Greenwashing

Sustainable Solutions Week

  • Céline Kohler
  • Avocate UE, Commission du barreau de Genève
  • Kohler Gotzev

« Green Mirage » : gérer les risques pour les professionnels de la finance en Suisse

Attention au mirage vert, prévient Céline Kohler. Avec le volume qu’ils prennent, les  investissements durables s’accompagnent aussi à la marge de risques accrus de greenwashing, un procédé abusif que les gestionnaires de fortune doivent forcément prendre en compte dans leurs grilles d’allocation.

 

Francesco Mandalà

Le secteur financier mondial s’oriente de plus en plus vers la durabilité, sous l’effet d’une sensibilisation accrue à l’environnement et de la demande d’investissements verts de la part des investisseurs. Une étude réalisée par Swiss Sustainable Finance (SSF) met en évidence cette tendance, en révélant que les investissements durables en Suisse ont augmenté de 31 % l’année dernière, atteignant 1,52 trillion de francs suisses. Cependant, cette croissance a conduit au phénomène du « mirage vert » – la surestimation des investissements respectueux de l’environnement, qui se traduit par un blanchiment écologique. Pour les intermédiaires financiers suisses, la gestion de ces risques est cruciale pour maintenir la confiance et la conformité dans un paysage réglementaire en constante évolution.

Le paysage financier suisse

La Suisse s’est engagée progressivement en faveur de la finance durable, s’alignant sur les initiatives mondiales visant à promouvoir les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) en étoffant son cadre législatif applicable aux grandes entreprises mais aussi pour le climat, l’innovation et le renforcement de la Sécurité énergétique. Les intermédiaires financiers suisses sont réglementés par l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) et la Loi suisse sur les services financiers (LSFin), ce qui garantit la protection des investisseurs. Toutefois, une grande partie de la réglementation sur la transparence durable est encore soumise à l’autorégulation du secteur.

Malgré ces efforts, le secteur croissant de la finance verte en Suisse est confronté à des risques accrus d’écoblanchiment et il est légitime de se demander si les mesures réglementaires actuelles protègent suffisamment les intermédiaires financiers des dangers des produits écologiques faussement commercialisés, ce qui pourrait compromettre la confiance et le respect des règles. Le renforcement des cadres réglementaires et des efforts de conformité est essentiel pour atténuer ces risques et garantir la transparence et la responsabilité des acteurs de la finance durable.

Comprendre l’écoblanchiment

L’écoblanchiment consiste à faire des déclarations trompeuses sur les avantages environnementaux d’un produit financier, d’un service ou d’un investissement financier, créant ainsi un « mirage vert » qui trompe les investisseurs. Les tactiques les plus courantes sont les déclarations vagues sur le développement durable, la divulgation sélective et les initiatives superficielles. Les appellations trompeuses telles que « vert » ou « fonds d’impact » peuvent donner lieu à des enquêtes réglementaires et à des poursuites judiciaires, ce qui souligne la nécessité de faire preuve de vigilance et de diligence raisonnable.

Risques juridiques et responsabilités

Pour les intermédiaires financiers en Suisse, et outre le risque réputationnel, l’écoblanchiment pose des risques juridiques importants. En vertu du droit suisse, le fait d’induire les investisseurs en erreur par de fausses déclarations sur le développement durable peut entraîner des sanctions sévères, notamment des amendes et des atteintes à la réputation. L’article 69 de la loi suisse sur les services financiers (LSFin) interdit explicitement les déclarations trompeuses et fausses, et l’article 90 décrit les sanctions pour de telles violations, qui peuvent inclure des amendes et d’autres pénalités.

En outre, la circulaire 05/2021 de la FINMA fournit des lignes directrices détaillées sur les attentes et les exigences en matière de transparence et d’exactitude dans les déclarations de durabilité. Elle souligne la nécessité pour les intermédiaires financiers de fournir des informations claires et véridiques sur les aspects de durabilité de leurs produits et services. La pression exercée sur la Suisse va probablement s’accroître, avec l’adoption par l’UE de la directive sur le devoir de diligence des entreprises en matière de développement durable (DDDDC) et la future directive européenne sur les allégations écologiques (EGCD). Ces directives visent à améliorer la transparence et la responsabilité des déclarations de durabilité dans l’UE et, bien que la Suisse ne soit pas membre de l’UE, ces réglementations influencent les intermédiaires financiers suisses qui opèrent sur le marché de l’UE ou qui traitent avec des clients basés dans l’UE.

