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Solutions Investissements

  • Interview Hans-Marius Lee Ludvigsen
  • Lead portfolio manager
  • DNB Asset Management

« Du pire au meilleur sur le marché nordique des Small & Mid Caps »

Le marché nordique des petites et moyennes capitalisations est un paysage complexe où une forte volatilité rencontre un fort potentiel de croissance. Dans le contexte de la récession de 2022, les investissements stratégiques dans des secteurs résilients tels que les énergies renouvelables et la technologie, au Danemark et en Suède, balisent le chemin pour la croissance future.

Francesco Mandalà

Du point de vue de l’investisseur, qu’est-ce qui définit ce marché nordique des Small & Mid Caps?

Les marchés nordiques, dans le segment Smalll & Mid, sont des écosystèmes dynamiques qui offrent des opportunités en termes d’innovation et de croissance. Les entreprises sont souvent à l’avant-garde dans leur secteur d’activité. Ellles facilitent le changement et la croissance grâce à des technologies de pointe et des pratiques durables.

Vos vues suggèrent un marché contrasté. Pour le marché nordique des petites capitalisations, vous parlez de “pire” et de “meilleur”. Pourquoi cette dichotomie ?

Oui, c’est un marché qui met à l’épreuve les investisseurs. Du côté du “pire”, il lui arrive d’être impitoyable, avec des fluctuations de prix qui peuvent décourager les plus timorés. C’est ce qui s’est passé l’année dernière. Dans le meilleur des cas, c’est une mine de trésors pour l’investisseur stratégique qui se projette sur le long terme. Nos perspectives sur la durée restent d’ailleurs positives, car les performances historiques ont montré que la trajectoire de croissance a récompensé les investisseurs résilients, malgré la volatilité à court terme.

Comment les pays de ce marché se comparent-ils entre eux ?

La Suède a traditionnellement été l’indicateur de référence, compte tenu de sa taille et de la diversité des entreprises de son segment Small Caps. Cependant, nous avons constaté un changement. Les marchés danois et finlandais se sont surpassés, avec des secteurs comme la santé et la technologie en tête. Le Danemark a fait preuve d’une résilience et d’une performance sectorielle remarquables, ce qui a séduit les investisseurs en quête de stabilité et de croissance.

L’année 2022 a été marquée par un ralentissement notable. Selon vous, le marché a-t-il atteint son point le plus bas ou la volatilité va-t-elle encore s’accentuer ?

Bien qu’il y ait un potentiel de volatilité supplémentaire, les fondamentaux de nombreuses entreprises restent solides. La baisse a également ouvert des opportunités d’achat qui n’existaient pas auparavant. Il pourrait s’agir d’un point d’entrée stratégique pour les investisseurs à long terme, mais il est essentiel d’adopter une approche d’investissement perspicace axée sur les fondamentaux.

Pourriez-vous nous donner un aperçu de certains investissements spécifiques et de leur trajectoire ?

Nous avons réalisé plusieurs investissements stratégiques dans différents secteurs. Par exemple, dans le domaine des énergies renouvelables, nous avons investi dans des entreprises qui contribuent à la transition verte, une priorité dans la région nordique. Ces investissements ont fait preuve de résilience, même en période de ralentissement du marché, ce qui témoigne de l’importance croissante de la durabilité. Dans le secteur des technologies, nous avons soutenu des entreprises leaders dans le domaine des logiciels et des services numériques, qui ont affiché une croissance substantielle malgré les difficultés générales du marché. Notre philosophie d’investissement consiste à soutenir des entreprises qui non seulement présentent un potentiel de croissance, mais qui ont également un impact positif sur la société et l’environnement.

Hans-Marius Lee Ludvigsen

DNB Asset Management

Hans-Marius Lee Ludvigsen a rejoint DNB Asset Management en 2019. Il est membre de l’équipe Actions nordiques et gère le DNB Fund Nordic Small Cap. Auparavant, il a occupé différents postes chez Swedbank/Kepler Cheuvreux et a travaillé comme analyste dans un fonds d’actions nordiques chez Pareto Asset Management. Hans-Marius Lee Ludvigsen est titulaire d’un MSc en finances de la Norwegian School of Economics.

