoutant l’immobilier commercial, et à 23,5% en intégrant les services liés à l’immobilier.

L’attrait relatif du marché actions chinois, en particulier au regard de ses vertus en matière de diversification dans des portefeuilles internationaux, devrait sortir renforcé par ces mesures. À l’avenir, la croissance de la Chine proviendra davantage du moteur domestique tiré par la consommation privée, qui bénéficiera de la «prospérité commune» et des mesures adoptées en faveur de la population active, ainsi que de la relocalisation accrue des chaînes d’approvisionnement sur le territoire intérieur. Par ailleurs, la détermination affichée par la Chine dans la poursuite de son objectif de neutralité carbone créera également de multiples opportunités. Evergrande et les plus petites sociétés foncières confrontées à des problèmes similaires ne sont pas une menace systémique pour l’économie chinoise. Les éventuels mouvements de
faiblesse qui résulteront de la liquidation d’Evergrande sont autant d’opportunités offertes pour initier ou reconstituer des positions sur le marché local.

Stefan Kräuchi est Partner et CEO de la société HSZ Group, basée à Hong Kong, et co-gérant du fonds HSZ China Fund. Il possède plus de 30 ans d’expérience dans le domaine de l’investissement et vit à Hong Kong depuis 2011. Avant d’entrer chez HSZ en 2012, il a travaillé, entre autres, pour UBS, AIG et CS Group (Clariden Leu) en Suisse, au Japon et aux États-Unis. Il est diplômé de l’Université de Saint-Gall.

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