Stratégies d’atténuation des risques

Pour éviter les risques associés au mirage vert, les intermédiaires financiers disposent de plusieurs options pour s’aligner aux meilleures pratiques :

– Faire preuve de diligence raisonnable pour tous les investissements verts, y compris en procédant à des évaluations indépendantes de la durabilité.

– Maintenir la transparence avec les clients en fournissant des informations claires et précises sur l’impact environnemental des investissements.

– Sensibiliser et former régulièrement le personnel à la finance durable et aux tactiques d’écoblanchiment.

– Utiliser des services de vérification tiers pour authentifier les déclarations de durabilité.

– Contrôler en permanence les investissements pour s’assurer qu’ils respectent les objectifs de durabilité énoncés et remédier aux écarts.

Conclusion

Pour maintenir et protéger la réputation de la place financière suisse, il est crucial de renforcer la réglementation et d’atténuer les risques d’écoblanchiment en donnant la priorité à la transparence et à l’intégrité des données. Malgré les progrès en finance durable, les risques accrus d’écoblanchiment exigent des efforts constants en matière de conformité. En s’engageant dans une diligence raisonnable, une transparence totale et une formation continue, les intermédiaires financiers suisses peuvent renforcer la confiance des investisseurs et la crédibilité du secteur financier tout en s’adaptant à un paysage réglementaire en constante évolution

Céline Kohler

Kohler Gotzev

Céline Kohler est la fondatrice du cabinet d’avocats Kohler Gotzev, présent au Luxembourg et à Genève. Elle conseille les fonds d’investissement, les sociétés de gestion et les professionnels de la MIFID2/LSFin sur des questions juridiques, réglementaires et de conformité impliquant des aspects transfrontaliers. Elle est également active dans l’éducation et la formation professionnelle liées à la finance durable à Genève et au Luxembourg. Céline Kohler est titulaire d’une maîtrise en droit international de l’Université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne et d’un LL.M. en droit de l’Union européenne de l’Université de Lausanne. Elle est inscrite au Barreau du Luxembourg et au Barreau de Genève.

 

Actions suisses

Solutions Investissements

  • Interview Daniel Steck
  • Senior portfolio manager
  • Banque Piguet Galland

« ON tient fermement tête aux stars du secteur, Nike ou Adidas »

En Suisse, la récente baisse des taux de la BNS ouvre des perspectives plus engageantes pour le segment des Small & Mid Caps, et surtout pour les valeurs les mieux orientées à l’export. Elles sont d’ailleurs nombreuses, comme le rappelle Daniel Steck, qui cite ON Holding en exemple.

Francesco Mandalà

Où en sont les valorisations des Small & Mid Caps suisses ?

Aujourd’hui, elles sont particulièrement attractives, notamment si on les compare au reste de la cote. Historiquement, en Suisse, les Small Caps se sont traitées avec une prime de valorisation par rapport aux Large Caps. Cette prime, qui s’élevait en moyenne à 30%, n’est que de 16% actuellement, alors que les perspectives de croissance pour ces sociétés sont en général supérieures à celles de leurs grandes sœurs. La remontée des taux d’intérêt, qui a considérablement durci les conditions de financement pour ces entreprises ainsi que la force persistante du franc suisse durant les derniers trimestres a passablement pesé sur leurs valorisations. Un retournement est toutefois en train de s’opérer, notamment après l’assouplissement de la politique monétaire de la BNS.

Que peuvent-elles justement espérer des récentes mesures prises par la BNS pour affaiblir le franc ?

Les petites et moyennes capitalisations sont les premières bénéficiaires de la récente décision de la BNS de couper ses taux directeurs. En effet, la force du franc suisse est particulièrement pénalisante pour ces entreprises. A l’inverse des grandes multinationales, présentes physiquement sur plusieurs continents, les petites sociétés génèrent une grande partie de leurs coûts en Suisse, alors qu’elles exportent la majorité de leurs biens et services à l’international. Il en résulte un impact négatif important sur leurs marges, auquel on doit rajouter une perte de compétitivité par rapport aux entreprises étrangères. La faiblesse actuelle du franc contre l’euro et le dollar est donc une excellente nouvelle pour ce segment de marché.