Cryptos

Solutions Investissements

  • Samir Kerbage
  • Chief Investment Officer
  • Hashdex

Lancement des ETF bitcoin : les premières leçons après un mois

Pour leur lancement, les ETF bitcoins ont déjà réussi à lever près de quarante milliards de dollars. Une performance appréciable qui ouvrent des perspectives plutôt attrayantes pour une classe d’actifs appelés à se développer sur le long terme, comme l’explique Samir Kerbage.

Francesco Mandalà

Aux États-Unis, le lancement des ETF bitcoin au comptant a été un moment décisif pour le monde crypto. Ces produits ouvrent en effet un marché de 50’000 milliards de dollars aux investisseurs de tous bords. Ils ont désormais accès au bitcoin sous la forme peut-être plus familière familière d’un ETF. Il a fallu dix ans pour en arriver là, un long chemin, et les mois précédant les approbations de janvier ont vu se multiplier les interrogations sur l’impact que pourraient bien avoir ces ETF. Un mois plus tard, on y voit bien évidemment plus clair, en se concentrant sur trois grandes questions.

Quel a été l’impact immédiat des ETF ?

Il y a eu énormément d’excitation dans les mois et les semaines précédant le lancement des ETF bitcoin. Cependant, leur sortie le 11 janvier s’est accompagnée d’une baisse de prix de courte durée, due principalement au GBTC, le trust bitcoin de Grayscale converti en ETF. À ce moment-là, GBTC détenait environ 30 milliards de dollars de bitcoins mais ne disposait pas d’options de rachat. Il s’en est suivi une importante décote de la valeur nette d’inventaire. Anticipant une conversion de trust en ETF, de nombreux traders ont acheté des actions GBTC à prix réduit. La conversion approuvée a déclenché des rachats de GBTC alors que les traders à court terme clôturaient leurs positions et que les investisseurs à long terme quittaient le produit. Malgré les entrées dans d’autres ETF, l’effet net a consisté en une vente substantielle de bitcoins, et donc une baisse des prix. Les rachats de GBTC ont ensuite ralenti, tandis que les investissements dans d’autres ETF ont augmenté, entraînant des flux nets positifs. Au cours du mois écoulé, les ETF bitcoin ont enregistré plus de 3,2 milliards de dollars de flux nets et le prix du bitcoin a augmenté de plus de 27%.

Où en sommes-nous actuellement ?

Bien que l’importance de ces nouveaux flux ne soit pas surprenante au vu de la demande, le premier mois a dépassé les attentes. Dans la mesure où il s’agit d’un tout nouveau type d’ETF, les comparaisons directes avec d’autres classes d’actifs sont difficiles. Mais la thèse d’investissement la plus solide qui prévaut pour le bitcoin en ce moment – celle d’une réserve de valeur émergente, ou or numérique – permet une comparaison raisonnable entre les ETF bitcoin et les ETF or. Un rapport de Coinbase Institutional a noté que les entrées nettes pour les ETF bitcoin au cours de leur premier mois ont dépassé celles enregistrées par l’ETF SPDR Gold Shares (GLD) de State Street au cours de son premier mois – l’un des lancements d’ETF les plus réussis de tous les temps.

A la lecture de ces chiffres seuls, le succès des ETF bitcoin aux États-Unis apparait clairement. Plus important encore que ces chiffres, il y a ce que ces nouveaux flux signifient pour l’avenir du bitcoin comme cas d’investissement. Il semble bien que ces ETF ont consolidé la place du bitcoin dans les portefeuilles, certainement appelée à croître avec le temps. Nous n’en sommes cependant qu’aux phases d’initiation. Les investisseurs ont encore beaucoup à apprendre sur cette classe d’actifs, et leur allocation en bitcoin prendra forme sur le long terme, au fil des mois et des années.

Que nous dit le dernier mois sur l’avenir des ETF bitcoin ?

Le bitcoin est revenu à une valorisation proche des 1’000 milliards de dollars. Bien qu’il puisse encore y avoir des facteurs contribuant aux sorties de GBTC en particulier, tels que ceux liés à la faillite de Genesis, nous ne voyons pas de signes structurels indiquant un possible ralentissement de la demande. Les 37 milliards de dollars déjà investis dans les ETS bitcoins laissent penser que leurs encours pourraient vite dépasser ceux des ETF or, évaluant aujourd’hui autour des 100 milliards. Après une année tumultueuse en 2022, et une année de reprise en 2023, l’institutionnalisation des devises cryptos – orchestrée avec succès – créent aujourd’hui de belles opportunités pour toute l’industrie.

