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  • Jérôme Koechlin
  • Associé, Leadership Management International
  • CEO, Swiss Who’s Who

“Le leadership moderne n’est plus un leadership d’autorité, mais un leadership d’adhésion”

Plus qu’une fonction hiérarchique, le leadership devient une compétence à développer, fondée sur la clarté stratégique, la capacité d’influence et l’alignement humain. Jérôme Koechlin en analyse ici les nouveaux ressorts et les conditions nécessaires pour construire, dans la durée, des organisations performantes et porteuses de sens.

Par Jérôme Sicard

Vous avez rejoint Leadership Management International. Quel est votre rôle au sein de cette structure ?

Dans un monde marqué par l’incertitude, tant au niveau macroéconomique que géostratégique, le rôle des leaders évolue profondément. Il demande aujourd’hui des qualités très variées et complémentaires. Mon engagement au sein de Leadership Management International consiste à accompagner les dirigeants dans le développement d’un leadership plus conscient, plus stratégique, plus performant et plus humain.

LMI repose sur une conviction forte : le leadership n’est pas un statut, mais une compétence qui se développe. Notre objectif est d’aider les organisations et leurs dirigeants à transformer leur potentiel en impact réel, en travaillant à la fois la productivité personnelle, le leadership personnel et motivationnel, la gouvernance décisionnelle et la capacité à mobiliser les équipes autour d’une vision commune. La méthodologie LMI s’appuie sur des fondements solides. Elle intègre les apports récents dans le domaine du leadership, de la communication, des sciences cognitives et comportementales. Depuis 50 ans, LMI a formé plus de deux millions de dirigeants dans le monde.

Je souhaite donc, avec mes associés, diffuser un modèle de leadership plus global, plus complet, plus transformationnel, capable d’anticiper les transformations économiques, technologiques et sociétales qui redéfinissent aujourd’hui le rôle des organisations.

Quelle est la constante qui distingue les organisations performantes des autres ?

Les organisations les plus performantes ne sont pas nécessairement celles qui disposent des ressources les plus importantes, mais celles qui parviennent à aligner vision, culture et exécution. Dans un environnement économique en mutation rapide, la performance durable repose avant tout sur la clarté stratégique, la discipline d’exécution, la qualité du leadership humain et la capacité d’apprentissage continu. Les organisations qui réussissent sont celles où le leadership se montre à la fois lucide, assertif, empathique et exigeant. À l’inverse, les organisations en difficulté révèlent souvent des failles dans leur gouvernance ou dans leur capacité à créer un véritable sens collectif.

Comment se caractérise un leadership réellement influent et durable ?

Le leadership réellement influent et durable ne se mesure pas à la position hiérarchique, mais à la capacité d’écouter, de partager une vision claire et d’influencer positivement les comportements et les décisions dans la durée. Il repose sur une cohérence constante entre valeurs et actions, sur une intelligence émotionnelle et relationnelle affirmée, ainsi que sur la capacité à inspirer confiance dans un environnement incertain. Le leadership moderne n’est plus un leadership d’autorité, mais un leadership d’adhésion. Les dirigeants qui marquent durablement leur époque sont ceux qui créent du sens plutôt que ceux qui imposent des décisions. La Harvard Business Review a d’ailleurs mis en lumière la notion de leaders de niveau 5, capables de conjuguer vision stratégique de long terme, détermination et humilité.

Par où doit commencer un dirigeant qui souhaite accroître son impact ?

Le leadership commence toujours par un travail sur soi. Il naît d’une prise de conscience, celle de vouloir renforcer sa capacité d’influence, d’impact et de responsabilité. C’est ce que le professeur américain Richard Boyatzis décrit comme la théorie du changement intentionnel. Autrement dit, le développement du leadership repose d’abord sur la volonté de progresser et d’élargir son champ d’action.

Dans des environnements exigeants, la première responsabilité d’un dirigeant consiste à maîtriser sa productivité personnelle, à gérer son temps, son énergie et ses priorités avec rigueur. L’efficacité stratégique ne dépend pas du volume d’actions menées, mais de la pertinence des choix opérés. Savoir dire non, hiérarchiser ses objectifs et préserver un équilibre entre performance professionnelle et équilibre personnel sont devenus des compétences clés. Le leadership moderne repose autant sur la résilience mentale que sur la compétence technique.

Pourquoi la gouvernance et la communication stratégique restent-elles sous-exploitées ?

Parce qu’elles sont encore trop souvent considérées comme des fonctions de support plutôt que comme des leviers stratégiques de création de valeur. Trop souvent, la réponse à des formations en leadership est “je n’ai pas le temps”. C’est notamment pour cette raison qu’il est utile de prendre du recul dans le but d’être plus performant. J’ai conseillé Kofi Annan à la fin de son mandat de Secrétaire général des Nations Unies, lorsqu’il était sollicité de toutes parts par de très nombreux chefs d’Etat, de manière vampirisante. Nous avons pris le temps de fixer les priorités et de bien distinguer les activités impératives des activités dites importantes, ce qui l’a aidé à mieux gérer son temps qui, je le rappelle, est le même pour tout le monde !

Une gouvernance solide garantit la cohérence des décisions dans la durée, tandis qu’une communication stratégique claire nourrit la confiance entre les différentes parties prenantes. Dans un environnement marqué par l’accélération de l’information et la pression du court terme, ces deux dimensions deviennent de véritables leviers de résilience organisationnelle.
Les organisations de demain seront celles qui sauront articuler avec justesse stratégie, communication et leadership humain.