Dans ce segment Small & Mid, quelles valeurs se signalent le plus à l’export ?

En effet, malgré leur petite taille, de nombreuses entreprises suisses se distinguent à l’international. Elles bénéficient d’une image de marque reconnue dans le monde entier. Citons par exemple Lindt ou Logitech, qui ne génèrent qu’une partie infime de leurs revenus sur le sol helvétique. Le secteur de la santé compte également de nombreuses entreprises résolument tournées vers l’international, à l’image de Straumann, Bachem, Ypsomed ou encore Tecan.

Quelles sont les entreprises qui vous fascinent le plus parmi ces Small & Mid Caps ?

ON Holding, un véritable David qui se bat contre plusieurs Goliaths. C’est une success story remarquable dans le secteur de la chaussure de sport. Avec une capitalisation d’à peine 12 milliards de dollars, la société introduite en bourse en 2021, tient fermement tête aux stars du secteur, Nike ou Adidas. D’un point de vue de ses fondamentaux, ON Holding n’a rien à envier aux leaders du marché, puisque l’entreprises affiche déjà une profitabilité nettement supérieure à celle de ses concurrents et ce grâce à un positionnement résolument tourné vers le haut de gamme. ON a su se différencier sur un marché de la chaussure de sport morose et capitaliser sur l’image d’une figure reconnue, celle de Roger Federer. Signe clair de ses ambitions, ON Holding a choisi New York pour effectuer son entrée en bourse il y a trois ans.

Certaines de ces Small & Mid Caps sont-elles taillées pour entrer un jour au SMI ?

Il y a fort à parier que la prochaine entreprise à intégrer l’indice SMI soit une fois encore une société active dans le domaine de la santé. La première candidate est bien sur Straumann, première capitalisation de l’indice SPI Extra, qui inclut les valeurs du SPI à l’exception de celles du SMI. Cependant, une nouvelle venue pourrait lui griller la priorité. Sandoz, leader mondial des médicaments génériques, qui a effectué son IPO il y a moins d’un an, semble très bien positionnée pour prétendre à une place parmi les vingt stars de la bourse helvétique.

Daniel Steck

Piguet Galland

Daniel Steck cumule près de 25 années d’expérience dans le domaine de la finance. Après une première expérience dans l’analyse financière chez Lombard Odier, notamment sur le secteur de la santé, il a continué sa carrière chez Reyl & Cie, comme analyste et gérant de portefeuille. Il a rejoint Piguet Galland en 2018 comme gestionnaire senior pour prendre en charge de la gestion des différents fonds actions et certificats thématiques sur la Suisse et l’Amérique du Nord.

Enquête

Solutions EAM

  • Tatiana Agnesens & Manfred Stüttgen 
  • Enseignants
  • Haute École de Lucerne

«Les GFI prévoient d’améliorer encore leurs processus de gestion»

En 2024, tant les actions que les obligations occupent une place importante dans les portefeuilles des gérants indépendants en Suisse. Par ailleurs, la part des investissements directs n’a cessé d’augmenter dans toutes les classes d’actifs. C’est ce que montre une nouvelle enquête dirigée par la Haute École de Lucerne. Ses deux auteurs en résument ici l’essentiel.

Dans l’enquête que vous avez menée sur l’allocation d’actifs des gestionnaires de fortune suisses, quels résultats vous ont particulièrement surpris ?

Manfred Stüttgen. Le fait que les gérants indépendants surpondèrent pour la première fois cette année les actions américaines est particulièrement frappant. Cette pondération plus élevée est facilement compréhensible si elle est due à la revalorisation en cours du marché des actions américaines. Mais il se peut aussi que les gestionnaires de fortune aient investi de nouveaux fonds dans des actions américaines au cours des 12 derniers mois ou qu’ils les aient réaffectés en leur faveur.

