Podium
Véronique Fournier
Apollo
« Les marchés privés, un pilier de la construction moderne de portefeuilles ».
Les marchés privés occupent une place croissante dans les allocations des investisseurs professionnels en Suisse. Dans cet entretien, Véronique Fournier analyse les facteurs structurels à l’origine de cette évolution, l’élargissement de l’accès aux stratégies privées et les enjeux de liquidité et de pédagogie qui accompagnent leur intégration dans la construction moderne de portefeuilles.
Par Jérôme Sicard
Le private equity s’est imposé comme une classe d’actifs à part entière. Comment cette montée en puissance se traduit-elle concrètement chez les investisseurs professionnels en Suisse ?
L’adoption des marchés privés par les investisseurs professionnels et les gérants de fortune en Suisse progresse fortement. C’est le cas dans le domaine du private equity, mais aussi dans ceux du crédit et des stratégies hybrides. Concrètement, pour convaincre investisseurs et allocataires, il faut parvenir à une approche globale en termes de solutions, qui répondent à la fois aux besoins d’investissement, de devises et de liquidité. En parallèle, il est essentiel d’expliquer en profondeur ce que sont les marchés privés et le rôle qu’ils peuvent jouer dans les portefeuilles actuels.
Il est tout aussi clair que l’alignement d’intérêts partagé avec nos clients est aussi un élément déterminant à leurs yeux. Nous sommes souvent le principal investisseur dans nos propres produits via les activités d’assurance d’Apollo, ce qui signifie que nous obtenons au final les mêmes rendements que nos clients. Cette convergence d’intérêts et cette responsabilité partagée sont très favorablement perçues par nos investisseurs et nos partenaires en Suisse.
Les marchés privés semblent aujourd’hui prendre le pas sur les marchés cotés. Quels facteurs structurels expliquent ce basculement ?
Les marchés privés sont devenus un pilier de la construction moderne de portefeuilles. Les marchés publics resteront toujours essentiels, mais comme une grande partie des entreprises européennes ne sont pas cotées, ils ne reflètent plus à eux seuls l’économie réelle à laquelle les investisseurs souhaitent accéder. Environ 95 % des entreprises européennes générant plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires sont détenues de manière privée. Par ailleurs, les marchés cotés sont de plus en plus indexés et corrélés entre eux. Les marchés privés peuvent apporter de la diversification aux portefeuilles, tout en offrant un accès à un univers d’investissement plus large et souvent moins volatil que les actions cotées.
Comment décririez-vous la dynamique actuelle des marchés privés, notamment en matière de diversification des stratégies, de liquidité et de transparence ?
Le niveau d’accès et de choix dont disposent aujourd’hui les investisseurs sur les marchés privés est sans commune mesure avec celui d’il y a dix ans. Avec l’émergence de fonds evergreen et de solutions semi-liquides, les investisseurs peuvent désormais accéder à des produits de qualité institutionnelle. Ils étaient autrefois réservés aux plus grands fonds de pension et à des fonds souverains, qui investissaient dans des structures fermées à capital calls, avec des périodes de blocage de cinq, dix ans, voire davantage.
Aujourd’hui, pour prendre l’exemple d’Apollo, nous proposons sept solutions semi-liquides sur les marchés privés. Elles couvrent différentes classes d’actifs en Europe, pour mettre le meilleur de la plateforme la disposition des gestionnaires de fortune. Ces structures offrent davantage de flexibilité quant au niveau de liquidité ou d’illiquidité accepté dans les portefeuilles et permettent ainsi une exposition immédiate à des portefeuilles de grande taille, pleinement investis.
Avec le développement des fonds evergreen, un marché secondaire plus actif et une standardisation accrue, peut-on dire que les marchés privés vivent aujourd’hui une forme de « moment UCITS » ?
Les marchés privés évoluent rapidement, avec beaucoup plus de structures et de points d’accès pour les investisseurs. Mais donner accès à ces marchés sans y adjoindre de la pédagogie ne permet pas vraiment de progresser. Il est donc essentiel de continuer à renforcer la compréhension et la confiance au sein de la communauté que forment les investisseurs de tous horizons. Dans cette logique, nous avons investi des ressources importantes dans des initiatives destinées aux distributeurs, conseillers et clients afin de mieux expliquer le rôle que les marchés privés peuvent jouer dans les portefeuilles. Nous mettons par exemple à disposition des portefeuilles modèles illustrant le rôle des stratégies privées en complément des allocations traditionnelles, avec un potentiel d’alpha décorrélé des marchés cotés.
