Mindset

Solutions Investissements

  • Aman Kamel
  • Gestionnaire de fonds
  • Trillium

La culture de l’innovation, moteur de l’économie américaine

Les performances des marchés américains répondent à plusieurs variables, mais il est certains facteurs plus structurels qui s’avèrent décisifs sur le long terme. Pour Aman Kamel, il faut commencer par l’entrepreneuriat, la prise de risques et plus encore le goût prononcé pour l’innovation.

Francesco Mandalà

Avec une performance annualisée sur 10 ans de près de 11% pour le S&P 500, à la fin décembre, et de près de 18% pour le Nasdaq-100, le marché américain reste incontournable. L’écosystème qu’il a développé – modèle de performance et d’efficience – a fait des Etats-Unis l’un des pays les plus innovants qui soient. Les Etats-Unis demeurent d’ailleurs à ce jour la première puissance scientifique et technologique à l’échelle planétaire. La culture américaine qui encourage l’entrepreneuriat et l’engagement des universités dans la recherche appliquée a su créer au final un cercle vertueux. En outre, la proximité qui s’est établie avec le temps entre les entreprises et le monde universitaire facilite les interactions et facilite transferts technologiques. Tout au long de leur cursus, les étudiants sont incités à conduire leurs travaux dans une logique entrepreneuriale. La Silicon Valley est la parfaite illustration de cet état d’esprit. Pour s’en persuader, il suffit de regarder du côté de Stanford. Plusieurs géants de la tech ont été lancés sur son campus, à l’image de Google ou de HP. Bien évidemment, le MIT et Harvard ne sont pas en reste.

Pour ajouter à ce socle, le financement de projets est devenu aussi l’une des principales lignes de force de cette économie. Les Etats-Unis peuvent ainsi produire des startups en masse, dans la mesure où des fonds spécialisés sont passés maîtres dans l’art d’en financer le lancement, puis le développement. En 2022, ces startups – présentes essentiellement sur le segment Small & Mid – ont capté plus de 200 milliards de dollars, un montant très largement supérieur à celui qui est octroyé en Asie et en Europe.

Une partie des capitaux ainsi alloués proviennent de plus en plus de grands groupes mondiaux, qui veulent garder le contrôle sur les technologies émergentes, créatrices de valeur à long terme. Nombre d’entre eux se sont aussi renforcés ces dernières années par la voie de la croissance externe en rachetant un nombre record d’entreprises moyennes en pleine croissance sur de nouveaux créneaux. De belles opérations ont ainsi eu lieu en 2023. Amazon s’est emparé de de One Medical pour 3,8 milliards de dollars. IBM, avec le rachat d’Apptio pour 4,6 milliards entend pousser son développement dans le cloud hybride et l’IA. Quant à Cisco, qui veut se renforcer dans la cybersécurité, elle a déboursé pas moins de 28 milliards pour l’acquisition de la Splunk pour 28 milliards. Au passage, tous ces géants mettent la main sur d’importants réservoirs de talent.

Créateurs de valeur sur la durée, les entreprises américaines savent depuis toujours que l’innovation est un formidable levier de croissance et justifie à ce titre des investissements conséquents. En 2022 aux Etats-Unis, le budget alloué au secteur de recherche et développement avoisinait ainsi les 600 milliards de dollars ! Si le R&D était une discipline olympique, les Etats-Unis collectionneraient les médailles. Et près de 70’000 brevets ont été déposés dans le pays cette même année. L’essor de l’Intelligence Artificielle est un parfait exemple de l’évolution que les Américains ont appris à donner chez eux aux nouvelles technologies.