Il est également intéressant de constater que les gérants suisses sont, en moyenne, encore sous-pondérés en emprunts d’État suisses, européens et américains, bien que ces emprunts génèrent à nouveau des rendements En revanche, le fait qu’ils investissent désormais davantage dans les obligations d’entreprises européennes et américaines est moins surprenant.

De nombreux gestionnaires de fortune investissent très fortement dans les actions suisses. Du coup, ils recherchent moins de produits financiers et sont moins investis dans le domaine de la durabilité. Voyez-vous les choses de la même manière ?

Manfred Stüttgen. Les gestionnaires de fortune suisses interrogés ont en effet un « home bias » en faveur des actions suisses. En même temps, ils investissent majoritairement en direct dans les actions suisses et utilisent plus rarement – par rapport à d’autres marchés – des fonds ou des ETF. Cette utilisation moindre pourrait s’expliquer par le fait qu’ils connaissent particulièrement bien leur marché d’origine, la Suisse, et qu’ils se sentent en confiance pour y sélectionner différents titres.

Nous observons en même temps que 20% des gestionnaires de fortune intègrent par défaut des critères de durabilité dans leurs processus de placement. 48 % supplémentaires le font à la demande des clients. Les gestionnaires de fortune ne se distinguent guère des autres investisseurs : nous observons des répartitions similaires sur d’autres marchés, et ce indépendamment du fait qu’il s’agisse ou non de placements en actions suisses. La préférence actuelle des gestionnaires de fortune pour les actions suisses ne permet donc pas de tirer une conclusion fiable sur la manière dont les gestionnaires de fortune se positionnent par rapport aux investissements durables.

Pour la première fois, vous avez également interrogé les gérants de fortune indépendants sur l’utilisation d’outils, c’est-à-dire sur la situation où ils sont avec la numérisation de leurs portefeuilles. Où voient-ils le plus grand potentiel ?

Tatiana Agnesens. Dans les processus clés de la gestion – par exemple la construction de portefeuille, le suivi ou encore le rebalancing – les gérants de fortune suisses s’appuient en grande majorité sur leurs propres outils et méthodes. Il en va différemment des processus qui concernent la sélection des produits ou la « product suitability » : dans ce cas, ils utilisent de plus en plus souvent des outils ou des services externes.

Notre enquête ne permet pas de dire clairement quels outils externes seraient utiles aux gestionnaires de fortune et dans quelle mesure. Beaucoup de paramètres dépendent de la façon dont les gestionnaires de fortune sont configurés. Mais il est certain que de nombreux GFI pourraient profiter d’une utilisation accrue d’outils innovants et améliorer encore l’efficacité et la qualité de leurs processus. Il n’est donc pas surprenant que près de la moitié des gérants de fortune prévoient d’améliorer encore au moins un de leurs processus de gestion de portefeuille à l’aide de différents outils ou services.

Il est frappant de constater que la taille joue un rôle : les grands gestionnaires se distinguent des petits par leur comportement en matière de placement, par l’utilisation d’outils numériques, mais aussi par leur attitude vis-à-vis des thèmes de la durabilité. Quelle en est la raison ?

Tatiana Agnesens. Elles sont multiples. :Les grands gestionnaires de fortune ont souvent plus de ressources, tant financières qu’humaines. Mais c’est loin d’être la seule raison. Les disparités liées à la base de clientèle ou à la diversité du positionnement stratégique peuvent également expliquer pourquoi un gérant investit ou s’organise différemment en termes de processus. Ainsi, seule la moitié environ des gestionnaires de fortune interrogés s’occupent de clients institutionnels ; 98% des gestionnaires de fortune interrogés s’occupent de clients privés. Selon le type de clients finaux – ou encore leur domicile fiscal, leur préférence en matière de risque ou de durabilité – les gestionnaires de fortune se positionnent différemment afin de répondre au mieux aux besoins spécifiques des clients.

Pour finir, la question de la durabilité : les mouvements sont faibles en comparaison annuelle. Toutefois, comme par le passé, une grande partie des GFI est prête à investir dans des produits ESG/sustainable si les clients le souhaitent. Quelles conclusions en tirez-vous ?

