Segment

Solutions Investissement

    • Roman Eggler
    • Managing director
    • Coller Capital

« La croissance du secondaire est fondamentalement liée à l’expansion du primaire. »

Les secondaries ne sont plus des périphériques sur les marchés privés. À mesure que les volumes augmentent et que les structures évoluent, ils s’imposent comme un segment clé. Roman Eggler explique ici comment les portefeuilles se construisent, où se situent les points de discipline et ce que les conditions de marché actuelles impliquent en matière de valorisation et d’opportunités.

Comment se répartit l’allocation globale du portefeuille chez Coller Capital ?

À l’échelle de la plateforme, l’allocation est répartie entre les deux principaux segments du marché secondaire : les transactions LP-led et les transactions GP-led, y compris les continuation vehicles. En termes de capital, la répartition est proche de 50/50.

Ces deux types de transactions présentent des caractéristiques différentes. Les LP-led offrent une exposition diversifiée à des portefeuilles matures à des niveaux de prix attractifs, avec un déploiement efficace du capital et un profil de rendement plus régulier. Les GP-led donnent accès à des actifs à forte conviction, avec un alignement étroit avec les sponsors, permettant souvent de prolonger la création de valeur. À l’échelle de la plateforme, l’accent est mis sur la construction de portefeuilles fortement diversifiés, avec une exposition à des milliers d’entreprises via des centaines de fonds, couvrant différents millésimes, zones géographiques et secteurs.

Comment abordez-vous la construction de portefeuille afin d’équilibrer diversification, potentiel de rendement et risque ?

La construction de portefeuille est d’abord guidée par la structuration, mais la diversification en est le principe central. Le risque est géré par une large diversification entre fonds, sociétés sous-jacentes, millésimes et zones géographiques, avec l’objectif de générer des performances régulières et attractives.

Le portefeuille est principalement orienté vers les stratégies de buyout, avec une allocation plus limitée au growth equity. Pour les investisseurs, cette approche présente deux avantages concrets : une exposition immédiate à des portefeuilles d’entreprises disposant d’un historique opérationnel établi et de données de performance plus lisibles, ainsi qu’un accès à des gérants de premier plan difficilement accessibles en direct.

Une caractéristique clé des secondaries est l’investissement dans des portefeuilles existants, et non dans des fonds qui manquent de visibilité. Ce qui permet d’analyser en détail les actifs sous-jacents, de réévaluer les investissements et de gérer le risque avec un niveau élevé de transparence.

Comment équilibrez-vous actuellement l’exposition entre buyout et venture ?

L’exposition est clairement orientée vers le buyout. Le venture capital et les stratégies de growth offrent une visibilité plus limitée sur la génération de flux de trésorerie, ce qui rend l’analyse plus complexe.

Nous privilégions donc des opérations de buyout de taille intermédiaire à large, où la disponibilité des données et le niveau de transparence sont nettement supérieurs. Cela permet une analyse plus robuste et une meilleure prévisibilité des flux de trésorerie, élément central du processus d’investissement.

Dans quelle mesure la visibilité sur les actifs sous-jacents est-elle déterminante ?

Elle est absolument centrale. Contrairement au primaire, où le capital est déployé dans des fonds sans visibilité préalable, les secondaries permettent d’investir dans des portefeuilles déjà constitués et partiellement matures.

Nous intervenons généralement entre la quatrième et la cinquième année du cycle de vie des fonds, lorsque l’information disponible est déjà significative. Cela permet d’analyser en détail les entreprises sous-jacentes et de réévaluer l’ensemble du portefeuille.

Ce niveau de transparence, combiné à une diversification large — souvent sur des centaines voire des milliers d’entreprises — constitue un élément clé de la gestion du risque et de la régularité des performances.

Comment les conditions de marché actuelles influencent-elles les prix et les opportunités ?

La création de valeur provient à la fois de la croissance des actifs et de l’acquisition à décote, même si l’essentiel est lié à la performance des actifs sous-jacents. En période de tension sur les marchés ou de baisse de la liquidité, davantage de vendeurs se présentent, ce qui peut créer des points d’entrée attractifs. Les niveaux de prix restent toutefois fortement dépendants de la qualité des actifs. Les portefeuilles de buyout de qualité se négocient généralement avec des décotes modérées, souvent comprises entre 10 et 20 %, tandis que des portefeuilles de moindre qualité ou orientés venture peuvent offrir des décotes plus importantes.

Le marché est aujourd’hui large et actif. La capacité à analyser un volume important d’opérations tout en n’en exécutant qu’une fraction permet de rester très sélectif. Parmi les segments les plus attractifs figurent actuellement les secondaries de crédit, portés par la disponibilité d’actifs de qualité. Parallèlement, les transactions GP-led, notamment les continuation vehicles, restent une source majeure d’opportunités.

