J’ai été un peu surpris ces derniers jours d’entendre ça et là des gens plutôt expérimentés se demander si nous sommes dans un super-cycle de l’IA ou pas. Compte tenu des capitaux colossaux investis dans les infrastructures dédiées, la question a l’air stupide. Elle ne l’est pas totalement en réalité. Un super-cycle économique est caractérisé à la fois par son amplitude et par sa durée. En 2026, il ne fait aucun doute que le premier critère est rempli. Le second est en bonne voie, mais toujours en ballotage. Les achats frénétiques des investisseurs montrent que ce ballotage est favorable. Sinon, ils n’accepteraient pas de payer des prix aussi élevés pour des sociétés dont le cours a déjà été démultiplié.
Une brève histoire de l’IA boursière s’impose, pour planter le décor.
Depuis trois ans et demi et la sortie du premier ChatGPT public, le vent porteur a balayé plusieurs secteurs, essentiellement dans le domaine technologique. A certains moments, des types de métiers ont été plus à la mode que d’autres. Mais globalement, tout l’écosystème en a profité. S’il fallait faire une ligne du temps boursière un peu grossière, il faudrait démarrer par les grosses plateformes, qu’on appelle les hyperscalers (i.e. des géants aux poches bien remplies, dont la position dominante permet d’exploiter massivement les outils et services liés à l’IA, Microsoft, Alphabet…). Ça a continué avec les fournisseurs de pelles et de pioches du secteur (période Nvidia / Broadcom), avant que leurs propres fournisseurs ne soient à la mode (période ASML / TSMC / Applied Materials…). La folie s’est étendue aux métiers connexes, comme les monteurs (Super Micro Computer), les exploitants de data centers (CoreWeave) et tous les équipementiers électriques (Schneider, Vertiv, Eaton…), mais aussi les énergéticiens (NextEra, Constellation Energy). Puis est venu le temps des goulets d’étranglement, que ce soit au niveau des connexions (Lumentum…) ou des puces-mémoire (SK Hynix, Micron…). Même le vieillissant et bancal Intel a trouvé sa place : le titre flambait de 20% hier soir post-clôture après des résultats dopés à l’IA.
Dans cette configuration, l’Europe est à la traîne. Les milliards affluent essentiellement dans les entreprises américaines et asiatiques. Les meilleurs proxys européens de grande taille se comptent sur les doigts des deux mains : ASML, Siemens Energy et Schneider par exemple, mais aussi Infineon ou STMicroelectronics, qui ont attrapé tardivement le wagon en prouvant qu’ils n’étaient pas tout à fait has been sur la thématique. Pour le reste, il faut aller chercher des entreprises plus petites. L’exemple français est frappant. La team IA hexagonale, c’est un assemblage un peu hétéroclite qui comprend depuis peu 2CRSi, Kalray, Semco, Riber et même Soitec. La valorisation de ces dossiers n’a rien à voir avec leurs fondamentaux actuels. Elle repose sur la narration de lendemains qui chantent. Pour paraphraser une pub déjà ancienne, 100% de découvreurs de pépites ont tenté leur chance.
Nos compères d’AlphaValue ont publié un billet qui constate que les acteurs européens exposés de près ou de loin à l’IA ont littéralement explosé depuis le début de la guerre en Iran. Leur surperformance « atteint le chiffre stupéfiant de 30%, avec une forte accélération au cours des deux dernières semaines ». L’idée derrière cela est assez simple, presque triviale : quel besoin d’aller investir dans des entreprises ailleurs que dans la technologie et l’énergie, puisque les investissements liés à l’IA ne montrent aucun signe de ralentissement ? Si les prévisions d’AlphaValue sont exactes, les nouvelles stars européennes de l’IA se paient 56 fois les bénéfices de 2026 et 40 fois ceux de 2027. Des super-multiples qui se justifient uniquement si un super-cycle se confirme. Si AlphaValue se concentre sur un univers de couverture de 600 valeurs, nous avons étendu l’exercice à toute la cote européenne pesant plus de 1 milliard d’euros. Le résultat est encore plus ébouriffant : 16 des 17 plus fortes hausses de l’année 2026 ont un lien direct avec l’investissement dans l’IA.