Manfred Stüttgen. Les aspects de durabilité jouent un rôle important pour deux tiers des gestionnaires de fortune : ils intègrent les critères dits ESG soit de manière standard dans les processus de placement, soit à la demande spécifique des clients. On peut interpréter cette évolution de deux manières : une partie des gérants aborde le thème de la durabilité de manière très active et systématique ; une autre de manière plutôt pragmatique et orientée client.

Selon le type de clients finaux dont ils s’occupent, il existe de bons arguments pour les deux approches. La mise en œuvre d’aspects de durabilité dans les portefeuilles est un sujet exigeant qui requiert beaucoup de connaissances et aussi des données adéquates. Après quelques années de croissance très rapide des placements durables, nous constatons actuellement chez les gestionnaires de fortune – mais aussi sur d’autres marchés – un certain ralentissement. Nous nous attendons toutefois à ce que, malgré les vents contraires du moment, la croissance des stratégies sustainable se poursuive encore quelques années.

Manfred Stüttgen

Manfred Stüttgen est professeur dans le domaine bancaire à la Haute École de Lucerne. Il enseigne et poursuit ses recherches dans les domaines du wealth management et des placements durables. Il est actif dans l’industrie financière depuis de nombreuses années dans des fonctions de direction ou au travers de mandats.

Tatiana Agnesens

Tatiana Agnesens est chargée de cours en mathématiques financières à la Haute École de Lucerne. Son domaine de spécialisation comprend l’enseignement et la recherche sur les solutions d’investissement numériques, la gestion d’actifs et l’économie comportementale. Avant de travailler à la Haute école, elle a obtenu son doctorat à l’université de Saint-Gall et acquis quelques années d’expérience dans le domaine de la finance d’entreprise ainsi que la gestion de fortune externe.

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Piétinement

Solutions Investissements

  • Interview Pierre Mouton
  • Responsable des stratégies long only
  • NS Partners

«L’Europe n’a pas su se fondre dans l’extraordinaire écosystème qui s’est créé autour du smartphone»

Depuis 2007, l’Eurostoxx50 a progressé d’à peine 10%. Le S&P500, de son côté, a plus que triplé. Les actions européennes se traînent, pour plusieurs raisons que Pierre Mouton passe ici en revue. A commencer par l’absence de grands leaders dans la tech.

 

Francesco Mandalà

Depuis le lancement de l’euro en 2002, les valeurs européennes ont systématiquement sous-performé les grands indices mondiaux, y compris le SMI. Quelles raisons justifient cette mise en retrait ?

En réalité, les actions européennes se sont plutôt bien comportées, jusqu’à l’éclatement de la crise des subprimes. Les performances des financières étaient particulièrement bonnes. C’est l’époque où les banques européennes ont atteint leur plus haut historique. En avril 2007, l’action UBS avait dépassé les 70 francs !

En revanche, depuis 2008, l’écart de performance se dessine clairement. Par rapport aux marchés nord-américains, les plus faciles à comparer en termes de de population, de développement ou d’investissements institutionnels, les marchés européens souffrent beaucoup.

Alors comment l’expliquez-vous ?

L’absence de grands leaders dans le secteur de la technologie, en dehors d’ASML et de ses 350 milliards de capitalisation, pénalise énormément l’Europe. Il faut s’intéresser ensuite à la répartition sectorielle de ses marchés. Ils sont dominés par les financières, l’énergie, et les utilities. Sans vouloir sombrer dans l’ultralibéralisme primaire, ce sont quand même des secteurs relativement soumis au bon vouloir des états et de leur gouvernement.

Dans quel sens ?

Les banques en sont pour moi la parfaire illustration. Aux Etats-Unis, depuis la crise financière, elles ont opéré un redressement exemplaire. A l’inverse, en Europe, elles se traînent. Elles restent très loin de leurs niveaux de 2007 car elles doivent d’abord obéir à des considérations politiques. Le régulateur a la main mise sur le système bancaire européen. Les règles prudentielles mises en place ont bien évidemment du sens mais elles sont beaucoup plus favorables aux porteurs d’obligations qu’aux porteurs d’actions. Autre frein, il y a un protectionnisme latent qui règne en Europe où chaque pays veille jalousement à préserver ses banques nationales, plutôt que de laisser une saine concurrence se développer avec la création de grands groupes à l’échelle continentale.