Les secondaries comptent parmi les segments les plus dynamiques des marchés privés. Quels facteurs expliquent cette croissance ?

La croissance du secondaire est directement liée à l’expansion du marché primaire, même s’il reste encore relativement modeste par rapport à l’ensemble des marchés privés. Il ne représente qu’une faible part des actifs totaux.

Du côté de l’offre, deux facteurs principaux se dégagent. D’une part, les investisseurs institutionnels utilisent de plus en plus les secondaries pour gérer activement et rééquilibrer leurs portefeuilles. D’autre part, les transactions GP-led sont devenues une source majeure de flux, permettant aux sponsors de conserver plus longtemps des actifs de qualité tout en offrant de la liquidité aux investisseurs existants.

Du côté de la demande, les secondaries présentent un profil rendement/risque attractif. Historiquement, ils ont généré des rendements nets de l’ordre du mid-teens, avec une volatilité plus faible et moins de pertes que d’autres stratégies de marchés privés. Cela en fait une allocation particulièrement pertinente, notamment pour les investisseurs privés cherchant à construire des portefeuilles diversifiés.

À horizon 2026, où se situent les principales opportunités ?

Le potentiel d’opportunités devrait rester élevé, tant sur les segments LP-led que GP-led. Le marché continue de croître et reste encore loin d’avoir atteint son plein développement au regard de la taille des marchés privés. La volatilité, les contraintes de liquidité et les besoins de réallocation devraient continuer d’alimenter le flux d’opérations. Les secondaries de type crédit et GP-led devraient rester des segments clés. Dans ce contexte, la sélectivité restera déterminante, compte tenu de la dispersion importante de la qualité des actifs.

Comment voyez-vous évoluer le rôle des GP-led dans les portefeuilles ?

Les GP-led ont connu une forte croissance et représentent désormais environ la moitié des volumes du marché secondaire. Ce segment, quasi inexistant il y a dix ans, est devenu une composante essentielle du marché.

Cette dynamique devrait se poursuivre, portée par les besoins de solutions de liquidité et par la volonté des gérants de prolonger la détention d’actifs de qualité. Ces transactions ne répondent pas à des situations de contrainte, mais à une logique de création de valeur supplémentaire. Dans les portefeuilles, les GP-led offrent une exposition plus concentrée et plus directe, avec un potentiel de rendement plus élevé. Les résultats restent toutefois très dépendants de la qualité des actifs, de la structuration et du niveau d’entrée.

Dans l’ensemble, les segments LP-led et GP-led devraient continuer de se développer, renforçant le rôle des secondaries comme allocation centrale au sein des marchés privés.

Roman Eggler

Coller Capital

Roman Eggler est managing director et responsable de la distribution Private Wealth DACH chez Coller Capital à Zurich. Avant de rejoindre la société, il était managing director au sein du Client Solutions Group de Goldman Sachs Asset Management. Il a également travaillé chez Deutsche Bank, Polaris Investment Advisory, EWM Global et IBM Global Business Services.

Roman Eggler est titulaire d’un BA HSG en Business Administration et d’un MA HSG en Marketing, Services and Communication Management de l’Université de Saint-Gall. Il est Chartered Alternative Investment Analyst et a suivi le Oxford Private Markets Programme à la Saïd Business School de l’Université d’Oxford.

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      • Romain Mayer
      • Head Switzerland
      • BDL Capital Management

    La qualité au bon prix en Europe : l’opportunité d’une décennie

    Alors que les marchés européens évoluent à des niveaux élevés, une fenêtre d’opportunité rare s’ouvre pour les investisseurs disciplinés. Après une décennie marquée par les distorsions liées aux taux négatifs et à l’essor des gestions passives, les valorisations des entreprises de qualité redeviennent attractives, offrant un point d’entrée inédit depuis plus de dix ans.

    Les bons investisseurs ont un point commun : la discipline. Ils achètent des actifs de qualité à des prix raisonnables. Dès que l’un des deux paramètres fait défaut, l’investissement se transforme en spéculation et la prise de risque calculée devient un pari incertain.

    Cette discipline requiert parfois une patience presque inhumaine car les marchés financiers sont rarement disposés à satisfaire les exigences de l’investisseur discipliné. Le plus souvent, les entreprises de meilleure qualité sont trop chères et les bons prix reflètent la médiocrité des entreprises les plus fragiles.

    Chercher à investir dans des entreprises de qualité à des prix raisonnables semble évident en théorie mais se révèle difficile en pratique. Et pourtant, cette opportunité se dévoile aujourd’hui en Europe, il faut savoir la saisir.

    Le modèle économique d’une entreprise de qualité s’écrit ainsi : une croissance régulière, du chiffre d’affaires comme des profits, financée par des investissements rentables et protégés grâce à des barrières à l’entrée qui maintiennent les concurrents à distance raisonnable. Ces barrières sont de nature variée comme des marques emblématiques, des brevets ou des effets de réseau par exemple.

    La valorisation de certaines de ces entreprises est enfin à portée de tir de l’investisseur discipliné, il aura fallu attendre plus de 10 ans. En effet, mi-2014, la BCE s’embarque dans une stratégie nouvelle et encore jamais éprouvée, elle fonde sa politique monétaire sur des taux d’intérêts négatifs. Instantanément, la règle immuable de la finance, un euro aujourd’hui vaut plus qu’un euro dans un an, est devenue obsolète car lorsque les taux sont négatifs, plus les cash flows sont lointains, plus ils ont de valeur.

    Une aberration intellectuelle qui s’est transformée en dysfonctionnements réels. Les taux négatifs ont engendré la disparition du coût du capital, cette force de rappel qui empêche les valorisations des actifs à duration longue de s’envoler vers des sommets irrationnels et insoutenables.

    Par nature, les entreprises de qualité ont des durations supérieures à la moyenne car leurs cash flows offrent plus de visibilité et de résilience dans le futur.  Elles ont donc particulièrement réagi à cette nouvelle donne. Leur prime de valorisation par rapport au marché européen a progressivement augmenté pendant toute cette période de taux négatifs.

    Dans le secteur de la consommation non discrétionnaire par exemple (agroalimentaire, boissons, produits de soins courants), caractérisé par une rentabilité et une visibilité supérieure à la moyenne, la prime est passé de 20% en 2014 à 70% en 2022, date à laquelle la BCE a commencé à relever agressivement son taux directeur. Dans d’autres secteurs et sur d’autres entreprises estampillés « qualité », ce phénomène a encore été plus marqué, les PE passant au-dessus de 30x en 2022 quand ils n’étaient que de 15x en 2014.

    Aux taux négatifs s’est ajoutée un autre développement qui a amplifié ces excès : l’essor des gestions passives, thématique et factorielles. Ces types de gestion ont un point commun : dans leur équation de l’investissement, la notion de prix raisonnable ne rentre pas en compte. Elles n’achètent que ce qui a déjà monté et nourrissent cette dynamique ascensionnelle jusqu’à ce que la rationalité réapparaisse, tôt ou tard.

    En l’occurrence, il aura donc fallu attendre que la BCE remonte ses taux en 2022 et revienne à une politique monétaire plus classique pour que le coût du capital reprenne ses droits et que les valorisations retombent à des prix raisonnables. Depuis 20022, les cours de bourse de ces entreprises de qualité sous-performent alors que généralement leurs profits progressent, c’est la conséquence directe de leurs valorisations qui étaient devenues insoutenables.

    Les mêmes effets se produisent désormais en sens inverse. Lds gestions passives et thématiques vendent ces cours de bourse qui baissent car leur « momentum » est devenu négatif. C’est une aubaine pour l’investisseur qui a su rester discipliné. Ces entreprises, comme celles du secteur de la medtech, des biens de consommation courante ou des boissons (bière, spiritueux) ont gardé leurs atouts et, pour certaines, leurs valorisations sont à nouveau très attractives. Pour reprendre des exemples dans le secteur de la consommation discrétionnaire, comme Diageo ou Carlsberg, la prime de valorisation est passée de 70% en 2022 à seulement 5% aujourd’hui, un plus bas depuis 20 ans.

    Les marchés européens sont sur leurs sommets mais du point de vue de l’investisseur discipliné qui recherche des entreprises de qualité à des prix raisonnables, ils n’ont jamais été aussi attrayants depuis 10 ans. La patience est enfin récompensée, le temps est venu d’agir et d’investir pour en profiter. Sur cette thématique, Carslberg va profiter avec le rachat de Britvic, distributeur de Pepsi en Angleterre, de belles synergies ainsi qu’une hausse de marge de 150bps. Un autre exemple est Diageo qui profite de baisse de coût marketing et dont sa marge devrait s’améliorer de 160bps.

    Romain Mayer

    BDL Capital Management

    Romain Mayer est à la tête de la filiale suisse de BDL Capital Management depuis 2019. Il a précédemment été cogérant du fonds Durandal. Il a rejoint BDL Capital Management en 2015, où il a notamment participé à la modélisation des risques et à l’optimisation des portefeuilles. Romain est diplômé d’HEC Lausanne.

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      Solutions Investissement

        • Alicia Daurignac
        • Analyste-gérante
        • La Financière de l’Echiquier

      Communication, la révolution satellitaire

      La communication par satellite change d’échelle. Portée par la baisse des coûts de lancement, la multiplication des constellations et l’essor du Direct-to-Device, qui permet aux smartphones de se connecter directement aux satellites, elle devient un moteur clé de croissance pour l’industrie spatiale.

