Parité

  • Diana Van Maasdijk
  • Co-Founder & COO
  • Equileap

Pourquoi la parité homme-femme est-t-elle si peu pris en compte dans l’univers ESG ?  

L’investissement incorporant une dimension de genre offre des opportunités de revenus significatives, tout en s’alignant sur l’un des objectifs de l’ONU, mais il n’a pas encore été adopté par la majorité des investisseurs.

Jon Duncan

L’égalité des genres est le cinquième objectif de développement durable (ODD) des Nations unies. Il s’agit d’une reconnaissance du lien évident entre l’autonomie et le pouvoir des femmes et le souhait d’un avenir meilleur, plus durable, pour tous. Malheureusement, comme beaucoup d’autres ODDs de l’ONU, il s’avère particulièrement plus difficile à réaliser qu’a dire.

Je suis néanmoins persuadée que non seulement cela va changer mais aussi que les investisseurs ont un rôle important à jouer pour aller de l’avant. En effet, le gender lens investing (GLI) représente une opportunité significative et souvent manquée d’aligner son argent sur ses valeurs, et de le faire d’une manière qui crée à la fois de l’impact et du profit.

Notre équipe de recherche a agrégé des données sur l’égalité des genres au travail qui permettent aux investisseurs de faire des choix éclairés en matière d’investissement, sur la base de 19 critères, depuis la parité au sein de la force travail jusqu’au congés parentaux. Notre rapport mondial, qui en est à sa sixième édition, est devenu un véritable indicateur annuel de l’état d’avancement des entreprises en matière d’égalité hommes-femmes. Il couvre près de 4 000 entreprises dans 23 pays, représentant 102 millions d’employés. A première vue, la lecture de ce rapport peut être inquiétante. Il montre, par exemple, que seules 28 entreprises au niveau mondial ont comblé l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes et que seules 18 entreprises dans le monde ont atteint l’équilibre hommes-femmes à tous les niveaux. Pourtant, notre rapport montre également des améliorations constantes chaque année, et nous savons que les entreprises se soucient beaucoup de la façon dont nous les évaluons et de leur inclusion dans les indices qui suivent nos données. Les données montrent également qu’il n’y a pas encore de secteur ou de marché qui ait vraiment atteint l’égalité des genres.

En tant qu’investisseur, vous avez bien sûr besoin de savoir que l’argent que vous déployez a de bonnes chances de générer de l’alpha. A ce sujet, Morningstar a décrit le GLI comme un rare élément positif parmi les indices qui se concentrent sur les critères ESG. Morningstar rejoint une longue liste d’institutions respectées qui démontrent un lien clair entre la surperformance des investissements des entreprises et des investissements associés par les entreprises qui présentent un meilleur équilibre et une plus grande diversité hommes-femmes. Cette liste comprend le CFA Institute, McKinsey, Morgan Stanley ou encore Bank of America. En effet, les preuves s’accumulent et tout cela contribue à démontrer que le GLI surpasse les indices de référence et est moins volatile. Le récent rapport de Parallelle Finance va dans le même sens, qu’il s’agisse d’investissement à l’échelle nationale, régionale ou mondiale. .

Compte tenu de ces facteurs, la dimension relativement modeste du marché mondial des GLI, qui se situe entre 8 et 13 milliards de dollars d’actifs sous gestion environ, est une anomalie. Cette dimension n’est pas insignifiante et le CFA indique qu’elle a augmenté de deux tiers depuis 2018. Cependant, il s’agit d’une fraction du montant des fonds carbone ESG, par exemple. Les gestionnaires d’actifs et autres investisseurs affirment souvent se concentrer sur l’eau propre ou le carbone seulement en ce qui concerne l’ESG. Il est bien sûr primordial qu’ils continuent à se concentrer sur les questions environnementales, mais ils pourraient également prendre en compte la justice sociale. Il y a trop de choses à changer en trop peu de temps pour traiter l’ESG comme un menu déroulant dans lequel on ne peut choisir qu’un seul élément…