Quels facteurs ont bien pu empêcher l’Europe de produire elle-même ses propres Magnificent Seven ?

Elle n’a malheureusement pas su se fondre dans l’extraordinaire écosystème qui s’est créé autour du smartphone, après l’apparition du iPhone d’Apple en 2007. Cet écosystème a rassemblé aussi bien des fabricants de semi-conducteurs que des opérateurs de data centers, des éditeurs de logiciels ou encore des plateformes de services. Il a pris encore plus de volume ces dix dernières années avec l’essor de la digitalisation, que la percée de l’intelligence artificielle va encore amplifier. Dans cet univers, l’Europe n’a réussi à se positionner nulle part.

Je crois aussi que les Etats-Unis ont un autre rapport au capital, à sa dynamique et à son emploi. A l’image des compagnies pétrolières, les entreprises américaines n’hésitent pas à sortir de leur bilan tout ce qui consomme du capital sans contribuer aux activités stratégiques. Or, en Europe, il se trouve encore beaucoup de sociétés qui préfèrent tout garder dans leur bilan sans trop se soucier des coûts d’opportunité.

Quels sont les déséquilibres structurels dont souffre éventuellement l’Europe ?

La fluidité des échanges commerciaux en Europe est encore loin d’être optimale. Ses États membres peuvent se montrer assez protectionnistes dans certains secteurs où il est nécessaire de protéger des champions nationaux, pas forcément armés pour concourir à l’international.

L’approvisionnement en énergie rend également l’Europe très vulnérable. Elle importe beaucoup et la facture est lourde, à la différence des Etats-Unis qui profitent depuis maintenant vingt ans de l’exploitation des hydrocarbures de schiste. Depuis 2010, leur production de pétrole a plus que doublé et ils sont d’ailleurs aujourd’hui numéro un mondial. Du coup, les coûts énergétiques ont eu un impact marginal pour les entreprises américaines,

Quelles perspectives voyez-vous se dégager ces prochaines années pour les actions européennes, prises dans leur ensemble ?

Il est intéressant de noter aujourd’hui que la plus importante contribution sectorielle à la performance des marchés européens est due aux valeurs financières.  C’est souvent bon signe, d’autant que les banques européennes sont assez fortement capitalisées. Le régulateur s’en est assuré ! Le scénario idéal serait que les banques européennes aient la voie libre pour fusionner, comme Sergio Ermotti l’a souhaité et comme Emmanuel Macron l’a laissé envisager. L’Europe doit maintenant se construire ses champions européens.

Pierre Mouton

NS Partners

Pierre Mouton a rejoint NS Partners en 2003. Il dirige les stratégies Long Only du groupe et il est membre également du comité d’allocation d’actifs. Pierre a débuté sa carrière financière en 1993 chez AG2R La Mondiale, où il a successivement géré des portefeuilles monétaires, obligataires et actions, avant de rejoindre en 2000 Fiduciary Trust à Genève et d’entrer ensuite chez NS Partners comme gestionnaire de portefeuille. En 2004, il a co-fondé Messidor Finance, avant de revenir chez NS Partners en 2010. Pierre Mouton est titulaire d’une licence et d’un master en finance, actuariat et gestion de portefeuille de SKEMA Business School à Lille, France.

 

Upgrade

Solutions EAM

  • Massimo Ferrari
  • Head Product Management Wealth
  • Infront/Assetmax

« La numérisation du trading, un objectif stratégique depuis quelques années déjà»

Assetmax a été rachetée fin 2022 par Infront, une imposante wealthtech qui emploie 500 personnes et opère dans les pays nordiques, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Suisse ainsi qu’en Italie. Deux années riches en développements, comme l’explique Massimo Ferrari.

Comment votre ancienne entreprise a-t-elle évolué depuis son rachat par Infront ?

Infront a été fondée en Norvège dans les années 2000. Elle sert des milliers de professionnels de la finance avec des technologies qui portent sur le trading et la connectivité, les flux de données, les analyses financières, l’évaluation des risques, la gestion de portefeuille et le conseil. Dans le cadre de cette acquisition, les objectifs d’Infront étaient de consolider Assetmax en Suisse et d’en étendre la technologie en Europe. Pour y parvenir, Infront a investi dans l’amélioration des fonctionnalités et l’européanisation du produit. Les fonctions liées à la réglementation et l’adaptation aux exigences spécifiques de chaque marché ont été ajoutées ou optimisées.

