Youpi la Chine

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Bon ben finalement, la Chine a l’air d’endosser le rôle de catalyseur d’une petite reprise des marchés actions, faute de mieux. Les annonces au compte-goutte de Pékin en faveur d’un assouplissement de la politique sanitaire nationale se sont transformées cette semaine en flot continu de mesures qui sonnent le glas de la politique zéro-covid. Il y a un parallèle à faire avec l’accumulation des mesurettes en faveur de l’immobilier chinois, qui elles aussi se sont transformées en une sorte de raz-de-marée de soutien. Les gentils diraient que dans les deux cas, le parti communiste chinois a fini par s’adapter à la situation. Les vilains leur répliqueraient probablement que les digues ont cédé parce que les deux crises ont été fort mal gérées (n’y voyez pas un jugement de valeur, l’Occident n’a pas beaucoup de leçons à donner en matière de gestion des crises). Mais bref, l’un dans l’autre, la Chine se donne les moyens de redresser une économie brinquebalante, ce qui plaît au marché puisque cela détourne le regard de la récession qui s’annonce à l’Ouest.

Après quelques hésitations, Wall Street a fini par reprendre le chemin de la hausse jeudi. Le Nasdaq a repris 1,2% et le Dow Jones 0,6%. En Europe, le rouge dominait, mais un rouge un peu dilué et entrecoupé de petits gains pour les bourses du nord de la région, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Suède. Mais il ne faut pas s’y tromper : si la Chine a permis de remettre les indices plus ou moins dans le sens de la marche, les investisseurs sont toujours préoccupés par la trajectoire des taux directeurs américains, à moins d’une semaine de la dernière décision de politique monétaire de l’année pour la Fed. Un tour de vis de 50 points de base a les faveurs des pronostics, ce qui marquerait un ralentissement du rythme imposé depuis plusieurs mois, 75 points de hausse à chaque réunion. Pour autant, les financiers cherchent toujours des indices pour deviner où et quand le cycle de relèvement prendra fin. Des indices comme les prix à la production de novembre ou le moral des consommateurs américains, qui seront publiés cet après-midi. En attendant, le marché obligataire envoie des signaux clairs de récession, comme mon collègue Yves Sanquer l’explique ici.

Je profite de cette dernière séance de la semaine pour faire une escapade pédagogique inspirée des nombreux commentaires que je vois passer sur Twitter, ce réseau maléfique et fascinant désormais régi par Sauron Musk. En investissement (comme au casino apparemment), le mythe du « je vais me refaire » reste extrêmement populaire. Beaucoup d’investisseurs pensent qu’une entreprise dont le cours s’est envolé pendant une période de sa vie boursière va être capable de refaire la même chose après une phase de vive baisse. C’est généralement une erreur, ou un pari vraiment osé. Tenez, il a fallu près de 14 ans pour qu’un investisseur qui aurait investi le 1er janvier 2000 dans le Nasdaq récupère ses pertes initiales. Alors certes, investir dans le Nasdaq début 2000 n’était pas une idée lumineuse, mais les investisseurs qui entrent au plus bas et sortent au plus haut sont comme le Père Noël, ils n’existent pas.

J’aborde ce sujet parce qu’on entend et qu’on lit beaucoup que des actifs chéris des investisseurs qui se sont effondrés cette année peuvent se reprendre assez vite puisqu’ils avaient montré de quoi ils étaient capables à la hausse. C’est une erreur. L’exubérance irrationnelle et les bulles qui ont dominé les années précédant 2022 ne peuvent pas servir de base à un processus d’investissement raisonnable. Ainsi l’histoire et les mathématiques permettent de trancher la question : faut-il conserver les actions qui font le grand écart pour se refaire ou les abandonner pour se repositionner sur des actifs plus qualitatifs ? C’est bien sûr la seconde option qu’il faut mettre en œuvre.

Pour enfoncer le clou, j’emprunte les termes de l’économiste Joachim Klement (le lien vers son article est disponible plus bas) qui a deux recommandations à faire après une telle expérience (comme moi, il a vécu 2000, 2007). Premièrement, l’investissement dans des actifs très volatils est dangereux à court terme mais aussi à long terme parce qu’une fois au fonds du trou, la volatilité est une boulet pendant des années. Ce qui compte à long terme, ce ne sont pas les rendements, mais le rapport entre les rendements et la volatilité. Deuxièmement, le cœur de l’épargne doit être placé sur des actifs solides aux promesses de rendement raisonnables. Il n’est pas interdit de vibrer sur ARKK Innovation ou les cryptomonnaies, mais avec une petite fraction de son portefeuille. Klement rappelle qu’il s’agit alors de paris et non d’investissements, avec les risques que cela comporte. On en revient en quelques sortes au casino du début.

On se recentre sur la séance du jour : focus donc aujourd’hui sur les statistiques américaines de l’après-midi. Les marchés d’Asie Pacifique ont presque tous viré au vert ce matin, avec des gains qui dépassent 1% au Japon et en Australie et qui s’en approchent en Corée ou en Chine continentale. Le Hang Seng continue à jouer son rôle de caisse de résonance de la réouverture chinoise en gagnant 2,1%. Les places européennes sont attendues en hausse à l’ouverture. Le CAC40 a démarré la séance en hausse de 0,2% à 6661 points.