Véronique Fournier
Apollo Global Management
Véronique Fournier a rejoint Apollo en 2022 en tant que responsable de la distribution pour la région EMEA au sein de l’équipe Global Wealth Management Solutions, basée à Zurich. Avant de rejoindre Apollo, elle a passé huit ans chez Barings, où elle occupait dernièrement le poste de managing director et de co-responsable de la distribution européenne. Elle a auparavant exercé différentes fonctions commerciales chez Schroder Investment Management, Aviva Investors et InterSec Research. Véronique est titulaire d’un Bachelor of Science en économie de la London School of Economics and Political Science ainsi que d’un Master of Arts en économie internationale de l’Université d’Essex.
Vous aimerez aussi
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
RÉDACTION
redaction[at]sphere.swiss
PUBLICITÉ
advertise[at]sphere.swiss
ABONNEMENT
contact[at]sphere.swiss
ÉVÉNEMENTS
events[at]sphere.swiss
Case postale 1806
CH-1211 Genève 1
© 2023 Sphere Magazine
Site réalisé par Swiss House of Brands
Aux Etats-Unis, à l’automne, les faillites de First Brands et Tricolor ont relancé le débat sur l’évolution de la dette privée. Entre pression concurrentielle, assouplissement des normes de souscription et massification d’une classe d’actifs historiquement réservée à un cercle restreint d’investisseurs, ces épisodes invitent à s’interroger sur la solidité du modèle. Markus Geiger en livre ici son analyse.
Par Levi-Sergio Mutemba
La faillite de First Brands est-elle symptomatique de la santé réelle du crédit privé?
Aux États-Unis, certains titres font la une des journaux. Comme, par exemple, First Brands. Ces cas sont cités en exemple pour illustrer la détérioration de la qualité, en l’occurrence, du crédit privé. Pour clarifier les choses, rappelons que First Brands, présente dans le secteur automobile, s’est rendu coupable de fraude. Plus précisément de nantissement multiple du même titre auprès de différents prêteurs. Et seuls 2% du bilan concernaient la dette privée. Ce n’est donc pas forcément représentatif de ce que l’on fait dans le financement de la dette privée, notamment sur le segment du corporate direct lending..
Et comment évaluez-vous les normes ou procédures de souscription, à la lumière du cas First Brands?
Un évènement comme celui de First Brands peut toujours arriver dans un marché qui devient très concurrentiel. Actuellement, les marchés de la dette privée sont favorables aux emprunteurs, mais restent inférieurs à ceux de 2021, comme l’indique par exemple l’indice William Blair. Notre premier fonds de Senior Loans a démarré en été 2020 et investit dans un contexte plus élevé qu’aujourd’hui, ce qui n’empêche pas de rechercher des investissements de qualité. De plus, par rapport aux sommets historiques des statistiques de crédit, les apports en fonds propres sont aujourd’hui beaucoup plus importants. Soit 61% contre 38% à l’époque, et les niveaux d’endettement sont plus modérés, c’est-à-dire environ cinq fois aujourd’hui contre sept fois en 2020.
Cela se traduit-il par des taux de défaut moins élevés?
Ceux-ci se situent dans la moyenne à long terme, qui est de 3%. Les opérations soutenues par des fonds de capital-investissement ont des taux de défaut inférieurs aux opérations dites «sponsorless», c’est-à-dire sans support d’un fonds d’investissement. Le principal facteur de défaut est l’effet de levier, qui explique 26% des débuts. En l’occurrence, le segment de marché sur lequel nous sommes actifs, à savoir le lower-mid market, présente des structures plus restrictives que les grands deals, c’est-à-dire avec un effet de levier plus faible et un ratio prêt/valeur d’entreprise plus bas.
Quelle est votre approche des clauses de sûreté, ou « covenants»? Quel niveau de protection exigez-vous?
Nous ne nous engageons pas, lorsque la structure des covenants n’est pas satisfaisante. 100% de nos investissements intègrent des covenants, avec de fortes protections. Comme, par exemple, un niveau de normalisation du EBITDA limité, des tests trimestriels etc..
Qu’expliquez-vous à votre clientèle quant à votre approche du crédit privé, suite aux événements précités?
Notre approche a toujours été prudente. Elle est restée constante depuis le lancement, en 2018, de notre stratégie, qui a pour objectif de s’engager sur des dossiers de qualité. Nous avons donc poursuivi cette démarche. Cela devient de plus en plus important. Nous expliquons à nos clients de s’engager avec prudence et de ne pas regarder seulement l’aspect rendement, mais d’analyser également les risques des sous-jacents.
Selon vous, le crédit privé peut-il être massifié sans poser de risques pour la stabilité financière, dès lors que les opportunités profitables de placement privé sont limitées par nature?