       

      Nous vivons une véritable révolution. Les infrastructures de communication ne se construisent plus uniquement sur Terre. Elles s’installent désormais en orbite. Depuis le lancement du premier satellite en 1957, le secteur a changé d’échelle. Aujourd’hui, ils sont près de 15’000 satellites à graviter autour de la planète. La communication satellitaire s’impose ainsi comme l’un des principaux moteurs de croissance de l’industrie spatiale. Estimé à plus de 20 milliards de dollars, le marché mondial devrait enregistrer un taux de croissance annuel proche de 20 % d’ici 2034. Une dynamique soutenue qui ouvre des perspectives attractives pour les investisseurs.

      Un rythme effréné

      Réceptionner un signal provenant de la Terre, l’amplifier et le relayer :  le rôle des satellites est au cœur des télécommunications. Favorisée par la baisse drastique des coûts de lancement, l’industrie des satellites connaît un remarquable essor. SpaceX s’impose aujourd’hui comme le leader du secteur avec sa constellation Starlink. Grâce à l’innovation du lanceur Falcon 9 et à la réutilisation de son premier étage, l’entreprise a atteint une cadence de lancements inédite, à des coûts largement inférieurs à ceux de ses concurrents. En 2025, la société américaine a réalisé plus de lancements que l’ensemble des autres acteurs mondiaux réunis. Et la dynamique s’accélère : début janvier 2026, Starlink, qui compte déjà plus de 9’000 satellites en orbite, a obtenu l’autorisation d’en déployer 7’000 supplémentaires.

      La course est lancée. Aux côtés des Etats-Unis, la Chine tente de combler son retard et envisage le déploiement d’une constellation de plus de 200’000 satellites, et, loin derrière, l’Europe, mise sur la constellation « Iris² » à l’horizon 2030.

      La course aux licences de spectre 

      Si la cadence des lancements ne cesse d’accélérer, stimulant tout l’écosystème et favorisant l’émergence de nouveaux acteurs, le cadre réglementaire demeure déterminant. Pour transmettre des données de l’espace vers la Terre, les opérateurs doivent disposer d’autorisations d’utilisation du spectre, indispensables pour éviter les interférences et organiser la coexistence des constellations. Strictement encadrées et en nombre limité, ces autorisations sont devenues un actif stratégique dont la valeur s’apprécie fortement. Leur rareté alimente une compétition mondiale, où la croissance passe désormais souvent par des opérations de rachat. L’été dernier, SpaceX a ainsi acquis une partie des fréquences détenues par l’Américain Echostar pour 17 milliards de dollars.

      L’avènement du Direct to Device

      Parmi les évolutions majeures du secteur figure le Direct-to-Device, une technologie appelée à transformer en profondeur l’univers des télécommunications. Elle permet à un smartphone de se connecter directement à un satellite, sans infrastructure terrestre intermédiaire. Les satellites agissent alors comme des antennes spatiales, rendant possible une couverture quasi globale, notamment dans les zones blanches non desservies par les réseaux terrestres. Plusieurs acteurs américains, dont SpaceX, Amazon et AST SpaceMobile, déploient déjà des satellites en orbite basse, entre 500 et 1 200 km d’altitude. Cette proximité avec la Terre renforce la puissance du signal et rend techniquement possible la connexion directe aux smartphones. Dans un contexte de demande croissante de connectivité, la communication satellitaire s’impose ainsi comme un levier structurant pour l’ensemble de l’industrie spatiale.

      Alicia Daurignac

      La Financière de l’Echiquier

      Alicia Daurignac a débuté sa carrière en 2019 chez Fidelity International en tant qu’analyste crédit sur les sociétés industrielles. Par la suite, elle a rejoint Exane en 2022 où elle s’est spécialisée comme analyste actions sell-side dans le domaine de l’aérospatiale et de la défense. Elle a intégré La Financière de l’Echiquier en janvier 2024, année du rapprochement de Tocqueville Finance et LFDE, au poste d’analyste financier au sein du pôle Technologie. Alicia est diplômée d’un bachelor en sciences informatiques et mathématiques de l’université d’Exeter et d’un master en finance internationale à HEC.

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        Thinking Big

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          • Interview Grégory Raymond
          • Directeur éditorial
          • The Big Whale

        « La Suisse occupe une place très particulière dans l’univers blockchain. »

        À l’occasion de l’événement Digital Assets organisé à Genève le 29 janvier par SPHERE et The Big Whale, Grégory Raymond a dressé un état des lieux précis de l’écosystème blockchain au-delà des seules crypto-monnaies. Face aux questions de Jérôme Sicard, il revient sur le poids réel du secteur en Europe et en Suisse, ses principaux moteurs de croissance, la montée en puissance de la tokenisation et l’évolution des modèles économiques.