La croissance de l’investissement ESG est l’une des histoires les plus remarquables et les plus inspirantes de l’industrie financière. Nous vivons aujourd’hui une période passionnante et toutes les conditions sont réunies pour voir plus d’investisseurs institutionnels s’intéresser au GLI. Il existe aujourd’hui de nombreux noms bien établis qui créent des voies fiables permettant aux détenteurs d’actifs de participer au GLI. À notre connaissance, près de 20 grands gestionnaires d’actifs ont créé des produits financiers dédiés, et Equileap produit les données qui alimentent les indices des partenaires tels qu’Euronext et Nasdaq. Et il y a des précédents significatifs : début avril, nous nous réjouissions lorsque le Government Pension Investment Fund (GPIF) au Japon, le plus grand détenteur d’actifs au monde avec 1,4 trillion de dollars d’actifs sous gestion, décidait de créer un autre indice GLI alimenté par les données et la méthodologie d’Equileap et lui allouait 3,8 milliards de dollars.

À mesure que s’accumulent les preuves que l’alignement sur le cinquième objectif de développement durable de l’ONU par le biais de GLI n’est pas seulement la bonne chose à faire, mais aussi la chose financièrement intelligente à faire, d’autres institutions suivront certainement le GPIF et feront des investissements qui soutiennent l’égalité des genres. Il est peu probable que le GLI reste encore longtemps l’élément positif ignoré dans l’univers ESG.

 

Diana Van Maasdijk

Equileap

Diana Van Maasdijk est cofondatrice et PDG d’Equileap. Auparavant, elle était Directrice conseil en philanthropie chez ABN AMRO Private Banking et Directrice développement et communication chez Mama Cash.

Equileap est la plus grande organisation fournissant des données et des informations sur l’égalité homme-femme dans le monde de l’entreprise. Nos données permettent aux investisseurs d’améliorer l’investissement responsable avec une optique de genre et de se concentrer sur l’aspect social des politiques et pratiques ESG. Nous recherchons et évaluons 4 000 entreprises publiques dans le monde entier à l’aide du Gender Equality ScorecardTM, notre scorecard unique et détaillé, portant sur 19 critères, notamment l’équilibre homme-femme au sein de la société, au sein de la direction et du conseil d’administration, ainsi que l’écart de rémunération et les politiques relatives au congé parental et au harcèlement sexuel. Plus d’informations : https://equileap.com/

Biodiversity

  • Harry Ashman and Joe Horrocks-Taylor
  • Columbia Threadneedle Investments

Nature loss: a material risk for asset managers

Biodiversity loss creates financial risks for investors. A best practice framework can help.

The Earth’s biodiversity is rapidly declining with a quarter of species facing extinction by 2050, and on average, global wildlife populations have decreased by 69% since 1970. Climate change, land-use change, pollution, exploitation of natural resources, and invasive species are the main drivers of biodiversity loss, all fuelled by corporate activities. As corporates contribute to and face increasing risks related to the loss of nature, the destruction of nature-based services poses severe risks for businesses. Nature contributes between $44 trillion and $150 trillion to the global economy each year. 75% of agricultural crops, worth $2.4 trillion rely on insect pollination, which is threatened by declining insect populations.

Harry Ashmann and Joe Horrocks-Taylor

Biodiversity affects performance

Just like climate change, nature loss presents financial risks for asset managers. It can affect the performance of invested assets through various risk and return pathways, and it is crucial to address both issues concurrently.

As a signatory to the Net Zero Asset Managers Initiative, with a 2050 net zero target for our investment portfolios, we prioritise action to combat nature loss and follow the twin pathways of net zero and nature-positive to guide our approach to environmental issues.

Addressing the impacts of our investments on biodiversity loss and managing the risks that it poses to financial performance are key components of our Environmental Stewardship approach. We also assess the sectors we invest in which have the most substantial exposure to nature impacts and dependencies in their operations and supply chains (e.g. the food sector). However, unlike climate change, there is no one key measure of progress. The development of the post-2020 Global Biodiversity Framework should provide clarity for policymakers and corporates on the levers and level of ambition required.

Our engagement approach will also be shaped by the Nature Action 100 initiative, of which we are a lead investor. This collaborative initiative engages with companies in key sectors with large impacts on nature to encourage actions that protect and restore ecosystems.