Vous avez repris le Swiss Who’s Who l’automne dernier. Quelles sont vos ambitions ?

Avec mes collègues, notre ambition est de positionner le Swiss Who’s Who comme une référence suisse et internationale dans la reconnaissance des leaders, que ce soit en termes d’impact ou d’ influence, et de mettre en lumière celles et ceux qui façonnent la Suisse d’aujourd’hui et de demain.

Nous ne nous limitons pas à une approche biographique. Notre objectif est de valoriser les leaders qui contribuent concrètement au progrès économique, scientifique, culturel et sociétal de la Suisse et au-delà.
Ce pays dispose d’un capital unique d’excellence et d’innovation. Nous voulons en renforcer la visibilité, sur le plan national comme sur le plan international.

Quels développements avez-vous déjà initiés ?

Nous avons engagé plusieurs chantiers stratégiques visant à renforcer la dimension nationale et internationale du Swiss Who’s Who, à développer des contenus et des événements consacrés au leadership, à l’innovation et à la transmission, ainsi qu’à intégrer les enjeux liés à l’intelligence artificielle et à la transformation digitale dans la réflexion sur le leadership. Nous travaillons également à la création de nouveaux formats de rencontres entre leaders économiques, académiques et institutionnels.

Notre ambition est de faire du Swiss Who’s Who un espace vivant d’échanges, d’inspiration et de reconnaissance de l’excellence, notamment à travers notre plateforme digitale

Jérôme Koechlin

Leadership Management International

Jérome Koechlin est associé de Leadership Management International. Il est également le CEO de Swiss Who’s Who, et le fondateur de JK Consulting. Il a occupé précédemment des postes de direction dans les secteurs bancaire, financier, biotech, public et média, les dernières en date à la banque Reyl Intesa Sanpaolo en tant que directeur de la communication et secrétaire du comité exécutif. Jérôme Koechlin est détenteur d’un doctorat en Sciences Économiques et Sociales de l’Université de Genève, d’un Master en communication de New York University, ainsi que d’un diplôme de l’Institut des hautes études internationales et de développement.

 

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« Les smart wallets ne constituent peut-être pas une rupture spectaculaire, mais une évolution structurelle. »

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« J’ai envie de m’investir pleinement pour construire un SPHERE LAB dynamique, tourné vers l’avenir. »

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Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

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« Les smart wallets ne constituent peut-être pas une rupture spectaculaire, mais une évolution structurelle. »

Dans le cadre du SPHERE LAB, les étudiants du comité contribuent tout au long de l’année à la réflexion sur les grandes transformations de la place financière. À travers analyses, prises de position et décryptages, ils explorent les enjeux technologiques, économiques et réglementaires qui façonnent l’industrie.

Le texte qui suit est signé par Adrian Cayarga, étudiant à la Geneva School of Economics and Management (GSEM), où il poursuit un cursus en économie. Il propose ici une réflexion sur l’émergence des smart wallets et leurs implications potentielles pour la gestion de fortune en Suisse.

Par Adrian Cayarga

Smart wallets : la gestion de fortune à l’épreuve de l’infrastructure programmable

À mesure que la tokenisation progresse et que la pression réglementaire s’intensifie, les smart wallets apparaissent comme bien plus qu’une innovation technique marginale : ils incarnent peut-être le début d’une transformation silencieuse de l’infrastructure même de la gestion de fortune. Derrière ce terme encore réservé aux initiés se dessine une évolution qui pourrait redéfinir la manière dont les patrimoines sont administrés, contrôlés et audités sur la place financière suisse.

Techniquement, un smart wallet est un portefeuille numérique adossé à un smart contract déployé sur une blockchain. Contrairement aux portefeuilles crypto traditionnels, fondés sur la détention d’une clé privée et d’une seed phrase, il repose sur une logique programmable. Les règles de fonctionnement — limites d’allocation, autorisations de transaction, critères de conformité — sont intégrées directement dans le code. Grâce à des mécanismes comme l’account abstraction, l’utilisateur peut interagir avec l’infrastructure blockchain sans en supporter la complexité technique. L’authentification peut passer par des méthodes familières, tandis que la mécanique cryptographique opère en arrière-plan.

Mais l’intérêt véritable ne réside pas tant dans la sophistication technologique que dans ce qu’elle implique pour la gouvernance des portefeuilles. En Suisse, la gestion de fortune obeit aux lois de la FINMA. Aujourd’hui, le respect du profil de risque et des contraintes du mandat repose principalement sur des processus organisationnels et des contrôles a posteriori. Les smart wallets introduisent une logique différente : celle d’une conformité intégrée dès la conception. Si une transaction enfreint les paramètres prédéfinis, elle n’est tout simplement pas exécutée. La règle ne se contente plus d’être surveillée ; elle devient structurelle.

Cette idée de « compliance by design » pourrait représenter une évolution majeure. Elle transforme la conformité en mécanisme automatique, inscrit dans l’architecture même du portefeuille. L’auditabilité devient immédiate, chaque opération étant enregistrée dans un registre immuable. Dans un environnement où la traçabilité et la transparence gagnent en importance, cette capacité pourrait séduire autant les institutions que les autorités de surveillance.