        Par Jérôme Sicard

        Si l’on exclut l’univers des crypto-monnaies au sens strict, combien d’entreprises sont aujourd’hui actives dans le secteur de la blockchain, en Europe et en Suisse ?

        Il faut rester très prudent avec les chiffres, mais il existe une base fiable. C’est le nombre d’entreprises régulées comme prestataires de services sur les actifs numériques en Europe. Sur ce périmètre, on en compte environ trois mille. Cela inclut les plateformes, les courtiers et les différents prestataires soumis aux obligations réglementaires.

        Mais ce chiffre ne couvre pas tout l’écosystème. De nombreuses entreprises opèrent sur l’infrastructure, les logiciels, la sécurité ou les services techniques sans nécessiter d’agrément spécifique. En ajoutant ces acteurs, l’estimation la plus réaliste tourne plutôt autour de cinq mille entreprises en Europe.

        La Suisse occupe une place très particulière dans cet univers. On y recense environ mille deux cents entreprises blockchain, ce qui en fait un pôle très important. L’écosystème est fortement concentré dans la Crypto Valley, entre Genève, Zoug et Lugano. On estime qu’environ cinq mille professionnels hautement qualifiés y travaillent. À l’échelle européenne, la Suisse est clairement l’un des centres de gravité de l’industrie.

        Quels sont leurs principaux domaines d’activité des entreprises que vous mentionnez?

        Le premier grand bloc reste l’échange et le courtage d’actifs numériques. Ce sont les plateformes qui permettent d’acheter, vendre et négocier des actifs digitaux. La Suisse compte plusieurs acteurs de référence comme Bitcoin Suisse ou SwissBorg, qui figurent parmi les plus solides en Europe. Bitstamp, historiquement luxembourgeois, fait aussi partie des plateformes majeures sur la scène européenne.

        Deuxième pilier, la conservation d’actifs numériques. C’est probablement le segment le plus mature aujourd’hui, notamment parce qu’il répond aux besoins des institutions financières. Des sociétés suisses comme Taurus ou Metaco sont devenues des leaders mondiaux de la conservation institutionnelle. À l’international, des acteurs comme Ledger ou Fireblocks jouent aussi un rôle clé.

        Troisième axe, la tokenisation et les stablecoins. Les stablecoins représentent une forme de tokenisation de la monnaie, tandis que la tokenisation au sens large consiste à transférer des actifs réels — titres, fonds, obligations — sur la blockchain. On observe une montée en puissance d’acteurs bancaires traditionnels sur ce terrain, par exemple avec le stablecoin euro de Société Générale Forge ou les initiatives d’établissements comme Oddo. Derrière ces projets, il y a beaucoup d’infrastructure et de logiciels B2B.

        Avez-vous une idée du chiffre d’affaires que ces entreprises génèrent actuellement dans leur ensemble ?

        Si l’on regarde l’Europe, les estimations situent le chiffre d’affaires cumulé des entreprises crypto et blockchain, au sens large, autour de neuf milliards de dollars. Cela reste modeste comparé aux industries financières traditionnelles.

        Il faut toutefois préciser que cette mesure ne capture pas toute la valeur créée. Une partie importante se situe dans les protocoles eux-mêmes — les couches logicielles — et dans les effets de réseau. Si l’on se limite strictement aux entreprises commerciales identifiables, on est sur cet ordre de grandeur, ce qui confirme que l’écosystème est encore jeune mais structuré.

        À quel niveau estimez-vous que leurs revenus cumulés pourraient se situer à l’horizon 2030 ?

        Plusieurs projections existent. L’une des plus crédibles est celle de BCG, qui évoque des revenus autour de quatre cents milliards de dollars par an d’ici 2030 pour l’ensemble de l’écosystème lié à la tokenisation.

        Cette estimation repose sur un scénario à environ dix mille milliards de dollars de real assets tokenisés d’ici là. Si cette bascule s’opère — et beaucoup de grands acteurs de la finance y travaillent déjà — elle créera mécaniquement des flux de revenus importants pour les infrastructures, les plateformes, les solutions de conservation et les couches logicielles.

        On observe déjà un mouvement très clair : bourses, asset managers et banques lancent des versions tokenisées de fonds monétaires, d’actions ou d’obligations. Ce n’est plus un sujet expérimental, mais un chantier industriel.

        Observez-vous sur ce marché beaucoup de liquidity events ?

        Le secteur reste jeune et les introductions en bourse sont encore rares. On peut citer Coinbase aux États-Unis, mais en Europe les IPO demeurent limitées.