Engagement in nature issues

The complexity of nature-related issues requires a clear focus on the materiality of specific issues for each portfolio holding and the risks and opportunities they entail. This approach also comes through strongly in the Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD) and Science Based Targets for Nature frameworks (SBTs). We have also had a biodiversity voting policy for the past two years which enables us to reinforce our engagement messages. These policy flags companies with high exposure to and insufficient disclosure of nature-related risks for votes against management.

A notable engagement theme and collaboration with groups such as PRI’s Soft Commodities Practitioners Group is land use change and deforestation, a key driver of biodiversity loss, social issues, and emissions.

Evolving best practice

Drawing on our analysis of relevant issuers’ exposure, disclosure, and management approach, we have developed engagement objectives with reference to a best practice framework. As this is a nascent issue, we expect to refine this framework over the coming years.

Reporting on biodiversity by European and US companies is insufficient, with only 3 to 12% currently providing information, and when they do, it is often vague, making it difficult to determine business impacts. Accurate measurement and disclosure of nature-related risks are crucial for investors to understand the influence on businesses and for all parties to track progress.

To address all these issues, the biodiversity strategy components of our best practice framework are: For further information click here.

  • ambition to be nature-positive
  • set short-, medium- and long-term targets to address nature loss
  • risk and impact assessment
  • disclosure of biodiversity-related impacts, risks, and opportunities
  • development of robust policies and procedures
  • demonstration of how policy engagement is aligned with corporate and global goals on biodiversity
  • demonstration of robust and effective board oversight and governance of nature-related issues
  • social due diligence and engagement

Regulation and public policy are key

The global policy environment is crucial for addressing nature loss. We are actively involved in the Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD) Forum and have provided detailed feedback on the framework’s draft versions. We anticipate that TNFD will become a mandatory framework for many issuers and will continue piloting the framework with other leaders in the financial sector.

It is urgent to prevent the collapse of key ecosystems, and an effective framework for nature action equivalent to the Paris Agreement’s temperature goals would be a great achievement. However, measuring, funding, and achieving these goals will be crucial for success. We will continue to engage with companies and the wider public on this critical issue.

 

By Harry Ashman, Vice President, Analyst, Responsible Investment & Joe Horrocks-Taylor, Senior Associate, Analyst, Responsible Investment

 

Columbia Threadneedle Investments is a leading global asset manager, entrusted with US$ 608bn* on behalf of individual, institutional, and corporate clients around the world. We have more than 2500 people including over 650 investment professionals based in North America, Europe, and Asia. We offer our clients a wide range of strategies across equities, fixed income, and alternatives, as well as specialist-responsible investment capabilities and a comprehensive suite of solutions. Columbia Threadneedle Investments is the global asset management group of Ameriprise Financial, Inc. (NYSE: AMP), a leading US-based financial services provider. As part of Ameriprise, we are supported by a large and well-capitalised diversified financial services firm.

*March 31, 2023

 

Crash test

  • Par Gaëlle Boucher
  • Head of Research
  • bridport & cie

European Additional Tier 1 : retour au calme

Plus connus sous l’appellation AT1, les titres de dette subordonnée ont connu un printemps agité avec la déroute du Credit Suisse et la liquidation d’un portefeuille qui se chiffrait en milliards. Cet accident ne remet pas en cause leur bien-fondé et le rôle primordial qu’ils jouent dans le système bancaire européen.

 

Francesco Mandalà

La confiance ne se perd qu’une fois, comme l’a écrit Gaël Aymon. Les créanciers obligataires les plus juniors en ont fait les frais dans le sauvetage de Crédit Suisse, qui a secoué un marché d’une valeur de 275 milliards de dollars.  17 milliards d’euros d’obligations sont partis en fumée,

jetant le doute sur la classe d’actifs. Quelques lignes égarées au milieu d’un prospectus indigeste pouvaient laisser «entrevoir» un tel recours en cas de sauvetage par l’Etat. Les craintes d’une crise systémique se sont cependant dissipées, de nombreux régulateurs réaffirmant le respect de la hiérarchie d’absorption des pertes en cas de faillite.