Historiquement, le gouvernement américain a toujours soutenu d’importants programmes de politique industrielle par le biais d’investissements sur le modèle public-privé. Ils ont été essentiels pour asseoir la compétitivité des Etats-Unis au siècle dernier. Aujourd’hui, l’IIJA – 550 milliards sur dix ans, CHIPS – 200 milliards sur cinq ans et l’IRA – 369 milliards sur dix ans – poursuivent cette mission. Ils sont conçus pour attirer et accélérer les investissements privés afin de renforcer la capacité de l’économie américaine, tant au niveau global que dans quelques secteurs clés. Il en va ainsi des semi-conducteurs et des énergies renouvelables. De facto, ces apports ont contribué à augmenter les dépenses en formation afin de s’assurer une main-d’œuvre qualifiée dans des industries en mutation. Il est clair que les valorisations actuelles sur les marchés US peuvent sembler élevées pour certaines sociétés. C’est le cas notamment d’Apple, Amazon et Tesla. Mais il ne faut jamais perdre de vue que le dynamisme et la création de valeur s’accompagnent forcément d’un « premium », d’un coût sur lequel se déterminent les bénéfices futurs.

AMAN KAMEL

Trillium

Aman Kamel a rejoint l’équipe de gestion de Trillium en 2022 pour prendre notamment sous sa responsabilité le fonds Manavest Swiss Equity. Auparavant, il a passé plus de 13 ans en tant qu’analyste et gestionnaire de fonds sur le marché suisse et US, au sein de la BCGE, pour la gamme Synchrony. Aman est titulaire d’un diplôme de gestion de fortune et d’une certification en finance durable de l’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB).

Hedge funds

Solutions Investissements

  • Interview Cédric Dingens & Alexis Sautereau
  • Pôle Investment Solutions and Alternative Investments
  • NS Partners

“Hedge funds : les meilleurs résultats s’obtiennent en période de taux d’intérêt élevés”

Cette année, les stratégies alternatives devraient encore bénéficier de l’environnement actuel, dominé par des taux d’intérêts élevés et une inflation persistante. D’autant que la déglobalisation, la transition énergétique et la perspective des élections américaines ajoutent à la dispersion sur les marchés actions, comme le soulignent Cédric Dingens et Alexis Sautereau.

Francesco Mandalà

Dans les grandes lignes, à quoi devrait ressembler 2024 pour la gestion alternative ?

Avec la hausse des taux d’intérêt, les inquiétudes macroéconomiques et le retour de la volatilité sur les marchés, les stratégies long/short devraient à nouveau pouvoir démontrer leur intérêt. De même, des opportunités et des inefficiences semblent émerger dans les thèmes de la transition énergétique et dans le monde des matières premières.

Les données historiques montrent que les gérants de hedge funds obtiennent leurs meilleurs résultats en période de taux d’intérêt élevés, comme ce fut le cas entre 1990 et 2007. Avec des rendements à 5% pour les emprunts à 10 ans, une inflation qui devrait perdurer et des déficits importants, on se trouve donc dans une situation plutôt favorable aux stratégies alternatives. Elles devraient profiter également des tendances majeures que sont la déglobalisation, la transition énergétique et les élections américaines car leurs performances dépendent aussi de la dispersion sur les marchés actions

Dans quelle mesure le nouvel environnement macro profite-t-il le plus aux fonds alternatifs ?

Certaines stratégies, notamment dans le domaine du crédit, trouvent désormais un environnement plus discriminant, qui profite en effet aux gérants alternatifs. La bonne tenue et / ou la faiblesse de certains bilans d’émetteurs se voient prises en compte de manière plus marquée que lorsque les taux persistent à des niveaux très faibles. Les opportunités se développent donc favorablement tant pour les positions longues que pour les positions shorts.        

Quelles stratégies alternatives devraient le mieux performer ?

Après avoir affiché de très belles performances sur la période 2020-2022, les fonds global macro ont marqué le pas en 2023. Nous restons persuadé que l’environnement de marché reste favorable à ces stratégies qui présentent l’avantage d’être décorrélées des marchés actions et obligataires. Même si la baisse des taux a été conséquente ces dernières semaines, nous restons dans une situation de normalisation qui devrait bénéficier aux bons gérants long/short qui investissement sur les actions et le crédit.