Samir Kerbage

Hashdex

Samir Kerbage est le Chief Investment Officer de Hashdex. Pendant près de dix ans, il a travaillé à la construction d’infrastructures pour les marchés financiers. Il a contribué par exemple à des projets majeurs tels que l’ATS Brasil chez Americas Trading Group et le lancement d’une entreprise de trading à haute fréquence. Samir Kerbage, est diplômé en génie informatique de l’Instituto Militar de Engenharia, au Brésil.

Fardeau

Solutions Investissements

  • Corrado Varisco
  • Responsable de la recherche
  • bridport & cie

Le relèvement des taux complique un peu plus les aléas de la dette publique

Comparée au PIB, la dette publique atteint des niveaux sans précédent et cette tendance haussière semble inéluctable. Le nouvel environnement de taux rend la situation un peu plus tendue, ainsi que le souligne Corrado Varisco.

Francesco Mandalà

Dans le passé, c’était presque une « interdiction » d’avoir un niveau d’endettement élevé par rapport au PIB. Le pire des sacrilèges ! Aujourd’hui, ce tabou ne semble plus être d’actualité. Mais est-ce justifié ?

La majorité des dettes étatiques se situe à des niveaux historiquement élevés et devrait continuer à croître en raison de de plusieurs tendances séculaires déjà en place. Les interdictions traditionnelles concernant les ratios dette/PIB élevés ne semblent s’appliquer désormais qu’aux pays ne pouvant pas se refinancer facilement. Le Japon pourrait maintenir un ratio de 250 % du PIB, les US pourraient dépasser 150 %, et ainsi de suite. Mais quand cette spirale s’arrêtera-t-elle ? Il n’est pas facile d’y répondre, bien que des risques à long terme subsistent clairement.

Si cette conjoncture était soutenable avec une faible inflation et des liquidités abondantes, la situation actuelle a changé la donne, ce qui rend la mobilisation de capitaux encore plus urgente. Ce processus entraîne une polarisation entre les pays qui peuvent facilement continuer à émettre de la dette et à se refinancer, et ceux qui ne le peuvent pas ou difficilement.

Dans les économies qui ont alimenté la croissance économique mondiale au cours de la dernière décennie – Etats-Unis, Union européenne et Chine), la dette est appelée à continuer de croître en raison de multiples facteurs. C’est le cas par exemple du vieillissement démographique et de la diminution de la population en âge de travailler. Le coût des retraites et des soins de santé va croître d’autant. Il y a aussi la « révolution verte », dont la mise en œuvre nécessitera d’énormes capitaux. Le secteur de la défense et de la sécurité aura besoin aussi d’importants investissements, compte tenu des événements géopolitiques récents, de l’augmentation des flux migratoires et de la désobéissance sociale.

Prenons l’exemple de la France, dont la note de crédit a été dégradée l’année dernière, suite à la difficulté du gouvernement à relever l’âge de la retraite à 64 ans. La réalité est qu’une augmentation minime des coûts d’emprunt, ne serait-ce que d’un petit point de pourcentage, peut avoir au final un effet cumulatif considérable sur une décennie.

Passons maintenant aux Etats-Unis. La dette nationale y a dépassé le chiffre stupéfiant des 34 000 milliards de dollars et elle augmente à un rythme frénétique de près de 3 000 milliards par an. Les paiements d’intérêts annuels sur cette dette dépassent les 1 000 milliards. Il est prévu que ces paiements atteindront 1’300 milliards au cours des 12 à 18 prochains mois. Si cette tendance se poursuit, la spirale de la dette ne fera que s’élever de manière alarmante. Mais au niveau politique, il n’y a pas de réelle volonté d’affronter le problème de manière structurelle.

De nombreux mécanismes traditionnels utilisés pour échapper à la dette – comme la croissance économique via le commerce mondial – ne peuvent plus être tenus pour acquis. Cela est particulièrement problématique pour les pays émergents les plus faibles. En outre, augmenter le potentiel de croissance économique nécessiterait l’adoption de réformes qui pourraient s’avérer politiquement coûteuses. Certains pays pourraient alors être tentés de laisser « courir » l’inflation pour éroder la valeur de leur dette. Mais cela ne résoudra pas les principales causes qui ont conduit à cette augmentation.