Le marché de la dette privée se développe et devient de plus en plus intéressant, mais il faut en effet rester prudent. Le marché devrait continuer à croître, ce qui devrait offrir suffisamment de dossiers de qualité. L’important, en tant que gérant, est d’être expérimenté pour savoir faire la part des choses. Analyser la qualité du gérant est peut-être un peu moins facile à appréhender par une clientèle retail, mais le développement de cette offre devrait aussi générer une attention supplémentaire de la part des régulateurs sur ce type de produits.
L’autre risque pour les clients retail est la liquidité, face à des produits dans lesquels on peut être bloqués entre huit et dix ans. Il faut que le client soit clairement informé des risques et qu’il comprenne l’illiquidité du sous-jacent reste illiquide. Des solutions semi-liquides telles que ELTIF 2.0 ont été mises en place pour tenir compte de ces risques.
N’est-il pas préférable pour le shadow banking de demeurer dans « l’ombre»?
C’est une bonne question, qui devrait aussi venir du côté du régulateur. Il y a de plus en plus de levier du côté des fonds de dette, c’est-à-dire dont le levier est fourni par les banques. Cela peut créer un risque systémique. Ce marché n’est certes plus un marché de niche, mais devient de plus en plus important, ce qui devrait aussi conduire à un engagement plus important de la part des acteurs comme les régulateurs ou les banques centrales en particulier.
Markus Geiger
Oddo BHF
Markus a rejoint Oddo BHF en 2018. Il en est le directeur général. Il préside le Advisor Credit Committee et il est responsable de la gestion et du développement de la dette privée au sein du groupe. Markus est titulaire d’un doctorat de l’université de Cologne et d’un master de l’ESCP Europe.
Vous aimerez aussi
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
RÉDACTION
redaction[at]sphere.swiss
PUBLICITÉ
advertise[at]sphere.swiss
ABONNEMENT
contact[at]sphere.swiss
ÉVÉNEMENTS
events[at]sphere.swiss
Case postale 1806
CH-1211 Genève 1
© 2023 Sphere Magazine
Site réalisé par Swiss House of Brands
Par Jérôme Sicard
Quelles sont les grandes différences structurelles entre les marchés du crédit aux Etats-Unis et en Europe ?
Le marché du crédit américain est sensiblement plus vaste que son équivalent européen. Les deux marchés sont liquides, mais celui des États-Unis est environ trois fois plus important. Les segments européens du high yield et des prêts à effet de levier sont plus récents et de taille plus modeste. Le tableau ci-dessous en présente les principales caractéristiques.
Comment les politiques monétaires divergentes de la Fed et de la BCE ont-elles influencé les spreads de crédit de part et d’autre de l’Atlantique ?
La Réserve fédérale américaine a procédé à plusieurs baisses de taux, tout en conservant une marge de manœuvre avant d’atteindre ce qu’elle considère comme un taux neutre, situé entre 3 % et 3,25 %. Les marchés anticipent d’ailleurs que ce niveau sera atteint dans les douze prochains mois. Ces attentes ont contribué à la compression des spreads de crédit aux États-Unis.
Dans la zone euro, la Banque centrale européenne a abaissé ses taux plus rapidement et, avec un taux à 2 %, se situe déjà à un niveau considéré comme neutre. Cette politique a également favorisé la compression des spreads en Europe et soutenu de manière décisive les perspectives de croissance, ce qui renforce les fondamentaux des entreprises et contribue à des spreads plus resserrés.
Comment comparer aujourd’hui les risques de refinancement entre les émetteurs américains et européens ?
À l’échelle mondiale, le segment high yield a progressivement gagné en qualité de notation depuis la crise financière mondiale. Les émetteurs notés CCC ne représentent plus qu’environ 8 % du marché global. Ils étaient près de 15 % en 2007. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs, comme la migration des structures de capital notées single-B vers le marché des prêts, l’élimination de certains émetteurs CCC historiques à la suite des défauts et, enfin, une émission nettement plus faible de titres CCC depuis le changement de régime de taux en 2022.
La grande majorité des émetteurs sont aujourd’hui des entreprises mieux notées, génératrices de cash-flow, disposant d’un accès aux marchés de capitaux et capables de traverser un ralentissement macroéconomique. Les ratios de stress restent donc relativement faibles. Seuls 5,5 % du marché high yield européen et un peu moins de 6 % du marché américain se traitent à des niveaux de détresse, avec des spreads supérieurs à 750 points de base. Ces cas concernent principalement des structures de capital héritées, excessivement endettées, des entreprises aux perspectives dégradées, ou une combinaison des deux.
Nous ne constatons pas de différence majeure entre les États-Unis et l’Europe. Les entreprises solides, dotées de structures de capital adaptées – soit la grande majorité dans les deux régions – conservent un accès au financement et présentent des risques de refinancement limités. À l’inverse, les profils plus fragiles font face à des perspectives nettement plus contraintes, indépendamment de leur zone géographique.
Comment expliquer le resserrement des spreads européens malgré des perspectives de croissance plus faibles ?
Une croissance plus modérée n’est pas nécessairement défavorable aux spreads, car elle a conduit la BCE à assouplir sa politique monétaire. Tant que le ralentissement ne provoque pas une hausse significative des défauts, une croissance molle reste favorable aux marchés obligataires.
Le resserrement des spreads européens s’explique également par une forte demande des investisseurs pour le portage, des fondamentaux de crédit jugés sains et l’anticipation d’un soutien durable de la BCE. Des facteurs techniques et le positionnement des investisseurs jouent également un rôle important. Les flux entrants ont été soutenus face à une offre limitée, contribuant à maintenir les spreads à des niveaux serrés. L’analyse de périodes historiques de spreads durablement bas – comme entre 1992 et 1997 ou de 2004 à 2007 – montre d’ailleurs que ceux-ci peuvent rester comprimés même dans un contexte de croissance modérée.
Où identifiez-vous aujourd’hui les opportunités les plus attractives sur le marché du crédit : aux États-Unis ou en Europe ?
Des opportunités existent dans les deux régions, mais le crédit européen nous paraît particulièrement attractif. Le high yield européen et les prêts à effet de levier ont affiché des performances supérieures à celles de leurs homologues américains au quatrième trimestre 2024 comme sur l’ensemble de l’année.
Le crédit européen offre des opportunités de portage intéressantes, notamment sur le high yield et les CLO, où les spreads demeurent relativement plus larges qu’aux États-Unis. La dispersion entre secteurs et entre émetteurs crée par ailleurs un terrain propice à la gestion active.
Aux États-Unis, nous privilégions le portage sur les maturités courtes dans des segments tels que le high yield corporate, les produits structurés et les titres agency/MBS, où les rendements attendus sont élevés au regard de la volatilité, comparativement aux produits de spread de maturité plus longue.
Comment le rebond économique observé en Europe plus tôt cette année a-t-il influencé l’appétit des investisseurs pour le crédit européen ?
La résilience des perspectives économiques européennes a constitué un soutien majeur pour le crédit. En début d’année, la croissance dans les pays périphériques a d’abord surpassé celle du cœur de la zone euro. Puis, en mars, l’annonce de la volonté de l’Allemagne d’accroître ses investissements dans les infrastructures et la défense a fortement amélioré les anticipations de croissance, soutenant le sentiment sur le crédit corporate.
Malgré cette résilience, la croissance est restée inférieure à sa tendance de long terme, ce qui a permis à la BCE de réduire ses taux à mesure que l’inflation se rapprochait de 2 %. Ce contexte a renforcé l’appétit pour les actifs risqués, y compris le crédit.
Guillermo Felices
PGIM
Guillermo Felices occupe les fonctions de Global Investment Strategist chez PGIM Fixed Income. Avant de rejoindre le groupe en 2021, Guillermo Felices était responsable de la stratégie d’investissement et membre du Multi-Asset Investment Committee chez BNP Paribas Asset Management. Plus tôt dans sa carrière, il a dirigé la recherche en allocation d’actifs pour l’Europe pour l’Europe chez Barclays, qu’il avait rejoint en 2011. Il a également travaillé pour Citi, et à la Bank of England. Guillermo est titulaire d’un doctorat et d’un MA en économie de l’Université de New York, ainsi que d’une licence en économie de l’Universidad del Pacífico à Lima, au Pérou.
Vous aimerez aussi
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
RÉDACTION
redaction[at]sphere.swiss
PUBLICITÉ
advertise[at]sphere.swiss
ABONNEMENT
contact[at]sphere.swiss
ÉVÉNEMENTS
events[at]sphere.swiss
Case postale 1806
CH-1211 Genève 1
© 2023 Sphere Magazine
Site réalisé par Swiss House of Brands
Après quinze ans de taux au plus bas, le crédit redevient un vrai terrain de jeu. Mais où prendre le risque aujourd’hui : sur la signature des États ou sur celle des entreprises ? Entre remontée des rendements, spreads serrés, regain de volatilité et retour du “flight to quality”, l’arbitrage entre dettes souveraines et corporate n’a jamais été aussi stratégique. Premier volet d’une série de quatre entretiens consacrés au crédit : le nouveau face-à-face entre obligations d’État et obligations d’entreprise.
Par Jérôme Sicard
Comment le retour de rendements plus élevés a-t-il modifié l’attrait relatif entre dettes souveraines et obligations d’entreprise ?
Le retour de rendements plus élevés a recalibré l’ensemble du marché obligataire. Si les obligations souveraines ont été longtemps délaissées en raison de leur faible rendement, elles offrent désormais un revenu compétitif et des perspectives intéressantes en termes de performance. Cela tient au fait que les rendements représentent justement aujourd’hui une part importante de la performance totale. Les obligations d’entreprise — en particulier dans le segment investment grade — restent attrayantes, car elles offrent un surcroît de spread par rapport aux obligations souveraines. Elles s’appuient par ailleurs sur des fondamentaux solides.
Les dettes souveraines sont généralement plus sûres, notamment lors de chocs qui augmentent la probabilité de baisses de taux par les banques centrales et provoquent une hausse de l’aversion au risque. Il s’en suit une demande accrue pour les actifs refuges. Quant à la dette d’entreprise, est plus risquée car, lors de ces chocs négatifs, les spreads ont tendance à s’élargir.
Quels facteurs déterminent actuellement la compression ou l’élargissement des spreads de crédit dans les marchés investment grade ?
La compression des spreads s’explique par les solides fondamentaux des entreprises — comme par exemple la résilience des bénéfices —, la perspective de baisses de taux par les banques centrales et les flux entrants vers la dette corporate. À l’inverse, l’élargissement intervient généralement lorsque des chocs négatifs se matérialisent. Ils peuvent être d’ordre géopolitique, liés à l’incertitude économique ou à une détérioration des fondamentaux chez les émetteurs.
Les facteurs techniques jouent également un rôle. C’est le cas notamment des déséquilibres entre offre et demande ou des conditions de liquidité. Bien que les spreads restent serrés, la dispersion selon les secteurs et les émetteurs souligne l’importance d’une sélection active et d’une différenciation du risque.
Quand les obligations souveraines redeviennent-elles attractives dans un contexte de “flight-to-quality” ?
Elles redeviennent attractives durant les périodes de stress de marché associées à des perspectives de croissance plus faibles et à une inflation en recul. Dans ce cas, la possibilité de baisses de taux renforce l’intérêt pour les obligations souveraines à plus longue durée, en particulier pour les investisseurs à la recherche de protection en cas de baisse. Leur attrait est d’autant plus marqué lorsque les rendements sont élevés, puisqu’elles offrent alors préservation du capital et revenu.
Dans les environnements volatils, surtout lorsque les actifs risqués trébuchent, la liquidité et la qualité de crédit de la dette souveraine deviennent essentielles. Il est cependant important de noter que les obligations peuvent également subir des ventes massives lors de périodes de stress, notamment lorsque l’inflation est appelée à progresser. Dans ces cas, elles ne procurent pas la même protection et ne constituent pas nécessairement le meilleur actif “flight-to-quality”.
Comment positionnez-vous les portefeuilles le long de la courbe de taux dans l’environnement actuel ?
Nous avons récemment adopté une position légèrement longue en duration. Cela reflète l’idée que les banques centrales disposent d’une marge pour abaisser leurs taux, en particulier la Fed. Nous accordons également une grande attention à la partie de la courbe que nous surpondérons ou sous-pondérons.
Investir sur le court terme implique une vue sur la politique monétaire des banques centrales par rapport à ce que les marchés anticipent déjà. Le segment long de la courbe requiert une évaluation des risques liés à la prime de terme, c’est-à-dire la compensation requise pour assumer le risque de duration. La forme de la courbe est également un facteur clé, en fonction des gains ou des pertes de roll-down selon les segments.
Dans ce contexte, étendre sélectivement la duration peut être avantageux si des baisses de taux se matérialisent et si les rendements sont attractifs, mais la prudence reste de mise compte tenu des risques persistants liés à l’inflation et à la géopolitique. Une flexibilité tactique — ajuster la duration au gré des signaux macroéconomiques et de la pente de la courbe — permet d’optimiser le potentiel de rendement total sans s’enfermer dans un scénario de taux unique.
Où voyez-vous aujourd’hui le meilleur équilibre rendement-risque entre dettes souveraines et dettes d’entreprise ?
Les obligations d’entreprise des marchés émergents, ainsi que certains émetteurs high yield, offrent actuellement un équilibre attractif entre rendement et risque. Malgré des spreads plus serrés, ces segments bénéficient d’une amélioration des fondamentaux, d’une diversification à l’échelle mondiale et d’une certaine discipline dans l’émission.
La dette souveraine dans les régions à rendements plus élevés constitue également une opportunité, en particulier lorsque la politique monétaire se stabilise. Cependant, une analyse approfondie du crédit et une évaluation des risques propres à chaque pays restent essentielles.
Dans l’univers investment grade, les secteurs dotés de flux de trésorerie solides et d’un faible levier demeurent attrayants, surtout s’ils sont soutenus par une analyse fine des risques idiosyncratiques.
Comment le marché primaire s’est-il comporté récemment, et qu’indique-t-il sur le sentiment des investisseurs ?
Le marché primaire a fait preuve de résilience, avec une émission régulière et une demande soutenue dans les segments investment grade comme high yield. L’appétit des investisseurs reste robuste, traduisant une confiance dans les fondamentaux du crédit et une vision constructive des taux.
Les nouvelles émissions sont bien accueillies et souvent sursouscrites, signe d’une volonté de déployer du capital malgré les incertitudes macroéconomiques. Il est possible d’en déduire que les investisseurs se positionnent pour un environnement de taux stable et sont à l’aise avec les valorisations actuelles. La sélectivité demeure toutefois essentielle, car la dispersion entre émetteurs continue de s’accentuer.
A quelle résilience vous attendez-vous de la part des émetteurs high yield face à la hausse des coûts de refinancement ?
Les émetteurs high yield ont montré une résilience notable, soutenue par des bénéfices solides, des opérations de refinancement proactives et des structures de capital disciplinées. Nous anticipons la poursuite de cette tendance, bien que la hausse des coûts d’intérêt puisse mettre sous pression les crédits plus fragiles.
Même si les fondamentaux restent solides dans l’ensemble, l’environnement se polarise. Les émetteurs dotés de flux de trésorerie robustes et d’un accès à la liquidité sont bien positionnés, tandis que ceux avec des maturités à court terme et une flexibilité réduite peuvent faire être confrontés à des difficultés. La sélection de crédit et la rotation sectorielle sont essentielles pour naviguer efficacement dans ce contexte.
Guillermo Felices
PGIM
Guillermo Felices occupe les fonctions de Global Investment Strategist chez PGIM Fixed Income. Avant de rejoindre le groupe en 2021, Guillermo Felices était responsable de la stratégie d’investissement et membre du Multi-Asset Investment Committee chez BNP Paribas Asset Management. Plus tôt dans sa carrière, il a dirigé la recherche en allocation d’actifs pour l’Europe pour l’Europe chez Barclays, qu’il avait rejoint en 2011. Il a également travaillé pour Citi, et à la Bank of England. Guillermo est titulaire d’un doctorat et d’un MA en économie de l’Université de New York, ainsi que d’une licence en économie de l’Universidad del Pacífico à Lima, au Pérou.
Vous aimerez aussi
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
RÉDACTION
redaction[at]sphere.swiss
PUBLICITÉ
advertise[at]sphere.swiss
ABONNEMENT
contact[at]sphere.swiss
ÉVÉNEMENTS
events[at]sphere.swiss
Case postale 1806
CH-1211 Genève 1
© 2023 Sphere Magazine
Site réalisé par Swiss House of Brands
Dans un contexte mondial toujours marqué par des incertitudes économiques, géopolitiques et financières, le segment haut de gamme du marché de l’art contemporain confirme sa résilience et son rôle moteur. Quant à la Suisse, elle rassure. Avec Art Basel, devenu l’un des rendez-vous les plus influents du calendrier international, elle s’impose comme une place incontournable du marché de l’art.
La Suisse ne dispose peut-être pas de la même profondeur de marché que les grandes places de l’art, mais elle sait attirer les collectionneurs internationaux en quête d’une plateforme neutre et efficace. Avec Art Basel – au même titre que les grandes ventes aux enchères de mai et novembre – elle contribue même à donner le tempo du marché de l’art mondial.
L’édition 2025 d’Art Basel, organisée en juin dernier dans un climat d’expectative, a mis en lumière une exigence accrue de cohérence dans les propositions des galeries. Le recentrage sur des valeurs sûres s’est imposé, avec des œuvres de haute qualité proposées à des prix raisonnables, visant un public de collectionneurs plus sélectif, parfois discret ou en retrait. L’attention se tourne désormais vers d’autres rendez-vous, en particulier Art Basel Paris en octobre. Cette évolution reflète une nouvelle logique de marché : moins focalisé sur la hausse continue des prix, davantage orienté vers la qualité – des œuvres comme de l’expérience d’achat.
Avant le rendez-vous dans la cité rhénane, c’est en mai et à New York que la saison de ventes aux enchères a démarré. Avec un total de 1,19 milliard de dollars de ventes pour les deux maisons leaders, Sotheby’s et Christie’s, le marché reste stable, en léger recul par rapport à 2024, mais bien au-dessus de nombreuses attentes.