Le super-cycle est donc largement enclenché. Il n’a pas vraiment été ébranlé par les craintes qui ont émergé, en particulier sur l’emploi et la pérennité des secteurs qui font face à un risque existentiel après la chute de leurs barrières à l’entrée. Pour autant, on ne peut pas parler véritablement d’angle mort, comme le montre le plongeon des éditeurs de logiciels ou les réductions de postes bien visibles qui s’accumulent dans la technologie. Mais disons que le super-cycle est pour l’heure bien plus puissant que ses effets de bord.
Pendant ce temps, le pétrole est en hausse pour la cinquième journée consécutive, avec un Brent qui évolue autour de 105 USD le baril. Vues de l’extérieur, les « discussions » entre Washington et Téhéran sur la fin de la guerre en Iran ne sont qu’une succession d’aboiements. Les conseillers diplomatiques de Donald Trump eux-mêmes seraient circonspects face aux invectives du président sur les réseaux sociaux. L’annonce par la Maison Blanche d’une prolongation du cessez-le-feu entre Israël et le Liban n’a rien changé à l’affaire : le nœud du problème est la réouverture du détroit d’Ormuz.
Hier, les marchés américains ont baissé et les places européennes ont évolué au gré des publications de résultats. Paris et Zurich étaient particulièrement à leur avantage grâce à de grosses séries de chiffres solides en provenance de porte-étendards locaux. L’Oréal, Orange, Safran et STMicro côté France, Roche et Nestlé côté Suisse. Il reste quelques annonces d’entreprises pour terminer la semaine. Hier soir, Siemens Energy et Intel ont fait le job, dopées, comme il se doit, à l’IA. De quoi remettre les indices dans de bonnes dispositions pour la dernière séance de la semaine.
En Asie Pacifique, deux places se distinguent. Taiwan prend 3% après que le régulateur local a annoncé que le plafonnement indiciel de la star TSMC allait sauter. Tokyo gagne 0,8%. Les autres marchés sont plus moroses, avec de légères baisses en Corée du Sud, en Australie et à Hong Kong. L’indice MSCI AC Asie Pacifique parvient malgré tout à boucler la dernière séance de la semaine en légère hausse.
Le CAC 40 démarre la séance en baisse de 0,6% à 8 183 points. Le SMI cède 0,3% à 13 204 points. Le Bel 20 recule de 0,7% à 5 354 points.
Les temps forts économiques du jour
L’agenda macro :
- 08h00 : Ventes au détail (Royaume-Uni)
- 08h45 : Confiance des consommateurs (France)
- 10h00 : Indice IFO du climat des affaires (Allemagne)
- 14h30 : Vente au détail (Canada)
- 16h00 : Indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan (Etats-Unis)
- Le reste de l’agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d’avoir le temps réel) :
- Euro : 1,1678
- Once d’or : 4 669 USD
- Once d’argent : 74,83 USD
- Brent : 106,13 USD
- Spread Bund / OAT : 63 points (+0,7%)
- VIX : 19,3 (+0,4%)
- 10 ans US : 4,33%
- Bitcoin : 77 656 USD
Les principaux changements de recommandations
- BE Semiconductor Industries : Barclays reste à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 155 à 185 EUR. Needham maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 210 à 300 EUR.
- Biomérieux : Barclays reste à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 100 à 90 EUR. JP Morgan maintient sa recommandation neutre et réduit l’objectif de cours de 120,50 à 71,60 EUR. Deutsche Bank passe d’acheter à conserver en visant 81 EUR.
- Bolloré : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation d’alléger et relève l’objectif de cours de 4,38 EUR à 4,72 EUR.
- Capgemini : UBS passe d’acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 150 à 110 EUR.
- Carrefour : Goldman Sachs maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 17 EUR à 18 EUR.
- Edenred : Citi maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 19 EUR à 22 EUR.
- Eurofins Scientific : BNP Paribas maintient sa recommandation de surperformance et réduit l’objectif de cours de 90 EUR à 85 EUR.