Mais de quoi parle-t-on? Les AT1s sont un élément essentiel de la résilience du système bancaire: il s’agit de dettes super-subordonnées, crées après la crise de 2008, pour éviter le recours aux contribuables en cas de faillite bancaire. Souvent appelées «CoCos» ou «Contingent Convertible», c’est la deuxième ligne de front après les actions. Le régulateur, qui impose aux banques un montant minimum d’AT1s – à savoir 1.5% des actifs pondérés par les risques en Europe – peut décider, en cas de résolution, de les convertir en action ou tout simplement les déprécier partiellement voire totalement. Il y a eu un précédent en Europe avec Banco Popular où l’encours d’AT1s s’élevant à 1,35 milliards d’euros fut totalement effacé en 2017 après une fuite massive des dépôts.

Un actif primordial pour les banques

Leur coût d’émission s’est fortement renchéri bien que les primes de risque se soient détendues depuis le pic de mars. En revanche, le marché primaire reste atone. Le japonais SMFG est venu tester l’appétit des investisseurs, pour 1 milliard de dollars, mais les candidats se font rares. Et pourtant, il n’existe pas aujourd’hui d’alternative à cette classe d’actifs car du capital essentiellement constitué d’actions couterait très cher. Les émetteurs les plus solides continueront d’émettre sur la base de rendement plus élevé que par le passé. Les plus petites banques seront exclues de ce marché et devront se tourner vers d’autres solutions plus onéreuses, ce qui pourrait peser sur leur capacité de prêts à l’économie.

Un système bancaire Européen solide

Les grandes banques systémiques sont fortement capitalisées, avec un CET1 moyen de14%, très liquides, avec un LCR moyen de 150%, et fortement régulées. L’Union européenne a récemment présenté de nouvelles règles pour le sauvetage des banques en difficulté, qui doivent encore être négociées par les Etats membres. Pour réduire le risque de contagion des banques de taille moyenne, l’UE proposerait de transférer les comptes d’une banque défaillante à une institution en bonne santé, tout en maintenant l’absorption des pertes par les fonds propres comme principale ligne de défense. Cette réforme s’inscrit dans le cadre de la refonte globale de la supervision du secteur bancaire européen, qui s’est déjà doté d’un fonds de résolution d’environ 80 milliards d’euros. Voilà qui réduirait le risque de fuite des dépôts et donc le risque de solvabilité.

Les AT1s pourraient voir leur structure évoluer. Le plus gros risque aujourd’hui n’est pas le déclenchement des seuils de solvabilité  – 5.125 à 7% CET1- mais une banque déclarée non viable par le régulateur. La Commission Européenne avait lancé un appel à avis en mars 2022 sur le cadre macro prudentiel des banques, qui incluait certaines propositions sur les AT1s. Ces dernières pourraient évoluer vers une structure proche des US Preferred, qui ne contiennent pas de seuil de déclenchement.

Un risque d’extension exagéré

Le marché valorise désormais sans discernement ces instruments à perpétuité. De nombreux investisseurs s’interrogent sur l’exercice des calls 2023 qui, en l’absence de refinancement, entrainerait une forte défiance des investisseurs. Ce dernier n’est pas automatique et doit être approuvé par l’instance de régulation. Il dépend largement de la santé financière de l’émetteur et des conditions de marché. Les banques systémiques sont saines. Il est probable que certains débiteurs ne rembourseront pas leurs obligations à la première date de call, à l’instar de Deutsche Pfanbriefbank en mars dernier, mais ce sera une minorité la moins solide.

Un risque bien rémunéré

En finance, il existe un couple qui ne divorcera jamais, celui du risque et du rendement. Un rendement élevé se fera toujours au prix d’un risque important. Dans une optique de moyen à long terme, les AT1s de champions nationaux offrent un surcroît de rémunération attrayant avec un risque contenu. Autre argument de taille, le rendement moyen des actions (7%) est aujourd’hui bien inférieur à celui des AT1s de notation BBB (8.7%).

Croissance du PIB réel en Chine et indice de confiance des consommateurs.