Plutôt qu’un simple repli conjoncturel, cette saison illustre un recentrage net du marché. Les collectionneurs privilégient désormais les œuvres blue chip, reconnues et établies, se montrant plus prudents à l’égard du segment red chip. Dans ce climat sélectif, plus de 90 % des lots présentés par Christie’s et Sotheby’s ont trouvé preneur — un taux nettement supérieur aux moyennes historiques proches de 70 %. Un résultat qui traduit un appétit toujours soutenu pour des œuvres choisies avec discernement.
Dans ce duel toujours très scruté. c’est Christie’s qui s’impose nettement face à Sotheby’s. Avec 693 millions de dollars de ventes, Christie’s progresse de 8 % sur un an, portée par l’exceptionnelle Riggio Collection, qui a généré à elle seule près de 272 millions. Sotheby’s, en revanche, recule de 21 % et termine juste sous la barre des 500 millions, malgré un nombre supérieur de lots proposés (650 contre 550 chez Christie’s).
Plusieurs facteurs expliquent l’écart entre les deux maisons. Christie’s a misé sur une sélection plus ciblée, avec des lots emblématiques et des estimations ambitieuses mais crédibles. De son côté, Sotheby’s a bénéficié de l’«effet collection» avec la dispersion des œuvres de Barbara Gladstone, confirmant une fois encore l’importance décisive de ce levier dans la dynamique des ventes.
L’un des principaux leviers de performance de ces ventes est désormais bien connu : le système des garanties. Devenu pratique courante aux États-Unis, il permet à une maison ou à un tiers de s’engager sur un prix plancher, sécurisant ainsi le vendeur. En mai, près de 70 % des lots des ventes du soir chez Sotheby’s et Christie’s bénéficiaient de ce mécanisme. Il offre une prévisibilité accrue et illustre la financiarisation croissante du marché de l’art : une première étape de sécurisation en amont, suivie d’une compétition en salle pour capter une éventuelle marge. Un équilibre subtil, mais souvent gagnant.
Le marché devient plus stratégique et extrêmement sélectif. La demande se concentre désormais sur les artistes blue chip, grandes figures du XXᵉ siècle, avec Calder, Lichtenstein ou Hockney toujours au premier plan. On observe toutefois une certaine rationalisation : les prix n’arrachent plus de records spectaculaires, mais s’alignent davantage sur leur valeur de Une toile de Rothko s’est vendue ainsi 37 millions de dollars – une performance solide mais cohérente avec son historique. Une œuvre de Calder a atteint plus de 8 millions, tandis qu’une autre, pourtant de grande qualité, n’a pas dépassé 1,8 million. L’époque de l’emballement et des records systématiques semble révolue. Les acheteurs se montrent plus prudents, et privilégient les pièces dont les estimations sont réalistes. Résultat : les vendeurs qui acceptent de rester dans une fourchette crédible en sortent gagnants. En clair, le marché ne veut plus surpayer.
Il semble désormais préférer un corpus restreint d’une centaine d’artistes majeurs, impressionnistes et modernes compris. La logique de collection s’impose : les grandes maisons privilégient la sécurité en misant sur des valeurs historiques, validées par les musées et les galeries internationales.
À l’issue de cette saison entre Bâle et New York, une conclusion s’impose : le marché de l’art ne s’essouffle pas, il se transforme. Plus lisible, plus transparent, mais aussi plus exigeant, il offre aux collectionneurs comme aux professionnels l’opportunité de privilégier le long terme, la qualité et la cohérence. Dans un monde instable, l’art demeure une valeur-refuge — à condition de savoir où porter son regard.
Arnaud Dubois
Matis
Arnaud Dubois est le co-fondateur de matis où il dirige aujourd’hui les investissements. Spécialisé sur le marché de l’art contemporain, Arnaud Dubois accompagne depuis une décennie les collectionneurs et les investisseurs en les assistant dans la gestion de leurs actifs artistiques. Depuis 2014, Arnaud enseigne la gestion des actifs artistiques privés dans le cadre du programme de Master en Droit Privé, spécialisé dans le marché de l’art et la gestion des actifs artistiques, à l’Université d’Assas à Paris.
Vous aimerez aussi
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
RÉDACTION
redaction[at]sphere.swiss
PUBLICITÉ
advertise[at]sphere.swiss
ABONNEMENT
contact[at]sphere.swiss
ÉVÉNEMENTS
events[at]sphere.swiss
Case postale 1806
CH-1211 Genève 1
© 2023 Sphere Magazine
Site réalisé par Swiss House of Brands
Sous la pression exercée par Trump, l’Europe a fini par accepter une hausse inédite des droits de douane et s’est engagée à importer massivement énergie et armements. Cet accord déséquilibré met en lumière la faiblesse stratégique de l’Union, aggravée par ses propres blocages internes. Sans pour autant qu’il faille acter sa fin.