Quels sont les facteurs clés qui favorisent aujourd’hui la génération d’alpha dans les fonds alternatifs ?

De nombreux éléments influent à divers degrés sur la génération d’alpha mais le plus importe d’entre eux reste la dispersion des prix ou des rendements, selon les actifs concernés.

La difficulté, liée au contexte de ces dernières années engendré par des taux faibles, persistants, a sans doute réduit le spectre de dispersion. Par conséquent, il est devenu moins évident pour les fonds alternatifs de valoriser leurs deux pôles, long et short. Il est clair par exemple que les stratégies long/short equity n’ont pu générer les performances auxquelles elles auraient pu prétendre dans un environnement moins ordonné, moins soumis à des facteurs exogènes comme les politiques des banques centrales.

Comment a évolué cet alpha depuis la crise des subprimes ?

Depuis 2010 et la mise en œuvre de « l’assouplissement monétaire » orchestrée par les banques centrales à l’échelle planétaire, l’abondance de liquidité a prévalue sur les autres critères capables d’imprimer leur rythme aux mouvements des marchés et les valorisations des actifs. Ces injections massives de liquidités – proches des 9’000 milliards de dollars aux Etats-Unis – a eu tendance, de manière générale, à neutraliser la génération d’alpha, dans la mesure où l’univers d’investissement a fini par se présenter sous un jour moins discriminant. Il est devenu plus délicat d’arbitrer entre les actifs, et de distinguer les bons des mauvais. A l’inverse, la remontée des taux, décidée par les banques centrales pour contrer les pressions inflationnistes, a conduit au rétablissement de critères d’investissement plus sélectifs, historiquement plus favorables à la génération d’alpha. C’est notamment le cas de cette dispersion dont je parlais plus tôt.

Comment les hedge funds exploitent-ils concrètement les hausses prononcées de la volatilité ?

La manière la plus évidente, à défaut d’être la plus simple, c’est d’exploiter une stratégie d’options qui, bien construite, peut offrir des rendements très intéressant dans les phases de dislocation de marché. Cette stratégie peut être isolée, ou bien se retrouver au sein d’un portefeuille long/short equity afin d’augmenter le biais de protection du reste du portefeuille. C’est un exemple parmi d’autres. Ce type de stratégie a cependant un revers à ne pas négliger. Elle peut s’avérer improductive voire légèrement coûteuse dans les phases de prolongées de faible volatilité.

Comment expliquez-vous l’essor des plateformes multi-gérants ces dernières années ?

Les plateformes multi-gérants ont principalement gagné des parts de marché dans l’industrie des hedge funds grâce à leurs bonnes performances ajustées au risque durant les 5 dernières années. Dans un contexte d’augmentation des coûts et de consolidation de l’activité d’asset management elles ont réussi à attirer les meilleurs traders qui ont pu négocier des bonnes conditions de rémunération.

Comment les voyez-vous évoluer ces prochaines années ?

Nous assistons aujourd’hui à une phase de digestion des actifs levés ces 3 dernières années avec une performance en 2023 qui est peut-être un peu en deçà des attentes, notamment lorsque le taux sans risque est de plus de 5% en USD. Certaines vont continuer à dominer tandis que d’autres vont probablement stagner et chercher à se rapprocher d’autres acteurs.

Cédric Dingens

Cédric Dingens dirige le pôle « Investment Solutions & Institutional Clients » de NS Partners. Cédric a débuté sa carrière à la Banque du Luxembourg en 2001. L’année suivante, il a rejoint Notz Stucki à Luxembourg en tant que gestionnaire de portefeuille. Il a développé le cadre interne de gestion des risques quantitatifs avant d’être nommé responsable de la gestion des risques à Genève en 2010, puis d’être promu à son poste actuel en 2016. Il est titulaire d’un diplôme en finance quantitative de l’École nationale supérieure des mines de Nancy (France) et détient la certification Chartered Alternative Investment Analyst.