- FDJ United : Goldman Sachs maintient sa recommandation de vente et réduit l’objectif de cours de 24,20 à 22,80 EUR.
- Fuchs Petrolub : UBS reprend le suivi à acheter avec un objectif de cours de 44 EUR.
- Galderma Group : Citi maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 165 à 185 CHF.
- GTT : UBS passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours de 210 EUR.
- Ipsen : UBS maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 155 à 170 EUR.
- L’Oréal : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 370 à 375 EUR.
- Metso Outotec : Pareto Securities passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 16 à 17 EUR.
- Mtu Aero Engines : UBS passe de neutre à vendre avec un objectif de cours réduit de 350 à 275 EUR.
- Renault : HSBC maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 42 à 43 EUR.
- Roche Holding : Morgan Stanley passe de souspondérer à pondération de marché avec un objectif de cours de 295 CHF.
- Safran : BNP Paribas maintient sa recommandation neutre et réduit l’objectif de cours de 330 EUR à 320 EUR.
- Saint-Gobain : Barclays maintient sa recommandation surpondérer et relève l’objectif de cours de 100 EUR à 105 EUR. Goldman Sachs maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 83 EUR à 84 EUR.
- Sartorius Stedim Biotech : Nephron Research LLC reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 257 à 240 EUR. Intron Health passe de conserver à acheter en visant 230 EUR.
- SGS : Citi maintient sa recommandation d’achat et réduit l’objectif de cours de 112 à 103 CHF.
- Siemens Energy : Bank of America reste à l’achat avec un objectif de cours relevé de 220 à 250 EUR.
- STMicroelectronics : BNP Paribas reste à surperformance avec un objectif de cours relevé de 30 à 47 EUR. Deutsche Bank maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 42 EUR à 52 EUR. Jefferies maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 35 EUR à 52 EUR. Morgan Stanley reste à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 36 à 46 EUR. TD Cowen reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 33,50 à 43 EUR.
- Vinci : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 148 à 145 EUR.
- Wendel : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 158 à 160 EUR.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l’ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Résultats des entreprises (les commentaires sont donnés à chaud et ne préjugent pas de l’évolution des titres)
- Vinci maintient ses perspectives 2026 après un début d’année solide.
- Saint-Gobain confirme ses objectifs annuels. +3% sur l’OTC US hier soir.
- Unibail confirme son objectif de rentabilité pour 2026.
- Accor améliore ses performances au T1 mais communique peu sur les conséquences du confit au Moyen-Orient.
- Bolloré dégage 815 MEUR de revenus au T1, en hausse organique de 6,5%.
- Forvia confirme ses objectifs pour 2026.
- Valeo surperforme le marché automobile au 1er trimestre.
- Spie confirme ses objectifs pour 2026 malgré le repli de sa production au 1er trimestre.
- Seb S.A améliore ses marges au T1 et confirme viser une embellie sur l’année.
- Aéroports de Paris va céder jusqu’à 7,3% de l’indien GAL à GMR Group pour 924 millions d’euros, qui permettra de proposer un dividende complémentaire de 0,80 EUR par action.
- Les discussions en cours entre le groupe Casino, les créanciers et FRH sur le projet d’adaptation et de renforcement de la structure financière se poursuivent dans l’objectif de parvenir à un accord de principe d’ici la fin du mois de juin 2026.
- Le prochain « Assassin’s Creed » d’Ubisoft sortira en juillet prochain.
- Argan émet une obligation verte de 500 MEUR.
- SFIL a émis ses premières obligations en franc suisse (130 MCHF sur 10 ans).
- Afyren reçoit une subvention de 3 M€ issus du Fonds européen pour la transition juste, piloté par la région Grand Est.
- Banijay finalise l’acquisition de Tipico.
- Les principales publications du jour : Exel, Tikehau, Clariane, Sword, Kalray, Guerbet, Don’t Nod, Séché, Groupe Guilin, Linedata, Savencia, Nexity, Roche Bobois, Assystem, UV Germi, Pierre & Vacances, Kerlink, Cegedim, Lisi… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D’Europe
- Résultats des entreprises (les commentaires sont donnés à chaud et ne préjugent pas de l’évolution des titres)
- Siemens Energy relève ses prévisions face à l’envolée de la demande d’équipements électriques.
