Quand le «confort» obscurcit les sens

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La chronique de Patrick Hunger

A San Francisco, la campagne publicitaire contre la cigarette électronique « Looks like Tech, Works like Poison » révèle le vrai visage de la technologie. Les gens doivent comprendre que la cigarette électronique n’est pas une formidable innovation technique, mais simplement un produit dangereux pour la santé. Tirée d’une situation concrète, cette mesure, ironiquement adoptée par la « Tech City » de San Francisco, relance la question fondamentale de savoir si l’innovation technique doit, ou non, être socialement responsable.

Dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies, la communauté internationale professe une croissance mondiale durable sous ses trois aspects : économique, social et écologique. Au cœur de ce « plan d’action pour l’humanité, la planète et la prospérité » figurent les 17 objectifs de développement durable (ODD), indissociables d’autres ensembles de mesures comme l’Accord de Paris sur le climat. La réalisation partenariale de ces objectifs exige d’intégrer les acteurs du secteur privé et de les encourager à développer leur créativité et leur capacité d’innovation pour résoudre les problèmes liés au développement durable.

Le secteur financier adhère depuis longtemps à cette vision par le biais de l’ISR ou de la finance environnementale. Les sociétés financières intègrent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leurs services stratégiques et opérationnels, parfois à l’issue d’initiatives réglementaires telles que MiFID II ou IDD, ou en réponse à l’évolution du comportement de leurs clients. Tout aussi visible, le concept de plus en plus répandu d’une « finance verte » plus vaste, couvrant un éventail global d’approches et d’instruments financiers destinés à protéger durablement l’environnement/le climat et les activités contribuant à la gestion des risques environnementaux et climatiques par les entreprises.

En réponse à la question posée dans notre introduction, il semble donc logique d’attendre que l’innovation technique dans l’industrie financière – finance digitale – qui correspond au processus de transformation conduit principalement par les fintechs, soit elle aussi socialement responsable. Sans doute est-il souhaitable qu’au regard des énormes défis du développement durable, un accès privilégié au capital soit accordé aux start-ups de « finance digitale » qui ambitionnent de contribuer à l’atteinte des ODD, et qu’à l’inverse, les apporteurs de fonds privés refusent d’investir si les start-ups ne vont pas dans le sens des ODD. Ce qu’il faut finalement éviter à tout prix, c’est que notre consommation (de toute évidence compulsive) de « confort » poussée par les avancées technologiques nous empêche de porter un regard critique sur une réalité de plus en plus dérangeante.

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