Cependant, cette promesse suppose une condition essentielle : la tokenisation des actifs. Sans représentation numérique des obligations, actions, instruments de crédit ou actifs immobiliers, la programmabilité reste partielle. Or, les initiatives récentes en matière de Real World Assets tokenisés, notamment dans le domaine de la dette souveraine, montrent que cette transition est déjà en cours. À mesure que les instruments financiers migrent vers des formats numériques, le smart wallet pourrait devenir leur interface naturelle de détention et de gestion.

Reste la question sensible de la confidentialité, pilier historique de la tradition bancaire suisse. Les blockchains publiques sont, par nature, transparentes. Pour une clientèle fortunée, une visibilité totale des transactions serait difficilement acceptable. Pourtant, les avancées en matière de zero-knowledge proofs ouvrent des perspectives intéressantes : il devient possible de prouver la conformité d’une opération sans en révéler les détails. Cette transparence sélective — où le client et son gérant disposent d’une visibilité complète, l’autorité d’un accès conditionnel, et les tiers d’une simple validation cryptographique — pourrait constituer un compromis technologique crédible entre innovation et discrétion.

Le débat entre centralisation et décentralisation, souvent idéologique dans l’univers crypto, mérite également d’être nuancé. Dans un cadre institutionnel, l’enjeu n’est pas de poursuivre une décentralisation absolue, mais de concevoir une architecture de confiance compatible avec les exigences réglementaires et opérationnelles. Une certaine centralisation contrôlée peut renforcer la sécurité, permettre un filtrage des protocoles utilisés et offrir des mécanismes de réversibilité en cas de fraude. L’équilibre à trouver n’oppose pas deux visions irréconciliables ; il consiste à articuler performance technologique et responsabilité institutionnelle.

En définitive, les smart wallets ne constituent peut-être pas une rupture spectaculaire, mais une évolution structurelle. Pour le client final, l’expérience pourrait rester familière. La transformation se jouerait en profondeur, dans l’infrastructure invisible qui soutient la gestion patrimoniale. Si la tokenisation continue de progresser et si le cadre réglementaire s’adapte, cette architecture programmable pourrait progressivement s’imposer comme une nouvelle couche technique de la gestion de fortune suisse.

La révolution, si elle advient, sera discrète. Mais c’est souvent ainsi que les mutations les plus durables prennent forme, par une reconfiguration progressive des fondations mêmes du système.

 

 

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  • Interview Orégane Chérel
  • Présidente de la promotion 2026
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« J’ai envie de m’investir pleinement pour construire un SPHERE LAB dynamique, tourné vers l’avenir. »

Créer des ponts, faire entendre la voix des étudiants et ouvrir les portes de la finance suisse : Orégane Chérel partage sa vision d’un SPHERE LAB pensé comme un véritable tremplin pour les jeunes talents.

Par Arnaud Favre

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager dans le SPHERE LAB et d’en prendre aujourd’hui la présidence ?

Ce qui m’a tout de suite séduite, c’est l’idée du SPHERE LAB comme pont entre le monde de la finance suisse et les étudiants. Je trouve ce concept vraiment génial, parce qu’il permet de donner une voix aux étudiants, de porter nos perspectives et de nous offrir une vraie visibilité.

En tant que présidente, j’ai envie de m’investir pleinement pour construire un SPHERE LAB dynamique, tourné vers l’avenir. Mon objectif est de contribuer à un projet porteur, qui ouvre de belles perspectives aux étudiants et les aide à se projeter dans leur futur professionnel.

Quelle direction aimerais-tu donner au SPHERE LAB pour l’année 2026 ?

J’aimerais donner au SPHERE LAB une direction portée par l’ambition, la collaboration et l’impact. Mon objectif est de renforcer son rôle comme plateforme de référence pour la nouvelle génération en finance.

Concrètement, cela signifie développer des synergies fortes avec SPHERE et avec la communauté des gestionnaires de patrimoine. Pour moi, le SPHERE LAB doit être un véritable laboratoire d’idées, un espace de connexion entre les personnes, où chacun peut exprimer ses ambitions. Je souhaite qu’il soit perçu comme un catalyseur de carrière et un moteur de transformation positive pour le secteur.

Selon toi, qu’est-ce que le SPHERE LAB peut apporter de concret aux étudiants qui s’y engagent ?

Le SPHERE LAB offre quelque chose de très précieux : de la visibilité, de l’expérience concrète et un accès direct à l’écosystème financier suisse.

Les étudiants ne sont pas de simples spectateurs, ils deviennent acteurs. Ils développent des compétences clés comme la communication, l’esprit critique, le travail en équipe, tout en construisant un réseau solide pour leur avenir. C’est une expérience qui va bien au-delà d’une ligne sur un CV : c’est un accélérateur de confiance, de maturité professionnelle et d’opportunités.

Qu’est-ce qui t’enthousiasme le plus dans l’idée de créer des liens directs entre étudiants et professionnels de la finance suisse ?

Ce qui m’enthousiasme le plus, c’est de réduire la distance entre deux mondes qui, parfois, se connaissent très mal. Créer ces liens permet aux étudiants de se projeter concrètement, de bénéficier de l’expérience des professionnels, et inversement, aux professionnels de découvrir la créativité, les valeurs et les nouvelles perspectives de la jeune génération.

Le monde évolue très vite, notamment avec la technologie et l’IA. Les jeunes ont une vision du futur parfois différente, et je pense que cet échange à double sens est extrêmement riche.