Gaëlle Boucher
bridport & cie
Gaëlle Boucher dirige la recherche chez bridport depuis 2020. Elle a occupé auparavant différents postes de gérant obligataire chez CCBP, CCR Gestion, AXA et Pictet Asset Management. Elle a été également responsable du Fixed Income Advisory chez Lombard Odier. Gaëlle est titulaire d’un Master II en Finance de l’Université Paris-Dauphine, de la certification Wealth Management Advisor CWMA, du certificat du CFA Institute en investissement ESG et de deux Certificats Executive en Corporate Finance d’HEC Paris.

Prévention

  • Par Georgina Parker
  • Head of Sustainability
  • Quaero Capital

Naviguer dans un environnement réglementaire de plus en plus complexe

La Commission européenne (CE) a pris des mesures importantes pour réglementer le secteur afin de soutenir ses objectifs importants de promotion de l’investissement durable et de prévention de l’écoblanchiment. La réglementation, mise en œuvre au cours des deux dernières années, a été très complexe et n’a pas été sans controverse, mais elle continue à faire avancer le secteur en Europe à un rythme plus rapide qu’ailleurs.

Jon Duncan

Le règlement sur la divulgation en matière de finance durable (SFDR) de niveau 1 est entré en vigueur en mars 2021 et exige que chaque fonds indique s’il a un objectif de durabilité (article 9), s’il promeut des caractéristiques de durabilité (article 8) ou s’il n’a ni l’un ni l’autre de ces objectifs (article 6). Il exige que les gestionnaires d’actifs divulguent leurs politiques de risque de durabilité au niveau de l’entité et expliquent comment leurs politiques de rémunération prennent en compte la durabilité.

Le niveau 2 de la SFDR a été plus complexe à mettre en œuvre, exigeant des détails significatifs sur le processus et des détails significatifs sur la réalisation de ces objectifs et caractéristiques dans le rapport annuel prévu pour juin 2023. Pour rappel, la réglementation est axée sur la transparence, permettant à chaque investisseur d’avoir accès à beaucoup plus d’informations sur la stratégie, le processus, les ressources et les données utilisées pour chaque fonds, et contrairement à ce qui se passait auparavant, toutes ces informations sont présentées dans un format comparable.

Il n’a pas été facile de s’y retrouver dans ce règlement, les interprétations ayant varié et les clarifications apportées par la CE au cours des 12 derniers mois ayant parfois été en contradiction avec les interprétations initiales. Cela a entraîné une vague importante de déclassements, en particulier pour les fonds relevant de l’article 9. Malgré les nouvelles clarifications apportées par la Commission européenne, nous ne sommes toujours pas dans un environnement stable, ce qui crée de l’incertitude dans le secteur.

Jusqu’à présent, il a été clairement établi que le règlement n’est pas conçu pour dicter ce qu’est une stratégie durable acceptable, ce dont nous nous félicitons dans une certaine mesure. C’est important, car nous nous attendons à ce qu’il y ait toujours des points de vue différents, par exemple, sur ce qui peut être considéré comme un investissement durable et ce qui ne l’est pas. Nous découragerions tout seuil basé sur des données, du moins à court terme. Nous avons trois bons exemples qui expliquent pourquoi :

  1. Les investisseurs ne sont pas d’accord sur ce qui est le plus important. Un fonds à forte intensité d’émissions de carbone peut-il être considéré comme durable ? À notre avis, oui, si l’entreprise a un impact significatif sur la réduction des futures émissions de carbone. D’autres investisseurs pourraient souhaiter imposer un seuil ou un filtre basé sur cette mesure, considérant qu’il est désormais obligatoire que les entreprises s’alignent sur un scénario de 1,5 degré. C’est à l’investisseur de décider si cela correspond à ses valeurs et à sa stratégie d’investissement.
  2. Peu d’indicateurs sont parfaits. Par exemple, le fait qu’une entreprise soit signataire du Pacte mondial des Nations unies. La réponse ne peut être que oui ou non. La préférence va aux entreprises qui reconnaissent et s’engagent à respecter ces principes, mais il faut également reconnaître qu’il s’agit d’une initiative volontaire qui n’est pas contrôlée et qui n’est donc pas contraignante. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’agit pas d’un indicateur de performance clé, mais pour nous, ce n’est qu’une pièce du puzzle lorsque nous examinons les entreprises. Une entreprise signataire du Pacte mondial des Nations unies, mais dont l’histoire est pleine de controverses, n’est peut-être pas aussi durable qu’on le pense à première vue. Nous continuons à penser qu’une perspective qualitative sur chaque investissement est plus importante que n’importe quel point de données.
  3. La qualité des données reste généralement médiocre. La plupart des données utilisées pour l’analyse ESG n’ont pas été vérifiées et certaines sont incomplètes. En outre, les fournisseurs estiment les lacunes dans les données, ce qui entraîne des inexactitudes. Cette situation s’améliorera avec le temps – en Europe, les données auditées des entreprises seront disponibles à partir de cette année.