L’avenir ne semble donc pas être des plus réjouissants. Nous nous attendons à une augmentation continue de la dette publique, tirée par les pays développés, qui peuvent encore se financer sur les marchés, à la différence des pays émergents les plus faibles. Il y aura une forte concurrence pour les liquidités des investisseurs, ce qui impliquera la nécessité de taux réels durablement positifs et hauts. Le risque de défaut va être globalement plus élevé, comme aussi l’exigence de retours sur investissement, compte tenu des risques plus importants et de la concurrence accrue pour le capital. Les pays les plus vulnérables devraient donner la priorité aux investissements dans l’éducation, la transition énergétique durable et les soins de santé afin de stimuler la croissance économique à long terme. Cela inclut aussi les pays développés ayant des niveaux d’endettement importants, où le service de la dette représente une partie importante du budget public, à l’image de certains pays périphériques de l’Union européenne.

Corrado Varisco

bridport & cie

Corrado Varisco occupe depuis l’an passé le poste de responsable de la recherche chez bridport & cie. Corrado a plus de vingt ans d’expérience sur les marchés obligataires avec une spécialisation dans la dette à haut rendement et la dette des pays émergents. Il a débuté sa carrière professionnelle en 2021 à la banque BSI, à Lugano, en tant qu’analyste. Il est devenu ensuite co-responsable de la gestion de portefeuille décentralisée pour l’équipe Amérique latine de BSI. En 2011, Corrado a rejoint la banque CBH à Genève où il a officié en tant que responsable de l’offre et de l’analyse obligataires. Il y a également occupé les fonctions de gestionnaire de portefeuille.

Crypto

Solutions Investissements

  • Géraldine Monchau
  • Digital Developer
  • Sphere

Tether, un nouveau Goldman Sachs en puissance

Au dernier trimestre, Tether, l’émetteur du stablecoin USDT, a dégagé plus de profits que Goldman Sachs, une performance notoire qui illustre parfaitement l’ampleur que prend ce segment des crypto-monnaies. Une tendance appelée à durer, comme le souligne Géraldine Monchau, une experte en la matière.

Francesco Mandalà

Ce n’est pas un mince exploit. Tether, qui émet le stablecoin USDT, a réussi à générer 2,86 milliards de profits lors du dernier trimestre 2023. Pourtant habituée aux premières places, la banque Goldman Sachs a dû se contenter de 2,01 milliards de dollars. La performance de Tether est d’autant plus remarquable que la société fonctionne avec une micro-équipe de 125 employés. Chez Goldman Sachs ils ne sont pas loin des 50’000 !

Les 2,85 milliards de bénéfice opérationnel net proviennent des intérêts sur les bons du Trésor américain, qui ont rapporté 1 milliard de dollars, et de l’appréciation des réserves en or et en bitcoins comptabilisées dans les livres. Sur l’année, le bénéfice total s’élève à 6,2 milliards de dollars, renforçant ainsi la réputation de Tether comme acteur de premier plan dans le secteur des crypto-monnaies. Les actifs sous gestion de Tether s’élèvent à 98,5 milliards de dollars, dont 91,6 milliards de dollars en USDT et 5,4 milliards de dollars en réserves excédentaires.

Tether est d’ailleurs devenu le plus grand stablecoin en termes de capitalisation boursière. Elle approche le seuil des 100 milliards de dollars qu’elle devrait franchir sous peu. La valeur de l’USDT, émis par Tether, est adossée au dollar américain. Pour ceux qui auraient raté un épisode, les stablecoins sont des actifs numériques peu volatils qui conservent généralement une valeur stable. Ils sont utilisés par des personnes du monde entier pour transférer et stocker de l’argent sans passer par des banques ou des institutions centralisées. Les négociants en cryptomonnaies emploient par exemple des stablecoins pour effectuer des transferts entre différentes cryptomonnaies ou pour transférer leurs investissements vers ou depuis des monnaies fiduciaires, les FIAT.

Les stablecoins se sont développés très rapidement ces dernières années car ils combinent le caractère décentralisé des crypto-monnaies avec la stabilité des actifs financiers plus traditionnels auxquels ils sont associés. Le marché pèse aujourd’hui 130 milliards de dollars mais le courtier Bernstein le voit atteindre les 3’000 milliards d’ici 2028. Pour Bernstein, ce potentiel de croissance repose à terme sur l’adoption des stablecoins par les plateformes de paiement comme Paypal ou Shopify.