Alexis Sautereau

Alexis Sautereau a rejoint NS Partners en 2020. Il a plus de 20 ans d’expérience dans divers secteurs financiers. Il a commencé par travailler dans le trading d’options et d’actions avant de s’orienter vers le conseil en technologie puis la finance d’entreprise. En 1999, il rejoint Unigestion, l’un des leaders européens de la gestion alternative, dont il devient directeur exécutif, avant de le quitter en 2002 pour fonder Jam Research.

Turnaround

Solutions Investissement

  • Pedro Lapenta
  • Responsable de la recherche
  • Hashdex

L’Outlook 2024 des crypto-actifs

L’intégration à la finance traditionnelle, la TradFi, l’exploitation des avancées technologiques et un contexte macroéconomique plus favorable pourraient continuer à porter le marché des actifs crypto en 2024. Ce sont les thèmes qui dominent dans l’Outlook 2024 de Hashdex, comme l’explique Pedro Lapenta, son responsable de la recherche.

 

Francesco Mandalà

Alors que nous entamons la nouvelle année, le segment des crypto actifs semble prêt à se fondre dans l’immensité des marchés financiers traditionnels. Cette confluence indique un changement majeur: la crypto, jugée autrefois un peu trop ésotérique, est sur le point de rejoindre les sphères plus établies de la finance mondiale.

2024 s’annonce donc pour elle comme un moment particulièrement significatif, une opportunité rare où d’importants courants séculaires convergent avec des points d’entrée cycliques, attrayants à court terme. Et les principales tendances qui ont animé le secteur fin 2023 restent plus que jamais d’actualité en ce début d’année.

  • Demande croissante pour le bitcoin : l’approbation attendue d’un ETF Bitcoin spot aux Etats-Unis devrait attirer un afflux de nouveaux investissements sur les marchés crypto.
  • Emission réduite de nouveaux bitcoins : le prochain halving, prévu fin avril, devrait réduire la quantité de bitcoins nouvellement émis. Ces événements ont précédé une appréciation considérable du prix du bitcoin par le passé.
  • Conditions macroéconomiques plus favorables : la baisse attendue des taux d’intérêt aux États-Unis et l’amélioration générale de la liquidité mondiale sont susceptibles de créer un environnement plus favorable aux actifs crypto.

Ces forces sont loin d’être des facteurs négligeables. Un nouvel ETF Bitcoin spot a le potentiel pour drainer sur les marchés des milliards de nouveaux dollars au cours des prochaines années, initiant du même coup un nouveau cycle haussier pour la crypto. De plus, une approbation par la SEC représenterait une avancée pour une industrie crypto montrant de bien plus fortes garanties sur le plan de la régulation. L’adhésion de sociétés telles que BlackRock et Fidelity au principe d’un ETF est le plus fort support institutionnel dont les cryptos puissent bénéficier. La combinaison de tous ces facteurs ouvre donc des perspectives très attrayantes pour 2024.

Sur la hausse impressionnante de 2023

Faut-il s’inquiéter d’une éventuelle surchauffe des cryptos ? La hausse impressionnante survenue fin 2023 peut résulter d’un optimisme excessif lié à l’arrivée attendue des ETFs crypto spot aux Etats-Unis. Si les marchés continuent de grimper dans les semaines à venir, une fois les cotations effectives, les acteurs ayant anticipé sur l’événement pourraient alors encaisser une partie de leurs profits. Cependant si les candidatures à la création d’ETF sont retardées – voire refusées – une certaine pression à la vente est à prévoir. Les marchés annuleront alors les gains ayant résulté des paris tenus sur la mise en œuvre de ces ETF.

Indépendamment de tout ralentissement des prix à court terme, il est clair que les cryptos s’inscrive dans une dynamique favorable. Au vu des exercices précédents, en tenant compte du niveau des flux institutionnels attendus, et en ajoutant les caractéristiques risk-on et risk-off présentées par le bitcoin en 2023, ce sont des mouvements majeurs et positifs qui s’annoncent pour l’ensemble de l’industrie crypto en 2024.

Les défis rencontrés ces deux dernières années, à commencer par l’effondrement de FTX, n’ont finalement pas porté de coup fatal aux actifs crypto. En réalité, la chute des cours n’a jamais été qu’une réaction à court terme. En revanche, le rebond qui a suivi a mis en évidence, de belle manière, la robustesse du secteur, son potentiel et sa capacité à se remettre d’incidents provoqués par de pseudo-visionnaires dont les entreprises ne dont pas faites pour résister à l’épreuve du temps. Avec une adoption de plus en plus soutenue de ses actifs, d’importantes avancées réglementaires et l’intérêt accru des principales institutions financières, le marché crypto laisse entrevoir aujourd’hui un avenir axé sur l’innovation et la croissance.

 

Pedro Lapenta

Hashdex

Pedro Lapenta est le responsable de la recherche de Hashdex. Il est titulaire d’une licence en administration des affaires de la Fundação Armando Alvares Penteado à São Paulo et détient un MBA en finances et investissements de la Columbia Business School à New York. Pedro compte plus de 15 ans d’expérience professionnelle, ayant travaillé pour de grandes institutions financières telles que Santander, Citigroup et JP Morgan. Pedro est un passionné de technologie et s’intéresse à la crypto et à la blockchain depuis 2018.

Tableau de bord

Solutions Investissement

  • Marouane Daho
  • Analyste-gérant
  • Iteram Capital

Q1 2024 – le baromètre des stratégies hedge funds

Le troisième trimestre a été marqué par un renversement de tendance sur les actifs à risque puisque nous avons constaté une correction entre les mois d’août et octobre. Tandis que l’inflation ralentit dans les économies développées, les banquiers centraux semblent affronter une situation de plus en plus épineuse, avec des attentes de baisses de taux importantes en 2024 toujours en contradiction avec leurs propres projections. Les divergences persistent également sur l’anticipation des effets du cycle de hausse de taux – le plus brutal de ces dernières décennies – sur la croissance économique et sur la santé financière des entreprises.

Dans ce contexte économique plus incertain, les hedge funds tirent leur épingle du jeu en offrant les rendements décorrélés attendus dans un portefeuille diversifié. Il semble difficile par ailleurs de justifier un positionnement directionnel sans protection au regard des niveaux de valorisations des actions et de spreads de crédit actuels bien que nous puissions vivre des épisodes brefs de hausse débridée des marchés comme en novembre 2023.

 

Francesco Mandalà

RV Arbitrage/Multi-Strategy – Positif

. Des taux d’intérêt plus élevés, une volatilité et une dispersion accrues dans les marchés fixed income ainsi qu’une liquidité réduite sont autant d’éléments qui se traduisent par des opportunités d’alpha attrayantes.

. Les stratégies d’arbitrage de volatilité offrent toujours un haut potentiel de rendement malgré la chute historique des niveaux de volatilité implicite et réalisée en 2023, notamment sur les actions.

Commodities – Neutral

. L’instabilité des facteurs macro-économiques (croissance mondiale, taux d’intérêt et reprise espérée du secteur immobilier en Chine) rend le positionnement plus difficile dans les secteurs du pétrole et des métaux.

. Cependant, les facteurs idiosyncratiques qui influencent l’offre et la demande dans de nombreuses matières premières (gaz, électricité, produits agricoles) offrent des opportunités uniques aux gérants fondamentaux spécialisés.

. Nous persistons dans notre préférence pour les approches relative value afin de limiter l’impact négatif du Beta.

Global Macro – Positif

. Notre optimisme persiste à l’égard des stratégies global macro, stimulées par une amélioration de la disparité régionale et des économies mondiales qui évoluent dans des directions différentes en termes de croissance et d’inflation.

. Toutefois, la dispersion de performance au sein du groupe devrait rester élevée, d’où l’importance capitale de la sélection des gérants au sein de cette stratégie.

Fixed Income/Credit Arbitrage – Positif

. Le coût matériellement plus élevé du capital et l’accès plus difficile au marché des capitaux signifient que l’environnement de refinancement pour de nombreux émetteurs reste difficile. Dans ce contexte, les opportunités de short sont plus nombreuses que la moyenne malgré le fort rebond du crédit en 2023.

. En convertible arbitrage, l’opportunité d’alpha provient davantage de la sélection de crédit et une hausse attendue des émissions.

. Les conditions optimales pour le distressed ne sont pas encore réunies en dépit d’une hausse marginale des niveaux de défauts.

CTA/Managed Futures – Negatif

. Les changements fréquents de sentiment sur le marché continuent de nuire aux stratégies de trend-following, principalement en raison des pertes répétées des signaux de momentum sur les matières premières, les taux et les actions.

. A l’approche d’un point d’inflexion dans le niveau de crainte inflationniste, les stratégies discrétionnaires nous paraissent en meilleur position pour naviguer les incertitudes des marchés.

Event-Driven – Positif

. Les stratégies de merger arbitrage bénéficient de spreads attrayants, soutenus par un environnement antitrust plus prévisible et un nombre de transactions encourageant.

. Nous restons plus prudents concernant les stratégies special situations en raison de la lenteur de matérialisation des catalyseurs, la sous-performance des petites et moyennes capitalisations ainsi que l’impact négatif de la couverture. Cela dit, il semble y avoir un pipeline intéressant d’opportunités idiosyncratiques.

Equity Long/Short – Neutre

. Nous continuons à privilégier les gérants low-net et market neutral en raison de valorisations qui restent élevées après une hausse phénoménale en 2023.

. Après avoir largement bénéficié du Beta en 2023, la sélection de titres devrait reprendre le dessus car nous nous attendons à des poches de faiblesse, même en l’absence d’une période de récession complète ou d’un retournement du marché.

. Nous constatons déjà que la dispersion se reprend après un premier semestre marqué par l’hégémonie d’une poignée de noms et un thème prépondérant, celui de l’intelligence artificielle.

Marouane Daho

Iteram Capital

Marouane est analyste/gérant chez Iteram Capital et membre du comité d’investissement. Ses principales responsabilités consistent en la recherche de gérants et la gestion de portefeuilles de hedge funds. Avant de rejoindre Iteram, il était en charge des hedge funds et des investissements sur les marchés privés au sein d’un single-family office à Genève. Il a débuté sa carrière chez Lyxor Asset Management à Paris en tant qu’analyste hedge funds. Marouane est diplômé de l’école de commerce NEOMA avec un MSc en finance.

Abondance

Solutions Investissements

  • Arif Husain
  • Responsable des obligations internationales
  • T. Rowe Price

Le boom des obligations d’État entraîne une hausse des rendements

Les gouvernements du monde entier seront obligés d’augmenter les émissions d’obligations d’État pour payer les déficits budgétaires galopants, dus en grande partie aux politiques menées durant l’ère Covid. Une grande partie de l’endettement du secteur privé a été transférée vers le bilan de l’État, et le collecteur de dettes frappe maintenant à la porte.

Francesco Mandalà

Les rendements vont devoir augmenter de manière substantielle pour attirer les investisseurs vers une offre assez prolifique. Les investisseurs en obligations d’État américaines, par exemple, ne pourront plus éviter la surabondance de nouvelles émissions sur ce marché en se tournant vers le marché des obligations gilts, dans la mesure où le Royaume-Uni émet également un volume croissant de nouvelles dettes afin de financer ses dépenses.

Les rendements doivent augmenter pour attirer les acheteurs

Le déficit américain devrait se situer en 2023 autour de 6% du PIB, tandis que le déficit britannique dépassera probablement 5%. Dans ces deux pays, le ratio de la dette publique totale par rapport au PIB est déjà proche ou égal à 100% et pourrait facilement atteindre des seuils plus élevés. En Italie, pays traditionnellement dépensier, ce ratio est déjà supérieur à 120%.

Ce phénomène survient à un moment où les principaux acheteurs d’obligations – les banques centrales mondiales – se retirent, car bon nombre d’entre elles sont déjà en plein resserrement de leur politique monétaire. Plus récemment, la Banque du Japon a également entrepris de renoncer à la gestion de la courbe des taux, dernier programme digne de ce nom en matière d’assouplissement quantitatif.

Les États-Unis sont aussi en train de réorienter la répartition de leurs nouvelles émissions d’obligations à court terme vers des obligations à plus long terme, à mesure que les titres de dette émis après le règlement du différend sur le plafond de la dette arriveront à échéance en début d’année. Les émissions de coupons devraient représenter environ 39% de l’offre nette d’obligations d’État cette année, et pourraient atteindre environ 86% en 2024. La courbe des taux restant très inversée, les rendements à plus long terme devront augmenter de manière significative pour inciter les investisseurs à renoncer aux taux à court terme attractifs.

Hausse des coûts de financement pour les entreprises

En raison de cette dynamique, une grande part des activités pourrait se déplacer vers la partie longue des courbes de rendement. Contrairement à 2022, où les rendements à échéances plus courtes étaient plus volatils en raison la forte inversion des courbes. Le rendement des obligations d’État américaines à deux ans a augmenté de 370 points de base l’année dernière, tandis que celui des obligations d’État à 30 ans n’a augmenté “que” de 207 points de base. Les rendements des emprunts du gouvernement allemand ont suivi une évolution similaire, le rendement à deux ans augmentant d’environ 335 points de base – à partir d’un territoire profondément négatif à fin 2021 – tandis que le rendement du Bund à 30 ans n’a augmenté que de 62 points de base.

Cela devrait entraîner une “torsion” des courbes de rendement, avec une augmentation probable des taux à long terme et une pentification des courbes. En 2011, l'”opération Twist” de la Réserve fédérale visait délibérément à faire baisser les rendements à long terme en vendant des obligations d’État à court terme et en achetant des titres à plus long terme. Aujourd’hui, nous pourrions entrer dans une phase où les mesures des banques centrales n’auront que peu d’impact sur les taux à long terme en raison des distorsions provoquées par l’afflux d’offres.

Il est un point particulièrement préoccupant pour l’économie. Une forte augmentation des émissions d’obligations d’État de haute qualité pourrait également évincer de nombreux autres emprunteurs, ou du moins faire augmenter les taux de financement des entreprises qui doivent se refinancer. Cela augmenterait le coût de financement et réduirait la probabilité qu’elles investissent dans des projets d’investissement ou dans le recrutement de nouveaux employés. L’économie mondiale s’en verrait privée d’une source importante de soutien au moment où elle en a le plus besoin. Il ne faut pas oublier que les rendements des emprunts à long terme servent de taux d’actualisation à bien d’autres égards, de sorte que ce revirement pourrait avoir des conséquences considérables.

Arif Husain

T. Rowe Price

Arif Husain est responsable de la division Fixed Income International et Chief Investment Officer du pôle Fixed Income. Il est co-gérant des stratégies obligataires internationales et gérant du fonds Global Aggregate Bond. Il a rejoint la société en 2014. Il a démarré sa carrière à Greenwich Natwest avant de rejoindre Bank of America, puis Alliance Bernstein où il a dirigé les équipes de gestion de portefeuilles britanniques et européens. Il est titulaire d’un diplôme en banque et finance internationale de la City University Business School.

Prisme

Solutions Investissements

  • Gianluca Castrilli
  • Gestionnaire de portefeuille 
  • Trillium

Actions européennes : saisir les disparités micro et macroéconomiques

Avec le retour de l’inflation, la hausse des taux d’intérêt et les transformations sectorielles les marchés financiers ont changé de référentiel, au point que les investisseurs ont tout intérêt aujourd’hui à privilégier une gestion active, centrée sur les fondamentaux des entreprises.