- SAP affiche une hausse de son bénéfice et de son chiffre d’affaires au premier trimestre.
- ENI renforce son programme de rachat d’actions en marge de ses résultats.
- Holcim affiche 3,9% de croissance organique au T1.
- Kuehne und Nagel affiche un repli du résultat net et du chiffre d’affaires au premier trimestre.
- AB Volvo fait un peu mieux que prévu au T1.
- Siegfried relève ses objectifs.
- BB Biotech réduit sa perte au premier trimestre.
- Coloplast réduit ses prévisions.
- Adyen va racheter la société de logiciels Talon.One pour 878 millions de dollars.
- Electrolux va lever 830 millions d’euros et supprimer 3 000 postes.
- Le président de JD Sports démissionne faute d’avoir pu convaincre le conseil d’exclure le DG, selon le FT.
- Banca Monte dei Paschi nomme Luigi Lovaglio au poste de directeur général.
- Le patron de MPS envisage de céder sa participation dans Generali, selon le FT.
- BPER annonce la fusion par absorption de la Banca Popolare di Sondrio.
- Les principales publications du jour : ENI, AB Volvo, Holcim, Kuehne und Nagel, Telia, Yara…
D’Amérique du Nord
- Actions en hausse post-marché après leurs trimestriels : Intel (20%)…
- Actions en baisse post-marché après leurs trimestriels : …
- Microsoft propose un plan de départ volontaire à environ 7% de ses employés aux Etats-Unis. Par ailleurs, Michael Burry dévoile une nouvelle position dans Microsoft.
- Meta réduit ses effectifs de 10% pour compenser ses investissements dans l’IA.
- Nike taille encore dans ses effectifs pour accélérer sa remise en forme.
- La FDA refuse d’approuver le traitement anti-rides d’AbbVie.
- Trump affirme qu’il « envisage » d’acheter Spirit Airlines.
- Accenture annonce un investissement dans Iridius.
- Lockheed Martin confirme l’achat d’avions de combat F-16 par le Pérou.
- Les principales publications du jour : SLB, Norfolk Southern Corporation, Charter Communication…
D’Asie et d’ailleurs
- Hyundai Motor va lancer 20 nouveaux modèles en Chine au cours des 5 prochaines années.
- Fortescue maintient ses prévisions de livraisons 2026.
- Softbank s’apprête à fabriquer des batteries pour les centres de données d’IA, selon Bloomberg.
- Le bénéfice net de Renesas s’envole au T1.
- Les principales publications du jour : Reliance, Keyence, Chugai Pharma…
Le reste de l’agenda mondial des publications ici.
Lectures
- La frénésie de message de Trump sur la guerre en Iran sème la confusion chez ses conseillers (Bloomberg).
- L’opération d’arbitrage qui aggrave encore la crise du crédit privé (Wall Street Journal).
- Vous allez bientôt ressentir les effets de la crise financière de l’IA (The Verge).
- En Russie, Internet est en train de disparaître (Le Grand Continent).
- Comment le QI est devenu l’obsession de l’Amérique (The Conversation).
- Miroir, mon beau miroir, dis-moi combien de temps je vais vivre (L’ADN).
- Ce qu’il faut savoir sur la disparition de scientifiques qui inquiète le Congrès (Axios).
- Les femmes reçoivent des conseils d’investissement moins avisés que les hommes (Klement on Investing).
- La semaine où les employés de Meta sont devenus des données d’entraînement (Platformer).
- Comment l’Europe s’est auto-vassalisée aux Etats-Unis à cause de sa politique de régulation (The Economist).
- L’ascension et la chute des « petits tyrans » (Noéma).
- Les élus démocrates sont trop vieux (Axios)
- Les généraux qui dirigent l’Iran (New York Times)
- La stratégie qui acte le réveil militaire de l’Allemagne (Le Grand Continent)
- L’Arménie, nouvelle « Palestine » des droites françaises ? (Le Monde)