Avec son USDT, Tether s’est donc magnifiquement positionné sur ce secteur. Mais l’entreprise veut également se diversifier en construisant des infrastructures destinées à d’autres secteurs stratégiques tels que l’IA, les télécommunications peer-to-peer, le minage de Bitcoin et la production d’énergie renouvelable.

La montée en puissance de Tether a donné lieu à quelques échanges particulièrement animés entre JPMorgan et Tether. JPMorgan a en effet exprimé des craintes quant à l’impact de Tether sur le marché plus large des crypto-monnaies, s’inquiétant de son “manque de conformité réglementaire et de transparence”. Paolo Ardoino, le PDG de Tether, est alors monté au créneau pour dénoncer l'”hypocrisie” du géant de Wall Street, s’amusant que JPMorgan se soucie de la position dominante de Tether sur le marché des crypto-monnaies alors qu’elle est elle-même est la plus grande banque du monde!

Quelques soient ces mouvements d’humeur, il est clair que le marché des stablecoins ne peut plus être ignoré au vu de la tendance de fond dans laquelle il s’inscrit. Dans les pays touchés par l’hyperinflation, il offre un excellent recours. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Tether ait annoncé récemment le lancement de Tether Edu. Ce pôle se concentrera sur les marchés émergents, offrant des cours et des programmes hybrides dans les domaines de la blockchain, de l’intelligence artificielle et du design, entre autres domaines. Tether entend bien être un “pivot pour favoriser la prospérité économique et le développement durable” et compte bien s’engager dans la durée. Ayant gagné plus d’argent que 95 % des entreprises du S&P 500 au cours du dernier trimestre, son modèle d’affaire devrait continuer à fasciner l’industrie pendant encore quelque temps.

 

Géraldine Monchau

Géraldine Monchau dirige les développements de SPHERE. Elle a débuté son parcours professionnel dans la finance traditionnelle où elle a occupé des postes à responsabilité liés à la gestion de portefeuille discrétionnaire et à l’advisory. Elle a ensuite rejoint l’industrie de la technologie blockchain et des actifs numériques. Géraldine est diplômée de l’IUHEI, du CFPI et du CAIA. Co-fondatrice de Women in Web3 Switzerland, elle est membre du comité scientifique du CAS Blockchain HEG.

Fixed Income

Solutions Investissements

  • Interview Svein Aage Aanes
  • Responsable Fixed Income
  • DNB Asset Management

“High yield : la dynamique des marchés nordiques”

Des niveaux élevés d’éducation, de maîtrise technologique et un engagement important en faveur de la durabilité portent la réussite économique des pays nordiques. Svein Aage Aanes explique pourquoi, dans ce contexte, les investisseurs qui privilégient le segment obligataire pourraient être positivement surpris par ce marché, malgré les défis posés par le secteur de l’énergie.

Francesco Mandalà

Pourquoi les pays nordiques sont-ils particulièrement intéressants en ce moment ?

Ils se distinguent d’abord par leurs économies robustes et innovantes. Ils sont connus pour leur bonne gouvernance, leur transparence et le caractère durable de leurs pratiques commerciales. Ils offrent donc un mélange de stabilité et de politiques progressistes qui séduit. Leur engagement dans les technologies de pointe, l’importance accordée à l’écologie et le bien-être social les rend en plus particulièrement attrayants pour les investisseurs qui misent sur le long terme.

Si l’on analyse la croissance économique de ces pays nordiques, quels sont les principaux moteurs qui en expliquent la vigueur ?

Leur force économique est principalement due à leurs business models innovants, à leurs niveaux élevés d’éducation et de maîtrise technologique, ainsi qu’à leur engagement en faveur de la durabilité, qu’elle soit sociale ou environnementale. Ces économies bénéficient par ailleurs d’un niveau élevé de confiance dans la société, de la qualité des services publics et d’une vision politique sur le long terme. Tous ces éléments réunis créent une base solide pour une croissance économique durable.

Comment les différents pays nordiques se sont-ils développés ces dernières années ?