À titre personnel, qu’espères-tu retirer de cette expérience en tant que présidente du SPHERE LAB ?

À titre personnel, j’espère apprendre énormément et développer des compétences en leadership, en gestion de projet, en communication et en travail d’équipe.

Mais surtout, j’aimerais grandir humainement, construire des projets porteurs de sens avec des personnes engagées et ressortir avec le sentiment d’avoir contribué à quelque chose de plus grand que moi. Aider des talents à se révéler, à trouver leur place dans le monde du Wealth Management, et faire du SPHERE LAB un véritable catalyseur, c’est ce qui me motive profondément.

Comment imagines-tu le fonctionnement interne et l’esprit du comité du SPHERE LAB ?

J’imagine un fonctionnement basé sur une hiérarchie horizontale, où chacun est libre d’apporter ses idées, de tester, de créer. L’objectif est que chaque membre puisse mettre à profit ses compétences spécifiques au service du SPHERE LAB.

Chacun peut se spécialiser dans un domaine — communication, événements, interviews, médias — et, lorsque les profils se complètent, former de petites équipes. L’idée est que chaque personne apporte une vraie valeur ajoutée au collectif.

Qu’est-ce qui t’enthousiasme le plus aujourd’hui quand tu penses au SPHERE LAB ?

Ce qui m’enthousiasme le plus, c’est l’accès à un milieu qui est souvent perçu comme opaque et difficile d’accès : celui des gestionnaires de patrimoine.

J’ai hâte d’échanger avec eux, mais aussi de développer notre propre identité SPHERE LAB : nos vidéos, nos interviews, nos initiatives. Cette liberté de création est extrêmement motivante, et je remercie SPHERE de nous offrir cette opportunité.

Un moment fort à venir pour le SPHERE LAB ?

Oui, un moment clé sera l’événement des 10 ans de SPHERE, le 7 septembre au Président Wilson à Genève. Un panel spécial SPHERE LAB est prévu, avec des étudiants, devant environ 400 gestionnaires de fortune indépendants.

Avec les membres du comité, nous en avons déjà beaucoup discuté et nous sommes très enthousiastes. C’est une occasion unique de porter nos voix et de nous exprimer. Nous avons hâte de commencer à travailler sur ce projet.

Et concernant le Stock Pitch Challenge à venir ?

C’est encore en phase de réflexion, car c’est un prototype. Nous avons déjà quelques idées, notamment sur le format et le temps de parole, mais nous allons construire le projet progressivement ensemble.

L’objectif reste clair : permettre à chacun de s’exprimer, de porter sa voix et de montrer le regard innovant que nous avons sur le futur, face aux professionnels de la gestion de patrimoine.

 

 

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  • Interview Michael Welti
  • Managing partner, Head of Private banking
  • Banque Heritage

« À bien des égards, notre approche s’apparente à celle d’un family office ».

La banque Heritage a fait de Zurich l’un des piliers de son développement en Suisse avec, à sa tête, Michael Welti qui revient ici sur les facteurs clés d’un ancrage réussi hors de Genève et un modèle private banking assumant une forte proximité avec le family office. Culture entrepreneuriale, indépendance du conseil et alignement des intérêts y dessinent une vision claire et différenciante de la banque privée suisse.

Par Jérôme Sicard

Vous avez rejoint Banque Heritage à la suite de la fusion avec Sallfort Privatbank. Cinq ans plus tard, comment évaluez-vous le développement de la banque à Zurich ?

J’ai rejoint Banque Heritage il y a un peu plus de quatre ans, peu après que la fusion ait été finalisée. Avec le recul, le développement du site zurichois a été remarquable. Nous sortions alors de la période Covid, qui a contraint de nombreux établissements – dont le nôtre – à repenser en profondeur leur positionnement et leur modèle opérationnel.

Zurich a très clairement été identifiée comme une priorité stratégique. Nous avons fortement investi dans les équipes, élargi notre base de clientèle, et repositionné la succursale comme un pôle private banking au même titre que Genève. Une étape marquante a été le récent déménagement de nos bureaux, de la périphérie vers le centre-ville, ce qui nous a permis de nous rapprocher sensiblement de nos partenaires et de nos clients. Aujourd’hui, Zurich est l’un des piliers de la banque.

Quels sont les principaux facteurs de réussite pour qu’une banque privée ancrée à Genève puisse s’établir durablement à Zurich ?

Trois facteurs clés entrent en jeu.

Le premier concerne la marque et la structure actionnariale. Il faut une structure actionnariale claire, indépendante, ainsi qu’un solide héritage entrepreneurial. Lorsque ces fondations sont solides, la géographie devient secondaire.

Le deuxième facteur est humain, et il est souvent sous-estimé. Il faut les bonnes personnes, aux bons postes, avec le bon état d’esprit. De nombreuses organisations échouent non pas à cause de leur stratégie, mais en raison d’un mauvais alignement des talents.

Le troisième niveau relève de la culture – ou du caractère. La curiosité, la motivation et l’ouverture au changement sont essentielles. Sans cette disposition d’esprit, aucun repositionnement n’est possible. Chez Banque Heritage, la curiosité et la pensée entrepreneuriale ont été des moteurs clés de notre croissance organique.

Banque Heritage se positionne comme une banque innovante et tournée vers l’avenir. Comment cela se traduit-il concrètement dans le private banking et la relation client à Zurich ?