Au niveau du groupe, Infront investit dans la migration vers le cloud de ses services, un processus qui concerne également Assetmax. Une équipe spécialisée travaille à l’intégration d’Assetmax dans Amazon Web Services afin d’optimiser l’évolutivité, la flexibilité, la sécurité et la rentabilité. Cette transformation n’est pas seulement importante du point de vue technologique. Elle l’est aussi du point de vue des aspects réglementaires tels que la protection des données et la flexibilité des flux de travail, ainsi que du point de vue de la cybersécurité. Compte tenu de l’augmentation des normes dans ces domaines, nous sommes convaincus qu’à l’avenir, seuls les grands fournisseurs d’infrastructures comme Amazon seront en mesure de répondre à ces exigences.

L’année 2023 a été marquée par l’intégration d’Assetmax dans la structure d’Infront. Comment s’est déroulée cette intégration ?

L’année 2023 a été une année record pour Assetmax, ce qui nous rend d’autant plus confiants dans la qualité de nos efforts et dans les orientations claires que nous prenons pour relever nos prochains challenges. Comme tout processus d’intégration, le notre s’est accompagné de défis qui concernaient à la fois Assetmax et Infront. Infront s’est engagée à maintenir le service « first class », la suissitude et la philosophie d’Assetmax. La professionnalisation des processus commerciaux internes, qui tenaient encore chez Assetmax de la structure d’une startup, a entraîné divers changements opérationnels et organisationnels.L’échange de culture et d’expérience avec les entreprises du groupe présentes dans d’autres pays, actives sur le secteur wealthtech depuis bien plus longtemps qu’Assetmax, s’est avéré très enrichissant.

Comment le produit va-t-il évoluer ?

Outre l’européanisation déjà mentionnée, nous investissons dans l’intégration des principaux services d’Infront à l’offre Assetmax. Nous sommes en train de lancer un flux de données financières pour la gestion d’actifs, que tous les clients d’Assetmax pourront utiliser. Ce service comprend également les données ESG fournies par Clarity AI et notre terminal Investment Manager avec des données intraday. Nous avons également dans le pipeline l’intégration de services de trading. De même, un projet pilote a été finalisé avec succès avec la Banque cantonale de Zurich et le Winterthur Consulting Group pour l’utilisation de l’Order Placement API dans OpenWealth Standard. L’interface de trading est une alternative économique et efficace au protocole FIX, qui permet de saisir des ordres de bourse dans un système de gestion de portefeuille externe à la banque.

Quel impact en attendez-vous ?

La numérisation du trading est depuis quelques années déjà un objectif stratégique des banques dépositaires suisses. Ce sera un grand pas en avant pour les activités quotidiennes des gestionnaires de fortune. En Suisse, en ce qui concerne la gestion de fortune, nous n’en sommes qu’au début. Mais il suffit de regarder ce qui se passe dans d’autres secteurs financiers ou dans d’autres pays pour comprendre que que, d’ici quelques années, le trading englobera toutes les classes d’actifs. Il sera de plus en plus immédiat et par conséquent plus exigeant et plus complexe à gérer.

Infront dispose d’une technologie de trading sur le marché européen qui a été développée sur plusieurs décennies, et je suis heureux que les clients d’Assetmax puissent en bénéficier. En outre, l’intégration des services de valorisation et de calcul des risques – y compris la simulation de scénarios et la budgétisation des risques – leur permettra d’accéder aux modèles mathématiques les plus avancés utilisés actuellement par les grandes institutions financières européennes, y compris en Suisse.

Massimo Ferrari

Infront/Assetmax

Massimo Ferrari a étudié l’ingénierie à l’EPF de Zurich et a participé au développement de la plateforme de conseil Finfox. Après avoir obtenu un MBA à l’INSEAD, il a géré des portefeuilles institutionnels à la Banque cantonale de Zurich avant de fonder Assetmax, qui a été rachetée par Infront en 2022. Il dirige actuellement l’équipe de gestion des produits Wealth chez Infront. Massimo Ferrari détient la certification CFA.

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