        En revanche, les opérations de rachat se multiplient. De grands groupes acquièrent des acteurs spécialisés pour obtenir rapidement des licences réglementaires et des bases clients. L’exemple récent marquant est le rachat de Bitstamp par Robinhood pour environ deux cents millions. L’objectif était clairement d’accélérer l’accès au marché européen réglementé.

        L’entrée en vigueur du cadre réglementaire MiCA en Europe crée aussi une dynamique de consolidation. L’agrément est coûteux et complexe à obtenir. Beaucoup de petits acteurs deviennent des cibles pour des groupes plus importants cherchant à élargir rapidement leur portefeuille de licences. On voit donc davantage de M&A que de sorties boursières classiques.

        À propos de tokenisation, comment évaluer un projet adossé à un token ? Comment les modèles de valorisation se mettent-ils en place ?

        Pendant longtemps, l’investissement dans les tokens reposait surtout sur des narratifs — intelligence artificielle, Web3, infrastructure — sans véritable cadre d’analyse. C’était très spéculatif.

        Aujourd’hui, les approches se professionnalisent. Il faut d’abord analyser la capacité du protocole à générer des revenus via des frais d’utilisation. Ensuite, il faut comprendre comment cette valeur est distribuée. Pendant des années, les revenus allaient surtout aux sociétés qui développaient les protocoles, pas aux détenteurs de tokens, notamment pour éviter une qualification réglementaire en titre financier.

        De plus en plus de projets mettent désormais en place des mécanismes de redistribution indirecte : rachat de tokens sur le marché, programmes de burn qui réduisent l’offre en circulation, ou mécanismes économiques favorables aux détenteurs.

        Un autre point clé est la structure d’émission. Tous les tokens ne sont pas en circulation au départ. Il existe des calendriers de déblocage pour les investisseurs initiaux. Ces événements augmentent brutalement l’offre et peuvent peser sur le prix. L’analyse d’un token exige désormais une lecture fine des flux économiques, de la gouvernance et de la dynamique de l’offre — presque comme pour une action.

        On parle d’économie réelle. Tether a dégagé 13 milliards de bénéfices. Comment est-il possible de générer des marges aussi élevées avec un produit présenté comme une simple infrastructure de paiement ?

        Tether est un cas très particulier. C’est l’émetteur du principal stablecoin sur le marché mondial, avec environ cent trente milliards de dollars en circulation. Le modèle opérationnel est extrêmement léger en effectifs. En effet, l’émission d’un stablecoin ne nécessite pas une grande organisation.

        Les revenus proviennent des réserves qui garantissent les tokens en circulation. Ces réserves sont investies, notamment en bons du Trésor américain. Avec la forte hausse des taux en 2023 et 2024, les revenus financiers ont explosé, d’où les treize milliards de bénéfices. Le revenu par employé dépasse celui de nombreuses grandes banques d’investissement.

        Les revenus ont baissé avec la détente des taux, mais restent très élevés. Tether bénéficie aussi d’une exposition à l’or, dont la hausse récente soutient encore ses résultats. L’entreprise cherche aujourd’hui à lever des capitaux sur la base d’une valorisation très ambitieuse. Malgré une réputation controversée et des débats sur la qualité des audits de réserves, elle a traversé tous les cycles du marché crypto. Si elle n’était pas solide, elle aurait disparu. Elle reste donc un acteur central, même si la pression réglementaire va s’intensifier pour elle.

        Grégory Raymond

        The Big Whale

        Grégory Raymond est co-fondateur et directeur éditorial de The Big Whale, une plateforme de market intelligence spécialisée dans les actifs numériques et la transformation financière liée à la blockchain. Journaliste de formation, il s’est imposé comme l’un des observateurs reconnus de l’écosystème crypto en France et en Europe. À travers The Big Whale, il accompagne investisseurs, institutions financières et décideurs publics dans la compréhension des dynamiques du Web3, des infrastructures blockchain et de l’évolution des marchés d’actifs numériques.

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          Le private equity s’est imposé comme une classe d’actifs à part entière. Comment cette montée en puissance se traduit-elle concrètement chez les investisseurs professionnels en Suisse ?

          L’adoption des marchés privés par les investisseurs professionnels et les gérants de fortune en Suisse progresse fortement. C’est le cas dans le domaine du private equity, mais aussi dans ceux du crédit et des stratégies hybrides. Concrètement, pour convaincre investisseurs et allocataires, il faut parvenir à une approche globale en termes de solutions, qui répondent à la fois aux besoins d’investissement, de devises et de liquidité. En parallèle, il est essentiel d’expliquer en profondeur ce que sont les marchés privés et le rôle qu’ils peuvent jouer dans les portefeuilles actuels.