Les temps forts économiques du jour

Aux États-Unis, les investisseurs attendent la publication des prix à la production à 14h30 et de l’indice préliminaire de confiance des consommateurs de l’université du Michigan à 16h00. Tout l’agenda macro ici. Ce matin, la Chine a annoncé une hausse de 1,6% des prix à la consommation de novembre (consensus 1,6%), tandis que les prix à la production se sont contractés de -1,3% (consensus -1,5%).

L’euro poursuit son ascension à 1,0582 USD. L’once d’or flirte à nouveau avec 1800 USD. Le pétrole se stabilise après son rebond de la veille, avec un Brent de Mer du Nord à 76,64 USD le baril et un brut léger américain WTI à 71,94 USD. Le rendement de la dette américaine sur 10 ans navigue autour de 3,45%. Le bitcoin s’échange autour de 17 200 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Air Liquide : Jefferies passe d’acheter à sousperformance en visant 124 EUR.
  • Akzo Nobel : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 75 à 79 EUR.
  • Amadeus : Coleman Sachs passe de neutre à achat en visant 70 EUR.
  • Ashtead : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 5500 à 6000 GBp.
  • Bachem : Baader Helvea reste à alléger avec un objectif relevé de 48 à 82 CHF.
  • Balfour Beatty : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 385 à 400 GBp.
  • Belimo : Berenberg reste à l’achat avec un objectif relevé de 440 à 535 CHF.
  • Clariant : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 18 à 16 EUR.
  • Covestro : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 40 à 45 EUR.
  • Inmobiliaria Colonial : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 7 EUR.
  • Lagercrantz : SEB démarre le suivi à vendre en visant 96 SEK.
  • LondonMetric : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 205 GBp.
  • Polypeptide : Baader Helvea passe d’accumuler à acheter en visant 30 CHF.
  • Schweiter : Crédit Suisse a démarré le suivi à surperformance en visant 947 CHF.
  • Storebrand : Jefferies reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 89 à 94 NOK.
  • Topdanmark : Jefferies démarre le suivi à sousperformance en visant 270 DKK.
  • Tryg : Jefferies démarre le suivi à conserver en visant 155 DKK.
  • Virbac : AlphaValue reste à l’achat avec un objectif de cours réduit de 335 à 322 EUR.
  • Warehouses De Pauw : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 30 EUR.
  • Workspace : J.P. Morgan passe de neutre à surpondérer en visant 650 GBp.
  • Worldline : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 55 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Pernod Ricard va investir 238 ME sur cinq ans pour la construction, dans le comté de Marion (Kentucky), d’une distillerie de pointe pour Jefferson’s, sa marque de bourbon.
  • La clôture de la cession des actifs ferroviaires de Thales à Hitachi Rail est maintenant prévue pour le second semestre 2023.
  • Sartorius Stedim Biotech prend une participation de 10% dans le groupe Bico pour 487 MSEK.
  • Engie remporte un projet éolien flottant au large de la Californie.
  • Soitec démarre l’extension de son usine à Singapour.
  • Ipsen annonce que l’étude de phase III CONTACT-01 n’a pas atteint son critère principal.
  • Concert’o dévoile un projet alternatif de restructuration financière pour Orpea.
  • Gilles Michel prend la présidence de Valeo.
  • Dassault Aviation récupère des terrains auprès de GIMD.
  • Electricité de France et Fortum vont étudier les opportunités de projets nucléaires en Suède et Finlande.
  • Air France-KLM propose à ses actionnaires de maintenir en fonction un président rattrapé par la limite d’âge en cours de mandat.
  • Compagnie des Alpes retient Poma pour 200 M€ d’investissement dans ses remontées mécaniques.
  • SES-Imagotag remplacera Quadient dans le SBF 120 le 16 décembre.
  • Manitou intègre des critères environnementaux à son contrat de crédit.
  • Don’t Nod et Focus Entertainment dévoilent un nouveau RPG.
  • Les actionnaires de Groupe Gorgé approuvent la simplification et la transformation du groupe, qui devient Exail Technologies.
  • Altheora veut lever 6 M€ à 1,17 EUR l’action.
  • Alan Allman boucle un placement privé.
  • Argan renforce son équipe développement.

Dans le monde

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Credit Suisse boucle une augmentation de capital de 2,24 MdsCHF.
  • La rumeur enfle selon laquelle le gendarme antitrust américain bloquerait le rachat d’Activision par Microsoft.
  • Le marché sanctionne Lululemon d’un -7% hors séance après des résultats et des prévisions accueillis sévèrement.
  • Ahold va supprimer 300 emplois chez le détaillant en ligne néerlandais Bol.com.
  • China Eastern prend livraison du premier jet C919 made in China au monde.
  • Nio va installer des stations d’échange de batteries dans 20 parcs de charge EnBW en Allemagne.
  • Gimv cède sa participation dans Biolam.
  • Occidental Petroleum, Devon Energy et Fedex détachent des coupons.
  • Principales publications du jour : Carl ZeissTout l’agenda ici.

Lectures

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