Nous pensons que la réglementation est une force positive dans le secteur et qu’elle devrait à terme réduire les problèmes d’écoblanchiment, même si nous pensons qu’il faudrait accorder plus d’attention à la séparation des nombreuses stratégies différentes qui relèvent toutes actuellement de l’article 8. La réglementation ne remplace pas la nécessité pour les investisseurs de faire preuve d’une réelle diligence quant aux processus suivis et aux engagements pris par chaque fonds ; pour les investisseurs de détail, il restera très difficile de procéder à cette évaluation.  Nous pensons qu’une plus grande différenciation au sein du règlement serait utile.

Nous saluons les progrès réalisés dans le cadre de la réglementation, y compris les restrictions sur les noms de fonds qui, selon nous, constituent une étape très positive pour réduire l’écoblanchiment (greenwashing).

 

Georgina Parker

Quaero Capital

Georgina Parker a rejoint Quaero Capital SA en 2018. Elle est Responsable de la Durabilité. Elle débute sa carrière en 2007 comme analyste actions chez Bessemer Trust avec l’équipe smid-cap, et ensuite en tant qu’analyste du fonds global large cap à Londres et New York. En 2015, elle a travaillé au développement de Virgin Pure, une start-up du groupe axée sur la réduction des déchets plastiques. En 2018, elle est retournée dans l’investissement rejoignant les experts en investissement durable de Conser Invest à Genève. En 2014, Georgina a co-fondé un réseau pour les femmes appelé BroadMinded. Georgina détient un diplôme en économie de l’Université d’Édimbourg et est titulaire d’un CFA.

Scanner

  • Par Roman Przibylla
  • Associé
  • CAT Financial Products

Le marché de l’intelligence artificielle passé au crible

Depuis le lancement de ChatGPT, le sujet de l’intelligence artificielle est revenu sous les feux des projecteurs. L’actualité s’y prête. Microsoft, par exemple, est en train d’investir plus de 10 milliards de dollars dans le développeur OpenAI. Le moment semble donc venu de s’intéresser de plus près aux différentes composantes de ce marché.

 

Francesco Mandalà

L’intelligence artificielle réside dans la capacité des machines à effectuer des tâches normalement associées à l’intelligence humaine. Si certains marchés, secteurs et entreprises sont plus avancés que d’autres, l’IA dans son ensemble n’en est encore qu’à ses débuts. Selon une analyse réalisée par Bloomberg Intelligence, le produit intérieur brut augmentera de 14% en 2030 grâce à l’accélération du développement et de la croissance de l’IA. Si le potentiel de croissance est énorme, il est cependant certains secteurs et entreprises à privilégier.

Des mutations profondes dans les technologies de l’information

L’IA a des répercussions majeures dans le domaine des logiciels et du matériel informatique, elle contribue au développement des systèmes informatiques afin de mieux répondre aux besoins des entreprises et des consommateurs. L’IA ou les grands modèles de langage peuvent aider les développeurs à écrire le code des applications et des logiciels. Elle peut détecter les erreurs de code et proposer des améliorations. Elle est intégrée dans le développement de logiciels pour créer des interfaces utilisateurs plus intuitives, des algorithmes de résolution de problèmes plus rapides et des analyses de données plus précises. Dans le domaine de la cybersécurité, l’IA est déjà utilisée dans la plupart des applications basées sur l’informatique en cloud, notamment pour détecter les failles de sécurité et découvrir les activités frauduleuses. Les entreprises qui jouent un rôle dans ce domaine sont Nvidia, Palo Alto Network ou encore Autodesk.