Pour nous, l’innovation n’est pas une question de technologie en soi, mais d’autonomie et de responsabilisation. Nous voulons des banquiers capables de prendre des décisions dans un cadre clair et d’en assumer pleinement les conséquences. C’est ainsi que s’exprime, au quotidien, chez nous, l’esprit entrepreneurial.

Nous évitons délibérément toute sur-structuration. Lorsqu’une organisation est pilotée par des manuels plutôt que par des personnes, elle perd en agilité. Notre modèle repose sur la proximité avec les clients, la flexibilité et une architecture ouverte. Nous ne concevons pas de produits en interne. Nous sélectionnons les meilleures solutions disponibles sur le marché, ou nous les si nécessaire.

À bien des égards, notre approche s’apparente à celle d’un family office – à cette nuance près que nous disposons d’une licence bancaire. Nous partons systématiquement du point de vue du client pour concevoir nos services. Cette orientation client n’est pas un simple discours : elle structure concrètement notre manière de travailler.

La banque affiche des résultats solides, avec de forts ratios de fonds propres et une offre élargie allant du private banking au conseil. En quoi ce positionnement intégré constitue-t-il un avantage concurrentiel ?

Nos clients sont majoritairement des entrepreneurs, en activité ou retraités, avec des attentes très spécifiques vis-à-vis d’une banque. Ils s’interrogent sur l’actionnariat, la stabilité, la gouvernance et l’alignement à long terme.

Parce que nous ne commercialisons pas de produits maison, notre conseil est véritablement indépendant. Lorsque nous investissons, nous le faisons aux côtés de nos clients. Cet alignement des intérêts transforme fondamentalement la relation.

Plutôt que de distribuer des solutions standardisées, nous partons d’un besoin concret pour construire un investissement ou un service sur mesure. Cette approche résonne fortement auprès des clients entrepreneurs et nous distingue aussi bien des grandes banques universelles que des acteurs purement spécialisés dans la gestion de fortune.

Comment évaluez-vous la situation actuelle du secteur bancaire suisse ?

La Suisse demeure une place financière unique. Ses principaux atouts sont la confiance, la stabilité politique, la discrétion et une expertise réglementaire approfondie. Dans un contexte mondial marqué par la fragmentation géopolitique, la montée des tensions et l’incertitude réglementaire, ces qualités sont plus précieuses que jamais.

Pour les grandes fortunes, la question centrale aujourd’hui n’est plus la performance, mais la protection – de la famille, des actifs et du patrimoine à long terme. La Suisse offre un cadre institutionnel dont la résilience s’est vérifiée sur des décennies, voire des siècles. C’est ce qui explique son rôle central dans la planification patrimoniale internationale.

La place financière suisse n’a pas besoin d’être la plus innovante pour rester pertinente, en particulier dans le private banking. La plupart des innovations technologiques sont tirées par le segment du retail. Pour les ultra-high-net-worth individuals, les véritables enjeux se situent ailleurs : structurer des patrimoines globaux complexes, assurer une gouvernance intergénérationnelle et préserver les actifs dans un environnement juridique stable et prévisible.

En quoi le marché zurichois diffère-t-il de celui de Genève pour Banque Heritage ?

Il existe des différences dans les profils de clientèle. Zurich est davantage tournée vers l’Europe, l’Europe de l’Est et les entrepreneurs actifs à l’international, tandis que Genève entretient des liens plus forts avec l’Amérique latine et les structures familiales internationales.

Cela étant, nous ne raisonnons pas fondamentalement en termes de localisation. Nous travaillons en anglais, notre approche est internationale et nos clients naviguent naturellement entre nos différents centres. En interne, nous nous percevons comme une plateforme de private banking intégrée, et non comme une juxtaposition de silos régionaux.

Quelles sont aujourd’hui vos ambitions à Zurich ?

Notre croissance repose sur deux axes, organique et externe. Ces derniers temps, notre développement a été exclusivement organique – et très soutenu. Nous entendons poursuivre dans cette direction.

Le recrutement est un levier clé. Banque Heritage compte parmi les rares banques privées en Suisse capables d’attirer des banquiers seniors en quête d’autonomie, de proximité avec les clients et d’un cadre allégé dans tout ce qui a trait à l’administratif.

Sur le plan stratégique, nous voulons nous concentrer sur notre cœur de métier, la gestion de fortune, en travaillant par exemple de manière plus étroite avec les gérants indépendants. Nous ne cherchons pas à multiplier les lignes inutilement. Nous privilégions un modèle simple, fondé sur une architecture ouverte, des partenariats solides et un positionnement clair.

Michael Welti

Banque Heritage

Michael Welti dirige le pôle Private Banking de la Banque Heritage, dont il est l’un des managing partners. Avec plus de trente ans d’expérience, Michael Welti est aujourd’hui un expert reconnu dans les domaines de la gestion de fortune et du conseil financier. Tout au long de sa carrière, il a contribué aux développements stratégiques et dirigé des équipes de premier plan au sein de grandes institutions financières suisses telles qu’UBS, UBP et REYL Intesa Sanpaolo. Il a rejoint Banque Heritage en 2021. Michael Welti est titulaire du certificat Wealth Management Advisor. Il a suivi également plusieurs programmes exécutifs auprès du Swiss Finance Institute et de l’Université de Zurich.

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    Quels sont aujourd’hui les principaux axes de recherche et développement chez Addepar ?

    L’entreprise consacre plus de 100 millions de dollars par an à la R&D, avec près de la moitié de ses effectifs dédiée au produit, à l’ingénierie et à l’infrastructure de données.

    Pour ce qui relève de l’infrastructure de données. Addepar a investi massivement dans une architecture qui repose notamment sur Databricks. Elle permet de traiter plus de 450 flux de données issus de banques dépositaires dans le monde entier. Cette approche vise à garantir une qualité de données élevée, une intégration fluide avec des systèmes tiers et un haut niveau de sécurité, tout en assurant la scalabilité de la plateforme.

    Le deuxième axe porte sur l’intelligence artificielle et l’automatisation. Addepar développe des agents intelligents, des chatbots et des outils d’automatisation de workflows destinés à simplifier le quotidien de ses utilisateurs. L’objectif est clair : réduire la charge opérationnelle, limiter les interventions manuelles et permettre aux équipes de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

    Enfin, un troisième axe stratégique concerne la gestion des actifs alternatifs et privés. Aujourd’hui, Addepar agrège environ 8’000 milliards de dollars d’actifs et 40% sont investis dans des classes d’actifs non cotées. Addepar a développé des solutions capables de lire, analyser et traiter automatiquement les documents émis par les genGPs pour une intégration fiable et continue de ces données complexes.

    Quelles solutions développées à l’international vous paraissent particulièrement pertinentes pour les gérants de fortune indépendants en Suisse ?

    Les gérants de fortune indépendants évoluent dans un environnement de plus en plus exigeant, qui requiert des outils à la fois puissants et flexibles. C’est précisément sur ce terrain qu’Addepar a concentré une partie importante de ses développements ces dernières années.

    La plateforme repose sur une logique de personnalisation avancée. Chaque profil utilisateur — compliance officer, relationship manager, portfolio manager, direction ou risk officer — peut disposer de tableaux de bord, d’indicateurs et de rapports spécifiquement adaptés à ses responsabilités et à ses objectifs. L’outil n’est pas conçu comme un système figé, mais comme un environnement évolutif, capable de s’ajuster dans le temps aux besoins opérationnels des équipes.

    Cette flexibilité s’étend également au traitement des actifs alternatifs. Addepar a développé un module Alternative Data Management pour automatiser l’intégration d’investissements souvent transmis sous forme de documents non structurés, envoyés par email. Ces données sont traitées sans intervention manuelle et converties directement en transactions exploitables, ce qui répond à une problématique très concrète rencontrée par de nombreux gérants en Suisse.

    Comment expliquez-vous le retard des gérants indépendants suisses en matière de digitalisation ?

    Il s’explique en grande partie par l’évolution rapide de leur environnement. Ces dernières années ont été marquées par un durcissement réglementaire, notamment avec l’introduction de la licence FINMA, ainsi que par une complexification croissante des portefeuilles, multi-banques, multi-juridictions. L’intégration d’actifs – produits structurés & alternatifs par exemple – est devenue nettement plus sophistiquée.

    Par ailleurs, le métier de gérant indépendant repose historiquement sur la relation humaine, la confiance et la proximité avec les clients. La technologie n’a longtemps été perçue que comme un support secondaire, voire comme une contrainte, plutôt que comme un levier stratégique. À cela s’ajoute le fait que de nombreux outils digitaux ont été considérés avant tout comme des centres de coûts, sans bénéfice immédiat clairement identifiable.

    Comment voyez-vous évoluer le marché des PMS en Suisse dans les prochaines années ?

    C’est un marché très concurrentiel, ce qui constitue un avantage pour les gérants, qui disposent d’un large éventail de solutions. Cependant, tous les acteurs ne sont pas égaux face aux investissements nécessaires pour intégrer les nouvelles technologies.

    À moyen terme, les PMS qui parviendront à s’imposer auront su anticiper les besoins futurs du marché, en investissant de manière significative dans la recherche et le développement. Les gérants devront être en mesure de faire plus avec moins, tout en répondant aux attentes d’une nouvelle génération de clients, plus exigeante en matière de personnalisation, de transparence et d’expérience digitale.

    La capacité à proposer des rapports entièrement sur mesure, des interfaces modernes et des applications mobiles adaptées aux usages deviendra un facteur clé de différenciation. Dans ce contexte, l’expérience digitale offerte aux clients finaux s’imposera comme un élément stratégique à part entière.

    Comment intégrez-vous les actifs non cotés pour tendre à une vision consolidée des portefeuilles ?

    Comme je le disais, près de 40 % des actifs agrégés sur la plateforme sont investis dans le private equity, l’immobilier, les investissements directs ou d’autres actifs réels. Pour répondre aux spécificités de ces classes d’actifs, Addepar a développé des outils qui se connectent directement aux portails des general partners, analysent automatiquement les documents reçus et génèrent les transactions correspondantes dans la plateforme. Cette approche garantit une vision consolidée des portefeuilles avec des données fiables et historisées dans le temps.

    En complément, Addepar a mis en place des outils de projection de cash-flows et de liquidité à long terme, reposant sur une vaste base de données anonymisée de fonds privés. Ces fonctionnalités permettent d’effectuer des scénarios réalistes et de proposer des benchmarks de performance pertinents, en fonction des stratégies et des profils d’investissement.

    Quelle place accordez-vous à l’intelligence artificielle et à l’analyse prédictive dans un PMS ?