Dans la liste des vices du consentement, le code civil français rappelle dans son article 1137 que le dol est le fait pour un contractant d’obtenir le consentement de l’autre par des manœuvres ou des mensonges.
Si Donald Trump se présente comme un roi de l’art de la négociation, force est de reconnaître que l’Europe apparaît quant à elle passée maître dans l’art de se soumettre. La ‘’négociation’’ commerciale avec les Etats-Unis s’est en effet résumée à la convocation d’Ursula von der Leyen au milieu de l’été dans un des golfs privés appartenant au Président américain en Ecosse, pour lui annoncer des droits douane de 15%, à quelques exceptions près comme l’aéronautique ou certaines matières premières stratégiques qui n’ont d’ailleurs pas encore été clairement définies.
Un soulagement pour certains puisque ce taux est inférieur aux 20% annoncés lors du Liberation Day en avril, voire aux 30% promis en cas d’absence d’accord commun. Il n’en demeure pas moins astronomique par rapport aux 1 à 2% qui prévalaient jusqu’alors et s’affiche comme le taux de droits de douane le plus élevé depuis près d’un siècle.
Et comme si cela ne suffisait pas, l’Union Européenne s’engage à importer pour 750 milliards de dollars de combustibles, GNL et pétrole, dans les 3 ans qui viennent. S’y ajoute un engagement à augmenter les achats de puces électroniques et d’armements. Cerise sur le gâteau, comme si l’Europe souffrait d’un trop plein d’investissements internes, l’UE s’engage à investir 600 milliards de dollars sur le sol américain. L’excédent d’épargne européen va donc continuer de s’investir outre-Atlantique plutôt que de financer ses propres entreprises domestiques. En « contrepartie », les droits de douane européens sur les importations de produits américains vont être abaissés à 0% …
Tentant de se justifier dans une tribune, Ursula von der Leyen assume que « à défaut d’être parfait, c’est un accord solide ». Solidité dont on peut d’ailleurs douter quand on constate la volatilité et la versatilité des décisions du 47e Président américain. Mais il est vrai que l’Europe sait fort bien se tirer elle-même des balles dans le pied. Mario Draghi remarquait que les barrières réglementaires et normatives intérieures en Europe sont un frein plus important au commerce que les taxes douanières américaines. Le FMI estime que l’ensemble des freins non douaniers au commerce au sein de l’UE est équivalent à 44% de droits de douane pour le secteur manufacturier, et même à 110% pour les services. Si bien que notre commerce intra-Etats européens est inférieur de moitié à celui des Etats fédérés américains entre eux. Mario Draghi ajoute que l’application du RGPD en Europe aurait réduit les bénéfices des petites et moyennes entreprises ainsi que des entreprises de taille intermédiaire de 12% !
Pour sa part, la Suisse se voit infliger un traitement de choc avec 39% de droits de douane et quelques rares exceptions sectorielles. Il est grand temps que l’Europe réagisse et, par une gouvernance retrouvée, affirme son rôle de marché intérieur mondial de premier plan. Si, pour paraphraser Mark Twain, les rumeurs sur la mort de l’UE sont largement exagérées, le temps de l’action est venu, sinon un hypothétique futur accord pour la reconstruction de l’Ukraine tournerait lui aussi au fiasco.
Olivier de Berranger
La Financière de l’Echiquier
Olivier de Berranger est le directeur général et le co-CIO de La Financière de l’Echiquier. Il a occupé depuis 1990 des postes de trader, ainsi que de responsable de desk de trading sur les produits de taux d’intérêt, cash et dérivés au Crédit Lyonnais puis chez Calyon. Il a ensuite été responsable du pôle Capital Markets chez First Finance. Olivier de Berranger rejoint La Financière de l’Échiquier en mars 2007 en qualité de gérant obligataire. Après être devenu directeur de la gestion taux, crédit et diversifié, il est nommé en 2017 directeur de la gestion d’actifs et entre au comité de direction. En décembre 2023, il en devient directeur général de LFDE. Olivier de Berranger est diplômé d’HEC.
Vous aimerez aussi
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
Markus Geiger
Oddo BHF
« Pour la dette privée, nous recommandons à nos clients de de s’engager avec prudence»
RÉDACTION
redaction[at]sphere.swiss
PUBLICITÉ
advertise[at]sphere.swiss
ABONNEMENT
contact[at]sphere.swiss
ÉVÉNEMENTS
events[at]sphere.swiss
Case postale 1806
CH-1211 Genève 1
© 2023 Sphere Magazine
Site réalisé par Swiss House of Brands