Communication et commerce en ligne en transition

L’IA a révolutionné les médias sociaux et le commerce en ligne en offrant des outils capables d’automatiser les processus, de personnaliser les expériences et de cibler la publicité. Elle permet d’identifier les préférences des utilisateurs et de faire des recommandations, de classer les contenus et de générer des réponses automatiques aux questions des clients. Meta Platforms et Snapchat ont présenté plusieurs innovations en matière d’IA. Meta prévoit d’explorer les expériences basées sur les contenus textuels dans diverses messageries. Elle prévoit également de se pencher sur les expériences basées sur l’image, par le biais de formats publicitaires et de filtres Instagram, ainsi que sur la vidéo et les expériences multimodales. Snap a dévoilé son propre nouveau produit, My AI. Le chatbot utilise la dernière version de la technologie GPT d’OpenAI, qui a été spécialement développée pour Snapchat. La société la plus intéressante est Microsoft, qui propose une gamme de services basés sur l’IA appelés Azure Cognitive Services et qui est l’un des principaux acteurs de ce domaine avec sa participation dans ChatGPT.

Une grande valeur ajoutée pour l’industrie

La cinquième révolution industrielle (Industrie 5.0) implique la combinaison de l’homme et de la machine au travail. Cela inclut la collaboration entre les humains et les robots, les systèmes cognitifs et l’adaptation aux besoins des clients. L’IA apporte une valeur ajoutée aux entreprises du secteur industriel en améliorant les connaissances des employés, en particulier des ingénieurs, et en rationalisant les processus de travail. L’automatisation combinée à l’IA entraîne des changements dans les entreprises et conduit à une croissance économique grâce à une productivité accrue. L’IA peut concevoir des produits, créer des prototypes, suggérer des améliorations et élaborer un planning de fabrication des produits. Zebra Technologies est l’un des plus grands précurseurs dans ce domaine.

Utilisation dans le secteur de la santé

L’IA devient de plus en plus importante dans le secteur de la santé. L’une de ses principales applications de l’IA est le diagnostic, car la technologie peut être utilisée pour identifier les marqueurs de maladie dans les images médicales telles que les radiographies et les scanners. L’IA peut également être utilisée afin d’interpréter des données médicales, par exemple dans le séquençage des génomes, pour identifier les liens entre l’information génétique et le développement de certaines maladies. De plus, l’IA peut être utilisée pour surveiller à distance la santé des patients et fournir des conseils médicaux spécifiques au patient, adaptés à son bagage génétique et à ses antécédents médicaux. Intuitive Surgical utilise des algorithmes d’apprentissage automatique pour améliorer les performances de ses systèmes chirurgicaux robotisés. Le marché mondial des robots chirurgicaux basés sur l’IA devrait atteindre 8,8 milliards de dollars d’ici 2026.

La mobilité intelligente impossible sans l’IA

L’un des exemples les plus connus de mobilité intelligente basée sur l’IA est l’utilisation de véhicules autonomes. Ceux-ci utilisent l’IA afin de détecter et réagir face aux obstacles et se déplacer efficacement, réduisant ainsi les risques pour le conducteur. Les robots intelligents contrôlés par l’IA sont utilisés pour automatiser les tâches quotidiennes telles que les livraisons. Les robots contrôlés par l’IA peuvent se déplacer dans des environnements complexes et détecter les obstacles afin de livrer les articles à leur destinataire de manière rapide et efficace. Cette pratique devient de plus en plus courante dans l’industrie et le secteur privé. En plus d’Uber, c’est surtout la société Mobileye Global qui présente un énorme potentiel dans ce domaine.

 

Roman Przibylla

CAT Financial Products

Roman Przibylla est associé chez CAT Financial Products. Il est titulaire d’un diplôme en administration des affaires et a occupé divers postes de direction dans le domaine des produits structurés. Il était responsable de la distribution numérique de certificats, de produits à effet de levier et d’ETF.