    Elle est notamment utilisée pour automatiser le traitement des documents liés aux actifs alternatifs, mais aussi pour alimenter des chatbots capables de répondre à des requêtes complexes à partir des données disponibles sur la plateforme.

    Au-delà de ces premiers cas d’usage, Addepar travaille sur l’automatisation de workflows opérationnels complets : onboarding des clients, contrôles réglementaires, réconciliations de données bancaires. L’objectif est de fluidifier les processus et de réduire significativement les tâches manuelles.

    À terme, l’IA jouera un rôle central dans le périmètre fonctionnel des PMS, tout en restant encadrée par une validation humaine. Il ne s’agit pas de remplacer l’expertise des professionnels, mais de la renforcer, en leur donnant des outils capables d’améliorer l’efficacité, la fiabilité et la prise de décision.

    Etienne de Bejarry

    Addepar

    Étienne de Bejarry occupe depuis juin 2025 les fonctions de Senior Account Executive chez Addepar, dont il pilote le développement commercial en Suisse. Addepar, plateforme tech pour les professionnels de l’investissement, a ouvert en octobre son bureau suisse à Genève. Après une solide expérience acquise dans le secteur du conseil en management, Etienne de Bejarry a travaillé ces cinq dernières années chez WealthArc où il a mis en œuvre et dirigé la stratégie commerciale.

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      Emploi

      Leaders

      • Interview Julie Guittard & Mathieu Raynot
      • Senior managers
      • Michael Page

      « Le déploiement de l’IA nécessite une vision stratégique claire ».

      Facteur de transformation majeur dans les services financiers, l’intelligence artificielle bouleverse à la fois les organisations, les métiers et le marché de l’emploi. Automatisation des processus, montée en puissance de la data, évolution des compétences : Julie Guittard et Mathieu Raynot en analysent ici l’impact concret sur la place financière suisse.

      Par Jérôme Sicard

      Comment est-il possible d’évaluer aujourd’hui l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi dans les services financiers en Suisse ?

      L’arrivée de l’intelligence artificielle transforme profondément les modes de réflexion et de travail dans l’ensemble des secteurs économiques. Nous ne sommes encore qu’au début de mutations structurelles majeures, qui redéfiniront durablement le marché de l’emploi en Suisse comme à l’international. Les services financiers – banque, gestion d’actifs et assurance – sont particulièrement concernés par ces évolutions, car ils reposent largement sur des processus quotidiens répétitifs, fortement axés sur les données, ainsi que sur un volume important de tâches administratives et de support.

      C’est précisément dans ces domaines que l’IA déploie aujourd’hui son potentiel. Elle permet l’automatisation de nombreuses tâches routinières, améliore sensiblement l’analyse des données, génère des contenus de synthèse personnalisés, facilite la traduction automatisée et adapte la communication au profil du client. L’IA remodèle également la relation entre les institutions financières et leurs clients, notamment à travers la création de chatbots disponibles en continu, ou des processus KYC de plus en plus digitalisés. En banque privée, elle facilite la préparation des reportings, la traduction instantanée et une communication plus fine et plus personnalisée.

      Nous observons déjà certaines suppressions de postes, principalement dans les fonctions de type support, administratif et juridique. Cette évolution ne peut toutefois pas être attribuée uniquement à l’IA. Elle s’inscrit dans un contexte plus global, marqué par des tensions géopolitiques et économiques, des ajustements de taux d’intérêt, ainsi que par une consolidation importante des secteurs de la banque, de la finance et de l’assurance en Suisse. Elle s’est nettement accélérée au cours des trois dernières années. L’ensemble de ces facteurs contribue à un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi financier. Les recrutements existent toujours, mais ils se concentrent désormais sur des profils très spécialisés. En parallèle, de nombreux candidats disponibles présentent des profils devenus trop généralistes ou trop orientés back-office, avec une exposition limitée aux compétences en intelligence artificielle et aux nouveaux outils désormais requis.

      Quel impact spécifique l’IA aura-t-elle sur les fonctions de back-office, d’opérations et de compliance ?

      Ces fonctions figurent parmi les plus exposées aux transformations en cours. D’un côté, l’IA augmente nettement la qualité, la rapidité et la fiabilité de ces activités, en les alignant sur des standards professionnels beaucoup plus élevés qu’auparavant. Elle contribue ainsi à une forme d’institutionnalisation des processus, avec des normes, des contrôles et des capacités techniques renforcés.
      De l’autre côté, cette évolution exerce une pression accrue sur les collaborateurs, qui doivent aujourd’hui maîtriser à la fois les compétences techniques propres à leur métier et les avancées en matière de technologie, d’automatisation et d’IA. Les postes très segmentés de back-office, déjà en déclin depuis une dizaine d’années, ont été progressivement remplacés par des fonctions plus transversales, telles que les Business Analysts ou les Project et Process Managers, permettant de réduire significativement la taille des équipes opérationnelles. L’IA représente aujourd’hui un second palier de transformation, qui s’intègre directement dans les tâches quotidiennes des opérations et de la compliance et renforce fortement la dimension data et analytique de ces fonctions.

      Sommes-nous plutôt dans la transformation des métiers ou dans la suppression d’emplois ?

      La question n’oppose pas transformation des métiers et suppression d’emplois. Les deux dynamiques coexistent. Le déploiement de l’IA ouvre indéniablement des opportunités d’apprentissage, de montée en compétences et de création de nouveaux rôles. De nombreuses fonctions opérationnelles ont déjà intégré des outils d’automatisation ou d’analyse intelligente, permettant des gains de temps significatifs et une amélioration de la performance.

