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Corient rachète Bedrock et envoie un signal fort aux gérants suisses 

L’arrivée du groupe américain marque la transaction la plus significative de ces dernières années dans la gestion de fortune en Suisse. Une vague de consolidation, déjà bien engagée aux États-Unis, gagne désormais la place helvétique.

Par Florian Schwab, publishing director, finews

Kurt MacAlpine, CEO, Corient

 

Depuis plusieurs années, la société genevoise Bedrock Group s’est imposée comme l’une des plus belles références sur le marché suisse des gérants indépendants. Présente à Genève, Londres, Monaco et Lisbonne, la firme administre 8,4 milliards de francs d’actifs et figure parmi les acteurs les plus importants dans sa catégorie. Fondée en 2004 par Ariel Arazi, Maurice Ephrati et David Joory, elle s’est distinguée par une approche résolument inspirée du modèle du family office, qui reste aujourd’hui sa signature.

Un autre chemin, bien plus décisif, s’ouvre désormais pour elle. En 2017, Bedrock avait envisagé une expansion à Zurich sous l’impulsion d’Alexander Classen, aujourd’hui président d’EFG International. Ce projet n’a jamais abouti. À la place, le groupe opère aujourd’hui un mouvement d’une tout autre ampleur en rejoignant Corient, géant du wealth management, basé à Miami, qui ambitionne de bâtir le premier véritable gestionnaire de fortune à l’échelle mondiale.

 

Une consolidation accélérée

Jeudi, Corient a officialisé l’acquisition de Bedrock. L’opération s’inscrit dans une stratégie plus large, réalisée aux côtés de Stonehage Fleming, plus grand gérant indépendant d’Europe, et de Stanhope Capital Group, fondée par Daniel Pinto et présente de longue date à Genève. Ces trois transactions portent les actifs sous gestion de Corient à près de 468 milliards de dollars, soit une hausse d’environ 220 milliards. L’ensemble donne naissance à une plateforme mondiale regroupant quelque 12’000 collaborateurs. Dans le paysage suisse, l’entrée de Corient constitue un événement sans précédent. Jamais un acteur indépendant de cette envergure n’avait émergé sur le marché local.


Une ambition transatlantique

À l’origine de cette expansion, deux profils complémentaires. Kurt MacAlpine, 44 ans, fondateur et CEO de Corient, a construit sa carrière en analysant les failles structurelles du wealth management. Ancien dirigeant de CI Financial, passé par WisdomTree et McKinsey, il entend aujourd’hui y apporter une réponse globale.

À ses côtés, Daniel Pinto, 58 ans, fondateur de Stanhope Capital, a bâti l’une des principales plateformes indépendantes européennes. Il prendra le rôle de CEO EMEA au sein de Corient à l’issue de la transaction, bouclée en septembre 2025.

Le diagnostic qu’ils partagent est sans appel.

« Il n’existe pas aujourd’hui de véritable gestionnaire de fortune global », estime MacAlpine. « Certains acteurs disposent de bureaux dans plusieurs pays, mais aucun ne parvient à accompagner les familles de manière réellement intégrée à travers les juridictions. »


Des frictions structurelles

Le problème est systémique. Structures bancaires cloisonnées, modèles de rémunération conflictuels, manque de coordination entre équipes : autant de facteurs qui fragmentent l’expérience client.

MacAlpine illustre cette réalité par un exemple simple. Lorsqu’une famille décide de regrouper ses actifs dans une seule juridiction, le conseiller local voit sa rémunération multipliée, tandis que les autres intervenants sont écartés. Une mécanique qui, selon lui, rend impossible une approche véritablement globale.

Pinto, lui, met en lumière une autre fracture. Le marché, explique-t-il, ressemble aujourd’hui à des haltères. D’un côté, les grandes banques, riches en ressources mais grevées par les conflits d’intérêts. De l’autre, une multitude d’acteurs indépendants, agiles mais trop fragmentés pour investir à grande échelle.


Trouver le point d’équilibre

L’ambition de Corient est de combler cet écart. Allier l’alignement d’intérêts et la qualité de service propres aux indépendants, à la puissance d’investissement et l’accès aux meilleures opportunités qu’offre la taille. Une synthèse que Pinto décrit comme le véritable « point d’équilibre » du secteur.

Cette stratégie n’a rien d’improvisé. Corient a d’abord consolidé son modèle aux États-Unis pendant plus de cinq ans avant d’engager son expansion européenne. Trois conditions étaient nécessaires : atteindre une masse critique sur le plan local, développer une capacité multi-juridictionnelle réelle, et déployer un modèle de partenariat inédit.


Une structure de rémunération repensée

Ce modèle repose sur un principe central : la rémunération collective. Les revenus ne sont pas liés à un individu en particulier, mais mis en commun puis répartis entre les associés. Une approche qui élimine les tensions internes et facilite la gestion transfrontalière des patrimoines.

L’objectif est clair. Il s’agit d’offrir une expérience globale sans friction, quel que soit le lieu de résidence du client.


La Suisse, pivot stratégique

Dans cette vision, la Suisse occupe une place singulière. Pour Corient, elle ne constitue pas un marché parmi d’autres, mais l’un des deux véritables hubs globaux en Europe, aux côtés de Londres.

« La Suisse est capable de répondre aux besoins d’une clientèle internationale, qu’elle soit européenne, moyen-orientale ou latino-américaine », souligne Daniel Pinto.

Avec l’intégration de Bedrock, Stonehage Fleming et Stanhope Capital, Corient comptera environ 200 collaborateurs en Suisse. C’est une taille inédite pour un acteur indépendant, là où les plus grands concurrents locaux emploient généralement entre 50 et 60 personnes.