          Il est tout aussi clair que l’alignement d’intérêts partagé avec nos clients est aussi un élément déterminant à leurs yeux. Nous sommes souvent le principal investisseur dans nos propres produits via les activités d’assurance d’Apollo, ce qui signifie que nous obtenons au final les mêmes rendements que nos clients. Cette convergence d’intérêts et cette responsabilité partagée sont très favorablement perçues par nos investisseurs et nos partenaires en Suisse.

          Les marchés privés semblent aujourd’hui prendre le pas sur les marchés cotés. Quels facteurs structurels expliquent ce basculement ?

          Les marchés privés sont devenus un pilier de la construction moderne de portefeuilles. Les marchés publics resteront toujours essentiels, mais comme une grande partie des entreprises européennes ne sont pas cotées, ils ne reflètent plus à eux seuls l’économie réelle à laquelle les investisseurs souhaitent accéder. Environ 95 % des entreprises européennes générant plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires sont détenues de manière privée. Par ailleurs, les marchés cotés sont de plus en plus indexés et corrélés entre eux. Les marchés privés peuvent apporter de la diversification aux portefeuilles, tout en offrant un accès à un univers d’investissement plus large et souvent moins volatil que les actions cotées.

          Comment décririez-vous la dynamique actuelle des marchés privés, notamment en matière de diversification des stratégies, de liquidité et de transparence ?

          Le niveau d’accès et de choix dont disposent aujourd’hui les investisseurs sur les marchés privés est sans commune mesure avec celui d’il y a dix ans. Avec l’émergence de fonds evergreen et de solutions semi-liquides, les investisseurs peuvent désormais accéder à des produits de qualité institutionnelle. Ils étaient autrefois réservés aux plus grands fonds de pension et à des fonds souverains, qui investissaient dans des structures fermées à capital calls, avec des périodes de blocage de cinq, dix ans, voire davantage.

          Aujourd’hui, pour prendre l’exemple d’Apollo, nous proposons sept solutions semi-liquides sur les marchés privés. Elles couvrent différentes classes d’actifs en Europe, pour mettre le meilleur de la plateforme la disposition des gestionnaires de fortune. Ces structures offrent davantage de flexibilité quant au niveau de liquidité ou d’illiquidité accepté dans les portefeuilles et permettent ainsi une exposition immédiate à des portefeuilles de grande taille, pleinement investis.

          Avec le développement des fonds evergreen, un marché secondaire plus actif et une standardisation accrue, peut-on dire que les marchés privés vivent aujourd’hui une forme de « moment UCITS » ?

          Les marchés privés évoluent rapidement, avec beaucoup plus de structures et de points d’accès pour les investisseurs. Mais donner accès à ces marchés sans y adjoindre de la pédagogie ne permet pas vraiment de progresser. Il est donc essentiel de continuer à renforcer la compréhension et la confiance au sein de la communauté que forment les investisseurs de tous horizons. Dans cette logique, nous avons investi des ressources importantes dans des initiatives destinées aux distributeurs, conseillers et clients afin de mieux expliquer le rôle que les marchés privés peuvent jouer dans les portefeuilles. Nous mettons par exemple à disposition des portefeuilles modèles illustrant le rôle des stratégies privées en complément des allocations traditionnelles, avec un potentiel d’alpha décorrélé des marchés cotés.

          Véronique Fournier

          Apollo Global Management

          Véronique Fournier a rejoint Apollo en 2022 en tant que responsable de la distribution pour la région EMEA au sein de l’équipe Global Wealth Management Solutions, basée à Zurich. Avant de rejoindre Apollo, elle a passé huit ans chez Barings, où elle occupait dernièrement le poste de managing director et de co-responsable de la distribution européenne. Elle a auparavant exercé différentes fonctions commerciales chez Schroder Investment Management, Aviva Investors et InterSec Research. Véronique est titulaire d’un Bachelor of Science en économie de la London School of Economics and Political Science ainsi que d’un Master of Arts en économie internationale de l’Université d’Essex.

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            Private debt

            Solutions Investissement

              • Markus Geiger
              • Head of Private Debt
              • Oddo BHF

            « Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de s’engager avec prudence. »

            Aux Etats-Unis, à l’automne, les faillites de First Brands et Tricolor ont relancé le débat sur l’évolution de la dette privée. Entre pression concurrentielle, assouplissement des normes de souscription et massification d’une classe d’actifs historiquement réservée à un cercle restreint d’investisseurs, ces épisodes invitent à s’interroger sur la solidité du modèle. Markus Geiger en livre ici son analyse.

            Par Levi-Sergio Mutemba

            La faillite de First Brands est-elle symptomatique de la santé réelle du crédit privé?