Francesco Mandalà

À l’approche de la fin de l’année, le contexte macroéconomique européen reste incertain. Bien que l’horizon semble se dégager, de nombreux indicateurs pointent toujours vers un ralentissement conjoncturel et les craintes de récession peinent à se dissiper. Cependant, malgré le manque de nouvelles encourageantes sur le plan économique et géopolitique, les actions européennes restent bien orientées, en hausse de près de 7.0% depuis le début de l’année, selon le STOXX 600, à fin novembre.

Malgré une Europe au bord de la récession dans certains pays, la plupart des entreprises ont réussi à maintenir leurs profits et leurs prévisions lors des dernières publications de résultats. De plus, contrairement aux crises passées, où les ajustements de bénéfices dépassaient souvent 30%, les révisions pour l’année à venir sont moins dramatiques et ne reflètent pas l’image déclinante du contexte européen.

Il est difficile de savoir qui, de la macro ou de la micro, a raison. Du coup, il est impossible de se figurer que le pire soit encore à venir ou non.  Néanmoins, l’instabilité dans laquelle le microcosme européen est plongé nous laisse sceptiques sur la capacité des sociétés à prédire avec autant de précision leur croissance. Il semble plus probable qu’elles adoptent une approche prudente, ajustant leurs stratégies au fur et à mesure que la situation générale évolue.

C’est dans cette dynamique, parfois incohérente, plus volatile et marquée par des dispersions, que les investisseurs et gestionnaires d’actifs devront naviguer pendant les prochains trimestres. Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses sociétés ont bénéficié d’un environnement porteur, notamment grâce à des politiques monétaires accommodantes et un afflux de liquidités. Mais le monde de l’investissement a évolué ces derniers temps. Accélération de l’inflation, hausse des taux d’intérêt, transformations sectorielles et montée des conflits géopolitiques ont transformé le contexte boursier, rendant toute anticipation hasardeuse.

Afin de saisir les opportunités et d’éviter les embûches, les investisseurs doivent rapidement s’adapter en privilégiant une approche active et équilibrée. Les méthodes d’investissement passives et indicielles semblent aujourd’hui dépassées. La flexibilité devient essentielle, avec l’accent mis sur la qualité et la fiabilité des revenus des entreprises sélectionnées. Il est également crucial de filtrer le bruit à court terme pour cibler les facteurs générateurs de valeur à long terme, critère clé pour générer de la performance.

Les récents événements tels que la crise bancaire de mars dernier, le ralentissement récent dans l’industrie du luxe ou encore l’influence grandissante de l’intelligence artificielle ont tous eu des répercussions différentes sur les entreprises. Seule une analyse approfondie et fondamentale aura permis d’identifier les sociétés capables de faire face à ces évolutions selon les secteurs concernés.

Par le passé, le contexte porteur en Europe a facilité la gestion des actions grâce à des approches plus passives. Aujourd’hui, de nouvelles contraintes et normes se profilent à l’échelle macro et microéconomique. Pour générer de la valeur ajoutée, il faudra repérer les entreprises solides financièrement, capables de se réinventer en investissant stratégiquement dans la recherche et le développement, ainsi que dans les infrastructures. Dans ce sens, 2023 aura été une année charnière, signalant les prémices d’une ère où la sélectivité, la diversification et la résilience seront primordiales, tout en insistant sur la qualité et les perspectives de croissance des entreprises.

Gianluca Castrilli

Trillium

Avant de rejoindre l’équipe de gestion de Trillium, Gianluca Castrilli occupait la fonction de chef des investissements, analyste de fonds et conseiller en placement chez Citadel Finance. Il y était également en charge de l’implémentation de l’allocation d’actifs. Auparavant, il a développé son expertise dans l’analyse de fonds auprès de la banque Syz, où il a été responsable de la sélection des gérants ainsi que du suivi des délégations de gestion pour plusieurs fonds de la gamme Oyster. Gianluca est titulaire d’un Master en finance de l’Université de Genève.