Changer d’échelle sans perdre en qualité

À rebours d’une idée largement répandue, Pinto défend l’idée que la taille peut renforcer la qualité du service. Selon lui, les outils technologiques, et notamment l’intelligence artificielle, permettent désormais de maintenir un niveau d’excellence même à grande échelle.

Toutes les entités intégrées opéreront sous une marque unique. Bedrock, Stanhope Capital et Stonehage Fleming disparaîtront progressivement au profit de Corient.


Une dynamique appelée à se poursuivre

Les fondateurs de Bedrock rejoindront un partnership qui regroupe aujourd’hui plus de 250 associés. Un mécanisme conçu pour aligner les intérêts de l’ensemble des parties prenantes avec ceux des clients. Et l’expansion ne s’arrêtera pas là. Corient entend poursuivre sa croissance, tant organique qu’externe. La Suisse, décrite comme un « marché domestique exceptionnel » et un hub mondial, restera au cœur de cette stratégie.


Un signal pour toute la place

Pour une industrie historiquement fragmentée, attachée à son indépendance et à des structures de taille modeste, cette opération adresse un signal fort. La combinaison d’une clientèle internationale, d’un patrimoine domestique important et d’une infrastructure financière sophistiquée place la Suisse au centre d’une recomposition en cours. Les acquisitions de Bedrock et de Stanhope Capital restent soumises bien évidemment aux autorisations réglementaires. Mais le mouvement est lancé.

 

 

 

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« L’enjeu est de réussir à faire fonctionner ensemble intelligence artificielle et intelligence humaine. »

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« Une marque forte s’impose par sa justesse et se construit patiemment, dans la durée. »

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  • Interview Kim-Andrée Potvin
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« L’enjeu est de réussir à faire fonctionner ensemble intelligence artificielle et intelligence humaine. »

Dans un environnement marqué par la pression réglementaire, l’évolution des attentes clients et l’irruption des agents IA, les banques privées doivent repenser en profondeur leur modèle. Kim-André Potvin revient sur les leviers d’adaptation d’une banque de niche, entre différenciation, proximité et intégration des nouvelles technologies.

Par Jérôme Sicard

Quelles sont les transformations indispensables auxquelles doivent se résoudre aujourd’hui les banques privées en Suisse ?

Les mutations sont profondes. D’abord, la relation client a radicalement évolué et c’est une tendance appelée à durer. Elle ne répond plus aux mêmes codes. Les attentes en matière d’interaction, de réactivité et de personnalisation sont sans commune mesure avec celles qui étaient en cours voilà peu.

Parallèlement, le cadre réglementaire s’est intensifié au point de s’imposer aujourd’hui comme une réalité avec laquelle le secteur doit composer. Dans un environnement marqué par de fortes turbulences, les exigences de transparence et de contrôle se renforcent, avec des implications opérationnelles et économiques pour tous les établissements.

Enfin, dans un marché arrivé à maturité, il est évident que la diversité tout comme la profondeur de l’offre rendent la différenciation plus déterminante que jamais.

Sur quels axes Bonhôte concentre-t-elle aujourd’hui ses investissements pour soutenir sa croissance et sa différenciation ?

 Notre positionnement est celui d’une banque de niche, qui s’est construit au fil du temps sur des expertises clés, complémentaires les unes des autres. La gestion de fortune en constitue bien évidemment le socle. Il s’agit de notre cœur de métier. Nous en avons élargi le périmètre ces dernières années en y incluant des services de planification patrimoniale ainsi que de consolidation.  Au-delà de la gestion de fortune, la banque a développé des expertises spécifiques, notamment dans l’immobilier, les métaux précieux et les fonds propriétaires, qui lui permettent d’étendre son offre tout en restant cohérente avec son positionnement.

À cela s’ajoutent des axes identitaires qui nous semblent forts. C’est le cas par exemple de l’accompagnement que nous proposons aux entrepreneurs, des services aux tiers gérants, de notre engagement dans l’art et la philanthropie, ainsi de notre couverture à l’échelle régionale. Nous avons des bureaux à Neuchâtel, Genève, Lausanne, Berne, Bienne, Soleure et Zurich. C’est là une dimension qui illustre parfaitement notre volonté d’établir avec nos clients des relations de proximité.

Nos fondamentaux sont clairs. Nous privilégions l’indépendance, la maîtrise de la chaîne de valeur et la rapidité d’exécution. Nous avons pour chacun de nos clients une approche singulière, unique. C’est sur l’ensemble de ces axes que nous concentrons aujourd’hui nos investissements. En nous renforçant sur nos points forts, nous nous différentions encore plus et nous soutenons notre croissance.

Qu’est-ce que les banques privées devront savoir faire demain qu’elles ne savent pas faire aujourd’hui ?

L’enjeu est de réussir à faire fonctionner ensemble intelligence artificielle et intelligence humaine. L’IA permet déjà d’accélérer et d’affiner l’analyse de volumes de données considérables que nous agrégeons. Elle libère certainement du temps, elle augmente nos compétences, mais elle ne remplace en rien ce qui nous semble essentiel. Le cœur de notre métier reste la capacité à comprendre des trajectoires de vie, à accompagner des décisions sensibles, à être présent dans des moments clés comme la transmission. La banque privée de demain sera donc celle qui saura utiliser la technologie pour renforcer, et non diluer, la qualité de ses conseils comme de ses services.

Comment les banques privées peuvent-elles renouveler leur image auprès des nouvelles générations ?

C’est un point très sensible, car la question n’est pas de rompre avec les codes traditionnels, mais de les réinterpréter. Quand il s’agit de crédibilité, la solidité, la rigueur et la discrétion restent des marqueurs essentiels pour les banques. Mais ils ne suffisent plus. Les nouvelles générations attendent davantage d’accessibilité, de fluidité dans les interactions, et une forme de proximité qui passe aussi par la compréhension de leurs référentiels — culturels, générationnels, voire sociétaux.

Ces évolutions obligent à repenser la relation client, en diversifiant les canaux, en proposant des échanges plus ciblés, en apportant davantage de contenu, et en ouvrant l’accès à des réseaux et à des expertises externes. Autrement dit, il s’agit moins de moderniser l’image que d’étendre le champ de la relation, de lui donner une nouvelle ampleur.

Les néobanques offrent-elles des éléments dont les banques privées pourraient s’inspirer ?

Les attentes des clientèles sont fondamentalement différentes. La banque privée repose sur une relation de long terme, personnalisée, incarnée. En revanche, les néobanques ont su imposer de très bons standards en matière de simplicité et d’accessibilité digitale. C’est sur ce terrain que des enseignements peuvent être tirés, notamment à travers le développement d’offres e-banking plus fluides.

Où se situent aujourd’hui vos principales opportunités de croissance ?

Les 30 dernières années, la banque a connu une croissance exponentielle, et cette dynamique demeure aujourd’hui encore au cœur de notre stratégie. Nous entendons la poursuivre en combinant croissance organique et acquisitions ciblées, en ligne avec nos domaines de prédilection. Nous y travaillons activement avec Jean Berthoud, président du conseil d’administration et actionnaire principal de la banque.

Quelles pratiques normalisées dans les grandes banques souhaitez-vous éviter?

La standardisation excessive, et plus particulièrement la segmentation rigide de la clientèle. Chez Bonhôte, nous défendons une approche fondamentalement différente. Chaque client est considéré dans sa singularité, avec une offre unique. Nos circuits de décision courts et notre intégration de la chaîne de valeur sont des atouts déterminants pour préserver cette agilité.

À l’inverse, que pouvez-vous encore apprendre des grandes banques ?
Les grandes institutions ont pris une longueur d’avance dans l’exploitation des leviers marketing et digitaux. Pour une banque à taille humaine, l’enjeu n’est pas de rivaliser en moyens, mais de s’approprier les meilleures pratiques pour renforcer sa visibilité, affirmer son positionnement et mieux mettre en valeur son expertise, notamment sur les canaux digitaux et les réseaux sociaux. C’est un axe de développement qui me semble d’autant plus pertinent qu’il vient enrichir un modèle fondé sur la proximité et la relation personnalisée.

Quel est aujourd’hui le rôle d’un CEO dans une banque privée ?

Il s’est considérablement densifié au cours des dernières années. Il ne s’agit plus seulement de définir une stratégie ou de superviser les risques, mais de faire le lien, en permanence, entre une vision stratégique et sa traduction opérationnelle. Il faut être capable d’orchestrer l’exécution, de veiller à la mise en œuvre effective des décisions et d’aligner l’organisation avec les attentes des clients. Dans un environnement devenu plus complexe, notamment du fait des exigences réglementaires beaucoup plus lourdes qu’il y a vingt ans ainsi que de marchés plus volatils en liens avec les situations géopolitiques et économiques denses le CEO doit également jouer un rôle clé de clarification. Il lui revient la charge de rendre lisibles des enjeux techniques, d’expliquer, de fédérer. En ce sens, il est à la fois stratège, opérateur et pédagogue.

Kim-Andrée Potvin

Banque Bonhôte

Depuis l’an passé, Kim-Andrée Potvin occupe les fonctions de Chief Executive Officer pour la banque Bonhôte, après y avoir officié comme COO pendant un an. Elle était responsable auparavant des opérations de Bamboo Capital Partners, la boutique genevoise active dans l’impact investing. Kim-Andrée a travaillé pour la banque Landolt dans un même rôle de COO et pour le groupe BNP Paribas où elle a occupé différents postes de direction. En 2014, elle avait été nommée COO de BNP Paribas en Suisse pour y piloter l’évolution des plateformes financières, opérationnelles et informatiques. Kim-Andrée est diplômée de l’Université McGill, où elle a obtenu un bachelor en finance et commerce international.

 

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  • Interview Sylvia Demeyrier
  • Head of Marketing & Communication
  • Banque Heritage

« Une marque forte s’impose par sa justesse et se construit patiemment, dans la durée. »

Classée troisième du SPBIX, la banque Heritage fonde son branding sur la cohérence et la durée. Dans un secteur où les discours tendent à s’uniformiser, elle revendique une logique d’alignement entre identité, positionnement et pratiques. Sylvia Demeyrier revient ici sur une démarche construite dans le temps, où la justesse s’impose comme principal vecteur de différenciation.

Par Jérôme Sicard

Banque Heritage s’est classée troisième de l’indice SPBIX, qui évalue la façon dont les banques suisses construisent leur identité de marque. Sur quels éléments porte plus précisément cet indice ?

Le SPBIX est un indice annuel qui analyse et évalue la manière dont les banques privées suisses, près d’une soixantaine, expriment leur identité et la traduisent concrètement dans leurs actions. Il mesure la cohérence entre positionnement, raison d’être, valeurs, culture et communication, pour identifier les établissements capables de vraiment se différencier.

Quels sont les principaux critères pris en compte dans le SPBIX ?

Il s’appuie sur une trentaine de critères qui se structurent autour de deux dimensions complémentaires, Identity et Activation. La dimension Identity analyse les fondations de la marque. La dimension Activation en mesure la mise en œuvre. La première évalue notamment la clarté du positionnement, la pertinence de la raison d’être et la cohérence des valeurs. La seconde se concentre sur leur traduction concrète à travers la culture, les équipes et la communication.

Comment avez-vous réussi à obtenir cette excellente troisième place ?

Cette reconnaissance est l’aboutissement d’un travail de fond mené sur six mois, en étroite collaboration avec l’équipe Marketing & Communication, plusieurs collaborateurs, le comité exécutif et notre Chairman.

Nous avons choisi de revenir à l’essentiel : notre ancrage entrepreneurial, l’histoire de la famille fondatrice, présente de longue date dans le secteur des matières premières, et nos origines en tant que family office.

Ce n’était pas seulement un travail rétrospectif. Nous avons tenu aussi à clarifier notre trajectoire, préciser nos objectifs et expliquer la manière dont nous souhaitons évoluer dans un environnement en pleine transformation.

Notre raison d’être – Sharing Success – en est la traduction directe. Il s’agit, pour la banque, de mettre au service de ses clients ce qui a fait la réussite des familles fondatrices. De cette façon, nous exprimons à la fois notre héritage et notre ambition.

Comment définiriez-vous ce concept de branding pour une banque comme Heritage ?

Il ne s’agit pas d’esthétique, mais d’alignement, entre ce que l’on est, ce que l’on dit et ce que l’on fait. C’est aussi assumer un positionnement clair. Nous ne cherchons pas à plaire à tous ; nous ne cherchons pas non plus à tout couvrir. De cette façon, nous voulons rester véritablement pertinents. C’est un choix. Et ce choix oblige à des renoncements. À vouloir parler à tout le monde, on finit par ne plus rien dire. Une marque forte, au contraire, sait précisément à qui elle s’adresse et pourquoi. Chez Heritage, nous nous adressons avant tout à des entrepreneurs et à des familles entrepreneuriales qui recherchent une banque capable de comprendre la logique de création de valeur à l’origine de leur patrimoine, et pas seulement sa gestion.

Vous avez récemment travaillé sur l’image de la banque. Qu’avez-vous cherché à faire évoluer en priorité ?

Nous voulions faire évoluer notre image de banque privée traditionnelle vers celle d’un partenaire plus dynamique, qui réfléchit avec ses clients et agit à leurs côtés. Notre nom, Heritage, est une force. Il est hautement évocateur, presque autoporteur. Mais il peut aussi enfermer dans une lecture trop conservatrice. Nous avons donc redéfini notre discours, pour aller vers plus de modernité. Nous sommes passés d’une posture implicite « nous sommes là depuis longtemps » à une promesse plus engageante : « nous sommes là pour vous faire avancer… et prospérer, génération après génération. »

Enfin, nous avons souhaité réaffirmer une conviction simple mais essentielle : la banque privée reste avant tout un métier de personnes. Nous avons ainsi cherché à créer des liens émotionnels durables – un registre que l’on n’associe pas toujours spontanément à une banque – en montrant que derrière les chiffres et l’analyse, il se trouve avant tout des personnes, de l’empathie, de la proximité et un engagement sincère.

De quelle manière souhaitez-vous que vos clients et prospects perçoivent Heritage ?

Comme une maison solide, engagée et qui tient ses promesses, mais surtout comme une banque qui comprend la réalité entrepreneuriale et sait accompagner les décisions qui façonnent un patrimoine dans la durée.
Comme une banque qui vous comprend, vous interpelle quand il le faut et agit à vos côtés, sans solutions standardisées, mais avec des réponses construites pour vous, dans une logique résolument entrepreneuriale. Think. Act. Thrive. Ce n’est pas un slogan, c’est l’expérience que nous offrons.

Sur quels axes structurez-vous désormais votre discours de marque ?

Nous disposons de trois piliers.  L’indépendance, garantie par notre structure familiale et notre architecture ouverte. La vision à long terme, inhérente à notre ADN d’entreprise familiale. Et la proximité, qui nous permet d’entretenir des relations vraiment différenciantes, avec nos clients.

Rien de nouveau en apparence. La différence se joue dans la manière de les incarner réellement. Cela se traduit dans notre gouvernance, dans notre architecture ouverte et dans la proximité réelle entre nos équipes et les familles que nous accompagnons.

Dans le monde des services financiers, quels sont, selon vous, les éléments indispensables à la construction d’une marque forte ?

La crédibilité, d’abord. Elle se fonde sur la compétence.
Puis la constance, qui transforme cette crédibilité en confiance. Dans un environnement en perpétuel mouvement, la marque constitue souvent l’actif le plus stable. C’est elle qui ancre la relation quand tout le reste fluctue.

La communication joue ici un rôle fondamental. Elle ne consiste pas simplement à diffuser des messages. Elle exprime ce qu’est réellement l’entreprise et la manière dont elle évolue dans le temps. D’une certaine façon, la valeur d’une marque est aussi l’expression de l’énergie de l’entreprise — l’énergie qu’elle libère, et qu’elle diffuse.

Dans les périodes plus incertaines, cette communication révèle aussi les valeurs profondes comme le sens des responsabilités, la maîtrise, la rigueur, la confiance ou encore la persévérance. Une marque forte ne cherche pas à séduire. Elle s’impose par sa justesse et se construit patiemment, dans la durée.

Quelles valeurs vous semblent réellement déterminantes ?

L’authenticité avant tout. Nous devons rester alignés avec ce que nous sommes, sans posture. Et cela commence au niveau de la direction, car une marque ne peut exister pleinement que si elle est incarnée au quotidien.

La responsabilité ensuite. Dans une structure comme la nôtre, chaque collaborateur est responsable de son propre impact. Chaque interaction compte. Enfin, l’exigence dans la réflexion comme dans l’exécution. Au fond, tout repose aussi sur la cohérence.

Comment voulez-vous désormais faire évoluer le positionnement de la Banque Heritage ?

L’évolution est déjà en cours. Nous souhaitons renforcer notre lisibilité et notre singularité, sans nous éloigner de ce qui fait notre identité, celle d’une banque entrepreneuriale, indépendante, avec une vision à long terme pour la création, la structuration et la transmission du patrimoine.

Dans un environnement où les offres tendent à converger, la différence repose moins dans l’offre que dans son exécution, et dans la manière de l’exprimer. Dans un environnement saturé, la clarté devient une forme de distinction, un avantage décisif.

Sylvia Demeyrier

Banque Heritage

Sylvia Demeyrier dirige le pôle est Marketing & Communications de la Banque Heritage à Genève. Elle bénéficie de plus de vingt ans d’expérience en marketing, stratégie de marque et communication dans les secteurs de la finance, des matières premières et du luxe, avec des expériences notamment chez Edmond de Rothschild, Cargill et Unilever. Elle est diplômée de l’ESSEC à Paris, titulaire d’un MBA de l’IFM à Genève et a suivi un programme exécutif en leadership à l’INSEAD.

Le Top 10 Switzerland SPBIx 2026

  1. Pictet
  2. Piguet Galland
  3. Banque Heritage
  4. UBS
  5. PKB Private Bank
  6. Vontobel
  7. Zürcher Kantonalbank
  8. Graubündner Kantonalbank
  9. Lienhardt & Partner
  10. Mirabaud

 

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  • Mathias Baitan
  • Directeur général
  • Institut Supérieur de Formation Bancaire

« La question des compétences est devenue stratégique pour l’ensemble du secteur »

Les métiers bancaires évoluent à grande vitesse, sous l’effet de la digitalisation, de la réglementation et de nouvelles attentes des clients. Avec la création de son Observatoire, l’ISFB souhaite mieux analyser ces transformations et anticiper les besoins futurs du secteur. Son directeur, Mathias Baitan, revient sur les objectifs de cette initiative et sur le bilan 2025 d’un institut qui étend intelligemment son action.

Par Jérôme Sicard

L’Observatoire ISFB des compétences bancaires et financières, que vous avez initié, est entré en phase opérationnelle. Quels en sont les objectifs ?

Le principal objectif est de mieux comprendre l’évolution des métiers bancaires afin d’anticiper les compétences dont le secteur aura besoin demain. La place financière évolue rapidement, sous l’effet de la réglementation, de la digitalisation, de l’évolution démographique, mais aussi des transformations des attentes des clients. Dans ce contexte, il est essentiel de disposer d’un dispositif capable d’analyser ces évolutions de manière structurée et indépendante.

L’Observatoire ISFB vise précisément à documenter ces transformations et à fournir aux institutions financières des éléments d’analyse qui leur permettront d’orienter leurs stratégies de formation, de recrutement et de développement des compétences.

Quelles sont les priorités de cet Observatoire ?

La première priorité consiste à engager la discussion au sein de la place financière sur l’évolution des compétences. Les transformations à l’œuvre dans le secteur sont réelles, et il est important d’en prendre conscience collectivement afin d’anticiper les adaptations nécessaires.

En tant qu’institut de référence pour les compétences bancaires et financières en Suisse romande, nous avons un rôle de catalyseur à jouer. Nous devons donc engager le dialogue avec nos membres, mais aussi avec nos partenaires et les autorités, afin de réfléchir ensemble aux évolutions à venir.

À plus long terme, l’ambition est de mieux comprendre comment se transforment les grandes fonctions du secteur. Quelles compétences émergent ? Lesquelles se transforment ? Et lesquelles pourraient progressivement disparaître ? C’est ce travail d’observation et d’anticipation qui permettra de se préparer efficacement aux mutations en cours.

Huit banques fondatrices sont aussi à l’origine de ce projet. Que révèle selon vous cette mobilisation sur les préoccupations actuelles du secteur ?

Cette mobilisation montre que la question des compétences est devenue stratégique pour l’ensemble du secteur. Les banques sont confrontées à des transformations rapides de leurs métiers. Elles doivent à la fois intégrer de nouvelles exigences réglementaires, développer des compétences technologiques et continuer à offrir un conseil de haute qualité à leurs clients.

Le fait que plusieurs établissements aient souhaité soutenir la création de cet Observatoire de l’ISFB traduit une volonté commune de mieux anticiper ces évolutions et d’y apporter des réponses collectives. Nous savons toutefois que les capacités d’anticipation ou de prospective ne sont pas les mêmes selon la taille des organisations. L’un des objectifs de l’Observatoire est précisément de partager ces analyses avec l’ensemble de la place financière romande, afin que tous les acteurs puissent en bénéficier, indépendamment de leur capacité propre à mobiliser des ressources sur ces questions.

Concrètement, quels types d’analyses ou d’outils allez-vous mettre à disposition des institutions financières en Suisse romande ?

L’Observatoire produira plusieurs types de travaux.

D’une part, des analyses régulières sur l’évolution des métiers et des compétences dans le secteur financier. L’objectif est de mieux documenter les transformations en cours et d’identifier les domaines dans lesquels les besoins en compétences évoluent le plus rapidement. Pour cela, nous collaborons avec la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève, ainsi qu’avec la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Fribourg.

D’autre part, nous souhaitons rendre plus accessible notre référentiel de fonctions et de compétences afin de contribuer à une meilleure compréhension des métiers du secteur et de leur évolution.

Nous avons également initié une collaboration avec la Fondation Nomads afin d’explorer les synergies possibles entre différentes industries. Dans ce cadre, nous souhaitons nous inspirer d’une méthode de prospective développée par Nomads en collaboration avec l’Université de Genève et différents acteurs romands, qui vise à mieux identifier les compétences et les métiers du futur.

L’ambition est de combiner ces différentes approches afin de fournir à la place financière romande des analyses utiles pour anticiper les transformations à venir.

Vous venez de publier le rapport annuel 2025 de l’ISFB. Comment résumeriez-vous les progrès accomplis par l’Institut au cours de l’année écoulée ?

L’Institut se porte bien. L’année 2025 a été une année de consolidation et de développement pour l’ISFB. Nous avons poursuivi le renforcement de nos programmes de formation et développé de nouvelles offres dans des domaines clés pour la place financière, notamment autour de l’intelligence artificielle, de la gestion des données ou encore de la gestion des risques. Nous avons également intensifié nos collaborations avec les institutions de la place financière.

La création de l’Observatoire des compétences bancaires et financières constitue une étape importante, car elle élargit le rôle de l’Institut au-delà de la formation. Dans ce cadre, nous avons notamment renforcé nos capacités de recherche avec l’arrivée de Christelle Zagato.

Par ailleurs, notre pôle développement de carrière a véritablement pris son envol avec l’arrivée de sa responsable, Evelyne Rechemann. Ce pôle permet aujourd’hui d’accompagner nos institutions membres à travers des prestations d’assessment, de bilans de compétences ou encore d’aide au recrutement.

Quels sont les chiffres clés à retenir de ce rapport annuel ?

Notre rapport annuel met surtout en évidence l’ampleur des prestations délivrées par l’Institut au service de la place financière. L’ISFB est une association à but non lucratif reconnue d’utilité publique, dont la mission consiste à renforcer la compétence collective et individuelle du secteur bancaire et financier en Suisse romande, au bénéfice à la fois de la compétitivité des établissements et de l’employabilité de ses salariés.

Parmi les tendances marquantes, nous observons depuis 2022 une augmentation constante du nombre de professionnels certifiés dans le cadre des programmes de l’ISFB, ainsi qu’un renforcement progressif de la visibilité de notre marque collective, qui représente aujourd’hui un repère reconnu en matière de compétences pour le secteur en Suisse romande.

L’annexe au rapport annuel, qui présente les résultats financiers détaillés, sera quant à elle communiquée aux membres lors de notre assemblée générale. Je peux néanmoins déjà indiquer que les résultats financiers de l’année 2025 sont excellents et pleinement conformes à nos attentes.

Vous évoquez de plus en plus l’ISFB comme une plateforme de compétences et de carrière, au-delà de la formation continue. Comment cette évolution redéfinit-elle le rôle de l’Institut au sein de la place financière ?

Effectivement, le modèle traditionnel des associations professionnelles doit évoluer pour répondre aux besoins et aux attentes de son époque. L’ISFB ne fait pas exception. Depuis début 2023, nous avons engagé une transformation en profondeur de l’Institut afin d’élargir sa mission et de mieux accompagner nos membres dans les enjeux de compétitivité des établissements et d’employabilité des professionnels.

L’ISFB n’est plus uniquement un centre de formation continue. Il est devenu un véritable centre de compétences et de carrière pour la place financière romande. Nous voulons à la fois constituer un socle de référence en matière de compétences pour les professionnels de la branche et offrir aux employeurs un lieu d’échange et de réflexion sur l’évolution des métiers.

Dans cette perspective, nous avons adopté une vision plus holistique des parcours professionnels. Une carrière ne se résume pas à une succession de formations. Elle s’inscrit dans un continuum fait d’étapes, parfois positives, parfois plus complexes : l’entrée sur le marché du travail, les phases d’évolution, les périodes de transition, les moments plus difficiles ou encore la préparation à la retraite.

La formation continue reste évidemment un levier essentiel d’évolution et d’employabilité dans ce parcours. Mais elle s’inscrit aux côtés d’autres dimensions tout aussi importantes, comme l’accès aux réseaux professionnels, l’observation des pratiques du secteur ou encore le développement des capacités d’adaptation face aux transformations du métier.

Mathias Baitan

Institut Supérieur de Formation Bancaire

Mathias Baitan dirige l’ISFB depuis fin 2022. Auparavant, il a travaillé pendant plus de 20 ans pour la BCGE en tant que Responsable RH, chef d’état-major du CEO, et responsable de l’administration, en parallèle d’un poste de chargé de cours HES auprès de la Haute Ecole de Gestion de Genève. Il est titulaire d’un doctorat en sciences économiques et sociales de l’université de Genève, d’un master en gestion d’entreprise, d’un bachelor of science en psychologie ainsi que du diplôme fédéral de directeur des ressources humaines.

 

 

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Kim-Andrée Potvin
Banque Bonhôte
« L’enjeu est de réussir à faire fonctionner ensemble intelligence artificielle et intelligence humaine. »

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Sylvia Demeyrier
Banque Heritage
« Une marque forte s’impose par sa justesse et se construit patiemment, dans la durée. »

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Sphere

The Swiss Financial Arena

Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

Direction

  • Jérôme Koechlin
  • Associé, Leadership Management International
  • CEO, Swiss Who’s Who

“Le leadership moderne n’est plus un leadership d’autorité, mais un leadership d’adhésion”

Plus qu’une fonction hiérarchique, le leadership devient une compétence à développer, fondée sur la clarté stratégique, la capacité d’influence et l’alignement humain. Jérôme Koechlin en analyse ici les nouveaux ressorts et les conditions nécessaires pour construire, dans la durée, des organisations performantes et porteuses de sens.

Par Jérôme Sicard

Vous avez rejoint Leadership Management International. Quel est votre rôle au sein de cette structure ?

Dans un monde marqué par l’incertitude, tant au niveau macroéconomique que géostratégique, le rôle des leaders évolue profondément. Il demande aujourd’hui des qualités très variées et complémentaires. Mon engagement au sein de Leadership Management International consiste à accompagner les dirigeants dans le développement d’un leadership plus conscient, plus stratégique, plus performant et plus humain.

LMI repose sur une conviction forte : le leadership n’est pas un statut, mais une compétence qui se développe. Notre objectif est d’aider les organisations et leurs dirigeants à transformer leur potentiel en impact réel, en travaillant à la fois la productivité personnelle, le leadership personnel et motivationnel, la gouvernance décisionnelle et la capacité à mobiliser les équipes autour d’une vision commune. La méthodologie LMI s’appuie sur des fondements solides. Elle intègre les apports récents dans le domaine du leadership, de la communication, des sciences cognitives et comportementales. Depuis 50 ans, LMI a formé plus de deux millions de dirigeants dans le monde.

Je souhaite donc, avec mes associés, diffuser un modèle de leadership plus global, plus complet, plus transformationnel, capable d’anticiper les transformations économiques, technologiques et sociétales qui redéfinissent aujourd’hui le rôle des organisations.

Quelle est la constante qui distingue les organisations performantes des autres ?

Les organisations les plus performantes ne sont pas nécessairement celles qui disposent des ressources les plus importantes, mais celles qui parviennent à aligner vision, culture et exécution. Dans un environnement économique en mutation rapide, la performance durable repose avant tout sur la clarté stratégique, la discipline d’exécution, la qualité du leadership humain et la capacité d’apprentissage continu. Les organisations qui réussissent sont celles où le leadership se montre à la fois lucide, assertif, empathique et exigeant. À l’inverse, les organisations en difficulté révèlent souvent des failles dans leur gouvernance ou dans leur capacité à créer un véritable sens collectif.

Comment se caractérise un leadership réellement influent et durable ?

Le leadership réellement influent et durable ne se mesure pas à la position hiérarchique, mais à la capacité d’écouter, de partager une vision claire et d’influencer positivement les comportements et les décisions dans la durée. Il repose sur une cohérence constante entre valeurs et actions, sur une intelligence émotionnelle et relationnelle affirmée, ainsi que sur la capacité à inspirer confiance dans un environnement incertain. Le leadership moderne n’est plus un leadership d’autorité, mais un leadership d’adhésion. Les dirigeants qui marquent durablement leur époque sont ceux qui créent du sens plutôt que ceux qui imposent des décisions. La Harvard Business Review a d’ailleurs mis en lumière la notion de leaders de niveau 5, capables de conjuguer vision stratégique de long terme, détermination et humilité.

Par où doit commencer un dirigeant qui souhaite accroître son impact ?

Le leadership commence toujours par un travail sur soi. Il naît d’une prise de conscience, celle de vouloir renforcer sa capacité d’influence, d’impact et de responsabilité. C’est ce que le professeur américain Richard Boyatzis décrit comme la théorie du changement intentionnel. Autrement dit, le développement du leadership repose d’abord sur la volonté de progresser et d’élargir son champ d’action.

Dans des environnements exigeants, la première responsabilité d’un dirigeant consiste à maîtriser sa productivité personnelle, à gérer son temps, son énergie et ses priorités avec rigueur. L’efficacité stratégique ne dépend pas du volume d’actions menées, mais de la pertinence des choix opérés. Savoir dire non, hiérarchiser ses objectifs et préserver un équilibre entre performance professionnelle et équilibre personnel sont devenus des compétences clés. Le leadership moderne repose autant sur la résilience mentale que sur la compétence technique.

Pourquoi la gouvernance et la communication stratégique restent-elles sous-exploitées ?

Parce qu’elles sont encore trop souvent considérées comme des fonctions de support plutôt que comme des leviers stratégiques de création de valeur. Trop souvent, la réponse à des formations en leadership est “je n’ai pas le temps”. C’est notamment pour cette raison qu’il est utile de prendre du recul dans le but d’être plus performant. J’ai conseillé Kofi Annan à la fin de son mandat de Secrétaire général des Nations Unies, lorsqu’il était sollicité de toutes parts par de très nombreux chefs d’Etat, de manière vampirisante. Nous avons pris le temps de fixer les priorités et de bien distinguer les activités impératives des activités dites importantes, ce qui l’a aidé à mieux gérer son temps qui, je le rappelle, est le même pour tout le monde !

Une gouvernance solide garantit la cohérence des décisions dans la durée, tandis qu’une communication stratégique claire nourrit la confiance entre les différentes parties prenantes. Dans un environnement marqué par l’accélération de l’information et la pression du court terme, ces deux dimensions deviennent de véritables leviers de résilience organisationnelle.
Les organisations de demain seront celles qui sauront articuler avec justesse stratégie, communication et leadership humain.

Vous avez repris le Swiss Who’s Who l’automne dernier. Quelles sont vos ambitions ?

Avec mes collègues, notre ambition est de positionner le Swiss Who’s Who comme une référence suisse et internationale dans la reconnaissance des leaders, que ce soit en termes d’impact ou d’ influence, et de mettre en lumière celles et ceux qui façonnent la Suisse d’aujourd’hui et de demain.

Nous ne nous limitons pas à une approche biographique. Notre objectif est de valoriser les leaders qui contribuent concrètement au progrès économique, scientifique, culturel et sociétal de la Suisse et au-delà.
Ce pays dispose d’un capital unique d’excellence et d’innovation. Nous voulons en renforcer la visibilité, sur le plan national comme sur le plan international.

Quels développements avez-vous déjà initiés ?

Nous avons engagé plusieurs chantiers stratégiques visant à renforcer la dimension nationale et internationale du Swiss Who’s Who, à développer des contenus et des événements consacrés au leadership, à l’innovation et à la transmission, ainsi qu’à intégrer les enjeux liés à l’intelligence artificielle et à la transformation digitale dans la réflexion sur le leadership. Nous travaillons également à la création de nouveaux formats de rencontres entre leaders économiques, académiques et institutionnels.

Notre ambition est de faire du Swiss Who’s Who un espace vivant d’échanges, d’inspiration et de reconnaissance de l’excellence, notamment à travers notre plateforme digitale

Jérôme Koechlin

Leadership Management International

Jérome Koechlin est associé de Leadership Management International. Il est également le CEO de Swiss Who’s Who, et le fondateur de JK Consulting. Il a occupé précédemment des postes de direction dans les secteurs bancaire, financier, biotech, public et média, les dernières en date à la banque Reyl Intesa Sanpaolo en tant que directeur de la communication et secrétaire du comité exécutif. Jérôme Koechlin est détenteur d’un doctorat en Sciences Économiques et Sociales de l’Université de Genève, d’un Master en communication de New York University, ainsi que d’un diplôme de l’Institut des hautes études internationales et de développement.

 

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SPHERE LAB

SPHERE LAB

  • Regard étudiant
  • SPHERE LAB

« Les smart wallets ne constituent peut-être pas une rupture spectaculaire, mais une évolution structurelle. »

Dans le cadre du SPHERE LAB, les étudiants du comité contribuent tout au long de l’année à la réflexion sur les grandes transformations de la place financière. À travers analyses, prises de position et décryptages, ils explorent les enjeux technologiques, économiques et réglementaires qui façonnent l’industrie.

Le texte qui suit est signé par Adrian Cayarga, étudiant à la Geneva School of Economics and Management (GSEM), où il poursuit un cursus en économie. Il propose ici une réflexion sur l’émergence des smart wallets et leurs implications potentielles pour la gestion de fortune en Suisse.

Par Adrian Cayarga

Smart wallets : la gestion de fortune à l’épreuve de l’infrastructure programmable

À mesure que la tokenisation progresse et que la pression réglementaire s’intensifie, les smart wallets apparaissent comme bien plus qu’une innovation technique marginale : ils incarnent peut-être le début d’une transformation silencieuse de l’infrastructure même de la gestion de fortune. Derrière ce terme encore réservé aux initiés se dessine une évolution qui pourrait redéfinir la manière dont les patrimoines sont administrés, contrôlés et audités sur la place financière suisse.

Techniquement, un smart wallet est un portefeuille numérique adossé à un smart contract déployé sur une blockchain. Contrairement aux portefeuilles crypto traditionnels, fondés sur la détention d’une clé privée et d’une seed phrase, il repose sur une logique programmable. Les règles de fonctionnement — limites d’allocation, autorisations de transaction, critères de conformité — sont intégrées directement dans le code. Grâce à des mécanismes comme l’account abstraction, l’utilisateur peut interagir avec l’infrastructure blockchain sans en supporter la complexité technique. L’authentification peut passer par des méthodes familières, tandis que la mécanique cryptographique opère en arrière-plan.

Mais l’intérêt véritable ne réside pas tant dans la sophistication technologique que dans ce qu’elle implique pour la gouvernance des portefeuilles. En Suisse, la gestion de fortune obeit aux lois de la FINMA. Aujourd’hui, le respect du profil de risque et des contraintes du mandat repose principalement sur des processus organisationnels et des contrôles a posteriori. Les smart wallets introduisent une logique différente : celle d’une conformité intégrée dès la conception. Si une transaction enfreint les paramètres prédéfinis, elle n’est tout simplement pas exécutée. La règle ne se contente plus d’être surveillée ; elle devient structurelle.

Cette idée de « compliance by design » pourrait représenter une évolution majeure. Elle transforme la conformité en mécanisme automatique, inscrit dans l’architecture même du portefeuille. L’auditabilité devient immédiate, chaque opération étant enregistrée dans un registre immuable. Dans un environnement où la traçabilité et la transparence gagnent en importance, cette capacité pourrait séduire autant les institutions que les autorités de surveillance.

Cependant, cette promesse suppose une condition essentielle : la tokenisation des actifs. Sans représentation numérique des obligations, actions, instruments de crédit ou actifs immobiliers, la programmabilité reste partielle. Or, les initiatives récentes en matière de Real World Assets tokenisés, notamment dans le domaine de la dette souveraine, montrent que cette transition est déjà en cours. À mesure que les instruments financiers migrent vers des formats numériques, le smart wallet pourrait devenir leur interface naturelle de détention et de gestion.

Reste la question sensible de la confidentialité, pilier historique de la tradition bancaire suisse. Les blockchains publiques sont, par nature, transparentes. Pour une clientèle fortunée, une visibilité totale des transactions serait difficilement acceptable. Pourtant, les avancées en matière de zero-knowledge proofs ouvrent des perspectives intéressantes : il devient possible de prouver la conformité d’une opération sans en révéler les détails. Cette transparence sélective — où le client et son gérant disposent d’une visibilité complète, l’autorité d’un accès conditionnel, et les tiers d’une simple validation cryptographique — pourrait constituer un compromis technologique crédible entre innovation et discrétion.

Le débat entre centralisation et décentralisation, souvent idéologique dans l’univers crypto, mérite également d’être nuancé. Dans un cadre institutionnel, l’enjeu n’est pas de poursuivre une décentralisation absolue, mais de concevoir une architecture de confiance compatible avec les exigences réglementaires et opérationnelles. Une certaine centralisation contrôlée peut renforcer la sécurité, permettre un filtrage des protocoles utilisés et offrir des mécanismes de réversibilité en cas de fraude. L’équilibre à trouver n’oppose pas deux visions irréconciliables ; il consiste à articuler performance technologique et responsabilité institutionnelle.

En définitive, les smart wallets ne constituent peut-être pas une rupture spectaculaire, mais une évolution structurelle. Pour le client final, l’expérience pourrait rester familière. La transformation se jouerait en profondeur, dans l’infrastructure invisible qui soutient la gestion patrimoniale. Si la tokenisation continue de progresser et si le cadre réglementaire s’adapte, cette architecture programmable pourrait progressivement s’imposer comme une nouvelle couche technique de la gestion de fortune suisse.

La révolution, si elle advient, sera discrète. Mais c’est souvent ainsi que les mutations les plus durables prennent forme, par une reconfiguration progressive des fondations mêmes du système.

 

 

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