            Aux États-Unis, certains titres font la une des journaux. Comme, par exemple, First Brands. Ces cas sont cités en exemple pour illustrer la détérioration de la qualité, en l’occurrence, du crédit privé. Pour clarifier les choses, rappelons que First Brands, présente dans le secteur automobile, s’est rendu coupable de fraude. Plus précisément de nantissement multiple du même titre auprès de différents prêteurs. Et seuls 2% du bilan concernaient la dette privée. Ce n’est donc pas forcément représentatif de ce que l’on fait dans le financement de la dette privée, notamment sur le segment du corporate direct lending..

            Et comment évaluez-vous les normes ou procédures de souscription, à la lumière du cas First Brands?

            Un évènement comme celui de First Brands peut toujours arriver dans un marché qui devient très concurrentiel. Actuellement, les marchés de la dette privée sont favorables aux emprunteurs, mais restent inférieurs à ceux de 2021, comme l’indique par exemple l’indice William Blair. Notre premier fonds de Senior Loans a démarré en été 2020 et investit dans un contexte plus élevé qu’aujourd’hui, ce qui n’empêche pas de rechercher des investissements de qualité. De plus, par rapport aux sommets historiques des statistiques de crédit, les apports en fonds propres sont aujourd’hui beaucoup plus importants. Soit 61% contre 38% à l’époque, et les niveaux d’endettement sont plus modérés, c’est-à-dire environ cinq fois aujourd’hui contre sept fois en 2020.

            Cela se traduit-il par des taux de défaut moins élevés?

            Ceux-ci se situent dans la moyenne à long terme, qui est de 3%. Les opérations soutenues par des fonds de capital-investissement ont des taux de défaut inférieurs aux opérations dites «sponsorless», c’est-à-dire sans support d’un fonds d’investissement. Le principal facteur de défaut est l’effet de levier, qui explique 26% des débuts. En l’occurrence, le segment de marché sur lequel nous sommes actifs, à savoir le lower-mid market, présente des structures plus restrictives que les grands deals, c’est-à-dire avec un effet de levier plus faible et un ratio prêt/valeur d’entreprise plus bas.

            Quelle est votre approche des clauses de sûreté, ou « covenants»? Quel niveau de protection exigez-vous?

            Nous ne nous engageons pas, lorsque la structure des covenants n’est pas satisfaisante. 100% de nos investissements intègrent des covenants, avec de fortes protections. Comme, par exemple, un niveau de normalisation du EBITDA limité, des tests trimestriels etc..

            Qu’expliquez-vous à votre clientèle quant à votre approche du crédit privé, suite aux événements précités?

            Notre approche a toujours été prudente. Elle est restée constante depuis le lancement, en 2018, de notre stratégie, qui a pour objectif de s’engager sur des dossiers de qualité. Nous avons donc poursuivi cette démarche. Cela devient de plus en plus important. Nous expliquons à nos clients de s’engager avec prudence et de ne pas regarder seulement l’aspect rendement, mais d’analyser également les risques des sous-jacents.

            Selon vous, le crédit privé peut-il être massifié sans poser de risques pour la stabilité financière, dès lors que les opportunités profitables de placement privé sont limitées par nature?

            Le marché de la dette privée se développe et devient de plus en plus intéressant, mais il faut en effet rester prudent. Le marché devrait continuer à croître, ce qui devrait offrir suffisamment de dossiers de qualité. L’important, en tant que gérant, est d’être expérimenté pour savoir faire la part des choses. Analyser la qualité du gérant est peut-être un peu moins facile à appréhender par une clientèle retail, mais le développement de cette offre devrait aussi générer une attention supplémentaire de la part des régulateurs sur ce type de produits.

            L’autre risque pour les clients retail est la liquidité, face à des produits dans lesquels on peut être bloqués entre huit et dix ans. Il faut que le client soit clairement informé des risques et qu’il comprenne l’illiquidité du sous-jacent reste illiquide. Des solutions semi-liquides telles que ELTIF 2.0 ont été mises en place pour tenir compte de ces risques.

            N’est-il pas préférable pour le shadow banking de demeurer dans « l’ombre»?

            C’est une bonne question, qui devrait aussi venir du côté du régulateur. Il y a de plus en plus de levier du côté des fonds de dette, c’est-à-dire dont le levier est fourni par les banques. Cela peut créer un risque systémique. Ce marché n’est certes plus un marché de niche, mais devient de plus en plus important, ce qui devrait aussi conduire à un engagement plus important de la part des acteurs comme les régulateurs ou les banques centrales en particulier.

            Markus Geiger

            Oddo BHF

            Markus a rejoint Oddo BHF en 2018. Il en est le directeur général. Il préside le Advisor Credit Committee et il est responsable de la gestion et du développement de la dette privée au sein du groupe. Markus est titulaire d’un doctorat de l’université de Cologne et d’un master de l’ESCP Europe.

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