      Dans le même temps, cette évolution s’accompagne d’une réduction des postes reposant principalement sur des processus manuels ou très répétitifs. Cette tendance touche désormais les départements informatiques. L’arrivée d’outils capables de générer du code ou d’assister fortement le développement réduit la charge de travail de certains développeurs et remet en question la nécessité de maintenir des équipes aussi étoffées qu’auparavant. Dans plusieurs institutions, les équipes IT ont été réduites de manière significative ces douze à vingt-quatre derniers mois, et cette évolution se reflète clairement dans le marché de l’emploi, avec une baisse marquée des offres dans ce domaine.

      Quelles compétences deviennent indispensables pour rester employable dans les services financiers à l’ère de l’IA ?

      Le marché de l’emploi se complexifie rapidement, et il devient indispensable de développer des compétences en phase avec les nouvelles exigences technologiques et opérationnelles. Deux grandes voies se dessinent aujourd’hui.
      La première consiste à se spécialiser dans des fonctions à forte valeur ajoutée, soutenues par la formation continue et des certifications professionnelles, afin de compléter les capacités offertes par l’IA. Cette spécialisation s’accompagne souvent d’une hybridation des compétences, combinant expertise financière, maîtrise des outils numériques et compréhension des cadres réglementaires.
      La seconde voie concerne les profils davantage orientés vers la relation client et le développement commercial. La capacité à instaurer une relation de confiance, à accompagner des clients privés ou institutionnels sur le long terme et à comprendre leurs besoins complexes reste un atout central. Dans ces métiers, la dimension humaine demeure irremplaçable, d’autant plus sur la place financière suisse.

      À l’inverse, une partie des fonctions administratives et opérationnelles constitue aujourd’hui le segment le plus exposé à l’automatisation à moyen terme, avec un risque réel de disparition progressive de certains postes dans les dix à quinze prochaines années. Cela représente le « ventre mou » du marché, et doit être pris au sérieux tant par le secteur privé que par les pouvoirs publics.

      Voyez-vous émerger de nouveaux profils ou de nouveaux métiers liés à l’IA dans la finance ?

      Oui. Les profils les plus recherchés sont désormais des experts métiers capables de maîtriser les outils d’IA et de les intégrer concrètement dans leur activité quotidienne. On observe l’émergence de nouveaux rôles, tels que les AI Business Analysts intégrés aux équipes opérationnelles, les spécialistes data et IA dans les départements risques, conformité ou investissement, les experts en modélisation prédictive, en gouvernance et qualité des données, ainsi que les professionnels de la cybersécurité.
      Une part importante des métiers de 2030 n’existe pas encore, et les cycles de transformation s’accélèrent fortement depuis la crise du Covid, l’IA venant s’ajouter à des évolutions déjà engagées, comme le télétravail ou la digitalisation des processus.

      La Suisse est-elle en avance ou en retard par rapport aux autres places financières ?

      La Suisse se situe dans une position intermédiaire. Elle dispose de bases solides, avec des infrastructures robustes, des compétences techniques élevées et un écosystème académique de qualité. En revanche, elle avance souvent de manière plus prudente que d’autres places financières, en raison d’un cadre réglementaire exigeant, d’une culture du risque plus conservatrice et d’une gouvernance parfois plus lente à intégrer les innovations. Les autres places financières sont scrutées également de près. Cette approche privilégie la qualité, la fiabilité et la sécurité, ce qui constitue un avantage compétitif important, notamment en banque privée, en gestion de fortune et en assurance.

      L’IA requiert-elle des stratégies spécifiques de déploiement ?

      Oui. Le déploiement de l’IA nécessite une vision stratégique claire, une gouvernance rigoureuse des données et une gestion des risques adaptée, avec des mécanismes de supervision humaine. Il implique également une stratégie RH cohérente, intégrant la montée en compétences, l’accompagnement du changement et une communication interne et externe renforcée. Si l’IA transforme profondément les outils et les processus, l’investissement dans le capital humain, les soft skills et la capacité d’adaptation demeure plus que jamais central.

      Julie Guittard

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      Spécialisée dans le recrutement au sein du secteur bancaire et des services financiers en Suisse romande, Julie Guittard est senior manager chez Michael Page. Elle a plus de 14 ans d’expérience dans la gestion de talents. Au cours de sa carrière, elle a dirigé des équipes et couvert un large éventail de postes dans les domaines du risque, de la conformité, de la finance, des investissements, des opérations et du front office pour des banques privées, des asset managers et des gestionnaires de fortune.

      Mathieu Raynot

      Michael Page

      Diplômé d’un Master en Management, Spécialisation Négociation d’Affaires, Mathieu Raynot a rejoint la Division Banking & Financial Services de Michael Page à Genève en 2014. Onze années plus tard, il s’est spécialisé sur les métiers techniques en opérations, en risque & compliance, en investissement et en gestion de fortune pour une clientèle composée de banques privées, de sociétés de gestion, de family offices, d’assets managers, de trusts, de fintechs et d’acteurs de l’assurance. Il accompagne aujourd’hui tant des jeunes diplômés que des profils experts sur ces métiers de la finance, et intervient également dans des écoles et différents cercles économiques locaux.

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