Les grandes économies nordiques, telles que la Suède et la Norvège, ont fait preuve de croissance et de résilience. Sur le plan de la croissance, la Suède, grâce à son secteur technologique et ses startups, s’est d’ailleurs imposée comme un leader européen. La Norvège, portée par sa richesse pétrolière, a beaucoup investi dans les pratiques et les technologies durables. L’accent mis par le Danemark sur les énergies renouvelables et les avancées de la Finlande dans les domaines de la technologie et de l’éducation témoignent par ailleurs de la diversité des atouts de la région. Chaque pays, bien qu’ayant des caractéristiques uniques, contribue de manière significative à la stabilité et à l’attractivité globales de toute la région.

En ce qui concerne la classe fixed income, quelle est la dynamique du marché nordique par rapport au reste de l’Europe ?

Dans les pays nordiques, le marché obligataire, et le segment high yield en particulier, ont traversé quelques moments difficiles. Néanmoins, contrairement à certains marchés européens qui ont dû faire face à des défis importants, le marché nordique est resté relativement sécure, sans afficher de grande volatilité. Cela s’explique en partie par les politiques fiscales rigoureuses de ces pays et par la diversité des émetteurs qui attirent tant les investisseurs nationaux qu’internationaux.

A propos des high yield, quelles tendances se sont dégagées ces dernières années ?

Le marché nordique des high yield a connu une croissance significative, avec une augmentation des volumes d’émission parallèle qui a suivi l’intérêt croissant des investisseurs. Ce qui est principalement dû à la stabilité économique de la région, à la bonne gouvernance de ses entreprises et aux rendements relativement attractifs offerts par les obligations à haut rendement de ces pays quand on les compare aux autres marchés européens. Nous avons par ailleurs constaté un intérêt particulier pour les secteurs des énergies renouvelables, de la technologie et de la santé.

Quelle est la stratégie que vous recommandez aux investisseurs qui s’intéressent aux spreads de crédit et se concentrent sur les obligations à haut rendement ?

Les investisseurs qui s’intéressent à ce genre de titres peuvent bénéficier de spreads de crédit relativement stables dans une gamme diversifiée. Mais attention, bien que le marché offre des rendements compétitifs, les investisseurs doivent néanmoins faire leur due diligence et bien tenir compte des risques spécifiques associés à chaque secteur. Une bonne diversification entre les différents secteurs et les différents pays scandinaves peut contribuer à atténuer ces risques.

Comment intégrez-vous les critères ESG dans vos processus d’investissement ?

Pour nous, la prise en compte des critères ESG n’est pas une simple déclaration d’intention. Elle fait partie intégrante de nos processus d’analyse et de prise de décision en matière d’investissement. Nous procédons à des évaluations ESG détaillées pour chaque investissement, en examinant des facteurs tels que l’impact environnemental, la responsabilité sociale et la gouvernance. Nous sommes convaincus que les entreprises qui ont des pratiques ESG solides sont mieux positionnées pour réussir à long terme, ce qui correspond d’ailleurs à notre philosophie d’investissement.

Svein Aage Aanes

DNB Asset Management

Svein Aage Aanes a rejoint DNB Asset Management en 1998 en tant que gérant de portefeuille, spécialisé sur le marché obligataire norvégien. En 2000, il a été nommé à la tête de l’équipe fixed income. Avant de rejoindre la société, il était économiste à la Den Norske Bank. Entre 1991 et 1996, il a été professeur assistant et chercheur en économie à la Norwegian School of Economics and Business. Il a également effectué un séjour de recherche à l’université de Harvard. Svein Aanes est titulaire d’un master en économie de la Norwegian School of Economics and Business Administration

Projecteurs

Solutions Investissements

  • Benoit-Gilles Cambier
  • CEO
  • Conduit Suisse

« C’est maintenant au tour de l’Asie de prendre la lumière »

Benoit-Gilles Cambier dirige le développement en Suisse du groupe Conduit, qui s’est installé en 2015 à Singapour pour approcher au plus près les opportunités qui émergeaient dans la région. Depuis, elles n’ont cessé de se multiplier bien qu’elles ne remontent pas autant qu’elles devraient dans les stratégies d’allocation.

Francesco Mandalà

Comment se fait-il que Conduit Group soit aussi canalisé sur l’Asie ?

Historiquement, le groupe est né à Singapour en 2015, avec une assise managériale très axée sur l’Asie. Avant de créer Conduit, les fondateurs ont en effet longtemps travaillé dans la banque d’investissement entre Singapour, Hong Kong, Tokyo et Kuala Lumpur. Depuis, le groupe s’est développé à l’international – en Suisse, en Finlande et bientôt en Australie – mais il a conservé ce focus Asie, qui structure son ADN. Conduit Suisse, ouvert en voilà maintenant cinq ans, se veut donc un relais, un “conduit” évident entre les marchés asiatiques et les gestionnaires de fortune présents en Suisse.

Quelles sont les grandes tendances sur lesquelles vous avez voulu vous positionner ?

Il s’agit avant tout d’une histoire de croissance. En Asie, les perspectives sur le long terme sont tout simplement extraordinaires. C’est ce qui a motivé la création de Conduit en 2015 et c’est ce qui drive encore aujourd’hui son développement. Pour nous, nous en sommes arrivés au stade où c’est au tour de l’Asie de prendre la lumière. Je vous donne trois chiffres pour situer le contexte. L’Asie, c’est 60% de la population mondiale, plutôt jeune, éduquée, hautement qualifiée, 50% de son PIB mais elle n’apparait qu’à hauteur de 18% dans l’indice MSCI World. Autant dire que nous anticipons un sérieux effet de rattrapage.

En Asie, les marchés boursiers ont pris énormément de profondeur ces dernières années. Ils présentent encore quelques pièges, mais il est beaucoup plus sûr d’y investir aujourd’hui. Nous trouvons sur ces marchés beaucoup d’entreprises de grande qualité, peu endettées, avec un taux de croissance très supérieure à la moyenne du S&P500 et des valorisations beaucoup plus attrayantes. Elles se négocient à des PE ratios très inférieurs à ceux du S&P500, malgré leurs meilleurs fondamentaux.

Et c’est ainsi que notre offre asset management s’est construite autour de l’Asie. Nous avons d’ailleurs une approche assez semblable avec l’alternatif au sens le plus large : marchés privés, trade finance, métaux précieux, pays émergents voire frontières. Nous avons pris la mesure de ce qu’il apporte en termes de décorrélation avec les autres classes d’actifs et de résilience, surtout en ces temps agités. Il occupe donc une place importante dans nos stratégies.

Comment les faiblesses du marché chinois impactent-elles le reste de la Région ?

Dans l’immédiat, il est vrai que la Chine rencontre des difficultés mais, encore une fois, mous préférons nous projeter sur le long terme. Or, les marchés chinois ne reflètent pas vraiment la puissance de l’économie chinoise, ni sa capacité à s’inscrire dans la durée. Elle bénéficie d’institutions solides qui lui garantissent dans le temps une vraie stabilité. A l’inverse de beaucoup de pays occidentaux, la Chine ne va pas changer de régime ou d’orientation du jour au lendemain.

Quelles sont les stratégies que vous avez mises en place pour aborder ces marchés asiatiques?

Asia Wealth est notre stratégie “maison” qui synthétise ce que nous considérons comme des opportunités exceptionnelles dans cette région. Le fonds a été pensé comme un 60/40 qui permette de capturer ces opportunités, tout en évitant les corrections brutales comme celles qui ont malmené la plupart des stratégies équilibrées traditionnelles en 2022. Je rappelle que nous avons un pôle wealth management à Singapour et que la préservation du capital décide naturellement de nos stratégies d’investissement. Dans ce 60/40, nous avons inclus par exemple une approche trade finance revisitée qui répond à l’énorme déficit de financement des SMEs dans ce domaine et un portefeuille actions qui ne se limite pas exclusivement aux valeurs chinoises. Sa couverture est beaucoup plus large. En ce moment, nous nous intéressons beaucoup au Vietnam, un pays frontière extrêmement prometteur.

 

Benoit-Gilles Cambier

Conduit Suisse

Benoit.Gilles Cambier dirige les activités du groupe Conduit, dont le siège est à Singapour. Il a rejoint ce groupe en 2018, en tant qu’associé, et il en a créé la filiale suisse en septembre 2018. Benoit-Gilles a travaillé pendant plus de vingt ans dans la banque d’investissement et dans l’univers des produits structurés à New York, Londres, Singapour et Madrid. Il a notamment fait partie du comité de direction de Standard Chartered FIC Global et de Santander FIC Europe. Il est titulaire d’un master en ingénierie de Télécom Paris ainsi que d’un MSc en mathématiques financières de l’Université de Paris.