Solutions Investissements

  • Aman Kamel
  • Gestionnaire de fonds
  • Trillium

La culture de l’innovation, moteur de l’économie américaine

Les performances des marchés américains répondent à plusieurs variables, mais il est certains facteurs plus structurels qui s’avèrent décisifs sur le long terme. Pour Aman Kamel, il faut commencer par l’entrepreneuriat, la prise de risques et plus encore le goût prononcé pour l’innovation.

Francesco Mandalà

Avec une performance annualisée sur 10 ans de près de 11% pour le S&P 500, à la fin décembre, et de près de 18% pour le Nasdaq-100, le marché américain reste incontournable. L’écosystème qu’il a développé – modèle de performance et d’efficience – a fait des Etats-Unis l’un des pays les plus innovants qui soient. Les Etats-Unis demeurent d’ailleurs à ce jour la première puissance scientifique et technologique à l’échelle planétaire. La culture américaine qui encourage l’entrepreneuriat et l’engagement des universités dans la recherche appliquée a su créer au final un cercle vertueux. En outre, la proximité qui s’est établie avec le temps entre les entreprises et le monde universitaire facilite les interactions et facilite transferts technologiques. Tout au long de leur cursus, les étudiants sont incités à conduire leurs travaux dans une logique entrepreneuriale. La Silicon Valley est la parfaite illustration de cet état d’esprit. Pour s’en persuader, il suffit de regarder du côté de Stanford. Plusieurs géants de la tech ont été lancés sur son campus, à l’image de Google ou de HP. Bien évidemment, le MIT et Harvard ne sont pas en reste.

Pour ajouter à ce socle, le financement de projets est devenu aussi l’une des principales lignes de force de cette économie. Les Etats-Unis peuvent ainsi produire des startups en masse, dans la mesure où des fonds spécialisés sont passés maîtres dans l’art d’en financer le lancement, puis le développement. En 2022, ces startups – présentes essentiellement sur le segment Small & Mid – ont capté plus de 200 milliards de dollars, un montant très largement supérieur à celui qui est octroyé en Asie et en Europe.

Une partie des capitaux ainsi alloués proviennent de plus en plus de grands groupes mondiaux, qui veulent garder le contrôle sur les technologies émergentes, créatrices de valeur à long terme. Nombre d’entre eux se sont aussi renforcés ces dernières années par la voie de la croissance externe en rachetant un nombre record d’entreprises moyennes en pleine croissance sur de nouveaux créneaux. De belles opérations ont ainsi eu lieu en 2023. Amazon s’est emparé de de One Medical pour 3,8 milliards de dollars. IBM, avec le rachat d’Apptio pour 4,6 milliards entend pousser son développement dans le cloud hybride et l’IA. Quant à Cisco, qui veut se renforcer dans la cybersécurité, elle a déboursé pas moins de 28 milliards pour l’acquisition de la Splunk pour 28 milliards. Au passage, tous ces géants mettent la main sur d’importants réservoirs de talent.

Créateurs de valeur sur la durée, les entreprises américaines savent depuis toujours que l’innovation est un formidable levier de croissance et justifie à ce titre des investissements conséquents. En 2022 aux Etats-Unis, le budget alloué au secteur de recherche et développement avoisinait ainsi les 600 milliards de dollars ! Si le R&D était une discipline olympique, les Etats-Unis collectionneraient les médailles. Et près de 70’000 brevets ont été déposés dans le pays cette même année. L’essor de l’Intelligence Artificielle est un parfait exemple de l’évolution que les Américains ont appris à donner chez eux aux nouvelles technologies.

Historiquement, le gouvernement américain a toujours soutenu d’importants programmes de politique industrielle par le biais d’investissements sur le modèle public-privé. Ils ont été essentiels pour asseoir la compétitivité des Etats-Unis au siècle dernier. Aujourd’hui, l’IIJA – 550 milliards sur dix ans, CHIPS – 200 milliards sur cinq ans et l’IRA – 369 milliards sur dix ans – poursuivent cette mission. Ils sont conçus pour attirer et accélérer les investissements privés afin de renforcer la capacité de l’économie américaine, tant au niveau global que dans quelques secteurs clés. Il en va ainsi des semi-conducteurs et des énergies renouvelables. De facto, ces apports ont contribué à augmenter les dépenses en formation afin de s’assurer une main-d’œuvre qualifiée dans des industries en mutation. Il est clair que les valorisations actuelles sur les marchés US peuvent sembler élevées pour certaines sociétés. C’est le cas notamment d’Apple, Amazon et Tesla. Mais il ne faut jamais perdre de vue que le dynamisme et la création de valeur s’accompagnent forcément d’un « premium », d’un coût sur lequel se déterminent les bénéfices futurs.

AMAN KAMEL

Trillium

Aman Kamel a rejoint l’équipe de gestion de Trillium en 2022 pour prendre notamment sous sa responsabilité le fonds Manavest Swiss Equity. Auparavant, il a passé plus de 13 ans en tant qu’analyste et gestionnaire de fonds sur le marché suisse et US, au sein de la BCGE, pour la gamme Synchrony. Aman est titulaire d’un diplôme de gestion de fortune et d’une certification en finance durable de l’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB).