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  • Interview Fabian Charier
  • Managing director
  • AWAP

«AWAP a dû professionnaliser son fonctionnement et structurer son offre. »

L’union fait la force. Et c’est ce dont auront besoin les gérants indépendants pour survivre. La mission de Fabian Charlier, nommé directeur général de l’AWAP en septembre, consistera donc à structurer et animer cette union. En s’appuyant surtout sur la technologie. L’objectif est de faire de l’association un «écosystème intégré» dont l’objectif est de simplifier le quotidien de ses membres.

Par Levi-Sergio Mutemba

L’un des trois piliers stratégiques que vous souhaitez soutenir est l’orthodoxie de gestion. Qu’entendez-vous par là?

Ce que nous entendons par orthodoxie de gestion, c’est le respect d’un ensemble de règles et de bonnes pratiques. Dans cette optique, AWAP accompagne ses membres GFI dans leurs obligations de conformité, en proposant des services de compliance à des tarifs compétitifs, rendus possibles grâce à la mutualisation des services. Nous les aidons également à se préparer à leurs audits et, plus généralement, à aborder toute nouvelle réglementation de manière structurée et efficiente.

Comment cela se traduit-il concrètement?

À titre d’exemple, la FINMA a récemment renforcé ses exigences en matière de cybersécurité. Nous avons donc organisé, avec notre prestataire IT, un webinaire expliquant comment y répondre de manière pragmatique, et nous avons proposé à nos membres un audit gratuit de leur organisation IT. Cette volonté d’accompagner les GFI dans une orthodoxie de gestion s’étend également au domaine de l’investissement. Nous partageons nos vues de marché et mettons à leur disposition des portefeuilles modèles, ainsi qu’une liste de fonds.

Il nous arrive aussi de jouer le rôle de sparring partner en analysant certains de leurs portefeuilles et en confrontant les risques financiers embarqués avec leur propre vue sur les marchés. C’est un soutien utile pour les petites et moyennes structures, qui n’ont pas toujours des ressources internes dédiées à l’investissement.

En quoi consiste le passage d’AWAP d’une «communauté de GFI» à un «système intégré»?

Au départ, AWAP était surtout une communauté de gérants réunis dans une logique de mutualisation et d’économies d’échelle. Cela a commencé il y a une quinzaine d’année par le partage de locaux, puis par des achats groupés de certains services. Avec l’introduction des licences FINMA consécutive à l’entrée en vigueur des lois LSFin/LEFin, AWAP a dû franchir une nouvelle étape. À savoir professionnaliser son fonctionnement et structurer son offre afin de répondre aux exigences accrues de la réglementation.

À quoi ressemble donc AWAP aujourd’hui?

AWAP regroupe aujourd’hui plus de 25 entités de gestion de fortune qui regroupe plus d’une soixantaine de relationship managers. Nous avons toutefois conservé l’esprit communautaire qui nous anime depuis le début. Aucun frais de gestion n’est prélevé et la contribution des membres reste modeste, adaptée à la taille de chaque entité. Ce montant est du reste souvent compensé par les économies réalisées grâce à la mutualisation des services. Grâce à notre plateforme, les GFI accèdent à un large réseau de prestataires, en matière par exemple de compliance, de systèmes de gestion de portefeuille, ou encore de solutions IT, et ce à des conditions avantageuses.

Techniquement, comment AWAP créé cette interconnexion entre ses membres?

Cette interconnexion est facilitée par myAWAP, notre intranet dédié, qui centralise l’ensemble des ressources, documents, communications et outils pratiques dont les membres ont besoin au quotidien. De fait, myAWAP constitue une véritable colonne vertébrale numérique qui permet de suivre les actualités du réseau en temps réel et de partager des bonnes pratiques.

Au fil des années, cette dynamique collaborative a forgé un fort sentiment d’appartenance au sein de la communauté AWAP. Nombre de nos membres valorisent d’ailleurs leur affiliation dans leur communication auprès de leurs clients, comme gage de sérieux, de transparence et d’engagement professionnel. En d’autres termes, nos GFI restent indépendants, mais ne sont pas seuls : ils bénéficient de la force d’un réseau et de ressources à leur disposition.

S’agissant de la consolidation des GFI, celle-ci se poursuivra-t-elle, selon vous?

À vrai dire, il faudrait déjà qu’elle commence réellement ! Voilà plus de dix ans qu’on en parle, mais dans les faits, très peu d’opérations se concrétisent. Les difficultés tiennent souvent à l’écart entre les attentes des vendeurs et des acheteurs, notamment en matière de valorisation, mais aussi quelquefois à des différences culturelles. En réalité, la dynamique de consolidation concerne aujourd’hui davantage le secteur du private banking, où l’on observe une baisse régulière du nombre de banques en Suisse.

L’égo des gérants joue-t-il un rôle dans la difficulté de trouver un terrain d’entente?

Je ne saurais l’affirmer de manière catégorique. Cela dit, l’égo peut effectivement entrer en jeu, notamment sur des aspects plutôt symboliques. J’ai entendu parler d’un rapprochement ayant achoppé sur des éléments tels que le choix du nom de la nouvelle entité. L’égo joue donc sans doute un rôle, sans être pour autant un facteur systématique. Il faut aussi garder à l’esprit qu’un gérant de fortune indépendant est, par essence, attaché à son indépendance. C’est une dimension identitaire forte, et forcément sensible lorsqu’il s’agit d’envisager un rapprochement.

Est-ce que l’indépendance des gérants a encore de l’avenir, compte tenu de la multiplicité des défis que la profession doit relever?

Je le crois profondément, oui. Les GFI restent – et resteront – des acteurs essentiels de la gestion de fortune en Suisse. L’indépendance demeure le socle d’un conseil objectif, sans biais ni conflit d’intérêts. Ce n’est pas toujours le cas dans les banques, où les impératifs commerciaux – voire de rentabilité – peuvent influencer certaines décisions de gestion. Cela dit, les défis sont bien réels, notamment pour les petites et moyennes structures. Elles subissent une hausse continue des coûts, tout en devant répondre à des exigences réglementaires toujours plus lourdes.

C’est précisément là qu’AWAP apporte sa valeur ajoutée. Notre conviction est simple. À savoir qu’ensemble, nous sommes plus forts. En unissant leurs forces au sein d’un réseau structuré, les gérants peuvent mutualiser certaines ressources, accéder à un support spécialisé et partager des best practices pour faire face à la pression réglementaire et opérationnelle. Cette approche collaborative crée un véritable cercle vertueux, en ce qu’elle renforce la solidité des structures membres tout en inspirant confiance aux clients finaux.

Fabian Charlier

AWAP

Fabian Charlier dirige AWAP avec le titre de managing director. Il connait d’autant mieux la structure qu’il en a été membre voilà dix ans. Fabian a plus de 25 ans d’expérience sur les marchés financiers, dont dix années en banque d’investissement et quinze années en gestion d’actifs, au cours desquelles il a piloté le développement de plusieurs sociétés de gestion. Fabian Charlier est titulaire de la certification Chartered Financial Analyst (CFA).

 

 

 

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« La gestion de fortune ne devrait pas être un privilège réservé à quelques-uns, mais une opportunité pour tous. »

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Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

Surveillance

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  • Guillaume de Boccard
  • Associé-fondateur
  • Geneva Compliance Group

Gestion proactive des risques organisationnels : un atout plus qu’une contrainte

Avec la LEFin, la gestion des risques organisationnels n’est plus un simple exercice de conformité. Elle conditionne l’autorisation d’exercer, structure la gouvernance et devient un facteur de crédibilité autant qu’un levier stratégique. Les gérants indépendants qui l’intègrent de manière proactive peuvent ainsi transformer une simple obligation réglementaire en avantage compétitif durable.

Depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur les établissements financiers, la LEFin, le paysage réglementaire des gestionnai­res de fortune suisses a changé de nature. Ce qui relevait autrefois de l’autorégula­tion, nourrie de codes de conduite secto­riels et d’usages professionnels, est désor­mais encadré par un dispositif légal et institutionnel qui impose une discipline organisationnelle accrue. La surveillance de la FINMA, opérée en grande partie par l’intermédiaire des Organismes de Sur­veillance, a placé la gouvernance et les contrôles internes au coeur de l’évaluation prudentielle. Dans ce contexte, la gestion proactive des risques organisationnels devient un élément central, non seulement pour satisfaire aux exigences légales, mais aussi pour affirmer sa crédibilité, préser­ver la confiance des clients et assurer la pérennité de son activité.

La LEFin impose une organisation adéquate et proportionnée à la nature, à la complexité et au volume des affaires traitées. Cette exi­gence dépasse la simple formalité admi­nistrative : elle conditionne directe­ment l’octroi et le maintien de l’autorisation. Elle suppose des structures claires, la sépa­ration effective des fonctions de gestion, de contrôle et de surveillance, et la mise en place de procédures internes fiables et documentées. Dans la pratique, il ne s’agit pas seulement d’avoir un organigramme bien dessiné ou un recueil de directives et de procédures sur le coin du bureau, mais de garantir que les lignes de responsabilité soient comprises, appliquées, régulière­ment testées et révisées. L’expérience montre que les difficultés apparaissent souvent lorsqu’une forme de routine s’ins­talle, même là où l’on se croit le plus solide : une procédure jamais éprouvée, un rem­placement improvisé en cas d’absence d’un collaborateur clé ou encore un pro­cessus de validation et de surveillance qui s’appuie sur une seule personne.

Les risques organisationnels spécifiques aux gestionnaires de fortune sont multiples. Ils tiennent d’abord à la gouvernance. L’ab­sence de supervision active par le conseil d’administration ou la confusion des rôles entre les organes peut fragiliser l’ensem­ble de la structure. Les auditeurs n’hésitent pas à relever ces défaillances, surtout lorsqu’elles se traduisent par une absence de contrôle des opérations ou un suivi lacunaire des obligations réglementaires.

Le risque humain est omniprésent. Les administrateurs et les dirigeants qualifiés en particulier doivent démontrer expérience, probité et compétences techniques ; une nomination inadaptée ou une dépendance excessive à une seule personne peuvent provoquer une réaction immédiate de l’autorité de surveillance. La mise à jour des informations les concernant auprès de la FINMA et des OS est essentielle et un man­quement peut conduire à l’ouverture d’une procédure individuelle d’enforcement. Pré­venir de telles situations passe par la forma­tion continue, la mise à jour régulière des procédures et la conservation systématique des documents pertinents.

À ces dimensions humaines s’ajoute la question des systèmes et des contrôles internes. Un dispositif de surveillance robuste n’est pas qu’un concept théorique : il doit être intégré au quotidien, périodi­quement testé et permettre de détecter puis traiter rapidement tout incident. A ce titre, la production de traces exploitables – audit trail – est essentielle. Les acteurs qui investissent dans des outils adaptés – contrôles intégrés dans les opérations, supervision indépendante par la confor­mité et la gestion des risques ainsi que l’audit – réduisent considérablement leur exposition. L’efficacité se mesure aussi à la réactivité : la mise en oeuvre rapide de mesures correctives et la documentation précise des décisions prises que le ges­tionnaire maîtrise son dispositif et sait en tirer des améliorations continues.

La surveillance exercée par la FINMA via les OS et les auditeurs repose sur un système tripartite : le gestionnaire rend des comptes à son OS via son auditeur; la FINMA n’entre en jeu que sur les questions d’autorisation et de sanctions. Derrière cette mécanique, apparemment formelle, se joue en réalité la crédibilité de l’organi­sation. Les rapports d’audit constituent une photographie détaillée de la situation de chaque établissement. Des constats de manquements porteraient notamment sur une organisation inadaptée ou obsolète, un système de contrôle inadapté ou mal appli­qué, et des lacunes dans la mise en oeuvre des obligations LBA ou LSFin, la sur­veillance des délégataires ou encore dans la gestion des conflits d’intérêts.

L’expérience démontre que la posture adoptée face à ces constats fait toute la dif­férence : un gestionnaire qui anticipe les observations, prépare des réponses argu­mentées et met en oeuvre sans délai les recommandations établit un climat de confiance durable. Une bonne collabora­tion continue avec son auditeur est de nature à permettre d’anticiper d’éventuel­lement manquements et de diminuer ces risques. La souscription à une assurance responsabilité civile, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, est également un élément contribuant à la diminution du risque, financier cette fois-ci.

Il serait pourtant réducteur de voir dans ce cadre réglementaire uniquement une contrainte. Les gestionnaires de fortune qui intègrent la gestion des risques dans leur stratégie globale transforment cette exi­gence en levier compétitif. Loin de brider l’initiative, la mise en place d’une culture de conformité favorise la clarté des décisions, fluidifie la communication interne et ren­force la relation de confiance avec les clients et partenaires. Encourager la remontée d’informations sans crainte de sanction interne, impliquer l’ensemble des collaborateurs dans l’identification et la maîtrise des risques et valoriser les contrô­les comme un gage de sérieux deviennent alors autant de marqueurs distinctifs sur un marché de plus en plus exigeant.

Sous le régime de la LEFin, la conformité n’est pas un objectif figé, mais un proces­sus vivant qui exige anticipation, rigueur et engagement. Loin d’être un coût, la gestion proactive des risques organisationnels et la vigilance constante des organes de direc­tion constituent un investissement stratégi­que. Elles renforcent la stabilité, protègent la réputation et soutiennent la croissance. Dans un secteur où la confiance reste la première valeur, elles sont sans doute l’as­surance la plus précieuse que puisse offrir un gestionnaire de fortune.

Guillaume de Boccard

Geneva Compliance Group

Guillaume de Boccard est associé fondateur de Geneva Compliance Group. Il est spécialisé dans la mise en place et la gestion de projets juridiques et réglementaires, notamment dans le secteur financier. Il supervise l’ensemble des activités de conseil. Titulaire du brevet d’avocat, et détenteur d’un MBA de l’INSEAD, il a précédemment exercé ses activités auprès de de Boccard Conseil. Il a travaillé également pour Pictet & Cie, à Genève, et Credit Suisse, à Zurich.

 

 

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Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

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  • Interview Cindy Eicher
  • Chief Executive Officer
  • DCP Client Partner

« Les gérants indépendants vont devenir plus institutionnels, digitaux, interconnectés. »

Les GFI sont entrés dans un nouveau cycle de leur évolution et, pour Cindy Eicher, leur croissance va désormais se décider autant sur la structure, le data et les processus que sur l’expertise et la confiance. Ceux qui sont capables aujourd’hui d’industrialiser leurs modes opératoires sans renoncer à leur agilité, leur proximité et leur indépendance sont appelés à définir les futurs standards du secteur.

Par Jérôme Sicard

Compte tenu de votre parcours bancaire, notamment chez JP Morgan, que peuvent apprendre les gérants indépendants de la manière dont les banques fonctionnent et s’organisent ?
On peut difficilement comparer une grande banque internationale comme JP Morgan à un gérant indépendant localement implanté. Les banques s’adressent à une clientèle mondiale ultra-fortunée et proposent tout en interne : planification patrimoniale, investissement, philanthropie, gouvernance, acquisition et valorisation des œuvres d’art… Elles offrent aussi des expériences intégrées, presque « Instagrammables », qui séduisent aussi bien les jeunes générations que leurs parents. La Suisse, à l’inverse, valorise la discrétion, l’humilité, la précision et la fiabilité — la substance et la confiance avant la mise en scène.
Cela dit, les gérants indépendants peuvent s’inspirer des banques sur plusieurs points. Chaque client devrait pouvoir compter sur une véritable équipe, composée de deux ou trois professionnels, dont le relationship manager. C’est ce qui assure une véritable continuité de service et une approche collaborative de la relation client. La réputation est un autre point clé. Éviter les conflits d’intérêts, rester dans le cadre des licences et ne pas opérer dans des juridictions mal maîtrisées est essentiel. L’intégrité est non négociable. Et la valeur a un prix : facturer de manière juste renforce le professionnalisme. Enfin, la spécialisation est décisive. Comme le disait Mary Erdos chez JP Morgan, «Better to be a master of one than a jack of all trades.» En fait, cela s’applique parfaitement aux gérants indépendants. Ils doivent identifier leur véritable valeur ajoutée et se concentrer dessus.
En somme, les gérants devraient prendre modèle sur la rigueur, la structure et la discipline des banques, tout en préservant leur authenticité — l’âme même de la gestion privée suisse.

Dans quels domaines les gérants externes doivent-ils encore progresser ?
Les acteurs les plus en avance professionnalisent leurs opérations, investissent dans l’IT et le digital, et ils formalisent leur gestion des risques, tout en préservant leur esprit entrepreneurial. Nous connaissons tous le KYCKnow Your Client –  mais, demain, le KYDKnow Your Data — va devenir tout aussi important. Comprendre et analyser la donnée va permettre d’agir de manière proactive plutôt que réactive. C’est la base même d’une stratégie réfléchie et cohérente.
Les gérants doivent aussi standardiser leurs processus d’investissement. Trop souvent, les décisions de portefeuille reposent encore sur les choix individuels des relationship managers, ce qui complique la maîtrise des risques et la scalabilité. La mise en place de comités d’investissement et de portefeuilles modèles apporterait davantage de cohérence et de discipline. Enfin, la succession reste un point sensible : beaucoup de structures dépendent encore trop de leurs dirigeants seniors. Associer des profils expérimentés à des profils plus jeunes, technophiles, tout en partageant revenus et indicateurs de performance, permettrait d’assurer une vraie continuité et une transmission plus facile du savoir-faire.

Où voyez-vous les transformations les plus profondes du modèle EAM dans les prochaines années ?
Les gérants indépendants vont devenir plus institutionnels, digitaux et interconnectés. Leur réussite dépendra de leur capacité à trouver et à maintenir de bons équilibres : croître grâce à la standardisation sans perdre en simplicité ni en proximité, adopter la digitalisation sans renoncer à l’humain, et se structurer davantage tout en préservant leur fibre entrepreneuriale.
La mise à l’échelle passera aussi par la création d’écosystèmes digitaux : plateformes mutualisées, connexions API avec les banques dépositaires, fournisseurs de données et fintechs… Ce sera nécessaire pour fluidifier les opérations et enrichir au final l’expérience client.
Ceux qui sauront conjuguer technologie, processus et indépendance n’auront pas de mal à définir les standards de demain.

Les gérants qui dépassent aujourd’hui les 3, 5 ou 10 milliards d’actifs doivent-ils repenser leur modèle ?
Oui. Ils doivent passer de boutiques dirigées par leurs fondateurs à des organisations structurées, axées sur les data, capables de changer d’échelle. L’efficacité viendra de l’automatisation et de la standardisation. La transparence dépendra d’une gestion rigoureuse des données. La stabilité résultera de cadres d’investissement institutionnalisés. Et la confiance se dégagera d’une gouvernance solide. L’enjeu consiste à préserver l’esprit entrepreneurial et la proximité client, tout en renforçant la structuration et la discipline des processus internes.

Que signifie, concrètement, “cadre d’investissement institutionnalisés” ?
Aujourd’hui encore, beaucoup de décisions d’investissement reposent sur des choix individuels, rarement documentés. Une structure professionnelle doit s’appuyer sur des portefeuilles modèles, des comités d’investissement et une justification claire de chaque ajustement d’allocation. Pouvoir expliquer pourquoi on augmente son exposition à l’or ou on réduit la poche Equities est une nécessité. Les mandats discrétionnaires ne signifient pas liberté totale, mais action dans un cadre clair et transparent de gestion du risque.

Comment attirer des relationship managers issus du monde bancaire ?
Avant de les attirer, il faut comprendre ce qui les freine. Ce n’est pas un manque de compétence client, mais plutôt la peur de perdre les fonctions de support, la technologie, ou le confort d’une structure hiérarchisée. En banque, tout est centralisé : compliance, cross-border, produits, spécialistes.
Pour combler ce fossé, les gérants peuvent mettre en place des modèles en tandem associant managers seniors et juniors, où les seconds prennent en charge la technologie et l’administratif. Offrir plus de flexibilité dans les horaires et les lieux de travail est aussi un atout. Fournir un cadre de conformité et de gestion du risque solide rassure sur la sécurité opérationnelle. Enfin, instaurer des modèles de participation à vie — permettant aux seniors de conserver une part des revenus générés après leur retraite — favorise la loyauté, la transmission et la collaboration entre générations.

Comment croître sans perdre en agilité ni diluer la culture d’entreprise ?
Il n’existe pas de recette miracle, mais quelques principes clés. Ce sont par exemple des processus clairs qui soutiennent le travail sans créer de bureaucratie, des décisions proches du client, des valeurs partagées, intégrées dès le recrutement et des équipes décloisonnées entre investissement, opérations et management. Quand une équipe gagne, toute l’entreprise doit en bénéficier.
La culture doit être entretenue activement — réunions, communication ouverte, rituels partagés. La transparence est aussi essentielle : partager des données financières simplifiées renforce la mentalité entrepreneuriale et le sentiment d’appropriation. En banque, les employés sont souvent des soldats ; dans une structure indépendante, ils doivent devenir des entrepreneurs — cela exige formation et confiance.

En quoi les gérants indépendants conservent-ils un avantage face aux banques ?
Leur force, ce sont les personnes. Ce qui fait la différence, c’est la relation : un lien personnel, des portefeuilles sur mesure, une défense sincère des intérêts du client — coûts compris. Comprendre les individus, pas seulement leurs actifs, c’est la clé pour instaurer la confiance, surtout dans les moments où les marchés se montrent très volatils.

Quel est selon vous le principal défi des cinq prochaines années ?
À court terme, la rentabilité et la croissance. Les bases de clientèle vieillissent, les actifs se concentrent, les modèles traditionnels s’essoufflent. À plus long terme, le défi sera de se digitaliser et de se structurer sans perdre l’essence de la relation. Trouver l’équilibre entre efficacité, technologie et proximité humaine déterminera les réussites de demain.

Cindy Eicher

DCP Client Partner

Cindy Eicher a pris la direction de DCP Client Partner comme CEO en juin 2024. Au fil de son parcours, elle a occupé plusieurs postes de direction au sein de grandes banques suisses et internationales – notamment dans la gestion d’actifs chez Vontobel et la gestion de fortune chez Credit Suisse. Chez Deutsche Bank, elle a géré une clientèle institutionnelle avant de prendre la direction du Private Banking de J.P. Morgan à Zurich. Entre 2022 et 2024, elle a dirigé sa propre société de conseil, spécialisée dans les solutions de financement et le fundraising. Cindy Eicher a commencé sa carrière par un apprentissage bancaire chez UBS, avant d’obtenir un Bachelor en économie d’entreprise à la ZHAW de Winterthur.

 

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ISFB x SPHERE

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  • Interview Lisa Desjardins
  • Spécialiste Compliance & Gestion des risques
  • Séminaire Gérants indépendants ISFB x SPHERE

« La compliance et la gestion du risque sont les deux faces d’une même médaille. »

Le programme de formation ISFB x SPHERE destiné aux gérants de fortune indépendants débute le 24 novembre à l’Institut Supérieur de Formation Bancaire, à Genève. La toute première session, animée par Lisa Desjardins et Christian Wolf, est consacrée à une mise à jour réglementaire approfondie, avec un accent particulier sur la gestion du risque, thème désormais indissociable de la compliance.

La première session du programme ISFB x SPHERE a lieu le 24 novembre. Elle sera consacrée à une « mise à jour réglementaire ». Quelle en sera la teneur dans les grandes lignes ?

Le concept de cette formation sera en premier lieu d’offrir une synthèse des principales exigences réglementaires, de leurs nouveautés et de leurs évolutions, mais aussi de proposer une approche pragmatique pour appréhender l’ensemble de ces exigences.

Depuis l’entrée en vigueur de la LSFin et de la LEFin, le cadre réglementaire des gérants indépendants a en effet beaucoup évolué. Quelles sont, selon vous, les principales transformations qu’il faut en retenir ?

Les gérants indépendants ont été confrontés à une double révolution ces dernières années. D’abord, il se sont trouvés face à des lois complètement nouvelles qu’ils ont dû intégrer au mieux à leurs processus. Par ailleurs, ces lois ont impliqué pour eux l’émergence de nouveaux interlocuteurs : les organismes de surveillances – les OS – la FINMA, et les fonctions de contrôles indépendantes.

Ces dernières années ont été consacrées à la mise en place de toutes ces nouveautés. Les divers acteurs – OS, auditeurs, spécialistes compliance et gestion des risques – se sont montrés globalement assez exigeants dans la mise en œuvre des lois et les modèles d’affaires ont dû être significativement adaptés pour faire face à ces changements.

Aujourd’hui, ces nouveaux processus compliance commencent à être appliqués de manière relativement homogène chez les gérants. Il est temps de réfléchir à la façon dont on peut leur donner du sens, pour qu’ils deviennent un outil proportionné et pas seulement une contrainte externe.

En quoi la LSFin se distingue-t-elle de MiFID II dans son approche et ses implications pratiques ?

La LSFin est moins procédurière que MIFID II. On entend parfois que la LSFin est excessive ou inadaptée pour certains modèles d’affaire. Elle présente néanmoins un avantage intéressant : elle consiste en des principes généraux qui peuvent être appliqués selon de nombreuses approches.

La suitability, par exemple, est presque toujours abordée selon un mécanisme de bornes à respecter pour chaque classe d’actif. La LSFin permettrait en réalité d’autres approches qui pourraient s’avérer plus adaptées à certaines organisations. Ce sont ces nuances que nous prévoyons d’aborder dans la formation ISFB x SPHERE du 24 novembre prochain.

Dans quelle mesure la LBA et les sanctions restent-elles aujourd’hui des sujets sensibles pour les gérants indépendants ?

La LBA et les sanctions comptent parmi les risques clés rencontrés par les gérants, notamment en raison des dispositions pénales qui en découlent pour eux comme pour tous les intermédiaires financier. Il y a chez les gestionnaires l’impression chez que les choses sont faites à double – par la banque dépositaire et par eux-mêmes. Ces dernières années ont permis de constater que c’est une impression erronée. Les banques ont généralement des dispositifs informatiques sophistiqués pour détecter les indices de blanchiment – outils d’analyse transactionnelle, de screening presse… – mais il leur manque souvent la proximité avec le client du gestionnaire pour aborder cette question en profondeur. Nous observons chaque année des situations où les gérants avertissent la banque dépositaire sur des indices de blanchiment que cette dernière n’avait pas identifiés.

Comment les gérants peuvent-ils mieux structurer leur gestion du risque sans pour autant complexifier leur structure ?

Jusqu’à présent les gérants ont mis en place toutes les dispositions attendues par les grandes lois qui les concernent : LBA, LSFin et LEFin. La Gestion du risque est avant tout une analyse du dispositif avec un regard porteur de sens : quel est la propension aux risques de mon organisation ? Un gérant spécialisé dans le placement privé voit les risques d’une façon complètement différente d’un gérant spécialisé dans le marché actions, par exemple. Il convient donc de déterminer le niveau global de risque qu’il est prêt à accepter pour atteindre ses objectifs stratégiques, mais aussi de quantifier le niveau de risque qu’il peut supporter sans subir de dommages inacceptables.

Quelles différences faut-il faire entre compliance et gestion du risque ?

La compliance et la gestion du risque sont les deux faces d’une même médaille : lorsque le gérant analyse le portefeuille de son client, il fait à la fois de la gestion du risque – de marché, de contrepartie, etc – et de la compliance, puisque la suitability est une disposition de la LSFin.

La grande différence entre les deux est le concept de proportionnalité. La compliance fonctionne selon une approche quelque peu binaire : conforme versus non conforme. La gestion du risque s’adapte au modèle d’affaire et à l’appétit au risque du gérant.

Ces dernières années, les gestionnaires ont dû mettre en place de lourds dispositifs de compliance. Il est temps pour eux de se poser la question de leurs risques clés et de l’adaptation de leur dispositif à ces derniers.

Sur la notion « de propension au risque » que vous voulez aborder, comment un gérant peut-il définir ses seuils de tolérance et les intégrer de manière cohérente dans ses processus ?

Cette question sera l’un des thèmes de la formation car elle mérite développement. Mais en quelques mots, toute aventure entrepreneuriale implique une prise de risque. La question n’est pas de supprimer le risque – car le commercial serait alors supprimé également – mais de fixer des limites et de s’assurer que les contrôles permettent de rester dans ces dernières. La propension au risque d’une organisation dépend de son modèle d’affaire mais aussi de la sensibilité de l’entrepreneur.

Lisa Desjardins

Claritis

Lisa Desjardins est la co-fondatrice de Claritis, une société créée en 2021 pour accompagner les établissements financiers en Suisse dans le domaine de la compliance et de la gestion des risques. Lisa a travaillé pendant presque 20 ans dans ces fonctions au sein de banques internationales à Genève, puis comme experte en risque et compliance auprès de gestionnaires de fortune, de fonds et de maisons de titres. Lisa Desjardins est titulaire d’un Master en science politique, obtenu à l’Université de Genève, d’un diplôme post-grade du Graduate Institute à Genève et d’un Certificat de formation continue en Compliance, obtenu également à l’Université de Genève.

Informations pratiques

Mise à jour réglementaire, ISFB, 24 novembre

Contenu : ce module est consacré au cadre réglementaire applicable aux gestionnaires de fortune indépendants et à son évolution depuis l’entrée en vigueur de la LSFin et de la LEFin. Après une présentation des obligations légales et de leurs principales nouveautés, il met l’accent sur leur signification concrète pour les GFI et sur les enjeux qu’elles recouvrent au quotidien. Le chapitre propose également des pistes pour intégrer ces exigences de manière cohérente dans les processus de gestion.

Durée : 4h00

Format : Présentiel

Intervenant :  Lisa Desjardins

Conditions d’admission :

Prix Public par module : CHF 550.-

Prix Membre par module : CHF 410.-

Prix Public Séminaire 4 modules : CHF 1’800

Prix Membre Séminaire 4 modules : CHF 1’350

S’inscrire :

Inscription Formation | ISFB

Plus d’informations :

Séminaire Gérants indépendants ISFB x SPHERE | ISFB

 

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Patrick Humbert-Verri
Probus Pleion
« La technologie est un allié formidable. Elle facilite la vie d’une clientèle ultra-mobile. »

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« La gestion de fortune ne devrait pas être un privilège réservé à quelques-uns, mais une opportunité pour tous. »

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« La technologie est un allié formidable. Elle facilite la vie d’une clientèle ultra-mobile. »

Sphere

The Swiss Financial Arena

Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

ISFB x SPHERE

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  • Interview Mathias Baitan
  • Directeur général
  • Institut Supérieur de Formation Bancaire

 «Nous offrons désormais aux GFI des formations courtes ancrées dans leur pratique opérationnelle.»

L’ISFB et SPHERE s’allient pour proposer aux gérants de fortune indépendants des formations courtes, ciblées et directement applicables dans leur quotidien professionnel. Ce partenariat marque une nouvelle étape dans la stratégie de l’ISFB, qui élargit son périmètre d’action et renforce son engagement auprès des acteurs clés de la place financière romande, avec une même ambition : les accompagner dans leur montée en compétences.

Dans quelle logique s’inscrit la collaboration récemment annoncée entre l’ISFB et Sphere?

L’ISFB est une associa­tion professionnelle qui se consacre exclu­sivement au secteur Banque et Finance en Suisse romande. Depuis bientôt quarante ans, nous accompagnons la montée en compétences d’un grand nombre d’éta­blissements financiers avec lesquels nous avons établi dans le temps de vraies rela­tions de confiance. Il se trouve que l’ISFB et SPHERE ont en commun l’ambition de sou­tenir les gérants de fortune indépendants dans le développement de leurs compé­tences, de manière à ce qu’ils puissent mieux s’adapter à un environnement tou­jours plus complexe. L’engagement que prend l’ISFB avec SPHERE est d’offrir aux gérants indépendants un programme de formation continue spécifique, court et pragmatique, qui vient en complément des offres actuelles.

Quelle direction stratégique avez-vous voulu donner à l’ISFB ces dernières années?

Début 2023, nous avons repositionné l’Ins­titut pour en faire un acteur clé de de la valorisation des compétences et de l’em­ployabilité dans la branche Banque et Finance. Nous nous mettons ainsi au ser­vice d’établissements membres de l’ISFB ou de professionnels appelés à évoluer ou à se réorienter dans leur parcours. Cela s’est traduit concrètement par la refonte de notre offre, le renforcement de nos parte­nariats académiques et institutionnels, et une ouverture assumée vers les nouveaux métiers du secteur.

Quelles ont été les évolutions les plus marquantes pour l’ISFB depuis que vous en avez pris la direction?

Parmi les évolutions marquantes, je retiens d’abord le repositionnement stratégique engagé par l’ISFB en 2023. Il a donné lieu au lancement de nouvelles formations spé­cialisées : gestion des risques et contrôle interne, gestion des données, fonctions d’état-major et de support, gouvernance des risques pour conseils d’administration, ou encore management et adaptabilité. Nous avons également structuré une offre complète de services RH à destination des plus petites structures : gestion des deman­des de formation, assessment, coaching, bilans de compétences, outplacement et recrutement.

Autre avancée significative, nous avons créé un comité scientifique composé de directrices et directeurs de programmes, tous cadres dirigeants expérimentés au sein d’établissements financiers. Leur connaissance directe du terrain nous per­met d’ajuster notre offre en continu, avec beaucoup de pertinence.

Enfin, nous avons consolidé nos processus et nos outils de gestion pour répondre aux standards du secteur en matière de forma­tion continue, notamment EduQua:2021, ISO et SAQ.

Quels sont aujourd’hui, selon vous, les grands enjeux de la formation dans le secteur financier?

En matière de gestion des compétences, le secteur financier fait face à une triple tension, d’ordre réglementaire, technologi­que et générationnelle. Ces bouleverse­ments exigent une montée en compéten­ces continue, un renforcement des soft skills ainsi qu’une capacité à se réinventer en permanence. La formation a toujours été – et restera – un facteur de compétitivité stratégique, mais cela devient encore plus saillant aujourd’hui.

Comment l’ISFB a-t-il structuré son offre pour s’adapter aux nouveaux besoins du marché?

Elle a été structurée autour de quatre axes. En un, la formation continue qui permet d’obtenir un titre de spécialisation. En deux, la préparation aux certifications suisses et internationales, notamment SAQ qui est devenu le standard du marché dans le domaine du conseil. En trois, le soutien au développement de carrière et gestion des talents. Et en quatre, le rayonnement du réseau professionnel à travers l’animation de conférences et la réalisation d’enquêtes.

Cette logique intégrée nous permet de répondre aux besoins des établissements comme à ceux des personnes. Nous com­binons formations interbanques et sur mesure, sessions en présentiel et distan­ciel, approches techniques et comporte­mentales. Notre valeur ajoutée? Une lec­ture fine du marché, une capacité d’adaptation rapide, et une proximité per­manente avec nos membres.

Pourquoi cet intérêt plus particulier pour les gérants indépendants?

Depuis 2025, l’ISFB a élargi son périmètre en proposant aux gérants indépendants d’adhérer à l’association. Nous voulons en effet refléter pleinement la diversité des acteurs qui composent la place financière romande. Cet intérêt s’inscrit dans notre mission élargie de service à l’écosystème bancaire et financier. L’ISFB leur propose de longue date des certifications portant sur des spécialisations de haut niveau, plus récemment un accompagnement RH sur mesure pour attirer et fidéliser leurs talents et, désormais, un accès privilégié à des formations courtes, ancrées dans leur pra­tique opérationnelle, en lien avec le parte­nariat SPHERE-ISFB.

Si vous deviez faire leur bilan de compétences, à quoi ressemblerait-il?

Nous ne prétendons pas dresser ce bilan à leur place. Les dirigeants savent mieux que quiconque où ils en sont et ce dont ils ont besoin. Notre rôle consiste plutôt à les accompagner dans leur propre réflexion sur le thème spécifique du développe­ment des compétences au sein de leur organisation. Pour cela, nous mettons à leur disposition des méthodes et un regard externe fondés sur une connais­sance étendue des pratiques chez les autres acteurs du secteur, de nombreux outils RH ainsi qu’un très vaste réseau d’intervenants spécialisés. Nous les aidons à identifier des axes de développement, sans adopter une posture prescriptive.

Quels sont leurs besoins spécifiques, d’après les retours que vous en avez?

Les échanges que nous avons avec les gérants indépendants font ressortir des besoins très concrets. Ils veulent rester à jour dans un environnement réglementaire complexe, structurer leur développement sans renoncer à leur agilité entrepreneu­riale, tout en gardant la maîtrise de leurs charges. Ils évoquent aussi fréquemment le besoin d’échanger avec leurs pairs, et d’avoir accès à des formats d’accompa­gnement qui soient ciblés, courts et tout de suite utiles.

Où voulez-vous emmener l’ISFB sur le long terme?

À long terme, je souhaite que l’ISFB incarne pleinement sa mission de marque collective au service de l’ensemble du secteur bancaire et financier en Suisse romande. Nous allons donc poursuivre notre engagement en faveur d’un dévelop­pement des compétences structuré, reconnu, et réellement connecté aux besoins du terrain. Nous devons continuer à innover, à renforcer notre rôle de cataly­seur entre institutions, experts et talents, et à défendre une approche exigeante fon­dée sur l’ancrage local, la qualité suisse et la proximité. Plus qu’un institut, l’ISFB doit être un repère fiable en matière de compé­tences, un accélérateur de parcours pro­fessionnels, et un acteur stratégique au sein de l’écosystème financier romand, en synergie avec les faitières économiques, les universités et hautes écoles romandes, ainsi que les partenaires publics.

Mathias Baitan

Institut Supérieur de Formation Bancaire

Mathias Baitan dirige l’ISFB depuis fin 2022. Auparavant, il a travaillé pendant plus de 20 ans pour la BCGE en tant que Responsable RH, chef d’état-major du CEO, et responsable de l’administration, en parallèle d’un poste de chargé de cours HES auprès de la Haute Ecole de Gestion de Genève. Il est titulaire d’un doctorat en sciences économiques et sociales de l’université de Genève, d’un master en gestion d’entreprise, d’un bachelor of science en psychologie ainsi que du diplôme fédéral de directeur des ressources humaines.

 

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Compétences

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  • Iavor Tzolov
  • Fondateur
  • Mercury Metrics

Le virage NextGen des relationship managers

Poussé par la pression réglementaire, l’évolution des attentes clients et l’usure d’un modèle centré sur la portabilité, le rôle du RM change de nature. Moins statique, plus structuré, plus exigeant. Une nouvelle génération émerge : orientée impact, ancrée dans la relation, capable de démontrer sa valeur dans un environnement devenu radicalement plus sélectif. C’est la réinvention d’une fonction à la croisée de l’humain, du digital et de la performance.

En Suisse, le secteur de la gestion de fortune administre désormais plus de 8’500 milliards de francs. Pourtant, malgré ces volumes records, le métier de relationship manager traverse une crise silencieuse. Quinze ans de conformité défensive, de digitalisation cosmétique et de standardi­sation ont semble-t-il étouffé la valeur ajoutée du conseil.

Le résultat ? Des clients en décalage, une rentabilité rognée –dissimulée un temps par la hausse des taux de la BNS, mais désormais balayée par leur retour à zéro ainsi que par la menace de nouveaux taux négatifs. Des institutions se trouvent aujourd’hui incapables de justifier leur valeur ajoutée une fois confrontées à la réactivité des fintechs et à l’évolution des dynamiques familiales. Malgré une crois­sance soutenue des encours, la profitabilité du secteur stagne. Le coefficient d’exploi­tation médian reste obstinément élevé – autour de 75.5 % en 2024, voir 79.3% pour les petites banques privées – même si cer­taines grandes banques ont réussi à s’amé­liorer.

Ce malaise latent n’est pas qu’un effet de cycle. Il révèle la nécessité de repenser en profondeur le rôle et la pratique du RM, à l’heure où la fidélité client et la différencia­tion ne paraissent moins évidentes.

Pour les banques et les sociétés de gestion, la chasse au RM “portable” est souvent devenu un jeu coûteux et stérile. Moins de 30 % des actifs suivent réellement un banquier sur le départ. Pendant ce temps, les vraies priorités restent négligées: structu­rer une offre pertinente, construire la confiance sur la durée, et générer une croissance organique réelle.

L’avenir repose en réalité sur une nouvelle génération de RMs, capables de bâtir et pas simplement de transférer. Ce nouveau type de profil place la compréhension du client avant le produit, et raisonne en plan d’action, pas en fiche tarifaire. Ces RM NextGen se veulent architectes de la rela­tion, hybrides, autonomes, rigoureux, capables de démontrer leur impact et d’utiliser l’IA pour une personnalisation hyper-ciblée.

Malheureusement, à ce jour, 70 % du temps des RMs est encore englouti par des pro­cessus de conformité, amplifiés par les changements proposés par la FINMA en 2025. Il s’agit, entre autres, d’adaptation organisationnelle pour mieux superviser les risques futurs et les innovations techno­logiques, de renforcement de la résilience des banques, ou d’uniformisation des infor­mations clients. Tous ces chantiers exigent un reporting beaucoup plus détaillé. Chez les EAMs, la dépendance aux dépositaires et aux outils tiers transforme forcément chaque nouvelle exigence en surcharge.

Le véritable problème ne réside ni dans la conformité, ni dans la technologie, mais dans leur implémentation. Mal conçues, elles étouffent la relation client. Bien inté­grées, elles la renforcent. Le digital ne doit plus masquer les faiblesses, mais agir en catalyseur : analyse prédictive par l’IA (jusqu’à 27 % d’efficacité gagnée sur les tâches administratives), segmentation intel­ligente, cartographie familiale… Autant d’outils pensés pour nourrir la relation, et non pour s’y substituer. Plus de 100’000 milliards de dollars seront hérités d’ici 2050. En cours actuellement, ce transfert de richesse à l’échelle mon­diale est colossal. Mais avec ce bascule­ment, les règles du jeu changent. Les héri­tiers veulent du sens, du sur-mesure, de l’impact ESG – ils ne tolèrent ni le jargon creux ni les expériences bancaires à l’an­cienne. Le lien ne survit que s’il est avéré : seuls 20 à 30 % des portefeuilles sont conservés après une succession.

Face à cette immense opportunité se dresse une génération de RMs souvent mal préparée, parfois désorientée. Le vrai déficit n’est pas technique mais comporte­mental : ce qui manque, c’est la discipline, la posture d’apprentissage, la volonté de se réinventer pour rester pertinent.

Le RM de demain n’est pas un avatar digital. Il pilote son activité comme un business à part entière, structurant son action autour d’objectifs clairs, d’une compréhension fine de chaque client et des dynamiques intergénérationnelles, et d’un suivi rigou­reux de ses résultats.

Il ne se contente pas d’exécuter. Il orga­nise, mesure, s’adapte en permanence. Il sait prouver sa valeur et intègre l’auto-éva­luation dans sa routine – par exemple, via des KPIs, des feedbacks, des benchmarks. Il ne se limite pas à parler d’ESG ou de multigénérationnel : il les incarne dans des solutions tangibles, enrichies par l’exploi­tation des données – ce qui lui permet accessoirement de générer jusqu’à 15 % de revenus supplémentaires.

Différents outils lui permettent d’aller plus loin : scoring de portefeuille, diagnostic de la profondeur relationnelle, plans d’action ciblés. Ce sont ces approches structurées qui transforment le discours en preuve, et la relation client en actif durable.

La rupture est nette. Là où l’approche clas­sique se perd dans l’automatisation admi­nistrative et la chasse aux portefeuilles, la méthode NextGen automatise la confor­mité, met la technologie au service de la connaissance client, et privilégie la crois­sance organique.

Le RM NextGen investit aussi dans son propre épanouissement : formation à l’IA, aux enjeux ESG, à la communication straté­gique et à la gestion multigénérationnelle – un effort indispensable pour demeurer compétitif dans un secteur où la croissance stagne en Europe mais flambe en Asie.

La discipline relationnelle, l’apprentissage continu et la personnalisation sont ses mar­queurs. Ce sont ces leviers qui sécurisent les transmissions, fidélisent les familles et crédibilisent l’offre, bien au-delà de la simple gestion d’actifs.

Le métier de relationship manager se situe clairement à un tournant. Attendre un chan­gement venu d’en haut, c’est s’exclure du jeu. A l’inverse, ceux qui prennent l’initia­tive, structurent leur approche et démon­trent concrètement leur valeur réussiront à définir les standards de demain.

Endosser pleinement le rôle de RM NextGen n’est plus un luxe, mais une nécessité. Dans un monde toujours plus automatisé et standardisé, la relation humaine devient le véritable facteur diffé­renciant — à condition de pouvoir en démontrer la valeur, en affiner la personna­lisation et en mesurer l’impact.

La question n’est pas “Quand va-t-on changer ?” mais “Qui osera commencer ?”

Car demain, ce sont les clients qui tranche­ront. Et ils ne préviendront pas deux fois. Ces prochaines années – prochains mois ? – entre l’IA et le boom des fintechs asiati­ques, l’hésitation coûtera cher.

Iavor Tzolov

Mercury Metrics

Iavor Tzolov est le fondateur de Mercury Metrics, une solution d’analyse comparative qui permet aux banques privées et aux sociétés de gestion d’évaluer, mesurer et valoriser les compétences relationnelles de leurs relationship managers. Ancien responsable de la stratégie et du développement chez Piguet Galland à Genève, il a ensuite fondé Ortogon, une structure spécialisée dans l’accompagnement de décideurs et d’entrepreneurs confrontés à des enjeux stratégiques et opérationnels complexes.

Il est également cofondateur de Venture Mills, une initiative dédiée au soutien de startups actives dans la fintech et la transformation numérique, ainsi que de Tillit Invest, un modèle hybride d’investissement immobilier alliant impact social et création de valeur à long terme.

 

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